‹ Opéras - comiquesChapitre 46 sur 305 · ACTE HT, SCÈNE IX. A · texte numérisé non relu

ACTE HT, SCÈNE IX. A

MADKMOISEL' i: DK NVKDir..

Quoi' c'est vous, Monseignéiu-; comment vous tiouvoz-vous ici ? chez moi, à une lieure pareille !

LE PRINCE

Il se pourrait? je suis ciiez vous?

MADEMOIS!£I,LE DE WEDEL-

Oui, sans doute; et je vous trouve bien liardi...

LE PRINCE

Ne vous fâchez pas, baronne, je vous en prie.

\ MADEMOISELLE DE WEDEL, à part.

Il tremble, prenons courage. (Haut.) Entîn, je vous le répète, comment vous trouvez-vous dans mon appartement?

\ LE PRINCE

Tenez, baronne, si vous voulez que je vous le dise, je n'en sa^s rien. Mais tout ce qui m'anive aujoiud'hui est si extraordinaire, que je me crois sous quelque maligne influence. Imaginez-vous qu'un jardinier du château m'apporte, il y a quelques heures, une clé de ce pavillon, de la part d'une dame d'honneur dont il ne peut me dire le nom.

Mademoiselle de wfdel, à part.

Allons, Wilhem fait bien ses commissions.

LE PRIKCE.

Oh! ce n'est rien encore, et vous allez voir les malheurs qui me sont arrivés ; d'abord je rencontre à la porte extérieure un factionnaire sur lequel je ne comptais pas, et il m'a fallu, par le froid qu'il fait, attendre pendant une heure qu'il voulût bien s'endormir. Entin, il s'y est décidé.

MADEMOISELLE DE WEDEL, à part.

Voyez un peu comme les dames d'honneur sont gardées !

LE PRINCE

Mais arrivé dans un vaste vestibule où je voyais à peine, deux galeries se présentent; laquelle prendre? J'allais choisir au hasard, lorsque je crois entendre le bruit d'une robe, et une femme, légère comme une sylphide, passe rapidement à côté de moi en me disant à voix basse : a La galerie à gauche, la porte en face. » Et déjà elle était disparue devant moi comme pour m'indiquer le chemin. Mais le plus étonnant, il est vrai que dans ce moment, baronne, je pensais à vous, c'est qu'un instant j'ai cru reconnaître votre voix.

MADEMOISELLE DE WLDEL, vivement.

A moi, Monseigneur!

48 LA NKIGE.

LE Pl'.INCi:.

Mon Dieu, apaisez-vous! je dis (jue j'ai cru reconnaître... Comment voulez-vous que j'aille supposer... D'ailleurs la personne ëtait beaucoup plus grande. Je vois que vous riez de mon aventure, mais il n'en est pas moins vrai que c'est d'après les avis de cette dame mystérieuse que je suis arrivé jusqu'ici.

MADEMOISELLE DE WEDEL.

A la bonne heure! Mais tout cela ne m'apprend pas quels étaient vos desseins, et chez qui vous croyiez être dans ce moment.

LE PRINCE

Chez qui? Ah! par exemple, baronne, vous qui souvent me donnez des leçons, vous me permettrez de vous dire que c'est une indiscrétion, à vous, de me faire une pareille demande.

(Prenant un fauteuil et faisant le geste de s'asseoir.) Non paS qUC VOUS

n'ayez toute ma confiance; mais vous sentez qu'il est impossible...

MADEMOISELLE DE WEDEL.

Eh bien! n'allez-vous pas vous asseoir, vous établir ici? J'espère, Monseigneur, que vous allez vous retirer, et vous devez vous estimer trop heureux que je ne parle pas à la princesse de vos promenades nocturnes.

I E PRINCE

Oh! vous le pouvez; je crois que cela ne lui fera rien.

MADEMOISELLE DE WEDEL, regardant autour d'elle.

Oui, je le crois aussi.

LE PRIISCE, étonné.

Et pour quelles raisons ?

MADEMOISELLE DE WEDEL, à part.

