Opuscule sur le présent et l'avenir du Canada [microforme]
Tous les peuples ont un certain nombre de gens craintifs, dont la missiun est de toujours crier gare / Ce sont des freins qui ont leur utilité sans doute et qui servent &ux grandes fins du progrès en certains moments, en modérant la course du char soue lequel on représente cet état actif de la vie. L'esprit qui parle par Ja bouche des alarmistes est un alarmiste lui-même; ses sens sont son cerveau; en Jui tous les vents de l'existence politique, du progrès matériel, ont un même son et expriment la perdition /
amais l'humanité n’a fait un pas en avant sans que les alarmistes n'aient fait tout en leur pouvoir pour l'empêcher ; mais ce qu'il ÿ a de consolant c'est que jamais ils n'ont pu réussir,
La Providence fait la lumière et la distribue partout; mais les cerveaux concaves qui reçoivent cette lumière ne sont pas propres à la réfléchir. Sur les parois de cet organe ainsi conformé l'obscurité se foit; le rayon qui est très puissant au foyer existe, mais ne fait pas jour autour de Jui.
Les #i-Jisant amis du progrès, après avoir été des miroirs convexes dans l’histoire du passé, après avoir fait feu et flarume
“ur éclairer toutes les administrations et les animer du bien public et leur faire passer des mesures, en assez grand nombre, paraissent vouloir devenir aujourd’hui des miroirs concaves.
Les annexionistes d'autrefois ont maintenant peur d’une simple confédération des forces intérieures ; ils-font la guerre à une idée élémentaire, à l'alphabet du développement politique. Un grand philosophe de l'antiquité rebuta, un jour, un aspirant à la vie publique, parce qu’il n'avait pas le talent de savoir gouverner sa propre maison. On pourrait en dire autant de ceux qui ont un courage héroïque en vue d’une impossibilité, et qui reculent devant une mesure de première nécessité.
Qu’est-ce qu’il y a donc de si exorbitant, de si effrayant dans la mesure de la confédération, dans ce premier pas d’un peuple enfant qui commence à marcher par lui-même? Ce sont des frères qui s’alarment à la vue de ce premier courage, lorsque la mère sourit et encourage. Ah! messieurs nos frères, que vos craintes sont puériles. Nous ne reconnaissons pas les théoristes d'autrefois, les champions si braves, si courageux du développement national. Autrefois, l’idée de la nationalité n'était qu’un sentiment, mais aujourd’hui cette idée a grandi, elle est devenue intelligence. Autrefois, cette idée était resserrée dans des langes ; aujourd’hui elle est débarrassée de ses entraves; elle a maintenant da corrs, du mouvement, de l'avenir, r tree que les eirconstances son. favorables à son développement, et cet état de choses est dû, en partie, aux conservateurs du jour, qui, autrefois, étaient des progressistes.
L'idée prédominante qui a inauguré le nouvel état de choses, à part de celles qui peuvent être entreteuues par certains agents, et qui ne doivent pas faire perdre de vue la première, est de créer dans la partie nord de l'Amérique une puissonce distincte, non pas en opposition avec celle qui l’avoisine, mais pour des fins d'un intérêt général.
Le côté passionnel des choses est toujours plus palpable, plus saisissable que la partie sériense. Le préjngé est un sentiment vagabond qui a le monde entier pour domaine, et ses antres sont nombreux partout; mais cet esprit malin, taquineur, violent parfois, finit toujours par être éconduit par une influence supérieure qui ne se démontre souvent qu'après coup duns les faits.
Combien de fois n’a-t-on pas vu, ce qui tout d’abord paraissait impossiLle et préjudiciable à l'intérêt public, devenir fait accompli et être envisagé comme un bienfuit! Il y a deux espèces de raison dans le monde : celle qui s’accnse et celle qui ne s’accuse pas. La
remière a toujours un certificat de longue naturalisation dans ‘opinion publique ; la seconde est une immigrée sujette à rece
voir, le plus souvent, un accueil froid et inintelligent de la plupart. Mais malgré cela la seconde raison a droit de cité dans le monde, et elle trouve des cerveaux préposés à la recevoir, à bien l’accueillir. Ces cerveaux sont d’abord en petit nombre ; l’incubation du nouveau est lente à se faire, et, comme les plantes rares ct très estimées, les nouvelles idées mettent longtemps à porter fruit. L'enfant dans le berceau est de cet ordre de choses. Jusqu’à ce qu'il ait acquis l’âge de puberté, et même on pourrait dire, jusqu'à ce qu’il soit à l’âge mûr, que de trouble, de peines, d’anxiétés, ne cause t-il pas à ceux qui veillent sur lui, à ceux qui sont responsables de son développement !
L'éducatioi de l'enfant est an fait qui se renouvelle continuellement dans le monde, qui n’est jamais à court de nouveauxnés. Il en est de même pour les idées et pour la difficulté qu’il y a à leur assurer l'existence et le développement. Si les parents se rebutaient de la mission, de la tâche qui leur incombe, vu que cette mission, cette tâche, est pénible et tout de sacrifice, —où en serait l'humanité? Siles peuples n'avaient pas des hommes à grandes vues pour préparer les voies de l’avenir et les indiquer, où serait le bien-être, la prospérité, sinon encore dans les rêves ?
Nous aimons à envisager les grandes questions sociales et politiques d’un haut point de vue, car c’est de là seulement que l’on reconnaît le bon ou le mauvais côté. La dispute, la polémique acerbe, où la passion joue le plus gr: nd rôle, nous déplait souverainement. Lorsque les destinées du pays deviennent matière de discussion, et que de grandes mesures devenues faits accomplis, soit par assentiment tacite, soit par le vœu exprimé de la majorité, nous aimons à voir le pour et le contre échanger leurs éclairs et illuminer l'atmosphère politique, afin que l'opinion se forme au moyen des bonnes raisons de part et d'autre.
L'opposition est un aïiguillon qui blesse souvent l’administration, même lorsque celle-ci fait de son mieux pour assurer le bien général. Si on a quelquefois le droit de reprocher aux administrateurs certaines fautes plus ou moins graves, cela tient en quelque sorte à la position qu'ils occupent.
Ilest un axiônie qui court les rues et les campagnes: “ Otetoi de là que je m’y mette?” C'est une plaisanterie plutôt piquante que blessante ; car les oppositions qui se sont succédé depuis longtemps en ce pays ‘“ d'honnêtes gens,” comme nous avons été souvent qualifiés par des auteurs étrangers, ont été généralement animées d'un bon esprit.
Il est du devoir de toute opposition, en toute circonstance, de contrôler par son activité les affaires du pays. Le bien des administrés veut cela, et le bien des administrateurs l'exige aussi,
Celui qui veut le bien de son pays doit logiquement désirer une forte opposition.
Nous croyons réellement que les administrateurs du jour verraient, avec joie de conscience, l'avènement inespéré d'une opposition qui en vaille le nom. L'homme d’état qui ne s’aguerrit pas par la lutte, s'énerve et perd, en partie, les qualités nécessaires à sa mission. Le peuple aurait-il le plein droit de trouver à redire contre les fautes de ses ministres, s’il se montre inintelligent, insouciant ?
Les grandes mesures qui, depuis une quinzaine d'années, ont tiré le pays du quasi néant où il se trocvait, sont dues en trèsgrande partie à l'initiative pratique de quelques hon.mes. La plus forte somme de la prospérité matérielle et de l'éclat extérieur survenus depuis ce temps, ne proviennent pas de l’inspiration imposée du peuple. C’est un malheur pour l’histoire politique du pays ; mais cela témoigne en faveur des hommes qui ont inauguré quand même un âge nouveau où chacun y trouve profit —sinon gloire.
Ces remarques que la vérité et la sincérité mettent au bout de notre plume, trouveront de l'écho dans la conscience des penseurs, des observateurs et même un peu partout.
C'est, animé du feu sacré de l'amour du pays, et sous l’inspiration indépendante de la raison—qui n’est jamais la créature d'aucun parti—que nous osons dire les paroles qui précèdent et qui suivent. Nous avons salué avec joie la mesure de la confédédération des provinces, même lorsqu'elle n’était qu’à l'état de projet, parce que nous y voyions des garanties solides pour amener le progrès général et non celui d’une classe d'hommes, ou de quelques individus. Nous aimons par dessus tout ce qui profite au grand nombre. °
La population canadienne française de ce pays est revenue du pays des songes où on lui faisait entrevoir, du haut de la montagne de l'ambition, mer et monde pour elle seule. Elle a compris que tous ceux qui naissent en Canada sont canadiens et que ceux qui viennent s’y établir ont droit à ce titre et à tous les privilèges qu il compotte. | ,
A force de fréquenter nos voisins qui ont l'esprit pratique, nos gens ont compris qu’un pays ne devient puissant, prospère et heureux, qu’à la condition d’attirer chez lui toutes les nationalités éirangères qui cherchent une autre patrie, et de traiter comme frères tous ceux qui viennent à eux. On a beaucoup parlé contre l’'émigration de nos jeunes gens, de leur fuite aux Etats-Unis; mais à cette école, ils ont appris cela. Il n’y a pas de mal qui ne profite d’une manière ou d'une autre, et qui n’amène un bien réel.
San
L'histoire du nom français en Amérique est une histoire glo- “ieuse, mais nous ne tenons pas à accorder la parole à l’amourpropre qui est toujours loquace lorsqu'on lui lâche la bride. Les espagnols se font une gloire, un culte de leur généalogie, des
quartiers de noblesse de leurs ancêtres; contentons-nous, nous
autres, de quartiers moins sonores, et agissons comme nos pères ont fait au lieu de nous endormir sur ieurs lauriers. Ce n’est qu’à cette seule condition que nous conserverons l'esprit qui nous anime et qui donne à nos facultés perceptives une telle puissance intellectuelie.
