‹ Optique physiologique [electronic resource]Chapitre 22 sur 105 · LATITUDE · texte numérisé non relu

LATITUDE

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Vérification de la loi des rotations à l'aide de V astigmatisme. — Au moment de corriger l'épreuve de ce qu'on vient de lire, je reçois une communication de E. Javal, d'après laquelle une inclinaison de la tête est compensée, en partie, par une torsion de l'œil en sens inverse, de sorte que la position de l'œil n'est pas indépendante de celle de la tête, aussi rigoureusement que l'affirme la loi de Donders. — C'est par des observations faites sur des astigmates que Javal (1) a constaté, dans une certaine mesure, l'exactitude de l'assertion de Hueck. En effet, les personnes affectées d'astigmatisme un peu considérable s'aperçoivent facilement que, lorsqu'elles penchent la tête vers l'une ou l'autre épaule, leurs lunettes correctrices cessent de corriger parfaitement leur défaut. En prenant pour objet une circonférence de cercle dressée à l'extrémité d'une planchette que le sujet tient entre ses dents, l'astigmate constate que pour continuer à la voir nettement en penchant la tête à droite, il lui faut faire tourner son verre cylindrique à gauche. Son astigmatisme étant pareil sur les deux yeux, Javal a pu faire cette expérience binoculairement, ce qui prouve bien que le phénomène n'est pas dû à une oscillation de la convergence. Ayant répété le même essai à l'aide d'images accidentelles, je puis ajouter que pour mes yeux il se produit également une légère rotation dans le sens indiqué par Hueck. J.a méthode que je viens d'indiquer présente plus de sensibilité que celle de Fick pour ce motif qu'au lieu de mesurer deux mouvements effectués l'un par la tête et l'autre par lepunctim cœcum dans le champ visuel, on mesure directement la torsion, qui est la différence de ces deux mouvements.

Il est à peine besoin d'ajouter que la restriction que nous venons d'apporter à la loi de Donders ne porte aucune atteinte aux déductions que nous en avons tirées, car, pour toute position donnée de la tête, à une position déterminée de la ligne visuelle correspond toujours une valeur déterminée de la torsion.

(1) Wecker, Études ophthalmologiques, Paris, 1866, II, 815 (cliapilre Astigmatisme^ par Javàl).

Vérification des positions des yeux à Faide des images correspondantes dans les deux yeux. — Les méthodes dont nous allons parler paraissent comporter une exactitude bien plus grande que celle des images accidentelles ; mais elles servent seulement à comparer entre elles les positions des deux yeux et non à déterminer celle de chacun isolément. Elles sont donc très-utilisables pour rechercher les petites aberrations individuelles que les mouvements des yeux présentent par rapport à la loi de Listing. De plus, dans certains cas, et notamment pour la théorie de la vision binoculaire, c'est précisément la détermination des différences de position des deux yeux qui importe particulièrement.

La première application de ces méthodes a été faite par Meissner (1). — Il fit remarquer que, lorsqu'on tient devant soi un fd métallique tendu perpendiculairement au plan de regard, et qu'on le regarde de telle manière que les lignes visuelles convergent vers un point situé un peu en avant ou en arrière de ce fil, ses images doubles ne sont pas parallèles, mais présentent entre elles une certaine inclinaison; pour obtenir le parallélisme des images, il faut incliner le fd par rapport au plan de visée. De la position du fil, par raj)port au plan de visée, on déduisait facilement la position des méridiens verticaux qui se correspondent dans les deux yeux, ce qui permet de calculer la torsion de l'œil, du moins pour les positions médianes du point de convergence. Les expériences que fit Meissner d'après cette méthode qu'il avait si ingénieusement inventée, confirmèrent, en général, la loi de Listing, bien cju'il faudrait peut-être faire subir quelques corrections aux résultats qu'il obtint, à cause de certaines sources d'erreur qui n'ont été révélées que par des expériences plus récentes. D'abord, il ne connaissait pas encore de différence entre le méridien vertical apparent et le méridien vertical réel de l'œil, et il admettait, ainsi qu'on le faisait généralement alors, que des lignes verticales, situées à une distance infinie, se représentaient sur des méridiens identiques dans les deux yeux. En second lieu, il ne connaissait pas encore l'influence, découverte par Yolkmann, de la convergence sur les torsions de chaque œil. Enfin, l'estimation du parallélisme des deux images peut être troublée par cette circonstance que l'une des extrémités du fiî métallique se rapproche tantôt plus et tantôt moins de l'œil, ce que l'observateur sait et perçoit: à la notion du parallélisme des images dans le champ visuel peut se substituer celle du paralléhsme de deux lignes objectives situées dans un plan inchné par rapport à l'observateur.

