TOURBE
L'attention publique ayant été éveillée, pendant la derrière année, sur les moyens à employer pour suppléer à l'absence de l'anthracite, par suite des grèves de la Pensylvanie, la tourbe a été mentionnée comme apte à être utilisée avec avantage. et je donne ci-dessous quelques notes sur ce qui a été fait et peut se faire.
La tourbe est répandue dans tout le Dominion, et particulièrement dans tous les points de la province de Québec, en très grandes quantités, et d'une facon généralement très accessible par les chemins de fer ou les voies d'eau ; la qualité en est habituellement bonne. Elle se rencontre dans des savanes souvent sans valeur ponr la culture, et dans un pays peu peuplé, où le bois est si abondant, que l'on s'en est peu occupé, Cependant, vers 1864, des essais sérieux furent faits sur une tourbière, dans RBn° trade (Co. Arthabaska), au moyen de machines inventées par M. Jan.» ‘Jodges. Ces machines étaient placées sur des barges ou pontons fottants dans les canaux coupés dans la tourbière, et consistaient en une tariere de large diamèire qui enlevait la tourbe en avant des pont£ns, lenr creusant, en même temps, uu che-
min ; la tourbe était débarrassée des racines et morceaux de bois, puis réduite en pulpe dans un appareil spécial. Cette pulpe était étendue au soleil et découpée en petits blocs qui se contractaient en séchant.
D'après les rapports de cette époque, les résultats furent satisfaisants, et la Compagnie du Grand Tronc fit des essais, et en employa une certaine quantité sur ses locomotives, Les travaux furent continués pendant 7 ou S ans, puis abandonnés pour des raisons que nous ignorons.
En 1874, d’autres travaux furent entrepris près de Ste-Brigite et St-Hubert, dans le comté de Chambly, en employant les mémes machines. M. David Aikman, qui avait été mélé à la première entreprise, perfectionna les procédés, et l'on dit qu'alors, il en fut produit, en 1874, une quantité de 2,000 tonnes, et de 14,00) tonnes en 1875, lesquelles furent employées, en grande partie, par le Grand Trone. Les opéra rations se continuèrent jusqu'en 1877, par la Canada Peat Fuel Co. En 1855, un autre essai fut fait près de Port Lévis, dans le comté de Huntingdon, par la Huntingdlon Peat Co. employant ie proe ‘lé Griffin.
M. Aikman, qui a fait une spécialité de la manufacture de la tourbe, continua à perfectionner ses machines pour lesquelles il prit
un grand nombre de brevets pour la réduction en pulpe, la compression et le séchage, et nous avons sous les yeux un prospectus daté de juin 1890, dans lequel “ The Aïkman Carbonized Peat Fuel Co.” expose ces procédés comme suit :
+ Ce combustible est obtenu au moyen d'une machine portée sur un ponton que l'on fait flotter sur la tourbière. La tourbe est arrachée par une paire de grandes tarières à auges placées à l'avant du ponton, d'où elle est transportée automatiquement dans un réservoir et soumise à l'action de la vapeur perdue de la machine motrice ; elle est ensuite conduite par un élévateur à un compresseur qui lui enlève 33"/, d'eau, puis est désintégrée par une roue à dents, d'où elle va à un séchoir spécial et est alors amenée à la presse sous forme de poudre sèche qui, sous l'action de la chaleur et d'un mélangeur, est réduite à l’état piteux grâce à la fusion des goudrons qu'elle contient. Etant alors pressée et soumise à l'action de la chaleur,
‘elle est partiellement carbonisée et sort du tube où elle est comprimée, sous la forme d'un cylindre de 2 ou 4 pouces de diametre qui est coupé de longueur convenable, à sa sortie,”
La Compagnie prétendait produire ce combustible à bas prix, et & l
réclamait pour Ini des qualités qui en faisaient un produit très avantagenx. Il n'est pas à ma connaissance que cette Compagnie ait fait autre chose que des essais.
En 1901, la Compagnie de la “Tourbe Combustible de Québec Ltd", de Fraserville, construisit un petit moulin près de la station de Cacouna, 1. C. R., dans le comté de Témiscouata, sur une tourbière de cette localité, Je l'ai visitée vers le mois de juillet : elle se composait d'un malaxeur qui distribuait la tourbe en pulpe à une machine à mouler. La tourbe était mélangée à une composition à base de pétrole brut et autres produits combustibles, et n'était pas comprimée mais moulée, chaque briquette ayant un poids de 2 livres. La “apacité du moulin était de 15 tonnes par 10 heures, le tout actionné par une chaudière de la force de 20 chevaux où l'on brûlait la tourbe légère de la surface, S hommes y étant employés, y compris ceux pour extraire la tourbe. Les procédés de la Compagnie étaient couverts par des brevets, et à cette installation d'essai, on devait apporter des modifications suggérées par l'expérience. Malheureusement, à l'automne de la méme année, tout a été détruit par un incendie.