Il est un fait reconnu que les races, comme les individus, ont une mission particulière à remplir dans l’économie sociale, et cela en vertu de leur organisation. Celles chez qui les qualités morales prédominent ne sont guères aptes à la vie pratique, à exécuter ce que leur vive imagination conçoit et démontre. Les races d’un ordre physique, chez qui l'esprit est lent et méthodique à la fois, oni pour mission d'exécuter ce que les premières conçoivent. La France ct l'Angleterre personnifient bien ces deux traits différents; la première est théorie, la seconde est pratique. En Canada, où se trouvent côte à côte ces deux espèces, on trouve chez les premiers venus un esprit théorique et chez les derniers, un esprit pratique.
La routine dans la pratique était l'esprit qui animait, il n’y a pas encore bien longtemps, la population française de ce pays dans ses différentes branches d’industrie, de commerce, d’agriculture, etc. On suivait à ïa lettre la manière de faire des pères qui, disait-on, s'en trouvaient bien. Ce raisonnement était dans la bouche de tous les canadiens habitant la campagne. On refusait aux enfants l'instruction, parce que, disait-on, cela était un luxe inutile. L'ignorance ‘ était la sauvegarde de la moralité; le plus sûr moyen d'aimer le travail; de faire rapporter les terres ; de lier plus solidement les membres de la famille et d'amener là le contentement et le bonheur.” Qui ne se rappelle ce raisonnement de nos bons habitants!
Tout à coup il survient une immigration de saxons parmi cette population paisible, contente de son sort, et vivant à l’intellectuel, de commérages, de cancans, de petites histoires où le merveilleux
jouait une bonne part,—comme du temps des ancêtres, les gau-
lois. Des hordes énergiques, viennent alléchées par le bonheur qui se trouvait ici pour en avoir leur part. On ne veut pas d'eux; on les méprise ; on leur fait une guerre énergique, où les quolibets outrageants pleuvent drû comme grêle. On pressent le mal que CES Ps... vont faire ; ‘ ils sèmeront la discorde parmi les gens
‘heureux ; ils dévasteront :es terres ; ils insulteront le culte ; ils ren-
verseront les autels: ils pollueront tout, et ils chasseront des
terres des aïeux les bons babitants qui y vivent heureux. Ah! mais celu était sérieux et bien mal avisé aurait été celui qui aurait osé penser et parler autrement !
Mais tout ce tapage, ces émotions sincères, ces pleurs de rage, ces indignations viriles, où le cœur des femmes parlait aussi haut: que celui des hommes ; tout cela ne pouvait toucher, attendrir, ni épeurer les sauterelles hum ines qui venaient ravagsr le bonheur canadien. Il n’y a rien de si près du bonheur que le malheur.
Si ce n’est pas là le langage qui se tenait il n’y a pas un quart de siècle dans nos campagnes, à l’arrivée de l’émigration européenne cherchant ici une place au foyer commun, de bien peu s'en faut. Dans les villes on ne faisait guère ces remarques ; mais voilà comment la masse du peuple se sentait disposée envers ceux qui venaient accroître son nombre et sa puissance.
Le sentiment ne raisonne pas, et lorsqu'il se trouve froissé, il a un langage à lui, qui n’est pas très courtois. Lorsque par la force des choses il s'établit ainsi une de ces espèces d’invasion, le peuple où elle a lieu est toujours plus ou moins porté, dans les commencements, à l’envisager comme un malheur. L’émigration qui arrive dans un pays où la population est routinière de nature, peu entreprenante, celle-ci a en effet beaucoup à craindre pour ses intérêts. L’émigré est généralement affamé, et comme la sauterelle, il est apte à dévorer ce qui se trouve sur son passage. L'émigré est un être entreprenant que la providence dirige et auquel elle donne un sauf conduit pour toutes les parties du monde, malgré les criailleries des hommes-enfants qui n’en veulent pes. L'émigré est un régenérateur méconnu et mal accueilli par l'ignorance, mais reçu à bras ouverts par la sagesse. Cette dernière se fait ur devoir et un plaisir d'aller le chercher, le convier, même au-delà des mers, de subvenir à ses frais de transport, de l'établir sur des terres gratuitement et de lui tendre une main secourable en tout temps. On commence aujourd’hui à comprendre cela ici; mais on n’en est pas encore rendu à la pratique. Cela viendra incontestablement avec le nouvel ordre de choses.
Les invasions pacifiques du jour dont l'arme est la bêche, est sans contredit une chose désirable pour les pays où les forêts sont grandes et nombreuses. Le trop-plein de l'Europe peut continuer encore pendant des âges à se vider dans le Nouveau- Monde, sans qu'il y ait à craindre aucun inconvénient pour nous. Importons des hommes et l'écoulement ne fera pas défaut ; les terres sont avides et en demandent à tout prix. L’agglomération des races a fait de la république voisine une puissance sans égale dans le Nouveau-Monde. Il ne tient qu'à nous d’aspirer à un
Ce RP
pareil sort et de le rendre réalisable par le même moyen. Maintenant que l'esprit d'union s’est emparé des canadiens, la puissance ne tardera guère à s’annonser ; la dernière est toujours le fruit de la première. Quelques-uns hausseront les épaules ; d’autres souriront de pitié à ces paroles, tellement ils croient que tout est perdu. Il nous est permis de différer d'opinion avec ceux qui croient cela et de démontrer l'avenir du pays tel que nous le voyons, tel qu'il se démontre à nous.
Les chauds adversaires de la confédération sont mûs par des sentiments hostiles qu'ils ne sauraient défendre avec succès au moyen de leur raison. Le parti libéral est doué de belles intelligences, mais ces intelligences, habituées depuis longtemps au service d’une idée fixe—de l’annexion—voient avec douicur la fin dernière de cette idée chérie. La douleur obscurcit toujours l’intelligence; c'est un voile lugubre où se dessinent toute espèce de créations difformes, que la raison répudie, mais qui n’en existent vas moins pour les sens excités. Ces adversaires mettront encore quelque temps à revenir de la secousse qu’ils ont reçue, à admeitre les inductions de la logique qui leur parle à eux comme aux autres. Les plus fortes objections qu’ils peuvent amener contre la confédération, sont toutes questions de forme, au lieu d'être questions de fond. Nous parlons 4e ceux qui sont sérieux et qui ne se servent pas de la politique pour des fins personnelles et condamnables.
Je parti libérai a toujours été bercé et endormi souvent par l’idée de l'annexion aux Etats-Unis. Cette idée a été un appât pour un grand nombr, même pour ceux qui ne se rangeaient pas * entièrement dans ce parti, et pour des gens de toute origine. Cette idée apparaissait de temps À autre et servait d'étoile polaire à toutes les nuances d'opinion lorsque quelque chose allait mal. C'était un sauveur et un épouvantail suivant les circonstances, dans la bouche de ceux qui l’émettaient. (Cette idée miroitait plus brillante dans les temps difficiles et elle devenait pâle et presque ignorée en d’autres temps. : On n’a jamais été bien sûr que les Etats-Unis voulussent du Canada. Il y a même de trèsfortes raisons pour croire le contraire ; néanmoins, cette idée faisait l'affaire comme épouvantail entre les mains de ceux qui s’en servaient,
L'idée de l’annexion ne s’est jamais incorpor..+, elle n’a jamais eu une forme assez tangible pour prendra place parini les questions vitales qui ont tour-à-tour occupé sérieusement l’attention publique. Ce n’est pas parce que quelques-uns entretenaient et nourrissaient cette idée en eux, comme chose bonne pour le bien de tous, qu'elle devait nécessairement triompher. Le bien de facile
accès, en admettant pour un moment que l'annexion eût été possible, est rarement de bon aloi. L’annexion eût été un moyen puissant pour convertir ceux qui redoutent la misère et qui 8 ’acharnent à l’adoration du veau d’or, car les capitaux américain« seruient venvs en abondance exploiter tout ce qu’il y a à exploiter, non seulement la nature matérielle, mais la nature humaine aus i.
Le oeupie est un être doué de la prescience de sa destinée; il marche vers son avenir avec une sûreté de coup-d'œil, que les hommes individueïlement ne sauraient avoir, ni acquérir. S'il fallait que tous les peuples eussent à parconrir une même route, et cela au même pas, de la même manière, malgré la différence de leur organisation, de leurs tendances respectives, quelle belle marche cela ne ferait-il pas ? Quel tumulte, quelle misère, quelle confusion, ne verrait-on pas!
Les grandes hauteurs de la politique renferment des règles générales qui, lorsqu'elles sont appliquées À certains peuples, deviennent plutôt ruisibles, qu'utiles et bienfaisantes. Le peuple lui-même est le meilleur juge de ce qu'il lui faut, et si dans tocte occasion il n’est pas le promoteur visible des changements qui s’opèrent dans son sein, s’il n’exprime pas hautement sa volonté, son assentiment tacite est certainement une expression de pcids, de valeur, Si celui qui se trouve servi par un autre accepte le service, cela signifie bien qu'il désirait la chose ou qu'il la trouvait bonne. La volonté du grand nombre est, en politique, la loi qui s'impose, bon gré, mal gré, tôt ou tard, nous devons ajouter. Ilest permis aux adversaires de la confédération de se replier sur la proposition, que l’avenir démontrera qu'ils avaient raison, qu'eux seuls savaient lire dans le livre de la destinée, qu eux seuls connaissaient le développement que doit acquérir le sentiment et l’intelligence du Corps canadien. C’est une consolation qu'il leur est p:rmis d'entretenir, de caresser, et qu'ils entretiendront et caresseront sans doute. L'opinion publique a beau être apathique d'ordinaire, elie se réveille toujours pour s'oppcer à une mesure qui ne lui corv.ent pas ; elle s’accuse alors sous une forme imposante, rême menagante s’il le faut.
Voiton aujourd'hvi eueun réveil, aucune menace de la part de ceux qui ont ie droit incontestable d'imposer une volonté, au sujet ds question qe nous envisageons ? Voit-on la lave brulante sortir des cratères et se répandre »illeurs, que dans de petits cercles ? Non. (Uela est un indice eu notre faveur.
