partie éclairé par la lumière jaune de la bougie
l'ombre, qui tout à l'heure paraissait grise, est de-
venue jaune, par l'éclairage de la bougie, et l'autre / \
ombre, qui reçoit la lumière du jour, paraît bleue /
« par contraste ». . /
4° Expérience de Dove. — Des phénomènes ana- g- 4<
y T Expérience des ombres
logues aux ombres colorées s'observent lorsqu'on colorées, place un verre coloré contre un miroir. On voit
alors deux images d'un objet blanc, l'une par réflexion sur la surface antérieure du verre, l'autre par réflexion sur le miroir; cette dernière a la couleur du verre, puisque les rayons ont traversé celui-ci deux l'ois. La première, qui devrait être blanche, montre par contraste la couleur complémentaire. Avec un objet noir sur fond blanc, la croisée d'une fenêtre par exemple, on a les phénomènes inverses.
On remarque que l'expression de contraste n'explique guère ces phénomènes singuliers. Dans la plupart de ces cas, il semble que le phénomène fondamental consiste dans la défectuosité de notre jugement du blanc. Th. Young a déjà attiré l'attention sur ce fait qu'une feuille de papier blanc nous parait blanche aussi bien lorsqu'elle est éclairée par la lumière jaune d'une bougie que par la lumière rouge, d uft feu de char-r bon. On peut dire que nous considérons à chaque instant comme blancs les corps qui renvoient la plus grande quantité de lumière, quelle que soit la lumière employée (Javal). Ceci est d'abord indépendant de l'éclairage, et c'est ainsi qu'une feuille de papier blanc nous paraît blanche avec des éclairages différents. Mais le souvenir de l'éclairage du jour joue néanmoins un rôle, de sorte que, si la couleur réelle en diffère beaucoup, le papier semble blanc avec un léger ton coloré; ainsi, en le regardant à travers un verre rouge, cas dans lequel le papier ne nous envoie. que des rayons rouges, il paraît d'un blanc rougeâtre.
Dans l'expérience avec les ombres colorées, l'écran nous paraît blanc lorsqu'il est éclairé par le jour seul, et aussi lorsqu'il est éclairé par le mélange du jour et de la bougie à la fois. Mais si, dans ces circonstances, la lumière blanc-jaunâtre qui éclaire l'écran nous paraît blanche, il n'y a rien d'étonnant à ce que la lumière blanche qui éclaire l'une des ombres paraisse bleue, c'est-à-dire moins jaune que l'écran. C'est,, pour ainsi
222 JJEÇGWS D' OPTIQUE PHYSfOL OGIQU E
dire, le zéro de l'échelle -de iîos sensations chromatiques (le blane) qui est déplacé, et avec lui toute l'échelle .
Contraste simultané véritable. — Tandis que les phénomènes dont je viens de parler sont dus à un jugement faux de la couleur hlanche, il y en a d'autres qui sont dus à un véritable contraste. En faisant tourner un disque comme celui de la figure 1 55, mais possédant un nombre plus grand de secteurs, on obtient des anneaux gris et on remarque qu'on ne peut pas voir les anneaux extrêmes qui sont très pâles; de chaque anneau on ne voit que les bords : le bord extérieur, qui paraît plus foncé
Fig. i55:. — Disque de Mas son.
que le reste de l'anneau, par contraste avec l'anneau suivant qui est plus pale, et le bord intérieur, qui parait plus pâle que le reste, par contraste avec l'anneau voisin plus sombre. En remplaçant le blanc et le noir par du jaune et du bleu, on obtient des anneaux qui présentent différentes nuances de gris ; les anneaux internes sont bleuâtres, les anneaux externes jaunâtres. Mais chaque anneau a un bord interne qui est jaune, par contraste avec l'anneau précédent qui est plus bleu, et un bord externe qui est bleu, par contraste avec l'anneau suivant qui est plus jaune. Le phénomène est très prononcé, mais disparaît, au moins en grande partie, si l'on sépare les anneaux par des cei'cles noirs très fins. Des limites diffuses favorisent beaucoup l'effet du contraste.
105. Images secondaires (Contraste successif). — Lorsqu'on regarde une petite surface colorée, posée sur un fond blanc, en fixant exactement le même point pendant un peu de temps, on remarque que la couleur diminue peu à peu d'éclat : le rouge devient brun, etc. On remarque en
LE SENS CHROMATIQUE
même temps que l'objet «eatoure d'un httrd étroit de couleur complémentaire, dû à ce que, malgré lui, l'observateur fait de petits mouvements du regard. On explique le phénomène en disant que l'endroit de la rétine où se forme l'image est fatigué pour la couleur en question. Si Ton porte ensuite le regard sur une feuille de papier blanc, on voit une image teintée de la couleur complémentaire. Si la surface était rouge, l'image apparaît vert bleuâtre. On peut se figurer la couleur blanche comme composée de deux couleurs complémentaires, rouge et vert ; la rétine étant fatiguée pour la couleur rouge, c'est la couleur verte qui domine. Si l'objet qu'on regarde est blanc, l'image secondaire est noire; mais, si l'on regarde une flamme ou un autre objet très brillant, on obtient une image secondaire colorée et dont la couleur varie avant sa disparition.
