ACTE II, SCÈME III
ANNA, vivement.
Vingt fois la comtesse d'Avenel m'a raconté ce dernier trait de honte de la part de son mari, lorsque la nuit même de son départ, poursuivi, errant dans ces ruines, il entendit un piuivre fermier prêt à périr faute d'une somme d'argent ; et c'est pour n être pas reconnu qu'il lui jeta sa bourse à\i nom de la dame blanche d'Avenel. Ah! si tout sentiment de reconnaissance n'est pas éteint dans le cœur du fermier Dikson... (a part.) celuilà doit me servir.
GAVKSTOIS.
Oh! rassurez-vous. 11 n'est pas ingrat, c'est un des fidèles croyants de la dame blanche ; c'est lui qui cabale avec les fermiers des environs, et qui fait courir le bruit dans le pays qu'il m'arrivera malhevu' d'oser mettre en vente un château qu'elle protège j mais c'est ce que nous verrons. Je viens de souper chez M. Marc-Irton, le juge de paix, et nous avons pris nos arrangements pour que la vente commençât demain au point du jour.
ANNA , à part.
0 ciel! (Haut.) Ainsi donc, vous, jadis l'intendant de ce château, vous allez en devenir le propriétaire ; vous allez acheter à vil prix le domaine et le titre de votre bienfaiteur !
GAVESTON
Écoutez, mis Anna, vous savez que je n'aime pas les phrases, et que je tiens au positif. Je ne suis que Gaveston l'intendant, c'est vrai ; mais quand l'intendant Gaveston aura acheté et payé ce domaine , qui donne le titre de lord et l'entrée au Parlement, tous les gens du pays, si fier- et si dédaigneux, me salueront humblement comme comte d'Avenel , et oublieront bien vite leur ancien maître : la raison, c'est que je suis riche et qu'il ne l'est plus ; chacun son tour : d'ailleurs, avant son départ, le comte d'Avenel avait vendu des biens immenses qu'il avait en Angleterre : qu'a-t-il fait de cet argent?
ANNA
11 l'a employé au service du prétendant, vous le savez bien.
GAVESTON
J'en doute : à moins que vous n'en ayez trouvé Ja preuve dans cet écrit que vous a confu' la comtesse d'Avenel.
ANNA
A nuû?
•liO LA DAME BLANCHE.
G.WKSÏON.
Ouij nierez-vous que dans ses derniers moments elle ne vous ait remis un papier mystérieux?
ANNA
C'est la vérité.
GAVESTON
Et qu'en avez-vous fait?
ANNA
Selon ses ordres, apiès sa mort, je l'ai lu, et comme elle -m'avait fait jurer de ne confier ce secret à personne, pas même à la plus intime amitié, j'ai déchiré cette lettre à l'instant.
GAVF.STON.
Et moi, que les magistrats ont nommé votre tuteur, puis-je \ous demander quel en était le contenu?
ANNA
Non, Monsieur.
GAVESTON
Et poiu-quoi?
ANNA
C'est que vous ne le sauriez pas.
GAVESTON
Fort bien, miss Anna; sous votre air doux et timide, vous cachez plus de fei'meté et de résolution que je ne l'am'ais soupçonné; mais dorénavant je prendi'ai mes précautions, (on entend «ne cloche au dehors.) Eh mais! quel est ce blTÙt?