ACTE I, SCENE VIII
ÉLÉONi.'R '.
Pour parfaire un traité de comm -rce, à un vieux prince valétudinaire, que je n'ai jamais vu !.. . EU bien ! aujourd'hui^ c'est plus terrible encore! Pour acquitter ses dettes envers le cunnétalîle de Bourbon, qui lui a fait gagner la bataille de Pavie... il lui a promis ma main.
MARGUERITE
Un traître à la France, sa patrie i
ÉLÉONORE
A François 1", son souverain.
MARGUERITE
Et vous obéiriez?...
ÉLÉOÎsORE.
Jamais! jamais ma main ne sera le prix d'une trahison. — Vous Tépouserez, a dit mon frèr^, ou vous entrerez au couvent! — Et moi j'ai répondu : J'entrerai au couvent.
MARGUERITE
0 noble et généreuse fille !
ÉUÉ0ÎI6RE.
Et comme je fondais en larmes, il ra'*a dit : Finissons, je suis pressé. Je vous donne jusqu'à demain pour réfléchir encore et vous décider. Et il m'a quittée dans une colère épouvantable, pour aller à la messe!,.. Comme cela doit lui profiter! Mais il n'avait pas besoin d'attendre... ce sera demain comme aujourd'hui.
MARGUERITE
Vous entrerez au couvent?
ÉLÉ0>i0RE.
Avec joie ; car ce ne sera pas pour longtemps, je l'espère... et Dieu m'appellera bien vite à lui.
Un si profond découragement... au prmtemps delà vie... au moment où toyt est joie et espérance... Éléonore, on peut tout me dire, à moi. Je suis Française, et pourtant, croyez-le bien,
aussi bonne catholique que vous. (La regardant atter.tivement, et après un
ipstant de silence.) Etcs-vous blcn sùrc, quand vous serez au couvent, de n'y penser qu'à Dieu?.,.
ÉLÉONORE
Moi!,..
MARGUERITE
Cherchez bien!... N'y aurait-il pas, au fond de votre haine
)our le connétable... quelques sentiments plus tendres... pour jn autre?...
ÉLÉONORE, vivement.
Oh! non...
MARGUERITE
Prenez garde... si vous le niez avec tant de vivacité... je vais croire que j'ai rencontré juste.
ÉLÉONORE
Quoi! vous pourriez supposer?...
MARGUERITE, avec un soupir.
Je suppose toujours, avec les jeunes veuves comme moi... et cela pour cause.
ÉLÉONORE, étourdîment.
Quoi! vous aimeriez aussi?...
MARGUERITE, souriant.
Aussi!...
ÉLÉONORE, confuse, et à part,
0 ciell
MARGUERITE, vivement.
Ne VOUS effrayez pas, je n'en dirai rien... Nous sommes deux alliées naturelles, deux opprimées qui devons faire cause commune... Voyons... (Avec un sourire d'interrogation.) 11 eSt bcaU?... (Éléo-
nore fait signe que oui.) Bravc? (Même geste.) Digne de VOUS par le rang?
ÉLÉONORE
Oh! oui.
MARGUERITE, vivement.
Vous n'irez pas au couvent... vous l'épouserez.
ÉLÉONORE, effrayée.
Taisez-vou«., taisez-vous!... Que ces murs ne vous entendent pas!... des obstacles éternels, infranchissables... sur lesquels il ne faut pas même arrêter sa pensée...
MARGUERITE
C'est pour cela qu'on y pense... Je ne suis pas bien sûre qu'il n'y ait pas aussi, de par le monde, quelque jeune chevalier que tout sépare de Marguerite... Mais qui oserait dire ici-bas qu'une chose est impossible... avec la foi, Fespérance... et un peu de charité pour ceux... que nous aimons !...
ÉLÉONORE
Et moi, qui croyais que vous n'aimiez au monde que votre frère !