‹ Opuscules entomologiques (volume 3)Chapitre 2 sur 29 · DF.S · texte numérisé non relu

DF.S

COLÉOPTÈRES TR1HÈKES SÉCliRIIUPES,

Trois ans à peine se sont écoulés depuis le moment où j'ai

achevé le Speciès des Coccinellides, et voici que déjà j'éprouve

le besoin de faire paraître un supplément à ce travail. De

nouvelles communications de MM. Perroud , de Lyon ; Jules

Bourcier, Chevrolat, Deyrolle et Jeckel , de Paris ; Saucerotte,

de Lunéville ; l'abbé Montrousier, de la Société des Mai istes ,

missionnaire dans l'Australie; John Leconte et Guex , des

États-Unis ; le comte de Mannerheirn , de Vibourg ; Ménétriés

et V. de Motschoulsky , de Saint-Pétesbourg ; h docteur

Scliaum , de Berlin; Rosenhauer , d'Erlangen , m'ont offert

un assez grand nombre d'espèces inédites pour rendre cetn.'

publication nécessaire; elle me permettra d'apporter quelques

modifications à la première pour la mettre en harmonie avec

les découvertes récentes et avec les progrès de lu science. Suppl Coccinellides. 1

Ma Monographie a été l'objet de quelques observations, mais faites en ternies si bienveillants, que je serais tenté de m'en louer plutôt que de m'en plaindre. On m'a reproché : 1° de n'avoir pas fait un emploi assez général des caractères tirés des parties de la bouche; 2° d'avoir établi un trop grand nombre de coupes génériques. Je demande la permission d'émettre ici quelques idées à ce sujet, non pour chercher à justifier ce qu'il peut y avoir de défectueux dans mon œuvre — personne plus que moi ne sent combien les travaux de l'homme sont éloignés de la perfection — mais pour exposer mes vues sur ces points de controverse.

Les organes buccaux, je m'empresse de le reconnaître, fournissent parfois d'utiles ressources pour constituer, dans certaines familles, des coupes plus ou moins étendues, et je me hâte de confesser que, dans les études préliminaires de mon travail, j'ai disséqué la bouche de toutes les Coccinellides en ma possession. Cet examen est venu confirmer l'opinion dans laquelle je suis depuis longtemps, que les palpes et autres parties voisines sont loin d'offrir des caractères toujours de même valeur; ceux-ci perdent de leur importance à mesurequ'on s'adresse à des Coléoptères dont la conformation extérieure, peu différente dans la même famille , annonce dans l'organisation un plus grand degré de simplicité, et contrairement à l'opinion de Fabricius (*), ils deviennent insuffisants pour la constitution des genres. Je suis heureux d'avoir vu récemment ces mêmes principes proclamés par M. le docteur Suffrian , un de ces hommes qui méritent de faire autorité dans la science par les soins consciencieux dont ses travaux portent l'empreinte.

(') Mihi veto instrumenta cibaria sola characteres praebent sufficientes, constantes. (Pbil. entom. p. 85.)

On a trop souvent, à l'exemple du professeur de !\iel . abusé du moyen de créer des genres nouveaux sur les carac tères presque exclusifs tirés des mâchoires ou des palpes. Le [dus souvent, on se borne à examiner les parties buccales d quelques espèces, parfois même d'une seule, et l'on rapport ensuite à ce genre, constitué sur des bases si faibles, lous le insectes qui semblent s'y rattacher par les formes extérieures. Combien de fois cependant n'arrive-t-il pas que des Coléoptères ayant entre eux beaucoup d'analogie et à peu près le même genre de vie, offrent, dans leurs organes buccaux, des différences assez importantes? Les Mélasomes, pendant longtemps, n'ont-ils pas été, sur la foi de Lalreille, considérés comme ayant tous les mâchoires armées d'un crochet corné?

Non-seulement les parties de la bouche des insectes ne sont pas toujouis d'une conformité rigoureuse che . des espèces très-voisines, mais parfois elles présentent de? du renées frappantes chez les deux sexes d'une même espèce. 11 v a plus : dans le même individu , chez les Coléoptères herbivores surtout, l'une des mandibules est, en général, loin de ressembler à l'autre , et les paipes même quelquefois présentent des différences plus ou moins appréciables. Si l'on ajoute que, chez les petites espèces surtout, la dessiccation opère fréquemment, sur les parties molles des mâchoires ou autres organes voisins, un raccornissement assez considérable pour en dénaturer ou du moins en altérer la forme primitive, on sera amené à reconnaître que si l'étude de la bouche des Coléoptères ne doit pas être négligée, les secours tirés des pièces dont elle se compose doivent être employés avec intelligence ou avec une sage réserve.

