ACTE m. SCÈNE V. d
GAVESTON
Vous VOUS doutez du sujet qui m'amène; je viens, Monsieur, vous demander l'explication de votre étrange conduite.
GEORGES
Mon clierami, demandez-moi tout ce que vous voudrez, hors des explications, paixe que de ce côté-là...
GAVKSTON.
Je ne croyais pas qu'un militaire dût avoii' recom's à la ruse pour cacher ses intentions.
GEORGES
Halte-là! je n'ai jamais trompé personne; je vous déclare donc que je me suis trouvé, comme beaucoup de gens, propriétaire d'un instant à l'autre, et sans savoir comment; mais je vous atteste qu'hier au soir, quand je suis arrivé chez vous, je n'avais pas plus d'intentions que d'argent, ça, je vous en donne ma parole; et poiu" les preuves, (Montrant son gousset.) elles sont là.
GAVESTON , vivement et avec joie.
Qu'entends-je! vous n'avez pas d'argent? Eh bien! alors, comment payerez-vous?
GEORGES
xMoi ! cela ne me regarde pas ! la dame blanche y pourvoira. Il paraît que dans cette occasion je suis son homme de confiance, son chargé d'affaires, car je ne suis acquéreur que pour son compte.
GAVESTON
Vous voulez plaisanter?
GEORGES
Non, Monsieur, et je vois que nous donnons tous les deux dans les excès opposés; moi, je crois tout, et vous, vous ne croyez rien! c'est un mal : le sage doit toujooi's prendre un juste milieu; je veux bien abandonner un peu de mon opinion, cédez-moi de la vôtre , et convenons tous les deux qu'il y a quelque chose, quelque chose que nous ne comprenons pas : mais pour èti'e hem'eux, on n'est pas obligé de comprendre.
GAVESTON
Quoi! Monsieur, ce riche domaine...
GEORGES
A vous parler franchement, je n'y tiens pas du tout, et, d'un instant à l'autre , j'attends un coup de baguette qui va (aire disparaître le château. Ce qui m'importe, c'est de revoir
la (lame blanche ou ma belle inconnue, et c'est dans l'espoir de la rencoiitrer que je vous demanderai la permission de parcourir mes nouveaux domaines.
GAVKSTON, rarrètant.
Un mot encore : si à midi vous ne pouvez pas payer !
GF.ORGES
Le château est là, je ne l'emporte pas, j'en serai quitte pour le revendre; il est vrai que si on me l'achète au prix coûtant, ce n'est pas cela qui m'enrichira.
GAVESTON
Et si en attendant vous ne fournissez pas caution, M. Marc- Irton, le juge de paix, vous a dit qu'il y allait de la prison.
GEORGIS.
La prison ! eh bien ! tant mieux 1 car en conscience, la dame blanche doit venu- me délivrer, et c'est un moyen de la voir ; mais tenez, tenez, voici M. Marc-lrton qui a l'air de vouloir vous parler : adieu, je vais visiter mon château, et me hâter
de faire le seigneur, (n monte par l'escalier à gauche, et disparaît dans la galerie.)