‹ Opéras-comiques (volume 2)Chapitre 202 sur 353 · ACTE II, SCENE II. 24 i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II. 24 i

CHARLES-QllNT.

Eh bien, alors, c'est toi qui as rendu compte ù Marguerite des traitements qu'éprouvait son frère...

GUATTINARA

Ah! sire...

CHARLES-QCINT.

Traitements que j'ignorais moi-même, et Contre lesquels j'ai dû m'éleveri... il était de mon devoir, de mon honneur, d'accueillir des plaintes dont elle eût fait retentir toutes les tours de l'Europe, et qu'il valait mieux écouter... entre nous... dans le conseil.

GUATTINARA,

Elle y a donc parlé ?

CHARLËS-QUlNT.

Avec une habileté, une chaleur, une éloquence à laquelle tu ne te serais jamais attendu... ni moi non plus!... Par saint Jacques, elle a plaidé la liberté de son frère et la paix avec la France, de manière à nous prouver que c'était davantage de l'Espagne I... Si tu avais vu avec quel art, quelle flatterie, quelle adresse, elle parait tous mes arguments, évitant de me blesser et ne cherchant qu'à me désarmer î... A chaque instant, je me sentais perdre du terrain !... et moi encore! ce n'étaitrien... je me défendais j mais tous mes vieux conseillers, sous la puissance de sa parole et le feu de son regard, ne faisaient plus attention à mes signes de tète ni à mes gestes de mécontentement; ils ne voyaient qu'elle; et quand elle s'est écriée : Mon frère est en danger, et s'il succombe ici... dans le palais de vos rois, la postérité accusera donc Charles-Quint, ce monarque si généreux et si magnanime, de s'être défait par le fer ou par le poison d'un ennemi redoutable; elle dira donc que François l^'", même captif, a fait peur à l'Espagne, et vous savez tous, messeigneurs, a-t-elle continué en étendant la main vers eux, que l'Espagne ne craint personne... vous le prouverez. — Oui, oui, se sont-ils tous écriés en se levant; et j'ai vu le moment où ils allaient, par fierté espagnole, voter la liberté du roi de France... sans rançon!... Je me suis empressé, en partageant cet élan généreux, de remettre une délibération aussi importante à la prochaine séance du conseil., que j'aurai soin de ne plus rassembler.

GUATTINARA.

A la bonne heure 1

CHARLES-QUINT

Mais le moyen après cela de refuser à Marguerite la permission de voir son frère... quand tout le conseil le demande et que soi-même on y est naturellement porté!... Cependant la générosité a des bornes^, surtout la générosité politique, et je n'entends pas que cet entretien se prolonge... d'autant que je crois peu au danger du roi.

GUATTINARA.

Ce danger est réel.

CHARLES-QUINT

C'est une ruse dont tu es la dupe !

GUATTINARA.

Votre Majesté se trompe ! ... Quand la princesse Marguerite est arrivée ici, avec moi, elle s'est élancée dans la chambre de son frère... il était pâle et sans connaissance, ne répondant ni à ses cris ni à ses larmes, ni à ses caresses ; alors elle est entrée dans un désespoir qui aurait touché Sun plus cruel ennemi...

CHARLES-QUINT

C'était donc vrai?...

GUATTINARA.

Le gouverneur de la tour vous dira que le roi est au plus maL

CHARLES-QUJNT.

GUATTINARA.

Qu'a-t-il donc?

On n'en sait rien.

CHARLES-QUINT

Il fallait avertir mon médecin.

GU4TTINARA.

Il n'a pas voulu le voir...

CHARLES-QUINT

Lui prodiguer des soins...

GUATTINARA.

11 les a repoussés...

CHARLKS-QUINT.

Il fallait le forcer à vivre.

GUATTINARA.

De par le roi ?

Eh oui!

GUATTINARA.

Et s'il veut mourir?

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