JENNY ET GEORGES
Tu l'as vue?
DIKSON.
Mieux que cela, je lui ai parlé! il y a déjà biea longtemps; je lui ai fait une promesse qui maintenant ne laisse pas que de m'inquiéter,
JENNT.
Qu'est-ce que ça signifie? et vous ne m'en avez jamais rien dit!
DIKSON.
.le n'en aurais jamais parlé à personne sans les événements de demain ; et puis , ce que tu m'as raconté , qu'elle avait reparu dans le pays, tout cela s'est représenté à ma mémoire; et depuis quelques instants , voilà , sans me vanter, une fameuse peiu" qui me galope.
GEORGES ET JENN¥.
Dis-nous vite !
DIKSON.
11 y a treize ans, après la mort de mon père, tous les malheurs semblaient fondre sur moi : mes blés avaient été gelés, mes bestiaux avaient péri, le feu avait pris à ma ferme, sans compter les recors et les hommes de loi qui commençaient à me travailler ; le lendemain on devait tout saisir cliez moi, jusqu'à mes charrues, et pas un ami qui voulût m'obliger. Désespéré, j'errais le soir dans la campagne, et je me trouvai près des souterrains du vieux château; j'y enti'ai, et rae jetant sur la pierre : « Puisque tout m'abandonne, m'écriai-je, que « la dame- blanche vienne à mon secours; je me donne à elle « corps et bien, si elle veut me prêter deux mille livres d'É- « cosse. » J'entends tout à coup xme voix qui me dit : « J'ac- « cepte. Quand l'heure aui-a sonné, souviens-toi detapro- « messe; et dans le moment une bourse tombe à mes pieis!
GF.ORGES
Ce n'est pas possible !
DIKSON.
Je la ramassai en fermant les yeux , persuadé que c'était ûc la fausse monnaie : c'étaient de belles pièces d'or avec lesquelles j'ai payé mes dettes, rétabli mes affaires; et, depuis ce U;mps-là, tout a prospéré cliez moi; je suis devenu un des t. ». *
plus riches fermiers des environs, et j'ai épousé, l'autre année, Jenny que j'aimais depuis longtemps.
JENNV.
Et moi, si je l'avais su, j'y aurais regarde à deux fois... Avoii- formé un pacte comme celui-là!... Savcz-vous que la dame blanche est un lutin ?... c'est comme qui dirait le...
DIKSON, tremblant.
Du tout, c'est bien différent!
JENNY
Si, Monsieur, tout cela se tient; et quand je pense que vous vous êtes donné à elle avec tout ce qui vous appartient!...
DIKSON.
C'est vrai.
JENNY
Et moi, qui suis votre femme, je suis donc comprise làdedans? et notre enfant?
Comment, mon petit tilleul !
JENNT.
Et si un beau matin elle allait venir nous enlever?...
DIKSON. .
Ah! mon Dieu! (Se retournant.) Hein! qu'y a-t-il? (Apercevant
Gabriel.) Cet imbécile-là le fait exprès; il arrive toujoiurs quand en a peur.
GABRIEL , qui est entré.
Dame! notre maître, c'est que vous avez toujours peur quand on arrive ! Les fermiers vous attendent ; il faut qu'ils retournent ce soir chez eux, et voici la nuit qui s'avance.
DIKSON.
Je te suis, (a Jenny.) Vois-tu, ma chère amie, il n'y a rien à craindre; pourquoi veux-tu que la dame blanche t'enlève, toi, une femme? elle m'enlèverait plutôt... (Bas, à Georges.) Restez avec ma femme et ne la quittez pas. (il sort.)