Pour cette raison, il serait sans doute mieux d'apporter au procédé de Meissner la modification proposée par Volkmann (2). — Sur un mur vertical placé devant les yeux, Volkmann dispose deux disques rotatifs, de façon que leurs centres se trouvent sur les lignes visuelles des yeux, disposées pour voir à l'infini. Chaque disque présente une ligne mince passant par son centre et changeant, pai' conséquent, de position pendant la rotation du disque. Le pourtour du disque porte un cercle gradué pour déterminer les changements de direction. L'observateur regarde les deux lignes dessinées sur les disques avec la convergence minimum des yeux,

(1) Beitrage zur Physiologie des Seliorgans^ 1851. |

(2) Physiologische Untersuchungen im Gebiete der Optik, Leipzig, 186/i, 2, p. 199-2/10. [

§ 27. ÉTUDE DES ROTAT. A L'AIDE DES IMAGES BINOCULAIRES. (525) 673 de sorte qu'il en voit deux images très- voisines qu'il cherche à rendre parallèles en faisant tourner l'un des disques.

En faisant de nombreuses expériences de ce genre, on peut obtenir des moyennes très-exactes. Volkmann n'a pas appliqué cette méthode aux différentes positions de la tête, afin de pouvoir tirer des conclusions relatives aux mouvements ; on peut cependant l'appliquer à ce but en regardant les disques avec différentes positions de la tête.

L'appareil de Volkmann comporte, à cet effet, la simplification que voici : Pour l'étude des positions parallèles de mes propres yeux, j'ai suspendu, en avant d'un tableau vertical de bois, deux fils tendus par de petits poids ; l'un des fils était blanc sur fond noir, et l'autre noir sur fond blanc. La distance des clous auxquels étaient attachés les fils était choisie de telle manière que les centres des fils sur lesquels je fixais le regard pendant l'observation présentassent une distance de 68""\ égale à l'écartement de mes yeux. Les fils s'appuyaient, en bas, contre deux épingles plantées dans le bois, qui les faisaient converger un peu. Derrière le milieu des fils, partie qu'il fallait fixer, une ligne horizontale était tracée exactement à la hauteur de mes yeux. J'observais en maintenant les lignes visuelles en parallélisme, ce qui amenait les fils dans la même région du champ visuel commun, et je déplaçais l'une des épingles jusqu'à ce que, les fils ne se croisant plus, une faible convergence les fît apparaître sous formes d'images parfaitement parallèles. La différence de coloration des fils permet de mieux juger leur coïncidence, dans le champ visuel, que s'ils étaient de même couleur, ce qui favoriserait beaucoup leur fusion stéréoscopique, même lorsqu'ils sont loin de se superposer. Lorsqu'ils présentent des images doubles voisines, leurs miheux paraissent séparés et leurs extrémités se confondent. Il faut alors faire attention à ce que leur réunion se fasse de la même manière en haut et bas.

En faisant osciller la tête d'avant en arrière, j'ai pu répéter ces expériences avec les lignes visuelles parallèlement abaissées et élevées, et je trouvai effectivement que le parallélisme des fils ne reste pas aussi parfait que l'exigerait la loi de Listing; ainsi, pour les lignes visuelles parallèles élevées jusqu'à la Hmite supérieure du champ visuel, l'angle des méridiens verticaux apparents était de 0^,3 plus grand que pour la position parallèle la plus basse des lignes visuelles : dans la première de ces positions, l'extrémité supérieure du méridien vertical de chaque œil s'incHnait de 0°,15 plus en dehors que dans la seconde. En répétant plus tard ces expériences, j'ai trouvé plus avantageux de donner comme objets, à l'un des yeux, une bande rouge rectangulaire de 3°"' de largeur, et à l'autre, un fil bleu, le tout sur fond noir. Le fil doit apparaître sur le milieu de la bande rouge.

