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Histoire du Canada p~r M. F. X. vol. 2, page

Les Pionniers Canadiens

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Véritable tente au milieu du désert, ce fort était la sentinelle avancée de la colonie, et, par suite, exposé sans cesse aux incursions des Sauvages.

Autour des fortifications s’étendaient quelques champs conquis sur la forêt, que les habitants ne pouvaient cultiver qu’au risque de leur vie, tenant la pioche d’une main et le fusil de l’autre ; et au delà, en avant, en arrière, à droite, à gauche, partout le désert, partout l’immense océan de la forêt, antre ténébreux dont les sombres voûtes recelaient une multitude d’êtres mille fois plus cruels, mille fois plus formidables que les tigres et les reptiles.

Il est facile d’imaginer de quel courage indomptable devaient être trempés ces hardispionniers qui avaient osé venir planter le drapeau de la civilisation au milieu de ces lointaines solitudes, malgré des dangers sansnombre.

Une des plus grandes figures qu’offre l’histoire du Nouveau Monde, après la sublime-

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te

figure du missionnaire, c’est, à mon avis, celle du pionnier canadien.

Il est le père de la plus forte race qui se soit implantée sur le continent américain : la race •canadienne.

Le sang le plus noble qui ait jamais coulé dans les veines de l’humanité, circule dans ses veines : le sang français.

Partout on retrouve le pionnier canadien sur ce continent, et partout on peut le suivre à la trace de son sang.

Parcourez toute l’Amérique du Nord, depuis la Baie d’Hudson jusqu’au Golfe du Mexique, depuis Halifax jusqu’à San Francisco, partout vous retrouverez l’empreinte de ses pas, et sur les neiges du pôle, et sur les sables d’or de la Californie ; sur les grèves de l’Atlantique et sur la mousse des Montagnes Rocheuses.

Un insatiable besoin d’activité le dévore.

Il lui faut toujours, toujours avancer vers de nouvelles découvertes jusqu’à ce que la terre manque sous. ses pas.

Mais ce n’est pas le seul amour des aventures, ni l’âpre soif de l’or qui le pousse ; une

plus noble ambition le travaille j un mobile plus légitime le dirige et l’anime.

On sent qu’il a la conscience de remplir une véritable mission, un mystérieux apostolat.

Feuilletez un moment les pages de notre histoire et surtout les Relations des Jésuites, et partout vous venez le pionnier canadien, animé d’un zèle admirable pour la conversion des Sauvages, frayant, avec d’héroïques efforts, le chemin aux missionnaires et opérant souvent lui-même de merveilleuses conversions.

Je retrouve, réunis en lui, les trois plu» grands types de l’histoire humaine.

Il est à la fois prêtre, laboureur et soldat.

Prêtre ! sa piété ardente, sa foi vive, son zèle pour le salut des âmes amollissent les cœurs les plus durs, et entraînent vers la foi des peuplades entières.

Fut-il jamais un plus beau sacerdoce ?

Laboureur I devant sa hache puissante, la forêt tombe avec fracas autour de lui et sa charrue trace, à travers les troncs renversés, le sillon où frémira bientôt le vert duvet de la ,&ture moisson, .

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Soldat ! c’est par des siècles de combats qu’il a conquis le sol que sa main cultive.

Ah ! si j’étais peintre, je voudrais retracer ■sur la toile cette noble figure avee son triple caractère de prêtre, de laboureur et de soldat.

Au fond du tableau, je peindrais l’immense forêt dans toute sa sauvage majesté.

Plus près, de blonds épis croissant parmi le troncs calcinés.

Sur l’avant-scène, un pan du grand fleuvf Avec scs vagues d’émeraude étincelantes aux rayons du soleil.

On verrait, d’un côté, avec ses remparts et ses palissades, l’angle d’un fort d’où surgirait un modeste clocher, surmonté de la croix ; de l’autre côté, une bande de Sauvages fuyant vers la lisière du bois.