Oui, nous voyons en cela que le fait accompli a reçu la sanction de toutes les lois ordinaires, même de celle qui est toute puissante : colle du peuple, celle de l'âme du pays. Qu'on dise
que cette âme est mal conformée , qu'elle est incomplète, nous ne nous opposerons pas, pour cause, à ce genre de propositiun qui, soit dit en passant, n’est pas très flatteuse pour le sentiment de cette ême, car l’âme-peuple est aussi douée de sensibilité comme l’individu. Dire à quelqu'un qu’il est stupide, ce n’est certes pas lui faire un cor.pliment. Qu'on dise que cette âme du pays est encore enfant, ncus verrons en cela une vérité incontestée et incuntestable ; mais depuis quand chez l'enfant la nature individuelle, personnéile, ne se démontre-t-elle pas ? Qu'on pose devant un ignorant deux, trois enfants, il leur trouvera une même nature, une même destinée à suivre, à accomplir, car ils ont tous trois une même conformation générale : une tête, un corps et des membres. Deux pays adjacents ne se ressemblent pas plus en réeiité que deux individus pris n'importe où ; tous deux ils ont une mission particulière à remplir, dans l’écunomie universelle, comme les individus pris séparément. Le jugement de l’homme politique, qui veut broyer les membres, l'esprit et l'intelligence d’un peuple surle moCèle d'un autre peuple, parce que ce peuple lui parait plus beau, mieux orgavisé et qu’il fonctionne mieux que le premier, et cela sans son consentement, sans son désir, —ce jugement, disons-nous est celui d’un ignorant, d’un politique qui n'a que le nom de la science qu'il professe.
Le peuple du Canada est encore enfant |! mais cet enfant a un avenir à parcourir, et cet avenir c’est le sien ; ce n'est pas celui du voisin. La destinée ie tient par la main et guide sûrement ses pas, quoiqu’en disent les alarmistes. Il ne voit pas encore set avenir en dehors de lui-même se reflêter, en images distinctes, mais au fond de sa conscience il voit le germe de sa grandeur future, et personne ne peut arracher ce germe, ni lui faire subir une autre destinée que celle qui lui appartient. La providence a dans le monde des agents de toute espèce pour servir ses vues e* exécuter ses plans ; elle en a qui sont aveugles ; quelques-uns qui ont l’odorat grossier. d'autres qui sont sourds pour certains sons, d’autres encore qui sont loquaces, qui parlent seulement, Cette catégorie d'agents n'est pas inutile, comme pourraient le croire avelques-uns. Jamais la providence n’a fait quelque chose d'inutile. Tous les êtres qui grouillent et même ceux qui ne grouillent guère, remplissent des rôles utiles, et accomplissent des actions qui contribuent au développement général, Les êvres sangsues, les êtres serpents, los êtres mouches, les êtres renards, les êtres loups, les êtres hyènes &e., &e. de l'espèce humaine, ont tous de la besogne à faire dans la vie privée et dans ia vie publisuc. On les voit partout à l'œuvre, travaillant et suant eau et qang, pour accomplir + têche qui leur incombe, Chacun de ces
êtres a son ambition personnelle et son ambition de classe ; tous sont doués d'instincts particuliers pour guider cette ambition, à nuances si différentes, Vous les voyez autour de vous, vous les voyez en vous-même, n’en déplaise à personne ; vous les voyez accomplissant l’œuvre de la providence, et vous vous demander, si cela est bien, si cela est mal ? Grande question, à laquelle chacun répond souvent sans trop y regarder. Néunmoins, la conscience publique a une voix qui se fait forte de rénondre par son cri de guerre : en avant ! Cette voix est une intelligence qui se moque des misères, des fautes, des vices de toute espèce, que la voix particulière grossit souvent à la façon de la grenouille de la fable. Cette intelligence voit et veut la fin, et comme tout sert à son œuvre, elle utilise tout; elle suit que le vice se transforme, que le pien vient à lui, et que de pierre brûte il devient souvent | par le frottement pierre précieuse. Cette intelligence est une A1 intelligence pratique ; elle ne réside pas dans un cerveau, mais ‘M dans l’auréole de la conscience publique; c’est là son siège, son ||
ciel, Le mal individualisé, qui parvient à s'établir et à trôner pendunt une minute, ou plutôt, pendant une partie de seconde, au fuîte de la vie publique, ou dans l’histoire de n'importe quel peuple, ne peut jamais, quoiqu'on en dise, faire dérailler le char | du progrès général, ni altérer co“sidérablement la’ marche du | peuple, chez qui ce phénomène politique a lieu.
La philosophie de l’histoire a de grands enseignements.
Lorsque le Canada aura complété l'Union, que les Provinces encore détachées se lieront à lui, cette Puissance, immense par | son ierritoire, riche par ses produits de toute espèce, et offrant | à l'émigration des attraits dont on ne connait encore la valeur, cette puissance comptera parmi les nations, et alors arrivera pour | elle une phase de développement, qui amènera chez son peuplo le désir et la volonté d’être libre de toute protection. La nature : émancipe toujours ceux qui sont prêts à se gouverner, les nations % comme ies individus. (Cette perspective pour le Canada est cer- 4 taine, inévitable. L'âge de majorité est une époque désirable, à que les protecteurs appellent de leurs vœux, comme les protégés.
Le cordon qui lie encore les provinces de l’Amérique-Nord à l'Angleterre est bien détendu ; il est à peine visible, tellement la volonté populaire s'y exerce, La souveraineté de la Protectrics est tellement aominale en ces pays, que les protégés s’en aperçoivent à reine, L'opinion publique peut faire, défaire et réfor- (2 mer les lois à sa guise, à l’aide de ses représentants siégants sous sa vue, sous son contrôle immédiat. Les mosures nouvelles qui + ont été introduites pour servir de règles au nouvel état de choses, 4 peuvent être, en partie, impropres au bon fonctionnement publie, ne.
Ai GR Se
et ne pas convenir à l'esprit particulier et à l’intelligence volontaire du corps canadien ; mais à tout mal il y a remède sous un gouvernement représentatif.
Il est bon que l'opposition travaille dans son sens, qu'elle fasse voir au peuple les imperfections des lois qui le régissent ; mais que l’exagération et la vioience ne l’animent pas, ne Jui fassent pas perdre de vue la partie véritablement grande de sa mission. Qu'elle écarte l'esprit grossier des personnalités, qui aveugle et ne fait appel qu'aux passions. Les victoires que cet esprit obtient, par le moyen de ses agents, sont éphémères; leur lustre est de courte durée, et les vainqueurs finissent toujours par disparaître dans l'ombre. On nous objectera, que l’action est synonyme de
assion, que le mouvement, d'une machine quelconque fait du ruit, plus ou moins, et que ses ressorts vont ot viennent et usent les parties qu'ils touchent ; mais ne sait-on pas qu’un peu d huile ne nuit pas alors, et que l’action et les résultats n’en sont que plus parfaits. L'esprit de parti est généralement violent et grossier ; mais depuis quand donc est-il imperfectible ?... Est-ce depuis que les hommes ont appris à lire, à compter, à observer, à réfléchir, à donner à leurs actes, de la méthode et de la sagesse ?.. Sont-ce ceux qui se donnent la tâche d'instruire les autres, qui doivent avoir recours aux moyens blämubles, qui doivent aiguillonner les passions populaires et les mal diriger ?.. Est-ce sur les brasiers ardents de la polémique injurieuse qu'on apprenii à connaître la vérité et à la faire connaître aux autres ?... Est-ce dans cet enfrr que la raison réside, qu'on peut la trouver ?... Les flammes attirent les êtres imprudents, et un bon nombre y brulent leurs ailes ; ceux-ci en savent-ils gré aux flammes ?.. La chaise de l'éditeur, et la tribune, cu même, le tréteau de l'orateur, sont des autels sacrés vers lesquels se dirigent les regards avides do la foule, et même ceux des gens lettrés. Ne polluez pas ces autels par des souffles impurs, si vous voulez qu'ils soient vénérés, qu'ils servent de point d'attraction. Eloignez-vous de ces tabernacies, si vous voulez les souiller et souiiler ceux qui en approchent, ceux qui y cherchent la raison et non l'injure. Depuis trop longtemps la langue françuise, en ce pays, sert à exprimer autre chose que +on sens pur et délicat. Des êtes, qui se disent animés du bien public, trainent cette belle et noble langue dans la fange et la prostituent au service grossier des personnalités; et ce sont ses gens, qui aspirent à représenter ceux qui la parlent, l'aiment et la vénèrent, qui osent croire au succès! Depuis quand les hommes de la Nouvelle-France ont-ils done abandonné le commerce de leurs dieux—de politesse, de tienséance et de savoir-vivre ?.… Depuis quand ne parlent-ils plus la langue de leurs ancêtres ?.…
Depuis quand favorisent-ile ceux qui outragent les dieux qu’ils vénèrent ?...
Il est pour nous un sujet de surprise que nous osons signaler, —c'est que ceux qui dépensent tant d'énergie contre ceux qui tâchent d'accomplir l’œuvre de !’Urion, de l'Unité, n’emploient pas leurs batteries contre le peuple, qui ne s’y oppose pas. Gros Jean est responsable des actes qui se font en son nom. C’est lui qui veut ce que les premiers ne veulent pas.
Le navigateur expérimenté lorsqu’il se trouve dans des parages nouveaux pour lui, a souvent recours à la sonde, afn de ne pas s’exposer à échouer sur des bancs de sable, ou à faire naufrage sur des récifs. Si ceux qui naviguent en ce moment, sur la mer de l'opposition, témoignaient la même prévoyance, la même sagesse, ils apprendraient que des écueils les entourent de tous côtés, et sl vaudrait mieux pour eux brâler leurs vaisseaux et former
e nouvelles bases, Le courage héraïque de la témérité est qualifié de sottise par le sens commun.
