ACTE II, ?CRXE V
HENTIETTE.
Rassurez-vous, il n'y a pas de danger.
FRÉOKRIC, avec joie.
Vraiment! (a part.) Je respire. (Haut.) C'est égal, vas-y toujours.
HENRIETTE
Tout à l'heure, Monsieur, car, dans ce moment, madame de Saldorf est occupée ; elle assiste , ainsi que son mari , à la rédaction d'un contrat,
FRÉDÉRIC
D'un contrat! et lequel?
HENRIETTE
Le mien, IMonsieur.
FRÉDÉRIC, la regardant.
En effet, je n'avais pas encore remarqué ce costume; comment! Henriette, tu te maries?
HENRIETTE
Oui, vraiment. Hier soii* vous étiez si pressé, vous aviez tant de chagrin que je n'ai pas osé vous parler de mon bonheur ; mais aujourd'hui, vous voilà, et en l'absence de mon père, qui, faible et souffrant, n'a pu quitter le pays, j'espère bien que vous daignerez assister à mon mariage , que vous me ferez cet honneur.
FRÉDÉRIC
Oui, ma chère enfant, oui, ma bonne Henriette, et de grand cœur. Que je suis coupable de t' avoir négligée à ce point! Pardonne-moi; depuis mon retour j'ai eu tant de tourments! Qui épouses-tu ? quel est ton mari ?
HENRIETTE
Monsieur Fritz, un tapissier.
FRÉDÉRIC
Un pareil mariage...
HENRIETTE
Eh! que puis-je désirer de mieux?
FRÉDÉRIC
Toi, si jolie, si distinguée, et avec l'éducation, les talents que t'a donnés madame de Saldorf!
HENRIETTE
Ma biLMifaitrice m'a traitée comme son enfr.nt, et c'est peutêtre un tort; car toutes ses bontés n'empêchaient point que je ne fusse la tille d'un simple soldat, et ce que je puis faire de
mieux oA d'épousor mon t'-^al ; mon mari est un exrcllent hommo, ([iil maime hcaiicoup, «pu* j"aim<î aussi, (|ui me; rendra lieiueuse : vous voyez donc bien rpic c'est un bon mariage ! et bientôt, monsieur le comte, j'espère que vous ferez comme nous.
FRÉDÉRIC
Moi!
HENRIETTi:.
Oui, sans douie, il faut vous marier.
FRÉDÉRIC
Jamais! cela n'est pas possible.
Pourquoi donc? j'ignore vos chagrins et ne puis les pai-tager; mais, croyez-moi, il n'est point d'éternelles doulem-s;et avec votre nom, vos richesses, qui ne serait heureuse et fière de vous appartenir?
FRÉDÉRIC
Bonne Henriette, c'est toi qui me consoles ; toi, du moins, tu seras toxijoui-s mon amie.
HENRIETTE
Dame! je suis la plus ancienne, la première en date! Allons, mon jeune maître, du comage ; qui plus <|ue vous mérite d'être heureux? (En souriant.) Cela viendra. Vous ferez un beau mariage, vous prendrez un bel hôtel, et vous donnerez votre pratique à mon mari.
FRÉDÉRIC
Chère Heiu-iette! j'espère bien mieux faire que cela poiu- TOUS. C'est à moi de te doter.
HENRIETTE
Ma bienfaitrice s'est chargée de ce soin.
FRÉDÉRIC
Je serai de moitié avec elle. Je vais en parler tout à l'heure à M. de Saldorf; mais en attendant...
ROMANCE
PREMIER COUPLET
Aux jours heureux que mon cœur se rappelle.
J'ai vu par toi mon printemps embelli.
0 toi, qui fus ma sœur, ma compagne fidèle,
(Otaiit une chaîne d'or qui est à sôb cou.) De ma mère reçois ce souvenir chéri!