Au centre du tableau apparaîtrait, les cheveux au vent, un éclair dans les yeux, le front sanglant, sillonné d’une balle, mon brave pion-

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nier, près de sa charrue, tenant de la main gauche son fusil dont la batterie fumerait encore ; de la droite, versant l’eau du baptême sur le front de son ennemi vaincu et mourant qu’il vient de convertir à la foi.

Oh ! comme j’essayerais de peindre sur cette mâle figure, dans toutes les attitudes de ce soldat laboureur aux muscles de fer, et la force calme et sereine de l’homme des champs, et le courage invincible du soldat et le sublime enthousiasme du prêtre.

Certes, ce tableau ne serait pas indigne du pinceau de Michel-Ange ou de Rubens.

Foi, travail, courage, prêtre, laboureur, soldat : voilà le pionnier canadien.

C’est Cincinnatus, le soldat laboureur devenu chrétien.

C’est le guerrier de Sparte qui a passé par les Catacombes.

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Lecteur Canadien, qui parcourez ces lignes,, vous pouvez lever la tête avec un noble orgueil, car le sang qui coule dans vos veines est le sang de ce héros.

Regardez attentivement la paume de votre main et vous y verrez encore l’onction de la terre, de la poudre et du sacerdoce.

Il a rempli noblement sa mission ; la vôtre reste à accomplir.

Le peuple à qui la Providence a donné de tels ancêtres, s’il est fidèle aux desseins de Dieu, est nécessairement destiné à de grandes choses.

Mais laissons ces enseignements qui ne siéent qu’aux cheveux blancs et revenons à notre récit.

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LA YESPRÉE

A l’époque reculée que nous décrivons, le ■commerce des pelleteries était immense au Détroit.

Attirés par la facilité d’y parvenir, les Sauvages venaient en foule y vendre les. produits de leurs chasses.

On y voyait affluer tour à tour les diverses1 nations des Iroquois, des Potowatamis, des. Illinois, des Miamis et une foule d’autres.

M. Jacques Du Perron Baby, était alors surintendant des Sauvages du Détroit.

On conçoit facilement qu’elle devait être l’importance de ce poste à cette époque. Aussi M. Baby avait-il réalisé en peu d’années une brillante fortune. i

Presque tout le terrain sur lequel s'élève aujourd’hui le Détroit' lui appartenait en société

avec M. Macomb, père du général Macomb qui commandait une partie des troupes américaines, pendant la guerre de 1812.

C’est à la suite de cette guerre que M. Baby, pour s'être déclaré en faveur du Canada, sa patrie, perdit toutes les propriétés qu’il avait acquises au Détroit.

Au centre du fort, s’élevait, comme une charmante oasis au milieu du désert, une élégante maison entourée de jardins. . ■!

C’était la demeure du surintendant.

Aimant le luxe, il avait prodigué tous ses soins pour l’embellir.

Le jardin, exhaussé au-dessus du sol, était entouré d’une terrasse de gazon.

Au centre la maison élégamment peinte, à demi-cachée derrière un rideau de branches d’érables, de poiriers, d’acacias, qui balançaient leur feuillage chatoyant jusqu’au-dessus du. toit, ressemblait à une escarboucle enchâssé dans une guirlande d’émeraudes.

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Une nuée d’oiseaux, tantôt cachés sous la feuillée, tantôt voltigeant dans l’air, se croisant, se poursuivant, décrivant mille chemins tortueux avec une prestesse admirable, abandonnaient aux vents leurs joyeuses chansons, tandis que le petit ramoneur , 1 planant au dessus des cheminées, mêlait à leurs voix ses petits cris aigres et saccadés.

C’était le soir.

Les derniers rayons du soleil couchant coloraient de teintes roses et safranées le dôme de la forêt.

La chaleur avait été étouffante pendant tout le jour.

La brise du soir, gazouillant parmi les rosiers, les dahlias et les églantiers en fleur, rafraîchissait la nature embrasée et parfumait l’air d’enivrantes senteurs.

? Réunis autour d’une table dressée, en plein pir, au milieu du jardin et chargée dt mets et

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