Quand ces organes d'ailleurs auraient , dans leur configu. ration, une constance plus grande, doivent-ils être considérés comme fournissant des caractères prédominants? En leur

accordant une préférence exclusive, Fabricius, dans ses derniers ouvrages, a été entraîné à éloigner les Hanretons et les Cétoines des Scarabées de Linné, dont il les avait rapprochés dans ses premières publications; il a été porté à réunir dans quelques-unes de ses classes, des insectes étonnés de leur voisinage.

Séduit parles théories de son temps, l'illustre Entomologiste s'était évidemment exagéré pour les animaux articulés l'importance que peut offrir !e système dentaire chez les mammifères, ou plutôt il avait méconnu que, même chez les vertébrés supérieurs, les caractères tirés du tube digestif ou de ses dépendances doivent s'effacer devant ceux fournis par des organes d'un ordre plus élevé : les premiers, en effet, sont en rapport seulement avec la vie végétative; or, c'est par la vie de relation que les animaux se distinguent des plantes et s'élèvent plus ou moins dans la série des êtres.

Je me suis demandé, dès le commencement de mes travaux , s'il n'était pas possible, sans recourir principalement aux parties delà bouche des Coléoptères, d'établir parmi eux des coupes génériques sur des pièces plus faciles à étudier, et surtout plus en harmonie avec les mœurs ou les habitudes de ces petits animaux. Je n'ai pas tardé à me convaincre que le système tégumentaire de ces articulés, dont les pièces nombreuses se développent ou se rapetissent suivant le genre de vie de chacun de ces êtres, peut fournir de merveilleuses ressources pour les grouper d'une manière naturelle Ces moyens de classification offrent en outre un grand avantage, celui de pouvoir êtie examinés ou vérifiés par tout le monde; les caractères tirés de la bouche présentent, au contraire, dans leur étude, une difiiculté plus ou moins grande pour les personnes peu exercées; si leur examen exige la dissection, la plupart des Entomologistes, quand ils possèdent un exemplaire unique, préfèrent croire l'auteur sur parole plutôt

PflÉFACE. 5

que de s'exposer à briser leur insecte, en cherchai i onitôler les données de l'écrivain.

En se bornant à consulter les parties de la bouche, les Scarabéens [Jteuchus, etc.) semblent se rapprocher des Cétoines par leurs mandibules impropres à la mastication ; ils soûl , comme ces dernières , des insectes lécheurs. Mais les espèces créées pour la destruction des matières sordides indiquent visiblement leurs habitudes fouisseuses par le développement considérable de leur poitrine, destinée à fournir aux organes des mouvements terrestres des muscles d'une plus grande puissance; parleurs pieds robustes, leurs cuisses renflées, leurs jambes antérieures fortement dentées, leurs tarses grêles ou nuls; par leur épislome et leurs joues réunies en un chaperon destiné à faciliter l'introduction de l'animal dans le sol , et débordant les yeux pour les protéger. La direction oblique des jambes intermédiaires servant à faire distinguer, parmi ces animaux , les espèces pilulaires de celles qui ne le sont pas, ne fournit-elle pas un caractère aussi précieux et aussi naturel que les palpes ou les mâchoires pourraient le faire?

Il n'est donc plus permis d'admettre ce précepte philosophique de Fabricius : Les caractères de tous les genres doivent toujours être pris des marnes parties ('). Les animaux qui se rapprochent le plus les uns des autres ne sont pas toujours ceux dont les organes buccaux offrent le plus d'analogie, mais ceux qui ont entre eux les rapports les plus nombreux , surtout eii partant des points de vue les plus élevés de leur vie de relation. Savoir saisir et comprendre ces harmonies, c'est avoir reçu de la Providence la noble mission d'interpréter

(l) Characteres generum omnium al> iisrlem semper partibus desum.endi (l'ABRicirs, Pliilos. entomol., p. 91.)

ses œuvres; c'est le cachet du Naturaliste. C'est par ce tact étonnant que le génie de Linné, lorsqu'on se reporte à l'époque où il vivait, semble grandir encore à mesure qu'on s'éloigne de son siècle. C'esL parce coup-d'œil admirable, dont ses travaux gardent la trace, que Latreille a laissé un nom immortel.

