‹ Opérations minières dans la province de Québec pour l'année 1902 [microforme]Chapitre 1 sur 24 · PAR · texte numérisé non relu

PAR

J. OBALSKI,

Ingénieur et Inspecteur des mines.

Monsieur le ministre,

J'ai l'honneur de vous présenter, ainsi que chaque année, un rapport détaillé sur les progrès de l'industrie des mines dans la province, pour 1902,

La loi des mines fonctioune d’une façon régulière et satisfaisante, et les opérations du bureau des mines de Québec et du bureau d'essai de Montréal paraissent donner satisfaction au publie intéressé dans cette industrie.

Le développement de nos mines se continue d’une façon systématique et constitue déjà, pour certaines spécialités, telles que l'amiante, le cuivre, le chrome, le mica, la manufacture de la fonte, des industries permanentes, ‘andis que nous en voyons d'autres, telles que le graphite, la fabrication du ciment et de la tourbe comprimée, l'utilisation des sables magnétiques qui font, chaque année, des progrès sensibles en relation avec l'industrie en général et les besoins de notre pays, et qui, avec le temps, devront créer des industries également importantes.

Des indications de cuivre ont été trouvées dans le comté de Matane, et des travaux de recherches se poursuivent dans cette région.

D'après les rapports des compagnies minières, il n'y aurait eu que deux hommes tués et quatre sérieusement blessés, sur un total de 5,000 ouvriers employés dans cette industrie, Les instructions concernant la sécurité des ouvriers et la protection des femmes et des enfants sont bien observées, et le bon ordre est assuré pur les soins de notre sergent de police. Il à été accordé 5 licences d'hôtel sous la loi des mines.

La production totale de produits minéraux représente cette année, trois millions de dollars, valeur brute à la mine ou aux ateliers,

J'ai l'honneur d'être, monsieur le ministre, Votre obéissant serviteur,

J, OBALSKI, Ingénieur et inspecteur des mines, Québec, février 1902.

FER ï

Il n'a été fait aucune découverte de minerai de fer dans la province, pendant l'année. Des prospects assez importants se sont fait: à la mine de fer magnétique de Leeds, comté de Mégantie, . :; la direction de M. Chs, Lionais, et ont continué à mettre à découvert les veines signalées dans le rapport de l’année dernière.

Dans le canton de Cleveland, XITE, 21, près de Richmond, on a un peu travaillé sur un dépôt d'hématite dans du calcaire dont 60 tonnes ont été expédiées à Drummondville,

Sur la côte nord du Saint-Laurent, on a continué à explorer les dépôts de sable magnétique : plusieurs transactions notables ont été faites, et d'assez grandes étendues de terrain supposé contenir ces minerais ont été vendues par le gouvernement, si r le côté est de la rivière Natashquan. Des essais de concentration ont aussi été faits sur les dépôts à l’ouest de la rivière Moisie.

M. Marcus Ruthenburg, de Philadelphie, a présenté, à la réunion de la “ Electro Chemical Society,” un mémoire très intéressant sur l'agglomération et le traitement électrique des minerais de fer magnétique à l’état pulvérulent, Ce travail a été lu à la réunion de cette société, aux Chutes Niagara, en septembre dernier, et comme le procédé s'applique parfaitement à l'utilisation de nos sables magnétiques j'en donne une analyse, en méme temps que quelques notes, sur ces importants gisements,

Le sable magnétique, une fois puritié, représente un sable très fin pouvant passer dans un tamis de 80 mailles et qui contient environ * . “ l 70./° de fer métallique et très peu ou pas de soufre, de phosphore Il À et de titane.

Le procédé Ruthenburg consiste à projeter ee sable dans nn fournean électrique dan: lequel la zône de fuseau est comprise dans un champ magnétique formé par des aimants qui sont retroidis par un courant d'eau intérieur et qui font fonction d'électrodes, L'élévation de température formée par l'arc produit la fusion du minerai de fer qui, uue fois fondu, perd sa propriété magnétique : les grains s'agglomèrent et la masse tombe en morceaux de la grosseur d'une fève à celle d'une noix, dans un récipient, Le minerai est distribué d'une façon régulière et la production de minerai fondu est ainsi constante,

Le produit ainsi obtenu a la même composition que le minerai luimème, sauf que l'humidité et le soufre qu'il pouvait contenir ont disparu et sa consistance est celle d'un minerai dur et poreux, c'est-àdire dans les meilleures conditions pour ètre traité.

M. Ruthenburg va plus loin et prétend que si l'on mélange le minerai à la poussière de coke on de charbon de bois qui en même temps aide à maintenir l'arc, l'oxyde de fer est partiellement réduit, sans que cependant le charbon soit entièrement consumé, et la masse, ainsi formée de minerai de fer aggloméré, fer réduit et charbon non brûlé, tombe dans le réservoir, Sion l'y abandonne pendant un certain temps, grâce à la chaleur conservée par cette masse, il se produit une véritable cémentation en même temps qu'il se forme une petite quantité de scorie due aux cendres du combustible ou aux impuretés .estant dans le minerai. Cette masse, formée alors de fer spongieux et de fer carburé, peut être traitée au réverbère produisant ainsi de l'acier sans passer par le haut fourneau.