Les images secondaires de couleur complémentaire sont dites négatives : on peut aussi obtenir des images positives, dont chaque partie a la même couleur que l'original. On ferme les yeux et on les couvre avec la main pendant quelques minutes, de façon qu'aucune lumière ne puisse pénétrer dans l'œil. On reste dans cette position pendant quelque temps, jusqu'à ce que toutes les impressions antérieures de la rétine soient éteintes. Cela fait, on retire la main et on ouvre les yeux un instant, sans toutefois changer la direction du regard, pour les fermer aussitôt et les rouvrir de nouveau. Si l'expérience réussit bien, on voit alors une image positive des objets extérieurs, d'une netteté étonnante. On a de la peine à se figurer qu'on ait réellement fermé les yeux, la main paraît transparente. Si l'on continue à tenir les yeux fermés, on voit les parties moins éclairées de l'image disparaître, tandis que les parties plus éclairées changent de couleur en devenant bleuâtres, violettes, orangées, etc.; l'image disparait et revient de nouveau, et ainsi de suite. Si, pendant que l'image persiste encore nettement, on ouvre les yeux en dirigeant le regard vers une surface blanche, de positive l'image devient négative.
Les images secondaires se meuvent avec le regard. Leur grandeur apparente dépend de la distance de la surface sur laquelle on les projette : plus cette surface est proche, plus l'image paraît petite.
106. Phénomènes dépendant de la variation de l'intensité des couleurs.
— La loi de Fechner s'applique aux lumières colorées comme à la lumière blanche. Kœnig et Brodhun ont trouvé pour leurs yeux une fraction d'environ i/5o, aussi bien pour de la lumière blanche que pour de la lumière spectrale d'une longueur d'onde quelconque. Gomme pour la lumière blanche, ils ont constaté une augmentation de la fraction, c'est-à-dire
aa/, LEÇONS D' OPTIQUE PHYSIOLOGIQUE
une diminution de la faculté de distinguer entre des nuances d'intensité très faibles, lorsque l'intensité de la lumière spectrale employée était très grande (éblouissement), de même que lorsqu'elle devenait très faible. Ils ont trouvé une différence remarquable à cet égard entre les différents rayons du spectre : en baissant l'éclairage, la fraction de Fechner augmentait vite pour la lumière rouge, bien plus vite que pour la lumière blanche, mais pour la lumière bleue elle augmentait moins vite que pour la lumière blanche. Lorsque l'éclairage est faible, l'œil distingue donc mieux des différences d'intensité dans la lumière bleue que dans la lumière blanche, et surtout que dans la lumière rouge. Le seuil est aussi situé plus bas pour la lumière bleue que pour la lumière blanche. Cette observation confirme un fait qui a été démontré par les recherches de Macé de Lépinay et Nicati; ces auteurs ont trouvé que l'acuité visuelle diminue plus vite en baissant l'éclairage, lorsqu'on éclaire le tableau avec de la lumière blanche que lorsqu'on l'éclairé avec de la lumière bleue. Uhthoff a répété ces recherches avec le même résultat.
Un autre phénomène du même ordre est connu sous le nom de phénO' mène de Purkinje. Qu'on cherche deux papiers colorés, un rouge et un bleu, qui, comparés à la lumière du jour, semblent avoir la même clarté ! en diminuant fortement l'éclairage, on voit que le bleu paraît beaucoup plus lumineux que le rouge.
Il n'est pas facile de comparer les intensités de différentes couleurs. L'œil fait preuve à cet égard d'une incertitude beaucoup plus grande que lorsqu'on compare la lumière de deux sources de même ton. Dans le spectre, ce sont les rayons jaunes et verts qui ont le plus d'éclat. L'intensité diminue vers les deux extrémités du spectre, mais plus vers l'extrémité bleue que vers l'extrémité rouge. Il est pourtant à remarquer que, si les couleurs bleues et violettes semblent relativement faibles dans le spectre prismatique, cela tient en partie à ce que ces couleurs sont étalées sur une étendue beaucoup plus grande que les autres. Dans le spectre de diffraction l'intensité a son maximum au milieu du spectre et diminue à peu près également vers les deux extrémités.
Si l'on diminue l'intensité de la source lumineuse, l'intensité de l'extrémité rouge du spectre diminue plus vite que celle de l'extrémité bleue (phénomène de Purkinje). Les couleurs changent en même temps de ton. On voit d'abord les couleurs jaune et bleue disparaître ; il ne reste que le rouge, le vert et le violet, lesquelles prennent les places des couleurs disparues. En diminuant encore l'intensité, le bleu se change en bleu-gris, le vert en vert-gris, le rouge devient brunâtre et à la fin toutes les couleurs disparaissent, on ne voit que du gris. Le rouge seul forme une exception ; il ne semble pas se changer en gris avant de dis-1
LE SENS CHROMA TIQ CE
paraître. Si Ton projette le spectre sur une bande de papier velouté noir qui ne réfléchit que très peu de lumière, il paraît gris clans toute son étendue, sauf la partie rouge qui parait brune.
L'expérience suivante montre d'une manière très frappante la différence qui existe à cet égard entre les deux extrémités du spectre. On