La voix et les décrets du sort appellent tous les canadiens à une nouvelle vie, et c’est ce que les plus chauds adversaires du 3 fait accompli, ne sauraient nier en leur âme et conecience. Le 1 monde presque en entier est en voie de reconstruction. Le Canada ‘14 subit cette lui avec beaucoup d’autres pays; à cela il ne peut y 204 avoir aucune objection ruisonnable, car les changements suvenus ll sont faits dans l'intérêt de la chose putlique ; afin que sur les | nouvelles bases le développement général se fasse sur une plus
grande échelle ; afin que tous y trouvent leur compte, même les ne.
mécontents,
Au commencement de cette ère, quelques-uns disaient que eL
rien de bon ne pouvait sortir de Bethléem, ce qui n’empêcha pas
que cette assertion, faite de bonne foi, eût un éclatant démenti. ‘à
Nous avons en Canada des détracteurs de cette espèce ; mais leur
morgue est plus détestable que celle des autres, car elle outrage
leur propre sang et tous ceux qui sont nés sur le même sol qu'eux.
Qu'est-ce qui peut donc empêcher le Canada d’avoir un avenir à lui, et de tendre comme les autres pays vers la gloire, la prospérité et le bonheur? Lorsqu'on voit, et cela a lieu tous les jours, ê des individus ariiver à ces différents étages en commençant par É: le bas de l'échelle, doit-on sraindre pour l'avancement d’un pays dont, les avantages géographiques et autres sont si grands, si propres à faire présager un avenir glorieux ? On aime le sein qui nous a nourris; pourquoi n'aimerait-on pas le pays qui nous fit naître ? La mère est une auréole où les enfants respirent avec é joie les parfums d'un amour pur, La patrie, est une mère où les ;
hommes trouvent sur une échelle idéale et pratique le même bonheur, lorsqu'ils travaillent à son avancement, et qu'ils ne la dénigrept pas.
La reconstruction dont se plaignent quelques-uns, au lieu d’amoindrir, de diminuer les chances de la prospérité nationak, fait le contraire. La population est augmentée ; compte-t-on ça pour rien ? Le territoire a maintenant des avant-postes qui per- .mettent à l'industrie et au commerce de s’agrandir ; sont-ce là des avantages qe peut déprécier et mépriser ? Ces avant-postes que la mer baigne sont d's territoires par eux-mêmes, et les populations qu’ils renferment parlent en partie notre langue et descendent de la même soucke que nous ; serions-nous fâchés de leur tendre une main fraternelle et de les convier au banquet national?.... Qu'en disent les adversaires de la confédération ?.... Ces frères qui languissent depuis longtemps dans les ténèbres nous tendent les bras—et nous les renierions !.. S'il est un seul canadien, parlant la langue que parlent les ACADIENS, qui ose dire et même penser cela, qu’il soit connu de tous ceux qui appartiennent à la grande, à la noble famille du sentiment d’où nous tirons notre origine.
Si la fibre qui parle au cerveat un langage d'amour n'est pas détendue ni brisée en nous--tous seront fiers de la nouvelle alliance qu’ ramène parmi nous des frères trop longtemps séparés de leurs frères. Qui ne connait pas leur triste histoire, qui ne sait pas ce qu'ils ont eu à souffrir ? Leur existence passée est une vallée de larmes amères, dominées par des montagnes de tortures morales et physiques. De parias, d'éprouvés, d’'holoceustes, payant pour les fautes des pères, jamais l’histoire n’en a montré d'aussi cruellement traités. 1ls ont subi le pénible, le singlant sacrifice, sans maudire ceux qui en étaient la cause première, sans maudire la France pour ses égarements, son inconduite, ses fautes à leur égard. Comme ceux de la race de Judas, ils ont été traqués comme des bètes fauves, d’antre en antre, où ils cachaient leur nudité et leurs mille maux. Les injures, auxquelles leurs pères avaient échappé durant leur vie sensuelle, toute adonnée aux grossiers plaisirs de la chair — il les recevaient pour eux sans accuser la providence d’injustice, sans vouer ces aïeux à la malédiction. Demandez au bel ouvrage de Charles Gayarré—‘ HISTOIRE D& LA LOUISIANNE’—quelques renseignements sur l’histoire des Acadiens. A la page 128, du 2e vol. vous verrez.
“ Lorsque Louis XIV avait cédé ;’Acadie à la Grande-Bretagne, il avait stipulé que les sujets qu’il abandonnait conserveraient leurs propriétés, si toutefois ils juruient foi et hommage à la reine Anne. Mais les Acudiens ne voulurent prêter le serment
que l’on exigeait d'eux qu'avec une réserve, celle de n'être jamais obligés de porter les armes contre la France...............,......,. ‘ Page 120. Poussées comme de vils troupeaux, des familles acadiennes, au nombre de sept mille âmes, fûrent entassées sur les navires de leurs persécuteurs, et, lorsqu’elles tournèrent leurs regards vers leur patrie, pour lui dire un douloureux adieux, elles n’aperçurent que les flammes qui consumaient leurs villages et les bayonnettes anglaises, qui bordaient le rivage. Telle l’antique Messénie vit fuir ses enfants devant le décret d’exil porté par les féroces Lacédémoniens. Ainsi, se sont renouvelées dans le nouveau monde, ces scènes d'horreur et d’attendrissement dont la Grèce a été témoin et que le pinceau de l’auteur d’Anarcharsis a représentées avec des couleurs si terribles. Les propres expressions de Barthélemy ne sont que trop applicables au sort des Messéniens modernes : “ ne nation entière chassée de ses foyers, errante au hasard chez des peuples épouvantés de ses malheurs ; des jeunes gens affaiblis par la douleur, portant sur leurs épaules Il les auteurs de leurs jours ; des femmes assises par terre, expirant || d: faiblesse, avec les enfants qu’elles serrent entre leurs bras ; (| ici des larmes, des gémissements, les plus fortes expressions du Il désespoir. Si l’on donnait ce tableau à peindre au plus cruel des {| Spartiates, un reste de pitié ferait tomber le pinceau de ses mains.” qi ‘“ Page 131. Les Acadiens avaient ouï dire que sur un seul 4 point de l'Amérique Septentrionale flottait encore cette bannière 4 Fil sans tache qu’ils aimaient avec un dévouement si héroïque. Aus- || sitôt l'éspoir de la revoir ranima leur courage. La plupart ne pensèrent qu’à se rendre à la Louisiane, et tous ceux qui le purent s’y firent transporter. On a déjà vu comment ils y arrivaient par k bandes détachées, auxquelles la colonie accordait tous les secours #4 dont cle pouvait disposer. Elle y gagna un surcroit de popula- 24 tion pro :e.et laborieuse qui, par la suite, fut pour elle un élément de prospérité.” | Cela eût lieu en 1764. “4 Ea l'an 1867, le ler juillet, les débris de ces martyrs renaissent 1 à une nouveile vie et retrouvent leurs frères prêts à les recevoir dans leurs bras. Nouveaux Lazares, ils sortent de leur tombe et bénissent les rayons canadiens qui les font revivre. Où est le
pinceau national qui saura illustrer ce nouveau trait de l'histoire “à da pis? Que l'artiste canadien qui s’est servi de la plu ne avec tant de talent au service des Acadiens, pour décrire les grandes De ombres qui les entouraient, ait maintenant recours à son pinceau K. pour peindre les couleurs brillantes de l'aurore qui les caressent “# et les bénissent. F
C'est à la suite de cet émouvant acte de la nouvelle vie, que la voix du peuple va se faire entendre et élire ses députés.
Il sera difficile de faire valoir auprès du peuple, des raisons substantiell:s pour contre-carrer le fait accompli, ou entraver sa marche, sinon d’avoir recours à des raisons de second ordre, pour attaquer certaines tendances plus propres à l’ancien monde qu’au nouveau, et qui semblent s'être glissées ici comme reflet plutôt que comme chose originale. Un peuple qui grandit, dont toutes les classes se livrent au travail, n’a guère à craindre qu'il s'élève parmi lui des institutions délétères qui aient chance de vie. On fait des reproches à ceux qui ont accepté une marque de distinction d'nsage en Europe, et toute honorifique, et de Ià on arrive à la conclusion gratuite, que l'intention bicn arrêtée est de transplanter et de faire revivre ici, ce qui, même en Europe, tombe déjà plus ou moins en désuétude,
Qu'on soit bien convaincu d’une chose, c’est que l’Angleterre, où l'opinion publique exerce un contrôle si puissant sur les affaires générales et autres, sur celles qui se font à l'extérieur comme à l'intérieur, ne peut logiqaemeut, vouloir implanter en ce pays, ce que l'opinion publique là et ici regarde comme choses d’autres temps. Non. Ceux qui ont recours à cet épouvantail pour aigrir et épouvanter le peuple, n'ayant pas de bonnés raisons à leur service prennent les premières venues et en font usage. L'’abolition de la tenure seigneuriale en Canada signifie-t-elle une nouvelle création de ce genre? Il n’est pas nécessaire d’en dire plus long sur ce sujet, ni de se servir d’autres raisons que cette simple question.
Notre esprit, quelque peu analytique et synthétique, cherche en vain parmi toute la grande somme de petites idées qui se débitent depuis quelque temps contre la confédération, si leur réunion même offre des noints d'appui sérieux, si au moyen de leur réunion il serait le moindrement possible 2'établir une plateforme où un parti pourrait mên.c s’hiverner. (C'est pourquoi nus avons conseillé plus haut à l'opposition de brûler ses vaisseaux.