M. Ruthenburg ne donne pas de chiffres dans son mémoire ni ne cite des résultats d'expérience, mais il dit qu'il a employé ce procédé depuis au-delà d'un an, et le recommande comme pratique et économique. Îl remarque aussi qu'il peut s'appliquer, après enrichissement, à des minerais magnétiques pauvres par mélange avec la roche; il dit que dans les conditions où il a opéré, la consommation à été de 450 kilos wats heures par tonne de produit aggloméré ainsi obtenu, et il estime le coût du kilo wat heure à 1/4 de cent si produit par la vapeur, et à 1/7 de cent par un pouvoir d'eau, ce qui correspond à $1.12 172 par tonne de minerai fondu, dans le premier cas, et 67 1/2 cents dans le second.

Comme application spéciale aux sables magnétiques, je rappellerai qu’ils existent par millions de tonnes sur certaines grèves de la Cote Norë du Golfe St-Laurent. L'oxyde magnétique y est mélangé de sables quartzeux et feldspathiques et de fer titané et s'y trouve dans une proportion pouvant varier de 10 à 50"/, d'oxyde magnétique, mais que p atiquement et industriellement, l'on peut estimer en moyenne à 20,/. Différents procédés ont été inventés pour le purifier, et on se débarrasse sans difficulté du sable ordinaire et du titane. On obtient ainsi un produit tenant de 69 à 71 de fer métalliqne, traces à 0.04 de soufre, traces à 0.04 de phosphore et 03 à 0.9 de titane avec 3 à 4 de quartz et de silicates.

Les objections à l’exploitation de ces minerais ont été jusqu'à présent les suivantes :

1° Abondance du titane dans le sable brut :

2" Etat pulvérulent du minerai.

La première a été résolue par l'emploi de machines spéciales simplement magnétiques ou électro-magnétiques purifiant le minerai à l’état sec ; cependant le progrès doit porter sur le sable naturellement humide. Je suggèrerais qu’une premiè: > concentration fût faite sur place avec des tables de grande capacité : on obtiendrait alors un produit composé seulement d'oxyde magnétique et de fer titané qu’on sècherait ; on se débarrasserait alors du fer titané avec un concentrateur magnétique. On a cherché à rémédier à l'état pulvérulent en formant des briquettes avec ce sable, mais jusqu’à présent sans un grand succès. Si le procédé Ruthenburg entre dans le domaine pratique, cette deuxième objection sera également enlevée, Nous aurions donc aipsi à notre disposition une source importante de minerai de fer très remarquable. De fait, leur exploitation présente des difficultés d’un autre ordre, mais que la science de l'ingénieur, aidée de forts capitaux, n'aurait pas de difficultés à vaincre. En effet, ces dépôts se trouvent sur des grèves faisant face à la mer et à de certaines distances de bons hâvres : on espère, il est vrai, trouver de ce sable à de petites distances dans l’intérieur. On aura donc à s'occuper de la manutation de grandes masses par des moyens mécaniques, dragues ou pelles à vapeur, leur concentration et leur transport aux points de chargement à des distances de 5 à 15 milles, l'aménagement ‘des quais, magasins et élévateurs, pour le chargement rapide, car il ne faut pas penser à l'expédition en sacs. On devra donc avoir des steamers spacieux en nombre suffisant, vu que la saison de navigation dans le St-Laurent est au maximum de 8 mois. En prenant tous ces faits en considération, on voit qu'une exploitation de ce genre ne peut être entreprise que sur une échelle très vaste, et que les capitaux qu'elle nécessite devront ètre nécessairement considérables, Quant à la question de marché, j'estime que des minerais de cette qualité et à l’état d'agglomération dont j'ai parlé, seront hautement appréciés par les établissements métallurgiques du Canada, des Etats-Unis, et même de l’Europe, en tenant compte des transports.

On peut done dire que cette question est en grand progrès, et il est à espérer que dans un avenir peu éloigné, elle donnera lieu à une industrie importante.

Des articles sur le procédé Ruthenburg ont paru dans les publications suivantes : “ Electro Uhemist & Metallurgist, Mars 1902 ” ; “ Scientific American, ler novembre 1902 ” ; “ Iron Age, 25 septembre 1902 et 18 février 1902” ; “ Electro Chemical Industry, février 1903”.

Une quantité de 110 tounes de minerai brut provenant de Moisic, a été expédiée pour être concentrée et agglomérée à Lockport, N.-Y. où se font les essais pratiques du procédé.

Ilest annoncé qu’une compagnie américaine, sous le nom de “ Canadian Steel & Coal Co.”, serait organisée pour exploiter un bloc de terrain de 4000 acres supposé contenir du sable magnétique, et situé sur le côté est de la rivière Natashquan, au nord des lots arpentés, Cette compagnie possèderait aussi une grande étendue de terrain houiller au Cap Breton, (Nouvelle-Ecosse).

Rien de nouveau à mentionner au sujet du fer titané, des essais se continuant pour son usage industriel.

Les compagnies “ Canada [ron Furnace Co.”, à Radnor, et “ John McDougall & Co.”, à Drummondville, onteu chacune un haut fourneau en opération respectivement pendant 300 et 250 jours, avec les résultats totaux suivants, en tonnes de 2000 livres :

Minerai chargé (en partie bog ore)....... 18534 tonnes. Calcaire “ 1742 * Charbon de hois chargé 103952 minots.

Fonte produite 7970--Fhtonnes valant au fourneau $181,500.25 ; le nombre d'ouvriers employés étant de 50. Le minerai employé provient des comtés de Champlain, Saint- Maurice, Joliette, Nicolet, Drammond et Vaudreuil.

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