ACTE II, SCÈNE V
G!:or.Gi:s.
Il n'y a pas de mal, ma brave femme, j'étais occupé à admirer cet antique édifice. Le beau château ! les belles voûtes! jusqu'à ces ruines que j'ai traversées pour arriver jusqu'ici, c'est admirable! (Apercevant Gaveston.) Pardon, Monsieur, de ne pas vous avoir salué d'abord; c'est à vous sans doute que je dois l'hospitalité?
GAVESTON
Oui, Monsieur, (a part.) J'y pense maintenant! si c'était quelque acquéreur, quelque riche capitaliste qui vînt pour surenchérir? (Haut.) Qui ai-je l'honneur de recevoir?
GE >RGES.
Un officier de Sa Majesté, un sous-lieutenant au quinzième d'infanterie.
GAVESTON, à part.
Un sous-lieutenant, je suis tranquille. (Haut.) Monsieur, à ce qu'il paraît, n'est pas Écossais?
GEORGES
Non, vraiment, je ne suis jamais venu en ce pays, et je ne puis vous due l'effet qu'a produit sur moi cet ancien édifice.
GAVESTON
Et comment vous êtes-vous trouvé à une pareille heure à la porte de ce vieux château?
GEORGES
Comment? je n'en sais trop rien : mais j'ai idée que c'est pour vous rendre service.
GAVESTON
A moi!
GEORGES
A vous-même. Un autre vous dirait que c'est la nuit et le mauvais temps, mais ce n'est pas vrai ; et moi, comme militaire, je dis toujours la vérité.
GAVESTON
Toujom-s?
GEORGES
Oui, Monsieur; même en amom", je suis d'une franchise !.. Ce n'est pas qu'au régiment ils ne prétendent que ça me fera du tort, et que ça nuira à mon avancement; mais ça me regarde. Revenon.. à vous : je n'entends parler dans le pays (jue des sortilèges, des apparitions de la dame blanche, et je veux
iSO LA DAME BLANCIfE.
passer la nuit dans ce château pour me trouver en tètc-à-tùle avec oUe.
GA VESTON
Si ce n'est que cela vous ne risquez rien : elle n'a garde de se montrer.
GEORGES
Vous croyez? c'est ce qui vous trompe, car elle m'a donné rendez-vous.
GAVESTON, riant.
Un rendez-vous? (a part.) Allons, allons, c'est quelque original dont les idées ne sont pas bien nettes. (Haut.) Adieu, mon officier ; minuit a sonné depuis longtemps, et je suis obligé de vous quitter, attendu que demain nous serons réveillés avant le point du jonr.
GEORGES
Et pourquoi?
GAVESTON
Pour tout disposer; car de grand matin nous aurons beaucoup de monde au château, des alTaires importantes... On va vous dresser un lit dans cet appartement.
GEORGES
A moi! y pensez-vous! ce fauteuil me suffit, je serai mieux là qu'au bivouac. D'ailleurs, les revenants que j'attends pourraient bien être des contrebandiers ou des montagnards de la bande de Rob-Roy, et je veux être sur pied poiu- les recevoir.
GAVESTON
Adieu donc, bonne nuit, et smtout borïne chance; mais si vous voyez la dame blanche d'Avenel , dites-lui bien de ma
part... (Apercevant Marguerite qui, depuis le commencement de la scène, regarde attentivement Georges.) Eh bien ! qu'aS-tU donC depuis UUC
heure à regarder ainsi Monsieiu-?
^!ARGL■ER^TE.
Rien ; mais ça m'a l'air d'mi brave jeune homme, et je ne sais pourquoi j'ai du plaisir à le voir.
GAVESTON
Allons, allons, rentrons, il est tard.
riiARGUERlTE, montrant à Georges la lampe qu'elle tient à sa mais.
Voulez-vous que je vous laisse...
GEORGES
Non, r.ou, les revenants n'aiment pas les lumières, ça leur fait pem". A demain, mon cher hôte; soyez sûr que demain je