Le progrès en politique ne signifie pas eculade, Les peuples comme les individus sont obligés de progresser, de marcher de l'avant, c’est pourquoi leurs pieds ne sont pas tournés en arrière. L'écrevisse même ne fait un pas en arrière que pour éviter un dsnger et lorsque ce danger arrive à l'improviste. Quelquet-uns voudraient faire croire que le pays au lieu de subir la loi du progrès, marche rapidement vers la ruine. Les honnmes comme les plantes, qui subissent les influences malxaines de l'ombre, voient tout en noir et deviennent mal conformés, les uns par leur esprit, les autres par leur forme, L'’humanité travaille depuis le eommen-
cement à remplir les précipices, à niveler les terrains inégaux, à égoutter les savannes, les marais, et à donner à la terr: une forme plus régulière, afin que les ombres n Y soient pas si fortes, si nuisibles, Cette œuvre gigantesque n'est pas une histoire de fantaisie ; c'est une réalité qui se vsic partout. Eh bien, ce travail qui porte ses fruits, au moyen des sueurs humaines et de toute autre espèce de sueurs, a son pendant moral et intellectuel. Les peuples marchent de l’avant aussi dans ces deux autres parties d’une même œuvre. Les hommes à humeurs moroses qui croient autrement, sont de tristes gens, et ne méritent guère la peine qu'on recherche leur commerce, sinon pour les convertir à des idées plus saines. C'est aussi là, n’en déplaise aux mécontents, une des missions de l’humanité à accomplir. Il faut que les hommes apprennent à vivre en pleine lumière après avoir hanté les lieux sombres de l'existence. Il faut que les mécontents du pays se convertissent, tôt ou tard, et qu’ils reconnaissent que le progrès ici n’est pas une lettre morte, mais un fait vivifiant qui sourit à tout le monde, même à ceux qui le méconnaissent.
IT
Voyez-vous arriver le char de la lumière ; ses milliards d’attelages sont resplendissants de couleurs, de nuances différentes ; ; ce sont des cordons presqu 'imperceptibles au loin, mais de près, là où ils se touchent en quelque sorte, ils forment un spectacle telleraent grand, que les hommes s'arrêtent à cette vue et sont pris d’extase et d'odmiration.
Le disque du dieu de la nature physique apparait, et les hommes le saluent le front haut comme un ami dont on reconnait la bonté, la grandeur et la puisssance. Ce langage est muet mais il est senti.
Le soleil naissant est un événement de tous les jours. L’humanité naissante est aussi un événement de tous les jours. L’un et l’autre font appel à la raison, au sentiment et aux efforts pour se rendre l’un et l’autre fructueux en résultats.
Durant la nuit des peuples, des germes naissent, mais ils ne deviennent évidents que lorsque le soleil des évènements vient les découvrir et signaler leur mission active. Durant ces nuits où s’opèrent pour tous es peuples, dans un temps, dans un autre, des procréations mystérieuses, qui échappent aux voisins, un silence de mort fait la garde à lecrs portes. Ce silence c'est l’ange-gurdien de leur enfance.
Voyez la mère à la tête du berceau : elle commande le silence. C'est en petit ce que l’autre scène est en grand.
LUX, à 2 une >as Si 1e hisbien, nes et tellecautres ses qui peine s idées ne des pmmes s lieux ays se rogrès urit à
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mimes bonté, s il est
L'hu- L'un efforts
ils ne ent les its où re, des silence ge-gur-
silence.
Voyez ce au’a été l'enfance du Canada : un silence de mort. Le monde ignorait presque son existence.
Les soleils dont on ne connait guère la venue et qui éclairent le monde, sans qu’ils praissent, comme le premier, fixent aussi leurs regards de feu sur l'humanité, et développent en elle des
germes supérieurs que l'éternité tient toujours en réserve pour
les besoins du moment. Ces astres illuminent l'atmosphère morale et intellectuelle des peuples; on les cherche en vain partout, et partout ils échappent à la vue, comme s'ils n’existaient pas. On les voit dans l'effet, tandis que le premier se voit tous les jours avant l'effet.
Le visible est bien grand, bien beau, bien puissant; mais peutil être comparé à l’invisible ? Le dévelnppement hâtif, précoce, de certaine nation, comme celui «e ce ‘ins individus, considéré
comme un mal, peut-il être jugé autrement ? L'’éclat, la sponta-
néité, la vigueur fiévreuse, la fougue 4u développement, est un phénomène de la nature qui éblouit les sens, qui charme le sentiment et qui fait même chanceler les gardes de la raison, lorsque celies-ci oublient la discipline, ses règles rigoureuses, ses sévères préceptes. Persou'e ne peut assister à ce mystérieux dégorgement des forces saus être ému jusqu’au fond de son être, sans admirer la violence du courant, qui forme des rivières sans fin, des lacs sans bords, des mers sans fond et des chutes éblouissantes, —d'industrie, de commerce, de savoir, et de tout ce qui fait fond et forme et étendue dans l'existence nationale.
C'est à côté d’une de ces créations extraordinaires, tellement elle
-est sans pareille dans le monde entier, que le Canada gît et vit.
C'est à côté de ce géant vigour” 1x, souple et intelligent, qui fixe
et fascine tous les regards, toutes les nations, par ses œuvres mira-
culeuses dans tous les départements du savoir, que le Canada ose se faire remarquer. Ce géant est une réalité sans aucun doute; mais l'autre est-il un rêve? Oui!
Oui! c'est un rêve ; mais c’est un rêve de la providence et de ceux qui savent voir dans l'infiui, dans l’invisible, dans la destinée.
Les adorateurs du dieu-moment, devant ses autels chantent ses louanges ct n’en reconnaissent pas d’autres ; au loin même ils adorent, car c'est un grand dieu qui jette partout ses rayons. C'est un dieu qui s'individualise dans une nation dans chaque âge de la vie universelle. C'est un dieu qui vit et qui meurt,
Lorsque de son talon puissant il écrasa l'hydre hideuse de l’esclavage, au prix du sang de ses enfants, au prix d’une nouvelle immortalité pour l’histoire, morte sous le coup de la cause expirante, un tressaillement d’uise s'empara de tous les cœurs géné-
reux ; les démons mêmes qui pullulent partont, y virent une souffrance de moins à exercer, à endurer.
Nous ne nous prosternons pas devant ce dieu,—car c’est debout qu'il faut être pour bien voir les grandes choses.
Le peuple voisin a grandi comme par enchantement. C’est le miracle de l’ère chrétienne devant lequel les fronts les plus obstinés restent stupéfaits. Ce peuple est grand en toutes choses ; en sciences, en arts, en philosophie, ses œuvres rivalisent avec ce qu’il y a de mieux en Europe. L’instruction répandue avec profusion dans toutes ses parties égalise les classes, établit la fraternité, et fait de l'unité individuelle l'unité générale. La philanthropie, y est grande de simplicité et de sagesse, —ses foyers sont des écoles, ses toits des ateliers, où la misère mère des passions, s'échappe par les sueurs. (C’est ce peuple qui est le voisin du Canada.
Que conclure de cette situation prévue et arrangée par la sagesse infinie? Est-ce parceque l’un est grand et que l'autre est
etit, que le premier doive absorber le dernier? Est-ce parce que e premier est puissant, que l’autre ne doive pas le devenir ?
Tous les corps, quelque puissants, quelque beaux, quelque dévelopnés qu'ils soient sont condamnés à mourir. Voilà l’expérience de tous les jours, celle de l’histoire aussi. C’est là la fin de toute nation, comme celle de tout. individu.
Le peuple des Etats-Unis c’est un mIRACLE. Celui du Canada c'est un MYSTÈRE.
La ‘ nouvelle loi” commença la nouvelle ère par le miracle. Le nouveau monde a commencé de la sorte.
Le mystère au commencement de cette ère a été longtemps enfant ; ce n'est qu'après trois à quatre siècles que son existence a été officiellement reconnue. Le mystère dans le ‘ Nouveau Monde ” qui doit succéder au miracle, est encore enfant; son existence est mise en doute. La base existe et le couronnement n’existerait pas ?
Le Canada est lié aux Etats-Unis, comme la chair l’est aux. 08. La chair n’est elle pas le mystère sorti de la côte ?
Le miracle poursuit sa destinée ; ses œuvres étonnantes charment les yeux, tonnent dans toutes les oreilles et trouvent partout des langues pour les proclamer. Le mystère, lui, croit! mais peu croient en lui.
N'est-ce pas l’image que le pinceau de la pensée retrace sur la toile de la réalité ?
La sphère des faits palpite sous le souffle de l'atmosphère idée.
Malgré la chaleur de l’une, le froid de l’autre, s'abaissant ou remootant, lui fait subir tous les degrés possibles de l'existence...
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‘Cela est un mystère que le miracle science voit et reconnait à la lettre, mais non en esprit, en vérité.
Le dieu-mo.nent, est grand en science, grand de faits, grand en miracles, et il est grandi par l'encens qu'il reçoit ; à travers ce nuage diaphane, de près ou de loin, on le voit toujours grand, grandissant, comme si ses proportions allaient envahir le monde entier. (C'est un miracle qui frappe tous les sens, et auquel on
«croit parce qu’il est fait ?
O ! esprits bornés, vous faut-il toujours le miracle ; vous faut-il
‘toujours des dieux étrangers sur l’autel-patrie pour y attirer
l’adoration ? Le miracle fra: pe vos yeux; mais où est donc l’intelligence qui vivifie l'esprit ? Où trouve-t-on en vous cet élément national, ce tabernacle sacré, que le souflle étranger souille et renverse ?
O ! adorateurs du miracle, qui croirait que vous êtes mystère, lorsque vous ne le croyez guère vous-même ? Qui croirait que le flanc de vos femmes porte en germe le souflle du nouveau monde ? Précurseurs dans le désert, vous allez voir le miracle, l’encenser, comme si votre mission, votre foi, avait besoin de voir pour croire.
Depuis quand le mystère voit-il le miracle à travers le prisme grossissant, quand de sa position les choses du moment démvntrent leurs proportions futures ? Le mystère est-il un mystère pour le mystère lui-même ? Hélas! oui. A l’état actuel du monde l: vérité tangible a plus de disciples que la vérité pure.