Entin, tout dernièrement, T'he National Light Heat & Power Co. Ltd. de Montréai, au capital de $1.000,000, “'est organisée dans le but
«d'exploiter les tourbières de Ste-Brigite, près de Farnham et autres points de la province, Cette compagnie a le controle des brevets Aikman, et doit préparer de la tourbe comprimée d'aprè rience acquise par ce dernier, en se servant pour l'extraction de la tourbe.
s l’expéaussi des appareils Hodges,
La tourbe est le produit de la Técompos:tion lement du genre Sphaigne et d’autres plantes marécages où dans des régions humides.
avancé de décomposition, la tourbe présente un aspect plus où moins compact, les traces d'organisine tendant à disparaitre en profondeur. On a remarqué, dans toutes les tourbières, que la partie profonde, c'est-à-dire-la plus ancienne, est plus compacte et plus dense, tandis que la zône moyenne est spongieuse, montrant encore la forme des plantes de la tourbière : enfin, à la partie supérieure, se trouvent les plantes encore vi 'antes, où à peine décomposées ; l’action qui a donné lieu à la tourbière se continne encor: de nos jours, c'est-à-dire que les plantes mortes sur place se décomposent lentement, tandis que d’autres poussent à la surface. Ce procédé de transformation est relativement assez rapide, et a pu souvent se constater dans des périodes de temps se chiffrant pur quelques années. L'épaisseur des tourbières est variable, mais souvent assez considérable : ainsi, on cite. dans Harrington, comté d'Argenteuil, des dépôts ayant une épaisseur de 25 pieds.
de mousses, généraaquatiques, daus des Selon l'état plus ou moins
D'une façon générale, on peut dire que ] tible inférieur, mais dans certaines conditit charbon à un prix élevé comme actuelleme ‘distances des points de consommation, | parée peut étre substituée à la houille, bien entendu que je parle ici de 1 qui, à l’état naturel et simpleme comme supérieure ‘alorifique,
a tourbe est un combusns, par exemple avec le nt, et situé à de gran les à tourbe convenablement preau coke et à l’anthracite, Il est à tourbe compacte du niveau inférieur nt séchée an soleil, peut étre considérée
au bois ordinaire au point de vue de la puissance
Les principales difficultés qui ont été rencontrées d la tourbe sont la grande quantité d'eau qu'elle dans les parties spongieuses, peut aller à 90°, tandis qu'elle est encore de 30", dans les parties compactes, Lorsque la tourbe a été desséchée, elle est encore très hygrométique et réabsorhe assez rapidement une grande quantité d'eau. On doit donc se préoccuper, pour avoir une bonne tourbe combustible et commerciale, de réduire
ans l'emploi de contient, et qui,
le plus possible son volume, et de lui enlever, si possible, cette propriété absorbante. On devra alors la comprimer, et on a obtenu de bons résultats en la comprimant à chaud, une fois qu'elle a été partiellement séchée. Dans quelques cas, on l'a réduite en pulpe qu'on a séchée et méme partiellement carbonisée, une compression subséquente a alors produit un combustible jouissant des propriétés demandées. Ces résultats ont été obtenns, mais avec des dépenses parfois trop fortes pour en faire une industrie payante.
La question technique parait donc résolue jusqu'à un certain point. et il ne reste que la question commerciale qui, pour Îles capitaux engagés dans une telle industrie, est d'une importance vitale.
Dans les pays de l'Euxope, l'exploitation de la tourbe est une industrie bien établie, et on cite la Hollande où une étendue de tourbière de 3 à 400,000 acres a été exploitée, ayant fourni pour environ 1 milliard et demi de dollars de produit marchand. Le Danemark fouruit aussi beaucoup de tourbe au commerce, et l’on cite une seule exploitation donnant, depuis bien des années, une quinzaine de mille tonnes par année, La Suède et la Norwege, la Russie, l'Allemagne et la France ont exploité la tourbe depuis longtemps d'une façon profitable pour les usages domestiques, industriels et métallurgiques. Je rappelerai que l'Irlande, le pays classique de la tourbe a 174 de sa superficie couvert de tourbières qui fournissent le combustible à une partie de sa population.
Dans tous ces pays, la tourbe à été d'abord employée à l'état naturel, simplement séchée au soleil, le travail se faisant à la main ou par des machines, puis, à l'état comprimé. On s'en sert comme combustible domestique, pour la production de la vapeur, pour la fabrication du gaz dans les appareils métallurgiques, notamment les fours Siemens. à l'état de charbon de tourbe pour la consommation domestique et la métallurgie, comme litière dans les écuries où elle absorbe les liquides et est ensuite utilisée comme engrais, pour le paquetage des fruits ou produits de consommation, pour la literie et la sellerie. Enfin, on l'a employée pour ses produits secondaires, tels que huile, paratine, ete. On l'a aussi proposée pour la fabrication de la pulpe à papier. |
On voit done que les usages de la tourbe sont nombreux et variés, et que dans une tourbière, si les couches profondes peuvent donner un bon combustible, les couches superticielles peuvent, sous le nom de
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mousse litière, trouver des emplois et des marchés rémunérateurs : cependant, dans l'état actuel du Canada, l'utilisation de la tourbe comme combustible serait surtout à considérer.