SCÈNE Yll
MARGUERITE, puis HENRI.
MARGUERITE, étonnée et réfléchissant.
Qu'est-ce que cela signifie?... un de ces brusques retours, si fréquents chez lui... aurait-il tout à coup modifié ses idées?... ou, sous ce gracieux sourire, cacherait-il quelque trahison?... (Apercevant d'Aibret.) C'cst VOUS, Hcuri; quellcs uouvelles?
HENRI
Fort inquiétantes... Par ordre du ministre Guattinara, aucun Français ne peut quitter Madrid.
HENRI
Défense, sous les peines les plus sévères, de leur délivrer aucun permis ou sauf-conduit.
MARGUERITE
Ce n'est pas possible! de qui tenez-vous cela^
280 LES CONTES BE LA P.En'E PE NAYARRE.
HENRI
De la princesse Éléoiiore qui^ passant rapidement près de moi, m'a dit à voix basse de vous en prévenir.
MARGUERITE
La princesse Éléonore?... alors, ce doit être vrai!
HENRI
Elle a ajouté que tous les courriers, excepté ceux de l'empereur, sont arrêtés, leurs dépèches ouvertes et examinées...
MARGUERITE
Ce Guattinara soupçonne-t-il quelque chose?...
HENRI
J'en ai peur!
MARGUERITE
Se doute-t-il de Tacte qui est entre nos mains et de son importance?
HENRI
Mais comment? quel instinct l'aurait mis sur la trace?
Et puis... vous ne savez pas, Henri, jusqu'à l'empereur qui ne veut pas que je parte, qui veut me retenir à Madrid!
HENRI
Est-il possible?
MARGUERITE
Huit jours encore... pour le moins!... il l'a exigé!
HENRI, avec effroi.
0 ciel!... il s'est fâché...
MARGUERITE
Non... c'est moi!...
HENRI
Et il a ordonné?...
MARGUERITE, réfléchissant.
Non... c'est moi !... lui, au contraire... m'a priée... avec une instance... une chaleur... il faut aussi qu'il ait quelque idée en tète!
HENRI, vivement.
Ah ! ce ne sont pas des idées politiques...
MARGUERITE
Que dites-vous?
HENRI
D'autres... qu'il est si facile... de deviner... pas pour vous, peut-être... mais pour moi.