‹ Opéras-comiques (volume 2)Chapitre 209 sur 353 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

FRANÇOIS 1 5 prenant de lui-même un second biscuit.

Des billets... et de qui?

MARGUERITE

Je vous les donnerai... vous les lirez... Ah! je conçois votre désespoir d'être à Madrid ! on n'y trouve ni aussi jolies femmes... ni aventures aussi piquantes...

FRANÇOIS l'% vivement et posant son verre»

Eh bien! Marguerite, c'est ce qui te trompe,

MARGUERITE

Que me dites- vous?

FRANÇOIS l".

Qu'ici, dans ma captivité... il y a un mystère inouï... un secret dont je ne pouvais parler... car celle à qui je dis tout;, ma sœur était loin de moi.

MARGUERITE, avec chaleur.

La voici de retour... ainsi que nos causeries du soir... nos petits soupers en tète à tète !

FRANÇOIS 1®^5 se retournant vivei&ent en face de Marguerite.

Comme à Ghenonceaux! Ima|jine-toi, ma mignonne...

MARGUERITE

Vous allez vous fatiguer.

Non, non, n'aie pas peur.

MARGUERITE

Et si vous ne prenez pas des forces pour votre récita

C'est inutile...

MARGUERITE

Non, non!... Vous mangerez d'abord... ou je n'écoute rien!

FRANÇOIS 1^', riant.

Marguerite, tu es donc toujours despote?...

MARGUERITE

Plus que jamais!

FRANÇOIS i".

Alors!... (Il mange.) Imagiue-toi, ma mignonne, qu'une nuit pendant mon sommeil, il me semblait voir une femme jeune et belle se pencher vers moi !

MARGUERITE

Mon frère François a toujours eu de ces rêves-là.

FRANÇOIS l^^

C'était une réalité!... car au réveil, je trouvai près de moi un gant de femme... la main la plus jolie... la plus ravissante...

MARGUERITE

En fait de gants, rimagination fait tout. (EUe frappe sur l'assieite du

roi pour qu'il mange.)

FRANÇOIS l®'".

Attends donc... (Eiie continue à frapper, il mange.) Depuis Ce momcnt, il ne s'est pas écoulé de semaine qui ne m'apportât quelques souvenirs mystérieux de la belle inconnue.

MARGUERITE

Elle a donc des intelligenres avec les geôliers?...

FRANÇOIS i*^

Je n'en sais rien!... tantôt c'est une lettre qui me prodigue des consolations, tantôt des chants français que j'entends au pied de la tour, ou de l'autre côté du Mançanarès... tantôt des fleurs... (Montrant la corbeille, à droite.) vois plutôt!... qui mc Viennent d'elle^ j'en suis sûr, et qui embellissent ma prison.

MARGUERITE

Quel joli sujet de conte!... Mais enfin... elle, l'inconnue?..

FRANÇOIS i^^.

Toujours invisible... Une nuit seulement... il y a un mois, je me débattais contre la fièvre et le délire... quand tout à coup, en étendant mon bras hors du lit, je sens tomber sur ma main une larme... Je veux jeter un cri. « Silence!... me dit-on à demi-voix... C'est moi! — Vous!... ma bienfaitrice? — Oui, pour vous soigner. — Mais qui ètes-vous? — Je ne puis le dire ni à vous ni à personne, sans me perdre!!... Je suis... je suis la femme qui vous aime!... Silence, et dormez. » Elle était comme toi, elle était despote. Elle posa sa main sur mon front; soit influence de cette main, soit faiblesse, je m'endormis; et à mon réveil, tout avait disparu !

MARGUERITE

C'est étrange ! Et elle était jeune et belle?

FRANÇOIS 1®% avec clialeur.

Si elle était belle!... c'était une grâce, une démarche, et malgré le léger demi-masque qui couvrait ses traits, des yeux et des dents admirables!

MARGUERITE

Eh bien! quoique femme. Levant son vene.) je bois à la belle inconnue... et à tous ses charmes!

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