L’aiguillon mal senti de l'inspiration nationale a fait fuir les nationaux en pays étranger, auprès du succès, quand il leur disait : ‘ Travaillez, souffrez ici /”? La souffrance est la vraie mère des grandes œuvres. L'ère actuelle aurait-elle pu être sans la souffrance du Calvaire ?
Toutes les forces vitales du pays sont nécessaires au pays. Le crime de lèse-patrie ne consiste pas seulement à travailler à sa ruine, mais à l’abandonner aussi, à aller porter ailleurs ce que la patrie a mis en dépôt en chacun de ses enfants. Dans ce pays où la population est clair-semée, même dans les endroits les plus populeux, la nécessité de l’émigration n'existe pas, mais le contraire s'y fait sentir. La terre réclame bien haut tous ceux qui la quittent, qui l’abandonnent. Sa voix les rappelle, même lorsqu'ils sont au loin. Cette voix maternelle n’est pas une illusion ; c'est une réalité. C’est une réalité qui poursuit l'ingrat à tout moment, qui le tourmente avec amour, avec douleur, avec des larmes, avec un attendrissement qu’elle seule sait exprimer. Sur le sol étranger cette voix parle aux enfants, aux petits-enfants du fugitif; elle suit sa lignée pendant des âges, à travers les
générations nombreuses dont il dote les autres pays; elle se fait caressante pour eux, comme si leurs pères n'étaient pas coupables de lâcheté, de trahison morale. C'est sous l’inspiration de cette voix que notre plume est mise en mouvement, qu’elle retrace quoique faiblement les émotions qui l’animent.
Guidés par la voix du mystère nos aïeux vinrent en ces pays éloignés, et, du golfe St. Laurent au golfe du Mexique ôn retrouve encore leurs traces, leurs enfants. Précurseurs infatigables ils mouillèrent de leurs sueurs, de leur sang, les terres où le miracle devait avoir lieu. Nouveaux mages, ils savaient ce que leurs fils ignorent encore : que le sacrifice est un devoir.
Eclaireurs du nouveau-monde vos mânes viennent aujourd’hui dire à vos descendants ‘ que la mission de la race continue encore ; que les enfants ont à achever ce que les pères ont commencé.”
Les vents sont animés de ces voix mystérieuses et chéries ; elles parlent aux plus sages, aux plus endurcis.
Ne dites pas lorsque ces voix vous parlent du devoir national, — que c'est un effet de l’imagination! Ne dites pas que ce sont des chimères! Lorsqu’elles vous diront: ‘“ enfants, restez ici, travaillez isi, souffrez ici, s’il le faut, ne dites pas que l'inspiration est menteuse, qu'elle divague, car vous mentiriez à vousmême, car vous blasphêmeriez contre la vérité.
Ne croyez pas qu'ici—vous n'êtes rien, et que de l’autre côté vous êtes quelque chose. Vos pères ont sué sang et eau pour que le miracle se fît dans le nouveau-monde. Ils ont suivi la ligne du devoir ; ils ont sacrifié le moment pour l'avenir. C'était là leur mission ; c'est encore la vôtre.
Est-ce vivre sans gloire, sans profit, que d'ouvrir le champ au miracle, que de signaler aux travailleurs d’un autre ordre, là où il doit se faire, que de recucillir des lauriers de dévouement, d'amour, d’immortalité ? La jouissance de vivre dans une haute sphère, n'est-elle pas supérieure à celle qui se trouve dans les basfonds de la vie ?
Si vous voyez le nouvel état de choses sous des couleurs sombres, si vous voyez s’accroître l'élément étranger à votre sang dans le pays, n’en soyez pas jaloux, n’en soyez pas mécontents, car c’est un auxiliaire qui développera votre œuvre. Le sang généreux qui coule dans nos veines est le produit d’un esprit qui est grand d'amour, de dévouement pour les grandes causes, celles qui ne regardent pas le personnel. En cela les fils seront dignes des pères, dignes de la source immortelle qui donne encore au monde entier les secours inappréciables de son intelligence moralisatrice et persuasive.
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sagée de bien des manières, mais la meilleure appréciation de cet événement et de ses conséquences, se trouvera naturellement chez ceux qui n’ont pas l'humeur chagrine, chez ceux qui ont foi dans le peuple et qui ne craignent pas l'avenir, Ceux-là ne sont pas généralement sens de partis; ils ne se mêlent pas aux passions qui tourmentent et aveuglent scuvent ceux qui cultivent leur commerce. Ils restent froids comme l'atmosphère pure qui domine dans l’air, ce qui n'exclut pas en eux l'intérêt à la chose publique. Tout changement a ses incommodités, ses inconvénients, qui durent pndant un temps plus ou moins long, suivant les circonstances, suivant la nature particulière du changement. Faut-il conclure de là que le changement est un malheur, en grand et en petit ?
L’avenir d’un veuple est aussi bien entre les mains de la providence que celui de l'individu. La providence, cerveau, cœur et pouvoir infini, dirige, veille et soutient son œuvre, d'après les notions les plus élémentaires de la logique. Mais ce point de vue si simple n'est guère envisagé encore, sinon lorsque le silence: calme et endort les passions.
Il est aussi facile de prévoir la destinée d’un peuple que celle de l'individu, lorsque l'œil de l'intelligence plonge sou regard dans le for intérieur de l’un et de l’autre. Cet organe télescopique ne voit gère les détails, les misères, les riens qui remplissent en certaine partie le plan général de ces deux moteurs de la société, car ils n’importent pas à l'appréciation. Cet organe voit à travers les siècles À venir et ne s'occupe pas à regarder, à analyser ce qui fait la tourmente du moment; il envisage l'esprit des deux, et là, à cette source, il apprend leur destinée.
Lorsque l'œil microscopique se mêle de politique, il n'arrive pas à en connaître les hautes votions ; il ne prévoit que ce qu’il voit, et cela n’est certes pas toujours beau par la forme, ni agréable à envisager.
Ceux qui croient au progrès en petit, ou pour l'individu, devraient, s'ils veulent être logiques, croire à sa manifestation en grand, ou pour les nations. Les avortements ne sont jamais assez fréquents en aucune chose pour faire règle. Ceux qui s'amusent à en tenir compte, à les faire valoir, étudient et prêchent de petites notions.
Pourquoi vouloir qu’un peuple s'éclypse, avorte, avant d’avoir atteint son apogée d'existence ? Les détails, ou les riens d’un changement qui pèchent contre le fait, sont-ils de nature à rendre ce fait mauvais, lorsqu'il est admis comme bon de toutes parts, même par ceux qui font mine de le combattre ? Ces détails
uvent-ils être grossis de manière à éclipser le plan général, à
e rendre impraticable ?
CA
Quelle est donc la mission de ceux qui voient les petites choses, qui en découvrent les défauts, sinon de travailler à les améliorer ? Mais laissons passer le vent capricieux qui se déchaîne contre les hautes montagnes de la raison publique ; c’est un souffle qui se purifie lui-même à ce contact, et qui deviendra
lus tard “égulier dans son action et bienfaisant pour tous.
Après avoir passé en revue les miraculeux prodiges des voisins, que les adversaires de la confédération montrent comme des modèles à imiter, à suivre ; après avoir rendu entière justice au miracle du nouveau- -monde, auquel nous avons contribué pour une large part, tel que démontré : après avoir fait voir, que ce pays, ce peuple, est grand, bien grand, nous osons entreprendre une tâche aussi agréable à remplir —celle de démontrer que ce progrès véritable et surprenant pour ceux qui doutaient de la providence, est appelé à être surpassé dans l’avenir par le peuplemystère qui commence aujourd'hui à dessiner le plan de sa reconstruction, de la reconstruction du aouveau-monde,
Ce tableau qui se déroule devant notre vue intérieure est un tableau où le fantastique ne remplit aucun rôle. Nous ne craignons pas d'envisager ses immenses proportions, de parcourir à travers les ombres qui le sillonnent et lui donnent le relief, et qui effraieraient peut-être des yeux moins exercés, la vie qui se pâme, qui se tord avec l'expression du groupe Laocoon, # at qui sort triomphante de l'épreuve dans des jours gradués d’une lumière pâle et éclatante. Les lignes se perdent dans tout tableau de prix; l'ombre et la lumière glissent leurs effets sur la toile de l'idéal et du fait, saus donner aux détsils une marque distincte, une valeur qui enlève le mérite de l'eusemble,
Ce tableau qui est exposé au-dessus des têtes et que ces miroirs réfléchissent d'une manière inconsciente, sans produire aucune émotion sensible, existe et peut être vu, dans l’horizon de la pensée divine, spiritualisée sur le fond de la pensée humaine.
Jamais un événement n'est arrivé dans le monde sans que l'image ne soit apparue d'avance, souvent longtemps d'avance, d'une manière plus ou moins définie, sur les vagues onduleuses du cerveau humain, Ce reproducteur des volontés divines enrégistre aussi bien l'avenir, que les autres parties du temps.
Une description épisodique du tableau que nous avons devant les yeux serait plutôt. reçue comme fantaisie qu'autrement, v'est pourquoi nous ne devons pas en ce moment en dessiner les grandes et émouvantes péripéties. Le peu de logique qui existe encore dans le raisonnement, ne permet pas à uu grand nombre d'accepter comme vraies es déductions philosophiques qui tranchent nettement les questions et les font estimer à leur
petites r à les | se dé- >; C’est viendra voisins, ne des justice é pour que ce rendre que ce ; de la seuplede sa
est un us ne courir lief, et qui se at qui d’une s tout sur la arque
iroirs ucune de la 1e.
8 que ance, euses enré-
evant ment, er les xiste mbre
qui
leur
simple valeur. . Il n’y a guère que dans le chiffre où la logique a de lempire, et même là les déductions ne sont pas encore parfaitement établies, ni connues. Les ressources du chiffre sont étonnantes en importance sur une grande échelle, et tel politiqueur, à courte vue, qui croirait qu'une entreprise publique qui, d’après le raisonnement ordinaire, est destinée à faillir dans res résultats, devrait se trouver bien étonné lorsqu'il voit le contraire arriver, Mais non; il est très-dificile de convertir, de refaire, de réformer l’homme obsolu.
