ACTE TT, SCÈNE H
disais : Peut-être le fils de mes maîtres est-il ainsi malheureux et sans secours!
MARGUERITE
Quoi! vous pouvez penser...
ANÎSA.
Calme-toi, ce n'était pas lui, car je sais son nom; mais le retour de Gaveston nous lit partir sur-le-champ ; et depuis, je n'ai plus revu mon jeune officier, qui aura pris ma présence pour un songe, et qui, sans doute, m'a déjà oubliée.
MARGUERITE
Tandis que vous, je devine, vous y pensez encore : vous l'aimez peut-être, et c'est ce qui me fait du chagrin.
ANNA
Et pourquoi?
MARGUERITE
Il me semblait que vous n'auriez jamais aimé que Julien , du moins, c'étaient là mes idées , et vingt fois j'ai rêvé à votre union.
ANNA
Qu'oses-tu dire? lui, héritier des comtes d'Avenel, et moi, pauvre orpheline, sans biens, sans naissance; c'est ainsi que je reconnaîtrais les bontés de mes bienfaiteurs 1 Non , Marguerite ; Julien, autrefois mon ami, mon frère, est maintenant mon seigneur, mon maître; c'est comme tel que nous devons le respecter, le servir, et nous sacrifier, s'il le faut, pour sauver son héritage.
Et par quels moyens, c'est demain que l'on vend son domaine ; un autre que lui va acquérir les droits et siu'toiit le titre de comte d'Avenel; et si JuUen existe encore, s'il revient jamais, il ne sera plus qu'un étranger dans le château de ses pères.
ANNA
Qui sait? pourquoi perdre courage? moi, j'ai bon espoir.
MARGUERITE
Que voulez-vous dire ? (On entend un son de cor.) ANNA.
Tu le sauras... Entends-tu? on ferme la porte du château; Gaveston vient de rentrer. Écoute-moi bien, Marguerite : dans
m LA T)AME BLANCHE.
lin instant potil-rtiT quelqu'un <l»»s environs viendra n'clamer riidspitalité au nom de saint Julien d'Avencl.
MARGl'KRITK.
Qui vous l'a dit?
ANNA
Tu le feras entrer et tu tâcheras qu'on lui donne cet appartement.
MARGUi:UITE.
Oui, Mademoiselle, oui, soyez tranquille; je l'attendrai, s'il le faut, toute la nuit. Pour vous et pour Julien qu'est-ce que je ne ferais pas?
ANNA
Pars, c'est Gaveston.
Adieu! adieu, mon enfant. (Elle sort.)