MESURE DE LA DURÉE DE L'IMPRESSION
■ semble que c'est pour ce motif qu'il produit sur l'œil une impression relativement plus forte : l'obscurité qui suit immédiatement la sensation d'une lumière brillante ne détruit pas cette sensation.
Si l'on regarde le disque à travers un verre rouge, on voit apparaître très -nettement sur les secteurs noirs, le vert-bleu complémentaire de la lumière propre de la rétine (voy. plus loin page 568), tel qu'il persiste dans l'image accidentelle obtenue après avoir regardé longtemps le disque. 11 est remarquable assurément que c'est sur les secteurs papillotants, où le rouge présente le maximum d'intensité et de pureté, qu'on voit aussi, par contre, le vert-bleu complémentaire attirer le plus fortement l'attention; de telle sorte que, notamment dans la vision indirecte, ces couronnes paraissent franchement bleuâtres. Je dois encore m'écarter ici de la description de Brùcke, et dire qu'en y portant mon attention, le rouge de la couronne papillotante, vu au milieu du vert-bleu, me paraît plus saturé et plus brillant que sur les ; autres couronnes. C'est là un des cas où l'on voit deux couleurs différentes qui paraissent se superposer sans mélange, et je crois que le bleu- ! vert attire plus vivement l'attention, quoique moins lumineux, parce I qu'il diffère plus des couleurs environnantes. — Je conviens cependant que toute cette théorie des phases colorées de la lumière chromatique présente encore un trop grand nombre de phénomènes compliqués et qui ne s'expliquent pas, pour qu'on puisse admettre comme complètement établies les explications de faits particuliers.
Des faits exposés dans ce paragraphe, il résulte que la lumière, en impressionnant la rétine, laisse dans l'appareil nerveux visuel une action primaire qui ne se transforme en sensation que dans les instants i suivants. La grandeur de la modification primaire produite par une impression lumineuse momentanée ne dépend que de la quantité de lumière qui est tombée sur la partie considérée de la rétine ; elle est donc la même pour une lumière très-intense qui agit pendant un temps très-court que pour une lumière faible qui agit pendant plus i longtemps, à cette seule condition que la durée de l'action n'atteigne jpas 730 de seconde. L'action primaire instantanée d'une lumière trèsintense ne produit donc pas une impression relativement plus faible que celle d'une lumière modérée, au contraire de ce qui a lieu dans la sensation durable de lumières d'intensités différentes.
Il n'y a pas ici de contradiction, comme on pourrait le croire, car mous n'avons constaté le manque de proportionnalité qu'entre l'inten- Ssité objective de la lumière et la sensation à son état parfait, tandis i que nous ne nous occupons ici que de l'action primitive instantanée,
/|58 (Ml) DEUXIÈME PAHTIi:. - DES- SENSATIONS VISUELLES. § 25 qui ne passera que plus tard à l'état de sensation; or rien n'empêcht d'admettre que la valeur de l'impression primaire instantanée de la masse nerveuse suive une autre loi que la sensation, cette action secondaire. On se rendra peut-être mieux compte de ces circonstances en les comparant avec ce qui se passe dans l'aiguille aimantée d'un multiplicateur galvanique, qui est déviée par un courant intermittent à interruptions suffisamment rapides. Dans ce cas aussi, la déviation ne dépend que de la quantité totale d'électricité qui traverse le fil dans l'unité de temps, mais sans être proportionnelle à cette quantité ; mais ici aussi il existe une action proportionnelle à la quantité d'électricité de chaque courant instantané : c'est la petite vitesse de déviation que chacun de ces courants imprime à l'aiguille, et qui doit être compensée par l'effet de l'électricité terrestre dans l'intervalle de deux courants successifs, si la déviation de l'aiguille doit être constante. L'aiguille paraît être en repos, et déviée d'une quantité con-j starite quand les oscillations que les courants successifs provoquent dans sa position sont trop faibles pour être appréciables, et, de mêmea une lumière intermittente donne une sensation continue quand les oscillations de l'intensité de cette sensation sont plus faibles que les plus petits degrés appréciables 'de la sensation.
En ce qui concerne la disposition des disques rotatifs, dont la première mention se trouve chez Musschenbroek (1), la plus simple est celle que donnent les toupies.
— Je me sers ordinairement, pour la plupart des expériences, d'une toupie tournée, de laiton, dont la figure lûO représente l'élévation à 1/3 de grandeur naturelle. On la met en mouvement avec la main. On peut, de cette manière, la faire tourner facilement à tout moment sans prépara tif aucun, et augmenter ou modérer à volonté sa vitesse ; mais en tout cas, le maximum de vitesse qu'on peut lui imprimer avec les doigts n'est que d'environ six tours à la seconde, et ce mouvement se conserve pendant trois ou quatre minutes. Cette faible vitesse de rotation fait qu'on ne peut obtenir une impression lumineuse tout à fait uniformç qu'en divisant le disque en quatre ou six secteurs, sur chacun desquels on répète la même répartition de couleurs, de lumière et d'ombre. Si le nombre de répétitions du dessin est moindre, on obtient, du moins par un fort éclairage, un
M) Jnlroihiclio, § 1S20.