‘“ L'homme se remue, et Dieu le mène” esi un axior.e qui
n'est prononcé que du bout des lèvres, tellement il a peu d'impp pour les êtres simplement parleurs. Les capitalistes, es bourgeois, les pauvres, qui investissent leurs grands, leurs petits et leurs minimes capitaux dans des entreprises pronées à son de trompette, croyant que le profit de ces mises doit leur revenir directement, sont souvent fâchés, indignés, que Dieu permette, ou plutôt veuille—qu'i! en soit autrement—ou que d’autres en deviennent les possesseurs. (Cela arrive souvent néanmoins pour ie grand bien, sinon pour le petit. L’humanité fraternelle dans son essence est encore très-souvent étrangère par la matière, car cette paztie sensible de l'être n’est pas développée au point voulu. Que de déceptions particulières, qui font couler les larmes et le sang et qui mènent les victimes au désespoir ou à la tombe, deviennent pour d’autres des soui'ces de joie, de contentement et de bonheur! Cela est appclé en raisonnement ordinaire—de l'injustice! Voilà ce nue c'est que de regarder les choses de trop près, de calculer pour soi seulement et non pas au point de vue général. Voilà ce que c’est que de manauer de logique, d'avoir l'œil microscopique.
Il y a eu dans le pays des entreprises publiques qui ont tourné au malheur pour un certain nombre, et qui ont mis la caisse publique dans un triste état de pénurie, tout en faisant néanmoins sortir le pays du quasi néant où il se trouvait auparavant, La physionomie générale ». par cela changé d’ispect ; de sale et plate d'expression elle est devenue propre et animée ; de souffreteux et languissant le corps «6 devenu actif et prospère ; de lâche et inepte qu'était l'âme, elle est devenue courageuse et entreprenante, —et cela grâce à des entreprises m#alheureuses, qui ont coûté des millions.
Que la providence demande au cœur et à l'intelligence des hommes des ressources pour venir en aide à une souffrance quelconque de l'ord:e publie, il se fait de suite une division parmi eux ; il faut donc que la providence déplaise à un des partis, qu’elle violente ses volontés du moment, quitte à ce qu'ils se reconcilient
plus tard. (C’est là l’histoire du monde entier, sur une petite echelle, sur une grande, dans tous les sens. Dieu se montre tellement le père de tous les hommes qu’il distribue sans distinction ses faveurs du moment. On voit tomber ces faveurs sur des têtes dites indignes ; on voit prospérer le saéchant; on voit l’homme vertueux au bas de l'échelle sociale e‘ l’homme vicieux au fuîte ; et les êties à courte vue disent,—<'est injuste ! Il arrive un jour néanmoins que par ce proredé, qui paraît étrange et sans art, qu'un progaès sensible sc déclare, que la lumière se fait là où . l'ombre existait. L'étornement éclate un moment et passe comme les étoiles filantes sur le sombre de la vie humaine, réjouissant pendant un instant les yeux voyants.
Le pouvoir terrestre est une espèce de pavidence qui copie en petit ce que l'on voit en grand. Ce pouvoir fait tomber quelquefois ses grâces sur des êtres qulifiés de mauvais noms, de mauvaises répatations. Cela paraît injuste; mais ce procé 4 peut-il empêcher que le grand bien se fasse ? Non! La moralité politique n’est après. tout que l'expression de la moralité de chacun. Le pouvoir trouve autant d'occasions de mal faire que les individus qu'il represcate, et comme eux il succombe partois àla tentatior, ccen recueille comme eux les fruits. La balance publique dont les plateaux contiennent le bien et le mal, comme ies balances particulières, finissent toujours par s’équilibrer et par montrer que le progrès est le résultat net et clair de toutes les pesées réunies. Les uns diront, c’est grâce à nous s’il en est ainsi. Les autres en diront autant ; mais c'est la somme réunie de toutes ces voix qui fait la raison nette et claire, car séparément ces voix sont toutes plus ou moius cntachées de passion.
La providence souffre, dit-on, quelquefois. De près la souffrance est un monstre, un malheur ; mais de loin e’est un ange, une jouissance. Avez-vous jamais réfléchi sur cette vérité, lecteurs ?
La raison publique, le plus souvent exprimée d'une munière inconseiente, telle,ñent elle 2° forte d’elle-mime, tellement elle a foi en elle-même, tellement elle méprise les dangers qui la menacent, ne s'occupe guère des petites tourmentes locales, instantanées, tellement elles sont insignifiantes à son être entier ; elle se moque des influences sombres qui ‘viennent parfois à couvert de peaux d'agneaux l'attaquer de coups d'épingles, même dans ses parties vitales. Les coups de massüe n'arrivent qu'après la maturité, quand la vieillesse réclame le repos.
Qu'on ne croie pas, d'après ce qui précède que nous ne veulions pas de contrôle, de corps organisé pour l'exercer. Certes non ! nous voulons le contrôle. Il existe quand même, en vertu
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de lui-même, en vertu de la nécessité et du bien public; même quand il est violent, emporté, sombre de désespoir et que la mort Jui sourit, comme aux Girondins, nous croyons à sa nécessité, à son utilité. Nous croyons au mouvement qui, use le mal, qui s’use lui-même. Pour nous le mouvement est synouyme de vie, de progrès.
La providence fait contrôler ses plans, ses œuvres, par la médianimité humaine. Entre ces deux pôles si opposés, l’un si grand, si infini, sous tous les rapports, et l’autre si petit, ily a un lien de société qui se montre dans la théorie, dans les faits La lumière divine s’incarne dans la lumière qui part du cerveau humain; elle vivifie les œuvres mortelles ; elle leur donne son cachet ; elle opère par l'opération humaine.
C’est là un point de vue immense par ses enseignements et très consolant par les réflexions qu'il fait naître. On éprouve en l’envisageant Ja certitude que la puissance, l'amour et la sagesse qui nous forment, qui sont ous, sont de nature à faire face à toutes les éventualités possibles, et, que le chaos que !:s alarmistes signalent toujours au-devant de chacun des pas de ! homme n'est pas après tout bien alarmant, puisqu'il se peuple et s'anime de sortes de créations utiles et belles.
Le peuple qui est la providence de la politique, se donne des contrôleurs, mais ceux-ci ne sont pas toujours investis de la lumière qui fait connaître l'avenir. Le pouvoir est le plus souvent l'agent inconscient néanmoins quelqnefois,des destinées nationales. Le pouvoir sort du peuple, il est l'expression vivante du peuple ; c’est son thermomètre, son baromètre ; si parfois il sommeille, c’est que le peuple sommeille ; s’il est languissant dans son action, c'est que le peuple l’est, et qu’il lui communique cet état, cette condition d’être, Il y a variété dans les peuples, comme parmi les individus, et les conditions changeantes qui se remarquent chez les premiers dans les différentes époques de leur histoire, ce sa leur donne assez souvent une physionomie étrange et contra-
ictoire en quelque sorte, sont un phénomène tout à fait naturel, très explicable, en ce qu’il est en grand ce qui se répète constamment chez les individus,
Les agents contrôleurs du peuple, sortent aussi du peuplr ; mais ils ne représentent jamais la majorité, sans quoi ils seraient le pouvoir.
es modérateurs du pouvoir sont des froins qui empêchent les roues-évus d'aller trop vite sur les voies-entreprises, qui mènent à des bas fonds à combler. Ces freins alors serrent les voies ; ils les étreignent avec vigueur, avec force. Un bruit sourd d'abord se fait entendre, mais il augmente en violence bientôt ; les étin-
celles éclatent et les roues obéissantes deviennent traînantes. Ces freins sont quelquefois en action lorsque le char ct les actionnaires ne courent aucun danger réel ; d’autres fois néanmoins leur action est utile et bienfaisante. La compagnie-peuple est une société toutefois, qui redoute peu en réalité, les dangers supposés ou réels même, qui se trouvent sur son chemin. Cette compagnie multiple est devenue très courageuse depuis qu’elle a conscience de sa valeur, depuis qu’elle a appris que le mouvement mène à la prospérité, et que la solidarité viendra toujours à son aide pourvu qu'elle agisse, qu’elle remplisse sa mission. (Ce sentiment né de la crainte d'autrefois, est très significatif par le temps qui court, lui aussi; ce nouveau-né finira certainement par donner aux freins un emploi moins ardu peut-être celui de compteurs, d'indicateurs seulement, l'office d'aiguilles sur le cadran public. (Cet emploi dont nous prévoyons l'inauguration est loin d'être une charge servils. N'est-ce pas l'indication sur le cadran qui désigne l’heure du travail, qui l’active, qui l’arrête au temps déterminé, voulu ?
Oui, la solidarité! Nous no1s arrêtons devant ce mot magique, devant ce miracle de la langue que ia mystérieuse, la belle, la glorieuse France a lancé de son sein pour éclairer et soulager le monde entier. Que d'idées nouvelles sont venues à la suite de ce mot, pour donner aux affaires un cachet plus élevé, inespéré ! La fraternité universelle, au point de vue moral, paraît maintenant réalisable en vue des rapports si facilement obtenus qui y mènent. Tous les chemins de la vie sont maintenant pavés à la solidarité, c'est pourquoi ils sont plus fréquentés, plus beaux, plus sûrs et solides enfin. L’humanité c’est bien l’homme, mais c’est le grand homme,
Est-il maintenant permis de s'arrêter sur les petits, sur les grands chemins de la vie, de dormir sous les ombres du /ur niente, de regarder le soleil se lever, se coucher, sans s'inquiéter des leçons qu'il donne, qu'il répète depuis si longtemps ? Peut-on maintenant voir sans comprendre? Ce que c’est que de savoir lire un peu, même bien peu, dans les livres imprimés—ils font connaître ceux qui ne le sont pas. C'est le miracle qui fait connaître le mystère.