Quand on s'écarte de ces principes, les esprits, même supérieurs, se jettent dans des idées systématiques plus ou moins singulières. Ainsi, m?lgré le haut degré auquel ait pu s'élever le savant Erichson par ses remarquables ouvrages, je serais bien étonné si la manière fantastique dont il a disposé les Lamellicornes, par exemple, était jamais avouée par la [Nature.

La question relative aux limites des genres restera probablement longtemps encore un sujet de discussion entre les •Naturaliste--. Les coupes génériques établies par Linné sur un nombre assez restreint d'insectes et d'après des caractères très-généraux, ont dû nécessairement être divisés à mesure qu'on a découvert un plus grand nombre d'espèces, et que celles-ci ont été l'objet d'études plus spéciales. Les genres linnéens sont devenus pour la plupart les représentants d'une Tribu ou grande famille. Celui de Coccinella est un de ceux dont le morcellement a été le plus tardif : la presque similitude de ces insectes., dans leurs formes extérieures, semblait rem1 -° fractionnement moins nécessaire; dans tous les cas , elle en augmentait les difficultés.

Engagé presque involontairement dans le travail monographique ayant ces insectes pour objet; condamné à rendre reconnaissantes autant que possible les neuf cents espèces décrites dans mon ouvrage; obligé de lutter contre divers obstacles, résultant : les uns, de la simplicité d'organisation de ces Coléoptères, ou du moins des faibles modifications des formes de leurs corps : les autres, de la variation souvent si singulière du dessin ou de la couleur de leur robe, il m'a

fallu, pour accomplir cette tâche, entrer dans lies détails minutieux. A défaut de ce génie que la Proxidence départit à un si petit nombre d'élus, j'ai tâche d'apporter dans celle œuvre une certaine dose de patience et de la conscience dans les recherches. Celles-ci m'ont permis de partager la Tribu des Trimères Sécuripalpes en familles, en branches et souvent même en rameaux. Ces divisions successives ont non seulement pour but, dans mon esprit, de mieux faite connaître la marche de la Nature, mais de fournir aux personnes qui trouveraient le nombre de mes coupes génériques trop considérable, la facilité d'en resl teindre le chiffre sans rien changer à la disposition générale de l'ouvrage. Aux yeux de ces Entomologistes réservés, mes noms de genre-, peuvent passer pour les représentants des lettres A, B, C, etc., employées par d'autres auteurs comme des moyens de repère dans des groupes trop nombreux.

Toutefois, je dois l'avouer, j'ai été entraîné à fractionner les branches et les rameaux de chaque famille, moins patcelte tendance naturelle qui nous porte à spécialiser dès le moment où nous approfondissons davantage un sujet ; moins surtout par le désir futile de créer des coupes nouvelles, que par mes idées sur les limites des genres. Dans mon opinion, ils ne doivent comprendre que des espèces ayant entre elles une grande ressemblance de caractères et de formes.

Le nombre des coupes établies dans mes premiers volumes sur les Coléoptères de France, parut de prime abord exagéré à plusieurs Entomologistes. Combien de ces coupes cependant, basées sur une espèce unique, n'ont-elles pas vu, depuis mes publications , leur établissement justifié par des insectes qui sont venus s'y rattacher, depuis les récentes explorations ou conquêtes de la science? Je serais bien*élonné si la plupart des genres de Coccinellides qui paraissent aujourd'hui superflus, ne recevaient pas un jour de l'avenir une pareille

8 préface.

sanction, si même la création d'un certain nombre de coupes nouvelles ne devenait nécessaire. De^ formes inconnues ou non signalas encore , correspondant à des mœurs ou à des habitudes particulières , provoqueront toujours la création de genres nouveaux; or, qui pourrait dire d'une manière approximative à quel chiffre s'arrêtera le nombre des insectes existant sur la terre, et celui des types plus ou moins singuliers qui restent à s'offrira nos yeux? Plus on avance dans Je champ des découvertes, plus il semble fuir dans un horizon sans limites; à la vue des merveilles sans nombre qui se montrent à lui, l'homme aitaché au culte de la Nature en est presque à regretter son inépuisable fécondité. Obligé chaque jour de restreindre le cercle de ses études, dès le moment ou il veut les approfondir davantage, il sent le néant et ia vanité de sa science et la puissance infinie de Dieu, et dans le juste sentiment de sa faiblesse et de son impossibilité à connaître jamais toutes les œuvres du Créateur, il est à chaque instant forcé de s'écrier dans un transport d'admiration :

O Jevohah , qui) m magna sunl opéra (ua!

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