Quelle idée! (Haut, et d'un air négligent.) Oh! pour des raisons qui vous fâcheraient peut-être si vous les connaissiez. Et puis ce serait trop long à vous expliquer.

LE PRINCE

Si ce n'est que cela, je ne suis pas pressé, (s'asseyant tous deux.) Parlez , je vous en prie ; je me trouve si bien ici.

MADEMOISELLE DE WEDEL.

Eh bien donc, depuis quelque temps j'ai fait une découverte

fort importante; (Le prince rapproche un peu son fauteuil.) et CODUne

je vous ai promis de vous dire la vérité...

Oui, morbleu, et je vous montrerai que je suis digne de l'entendre.

ACTF Tir, SCÈNE IX. 43

madkmois':li,k dk wkdf.l.

Eh bien' j'ai à peu près acquis la preuve ( Hésitant.) que la princesse ne vous aime pas.

LE PRINCE

Vous croyez?

MADEMOISELLE DE WEDEL , d'un air affirmatif.

A n'en pouvoii* douter.

LE PRINCE

Eh bien! je l'aurais parié : je me le suis dit vingt fois; mais enfin, mes soins, ma complaisance, l'affection que j'aurai pour elle lui tiendront peut-être lieu de l'amour qu'elle n'a pas pour moi; et qu'importe, après tout, si je fais son bonheur?

MADEMOISELLE DE WEDEL.

Son bonheur! non, car j'ai fait encore une autre obsei-va-

t'On ; (Le prince rapproche encore sou fauteuil, et se trouve tout près d'elle.)

G est que vous ne l'aimez pas non plus.

LE PRINCE

En êtes-vous bien sûre?

MADEMOISELLE DE WEDEL.

Je puis vous le jurer! je vous vois galant auprès d'elle, mais jamais le désir de la voii" ne vous a fait manquer une partie de chasse.

LE PRINCE

C'est vrai.

MADEMOISELLE DE WEDEL.

Jamais son arrivée subite ne vous a troublé.

LE PRINCE

C'est encore vrai.

MADEMOISELLE DE WKDEL.

Jamais les hommages qu'on lui rendait n'ont excité votre émotion.

LE PRINCE, avec tendresse.

C'est bien étonnant; tout ce que vous dites là, je le ressens auprès de vou*; !

RÉCITATIF

MADEMOISELLE DE WEDEL.

0 ciel! que dites-vous? ma surprise est extrême. DUO.

LE PRINCE

Oui ! je le vois, oui, je vous aime;

Depuis longlemiis je m'en doutais.

Et cependant je n'ai jamais Osé vous le dire à vous-même!

MADEMOISEI.I.E DE WEDEL, souriant.

D'un tel amour comment avoir pitié Quand tout à riieurCj et près d'um autre belle. Ce rendez-vous...

LE PRINCE, vivement et se frappant le front. Ce mol me le rappelle; (Tendrement.) Auprès de vous je l'avais oublié.

MADEMOISELLE DE WEDEL.

Monseigneur vent rire, je gage.

LE PRINCE

Quel sacrifice^ quel liomm ige Pourraient vous prouver moi' amour?

MADEMOISELLE DE WtDEL.

Un seul me plairait en ce jour.

ENSEMBLE

MADEMOISELLE DE WEDEL.

Mais, je vous en préviens d'avance.

Ah! Monseigneur, pensez-y bien :

Ne concevez nulle espérance.

Songez que je ne promets rien.

LE PRINCE

Ah! parlez, j'y souscris d'avance.

Grand Dieu ! quel bonheur est le mien ï J'obéirai sans récompense, Et mon cœur ne demande rien.

MADEMOISELLE DE WEDEL.

Eh bien! si vous alliez vous-même Au prince déclarer demain Que vous renoncez à la main De sa fille...

LE PRINCE

0 bonheur suprême!

Et vous croirez alors que je vous aime f

MADEMOISELLE DE WEDEL.

Non, je vous l'ai dit ; songez bien Que mon cœur ne promet rien.

LE PRINCE

N'imjiorte; au moins par mon obéissance Mes feux vous seront prouvés.

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