‹ Optique physiologiqueChapitre 77 sur 228 · S0. DU MÉLANGE DES SUBSTANCES COLORÉES · texte numérisé non relu

S0. DU MÉLANGE DES SUBSTANCES COLORÉES

Pour les couleurs pulvérulentes, les choses se passent d'une manière tout à fait analogue. — Il faut considérer chaque particule de la matière colorante comme un petit corps transparent qui colore la lumière par absorption. Il est vrai qu'en somme la substance de ces matières colorantes est fort peu transparente ; cependant, toutes les fois que nous avons occasion d'examiner des matières colorantes en masses compactes d'une structure homogène, nous trouvons qu'elles sont transparentes, du moins si nous les prenons sous forme de lames minces. Je rappelle ici le cinnabre cristallisé, le vert-de-gris, le chromate de pkunb, le verre bleu de cobalt, etc., qui, réduits en poudres fines, sont employés comme substances colorantes.

Lorsqu'il tombe de la lumière sur une semblable poudre, composée de particules transparentes, une faible partie des rayons est réfléchie à la surface; le reste pénètre plus avant et n*est renvoyé que par les surfaces de séparation des particules situées plus profondément. Une seule lame de verre blanc réfléchit */^ 5 de la lumière qui la frappe normalement, deux lames en réfléchissent Vis» ^^ beaucoup de lames renvoient presque tout. Il faut donc conclure que, pour la poussière de verre blanc, aouflune inddence verticale, la surface ne réfléchit que'/ss de la lumière incidente et que le reste est réfléchi par les couches profondes. Il doit en être de même pour la lumière bleue renvoyée par le verre bleu. Par conséquent, la surface des poudres colorées ne fournit qu'une très-petite I portion de la lumière qui en émerge ; les couches profondes en four- ' nissent une partie bien plus considérable. La lumière renvoyée par la surface est toujours blanche ; celle-là seule qui revient des couches plus profondes est colorée par absorption, et cela d'autant plus qu'elle a I pénétré plus profondément dans la substance. Aussi les poussières colo- ' rêes paraissent-elles d'autant plus foncées qu'elles sont plus grossières. En effet, la réflexion dépend seulement du nombre des surfaces et non de Fépaisseur des particules; si les fragments sont gros, il faut que la î lainière traverse une plus grande épaisseur de la substance pour rencontrer le même nombre de surfaces que si les morceaux sont petits ; par conséquent l'absorption des rayons absorbables est plus forte dans une poudre grossière que dans une poudre fine, et la première possède nne coloration plus foncée et plus saturée que la seconde. La réflexion par les surfaces des particules s'aflaiblit quand on interpose entre elles vn liquide dont l'indice de réfraction soit pins rapproché du leur que cdoi de l'air; aussi les poudres colorantes sèches sont-elles, en général, plus blanchâtres que lorsqu'elles sont pénétrées par de l'eau, ou psr de l'huile, qui est plus réfringente encore. S donc, dans un mélange de poudres colorantes, la lumière n'était

réfléchie que par la surface supérieure, où les particules des deux couleurs sont uniformément disséminées, les rayons réfléchis seraient réellement la somme des rayons qu'émettrait chaque poudre prise isolément. Mais, pour la plus grande partie de la lumière réfléchie, et qui vient des parties profondes, les choses se passent comme pour les mélanges de fluides colorés ou pour les lames de verre superposées : cette lumière a dû traverser des particules des deux sortes, et ne contient plus que les rayons lumineux qui peuvent traverser les deux sortes de poudre. On voit donc que, pour la plus grande partie de la lumière qui est renvoyée par le mélange des poudres, il n'y a pas addition des deux couleurs, mais bien soustraction suivant la manière indiquée plus haut. C'est ainsi qu'on peut expliquer pourquoi les mélanges de substances colorées sont bien plus foncés que les substances simples, notamment lorsque ces couleure sont très-distantes dans le spectre. C'est ainsi que le cionabre et l'outremer donnent un noir grisâtre qui présente à peine un reflet de violet (mélange de bleu et de rouge) , parce que l'un de ces pigments exclut presque entièrement les rayons de l'autre. Un moyen commode de rendre ces différences très-sensibles consiste à enduire de deux couleurs simples des secteurs a et A, sur le bord d'un disque (fig. H'2) et à mettre au milieu c le mélange de ces substances colorantes. Ainsi, en faisant tourner le disque, le bleu de cobalt et le jaune de chrome donnent un gris blanchâtre sur le bord, où ces couleurs ont été mises isolées, de telle sorte que la combinaison Fio. 112. j^ j^^^^ couleurs ne se fasse que sur la rétine,

tandis que leur mélange matériel donne un vert bien plus foncé.

Les résultats du mélange des couleurs de peintres ne peuvent donc fournir aucune conclusion relativement au mélange delà lumière colorée: c'est ainsi que la proposition d'après laquelle le jaune et le bleu donnent du vert, parfaitement exacte pour le mélange des matières colorantes, a été étendue à tort au mélange de lumière colorée.

Bien que l'expression de mélaivie de couleurs soit empruntée au mélange des matières colorantes, nous la coiïserverons ici pour la synthèse de la lumière colorée, à laquelle on n\a peut-être pas été bien en droit de l'étendre; faisons remarquer que, partout où nous n indiquons pas explicitement le contraire, nous n'entendons pas parler du mélange de matières colorantes et de ses résultats.

L'action simultanée des différentes couleurs simples sur une uiêffle partie de la rétine donne une nouvelle série de sensations colorées que oc

§30. MÉIANGIî; de deux COUI.EUHS simples. (277) 365

produisent pas les couleurs simples du spectre. Ces nouvelles sensations soDt celles du pourpre^ du blanc et des degrés intermédiaires tant entre h blanc et les couleurs spectrales qu'entre le blanc et le pourpre.

Le rouge pourpre provient du mélange des couleurs simples qui se titmvent aux extrémités du spectre. Cette couleur pi'ésente sa plus gnmde saturation quand on mélange le violet et le rouge ; elle est plus khncbitre et forme le rose lorsqu'on remplace le violet par le bleu et le rooge par Torangé. Le rouge pourpre, qui devient le rouge spectral en pissant par le carmin, est tout à fait différent du rouge et du violet qui se trouvent aux extrémités du spectre ordinairement visible ; mais a présente à Tœil un passage de l'un à l'autre avec des degrés internédiadres continus, de manière à rendre circulaire la série des couleurs woJtuTie%y c'es^à-dire de celles qui ont le moins de ressemblance avec le blanc.

Le blanc résulte de la combinaison de différents couples de couleurs fimples. On appelle complémentaires les couleurs qui, mélangées dans incertain rapport, produisent le blanc. Parmi les couleurs du vspectre, mt complémentaires :

le Rouge

et le

Bleu verdâtre

Orangé

Bleu cyanique

Jaune

Bleu indigo

Jaune verdâtre

Violet.

Le vert du spectre n'a pas de couleur complémentaire simple, mais une complémentaire composée, le pourpre.

Afin de voir s'il existe des rapports réguliers entre les longueurs d'onde des couleurs simples complémentaires, j'ai déterminé les longueurs d'onde pour une série de couleurs complémentaires deux à deux, et j'indique ci-dessous les résultats de ces mensurations. L'unité de longueur est le millionième d'un pouce de Paris.

COCLEOB.

LONGUEUR D*ONDC.

COUL. COMPLEM.

Page 1