Instruisez le peuple! Peuple instruis-toi! Les écus qui se dépensent là se retrouvent plus tard en lingots d'or, tellement ils se transforment à ce service, La matière se réjouit et s’embellit lorsqu'un sentiment pur l'avime, et lorsque l'intelligence éclairée la dirige, au lieu de la mal-mener, elle s'épanouit au delà de toute expression, et sur un seul pied, sur un seul bourgeon même, elle
M. RO fs
rapporte le désirable, le désiré, des fruits qui outre-passent le:
possible.
Que l'instruction soit libre! Que les chaînes qui ont entravé ses mouvements soient brisées! Que le sentiment dev'enne intelligence! et les ombres disparaitront de la surface du pays. Le réveil national montre toujours de la besogne à accomplir, et celle: qui se fait de bon cœur, avec sagesse, ne tarde pas à rendre les autres plus faciles.
Entre l’idée et le fait se trouve—le temps, des cher ins à faire à travers les bois, les savannes, les collines, les montagnes ; quelquefois il y a des tunnels à percer—avant d'arriver au but. Toutes ces difficultés qui se présentent sous des centaines, des milliers d'aspects, de nature différentes, sont rendues plus faciles à surmonter par ceux qui ont la foi—cette qualité qu'on prêche depuis si longtemps, et qui n’est encore à l'état de miracle que pour certaines choses.
On objectera que le développement du pays ne peut avoir lieu: que par le secours de l’argent, et que les capitaux si rares ici ne sont pas suffisants pour accomplir le programme en vue. Nous ne prévoyons pas que le progrès puisse se faire ici sans sueur, que le fait arrive sans le combat des idées, s’entrechoquant et s'épurant par ce moyen. Lorsque l'opinion publique, soit directement, soit indirectement, par la voie de l'administration, aura müri un plan quelconque qui sera un pas d'acheminement dans le programme, les ressources ne manqueront pas d’apparaître, sous une forme, sous une autre, pour donner du corps à l'idée mâûrie. Ce qui fait que certaines idées ne réussissent pas à se matértaliser, c'est qu’elles n’ont pas été suffisamment mûries lorsqu'on les condense dans le creuset des faits. Ce qu’il faut donc dans le pays, pour qu'il devienne prospère, ce sont des manufactures d'idées, des centres intellectuels, protégés contre toutes espèces de droits d'entrée ou de sortie. (C’est un système qui peut paraître nouveau, étrange et impraticable d'abord; mais en raison de sa nouveauté, de son étrangeté, il mérite d'être essayé avant de le prononczr impraticable. Multipliez les manufactures d'idées, accordez leur un encouragement moral, sinon sensible, et vous verrez qu'elles produiront des résultats merveilleux. Laissezleur la liberté comme guide et les écarts commis se corrigeront d'eux-mêmes. Ne tourmentez pas trop ccux agissent pour vous, ceux qui tendent plus haut !
Que les taxes directes, qui tôt ou tard deviendront un fait matériel, se prélèvent sur chacun à l’inteliectuel, et que ce soit chacun qui se les impose, comme une obliontion envers la chose publique, comme un devoir sacré envers soi,—et vous verrez que
PART SRE
la foi n’en souffrira pas, mais qu’elle y gagnera au contraire, et qu’elle remuera des montagnes d'émpossibilités.
Nous écartons de notre esprit l’idée mauvaise qu'aucun corps public qui agit en vertu de moyens qui ne sont pas nôtres, veuille réellement le malheur public. La fraternité des âmes est une réalité que nous admettons, malgré le peu de fraternité qui existe encore entre les corps. Nous voyons souvent avec douleur cet état de choses, mais cela ne refroidit pas notre foien l'avenir.
A deux pas de nous l'avenir se montre souriant à tout le monde, comme si tous étaient ses amis, comme si aucun ne voulait l’attaquer. Cette image est un supplice pour les mécontents de bas étage ; cette réalité est une grande jouissance pour d’autres. Néanmoins, nous voyons aujourd'hui des mécontents pour la forme, qui font mine d'honnête sincérité dans leur opposition, couserver en réalité des sentiments d'espérance que leurs plus grosses paroles ne sauraient démentir.
Si d’un côté nous voyons un certain manque de sincérité et de bonne foi, ailleurs nous découvrons un malaise caché, qui ressemble à un enfant en pénitence. Ce sentiment n’est pas avoué,
tellement il est peu avouable. La source de ce malaise a son origine dans une foule de raisons qui cherchent plutôt l'ombre que la lumière. Si d’un côté on combat le nouvel état de choses ouvertement, de l’autre côté on le désavoue en silence bien souvent, sans avoir la hardiesse de dire pourquoi.
Le fuit accompli est bien une idée ayant corps ct âme pour tous ; personne, même les adversaires les plus chauds, ne songent à le renverser, car ils comprennent que cela serait impossible ; mais ce fait, encore nouveau, dont les rouages ne fonctionnent qu’en partie et séparément, à vrai dire, ne peut servir que comm” point de critique pour tous ceux que l'impatience anime, prar toué ceux qui raisonnent à tort, à travers. Ce fait amené pre la force des choses raisonnables, surpr nd encore, même ceux qui le voient avec plaisir. Nous sommes dans l'âge des grands mouvements, des grandes reconstructions, et nous subissons comme les autres peuples, de l'étonnement à la vue du grand bouleversement qui se fait, que nous faisons,
Chaque parti a quelque chose à perdre par. la reconstruction. Ceux qui vivent aux dépens du parti, et par le parti, et qui ont fondé sur le parti des espérances qui ne sont pas encore réalisées, ne sont guère satisfaits du système qui reconstruit presqu'à neuf. Les anciennes bases sont presque détruites ; les partis n'existent
lus, du moins, que d'une manière nominale. Cela décontenance A routine, L'arraignée dont on brise les fils si babilement tendus, et qui sont des piéges à mouches, doit ressentir dans son
petit esprit un souverain mécontentement, une sourde colère. Plaignons l’arraignée ; mais attendons-nous à ce que le lendemain elle recommence son travail, à revoir bientôt des piéges nouveaux s'établir à la même place, ou près de là.
Si nous examinions à fond la question des pertes subies de part et d'autre, nous aurions beaucoup à dire ; mais si nous examinions de même tout ce que fous gagneront par le changement, dzux volumes ne sufliraient pas. Qu'on examine le peu qui se trouve ici comme l'expression vraie d’une foi inébranlable en l'avenir, et comine un tribut offert au petit peuple, que nous voyons grand, à travers le voile formé par le présent.
Espérons que l’esp.it du journalisme apparaîtra avec le nouvel ordre de choses, et que les rédacteurs qui désirent perdre l’enveloppe grossière et laide de la chenille, pourront bientôt prendre leur vol dans une sphère élevée, et réjouir même leurs propres lecteurs par leur transformation, par leur reconstruction.
Espérons que le peuple qui aura la grosse charge de la reconstruction ne faillira pas à son devoir. Espérons que ceux qui seront députés pour en alléger le poids, par ieurs mesures, se souviendront que les représentés les honorent de leur confiance, et
w’ils doivent être fidèles à leur mandat. Représenter le peuple Li ses différentes nuances d'opinion, c’est être investi d’une charge glorieuse, que la partie mineure porte comme la partie forte. Honorer l’opposition est de la part du pouvoir un acte d'obligation qui profite toujours à celui qui l’exerce. Une famille sans enfants est un triste centre, et une famille où l’on méprise l'enfant, où on n’écoute pas ses paroles, parfois si grandes de sens, n’attire pas sur elle de bénédictions.
On doit sincèrement plaindre ceux qui ont recours à la passion pour convaincre le peuple qu’ils sont ses véritables amis. C'est un moyen condamnable qui finit toujours par être condamné par ceux même qui d’abord en ont été les soutiens. Il faut savoir se vaincre soi-même, avant de pouvoir vaincre avec profit les autres, Au-dessus du sentiment public il y a le bon sens qui n'est pas toujours évident, mais qui n’en existe pas moins. L'appel aux passions fait surgir une masse plus ou moins turbulente, grossière, qui s'érige quelquefois, pendant un temps, sur un trône de paille, où le fumier jette ses exhalaisons ; mais cet état de choses n'est jamais de longue durée, malgré les provocations plus ou moius légitimes parfois qui en excusent l'empire. {1 faut toujours revepir aux moyens constitutionnels, aux combats courtois, où les raisons frappantes ne brisent pas les cervelles, mais les transforment, les reconstruisent. Il est plus glorieux, plus profitable, de combattre de cette manière que de l'autre.
Le peuple saura toujours apprécier la valeur et le mérite de ceux qui agissent sans arrière pensée, qui se dévouent à sa cause, à son agrandissement. Bien mal avisé est celui qui croit toujours voir dans le succès du moment, des garanties solides, un bien réel. Sous la vitre qui hâte la croissance naît un fruit sans saveur, sans force, dont le carbone dénature et vicie le sang de celui qui le mange. Bien mal avisé sont ceux qui croient trouver dans la vie politique un succès personnel, des garanties de fortune, leur propre gloire, et non celle de leurs commettants. Gros Jean est un être rusé qui fait mine de croire à la ruse d'autrui, et qui laisse effondrer ceux qui cherchent à lui faire ce sort,ce mauvais tour. Ah! nous croyons de toutes nos forces au bon sens du peuple, même quand il ne se manifeste pas.
Espérons ! croyons ! car l'un est le travail de la pensée, l’autre son résultat rendu clair et substantiel pour l'esprit. Avec ces deux moteurs l'humanité, du bas de l'échelle Aumanimale, est arrivée au progrès actuel. C’est là une leçon d'histoire résumée en quelques mots, qu'on ne saurait contredire et qui embrasse toutes les époques de la vie universelle. Cette leçon de l’ordre pratique du savoir s'adresse au peuple qui sait toujours comprendre les choses simples.