Volkmann lui-même a fait ses expériences sur les positions de l'œil à l'aide d'une modification de cette méthode. — Au lieu de dessiner un diamètre entier sur ses disques rotatifs, il ne traçait qu'un rayon, et il cherchait, dans l'examen binoculaire, à faire paraître ces rayons sur une môme ligne droite. La tête était maintenue convenablement ; les disques rotatifs étaient placés dans d^ux tubes noircis qu'on pouvait diriger à volonté, à l'aide d'articulations convenables, de sorte que chaque œil regardait un disque par chacun des tubes, ce disque restant toujours perpendiculaire à la ligne de regard.

QIU {52â) TROISIÈME PARTIE. — DES PEKCEPTlOiNS VISUELLES. § 27.

Les expériences que fit Yolkmann, en maintenant le parallélisme des lignes .visuelles, lui apprirent que ses yeux s'écartaient très-peu de la coïncidence exigée pr la loi de Listing. Il ne se manifesta absolument aucun écart lorsque, partant de la position primaire qu'il avait déterminée à l'aide des images accidentelles, il regardait directement en haut, en bas, à droite ou à gauche. Il trouva, au contraire, de petites déviations lorsqu'il regardait obliquement en haut ou en bas. Les nombres suivants sont chacun la moyenne de 60 observations ; dans 30 observations de chaque série, le rayon mobile répondait à l'œil droit et dans les 30 autres, il répondait à l'œil gauche; les nombres indiquent l'angle compris entre les rayons qui paraissent former une ligne droite verticale.

L'angle qui diiîère le plus de celui de la position primaire s'en éloigne de 0°,9, ce qui, réparti également entre les deux yeux, donne, pour chaque œil, 0°,45, | valeur qui devait assurément échapper dans les expériences avec les images accidentelles.

Volkmannn trouva, de plus, à l'aide de la même méthode, qu'en faisant converger les regards vers un point du plan horizontal éloigné de 30 centimètres, l'angle des méridiens verticaux apparents s'élevait de 2%15 à Zj°,16; ce qui faisait, pour chaque œil, une torsion d'environ un degré, qui ne se serait pas produite pour la même position de sa ligne visuelle, l'autre restant en parai- I lélisme. 1

Pour mes yeux, la convergence est accompagnée d'un écart très-faible, mais du ' même sens que chez Volkmann. — ■ J'ai fait l'observation à l'aide d'un fd noir fin, enfilé dans le Irou d'une aiguille. Cette aiguille était plantée, à la hauteur de mes i yeux^ au mifieu du panneau blanc d'une porte ; les bouts du fil, chargés de petits P poids, s'appuyaient sur deux épingles plantées sur une même horizontale. Le fil formait donc deux lignes droites se réunissant, sous un angle variable, dans le trou de l'aiguille. En faisant varier légèrement la hauteur des épingles, on obtient un angle dirigé à volonté vers en haut ou vers en bas, et dont les deux côtés restent toujours dans un plan parallèle à celui de la porte. Pour regarder avec des lignes visuelles parallèles, je tenais devant l'aiguille une bande verticale de papier fort, de 68""™ de largeur : quand les lignes de regard sont parallèles, les parties encore visibles du fil paraissent se réunir au milieu pour former un angle. Je modifiais la position des épingles jusqu'à ce que cet angle me parût égal à deux angles droits, ' c'est-à-dire que ses branches fussent en ligne droite. Puis je fixais le trou de l'aiguille, à 20 ^. de distance, en tenant entre mon nez et l'aiguille une feuille de papier, de manière à cacher à chaque œil la partie du fil située en face de l'autre. Bien que la fixation eût heu dans la position primaire du plan de visée, le fil paraissait brisé, et, pour le voir droit de nouveau, il fallait en abaisser un peu une moitié. D'après ces expériences, chacun de mes yeux exécuterait, pour la j

Position primaire

A 30° en haut et à droite. .

— en haut et à gauche,

— en bas et à gauche. .

— en bas et à droite . .

2^21 2°,7Zi 20,92 io,31

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