AVERTISSEMENT. V
marquent les trois termes successifs et présentent Texpression développée^ assidue^ d'une persévérante pensée. Les changements^ les améliorations qui se rencontrent dans la seconde par rapport à la première et dans la troisième par rapport à la seconde^ dénotent chez Tauteur un zèle consciencieux de recherche et de perfectionnement. Le premier opuscule^ point de départ de ces investigations^ contient quelques faits erronés et divers renseignements qui^ malgré leur incertitude^ ofih*ent cependant un certain intérêt. La brièveté de cette pièce ^ son excessive rareté, jointes aux considérations qui précèdent^ nous ont déterminé à la reproduire en tète de cette nouvelle édition^ comme terme de comparaison pour la pièce suivante et malgré Tinconvénient de quelques redites. Tout nous enga-
parties, doni la description eiacte se Ut dans le Manml de M. Bninet, dernière édition, an mot Recueil, etc., ne se troavent presque Jamais réunies ensemble d'une manière parfaitement complète. Le prix du volume, lorsqu'il se rencontre dans les ventes, varie de quarante à cent francs et au>de8Mi9.
VI AVBRTUSBHKNT.
geait à omettre complètement Topuscule intennédiaire^ le Discours, qui se retrouve entier et amélioré dans le Traité somtMiire.
Après les documents originaux et contemporains relatifs à la Pucelle d'Orléans^ on peut mettre les écrits de Charles du Lis au rang des plus instructifs et des plus précieux pour Thistoire de cette femme à jamais illustre.
Les renseignements quil a réunis sont d'un ordre sérieux, positifs, et puisés, pour la plupart, aux sources les plus respectables et les plus 'pures. La manière dont Fauteur les met en OBUTre atteste de sa part un esprit droit, méthodique, éclairé, sauf Thumaine erreur, et animé d'un amour sincère de la vérité. Il y a toutefois dans les (Buvres historiques de cet écrivain un double écueil, contre lequel il est nécessaire de prémunir le lecteur. Le premier a trait à Tarchéologie.
Lorsque Charles du Lis invoque des documents écrits, il le fait ordinairement d'une manière sûre et habile. Mais il n'en est pas de même lorsqu'il se sert de monuments des arts ou figurés. Ici sa critique se montre près-
AVBRTlSBEinniT. Tlj
que toi^ours en défaut. On doit^jouter^ pour être juste^ que la faculté de discerner Tâge et le caractère propre des monuments anciens de notre art national^ est un sens particulier que ne possèdent pas tous les érudits^ et constitue d'ailleurs une branche réellement npdeme de la science historique. L'autre écueil^ où du Lis se perd quelquefois^ est la préoccupation généalogique. Les renseigne^ ments si précieux qu'il nous donne sur la Pucelle forment^ en général^ à l'honneur du bon sens et de la vérité, un véritable contraste avec les contes calomnieux ou absurdes et avec le phébus qui se débitaient alors, tant en prose qu'en vers, an sujet de cette héroïne, n y a cependant un point où le sens de notre auteur s'obscurcit. Forcé de convenir que la libératrice de la France, au xv« siècle, ou ses firères, avaient été anoblis, il ne peut se résoudre, toutefois, à confesser avec cordialité l'humble conditicMi qui était antérieurement le lot de leurs parents. Suivant lui, Jacques Darc, père de la Pucelle, était c< d'une bonne, riche et ancienne famille. » Il va même jus-
VII] AVBRTISSBlfBNT.
qu'à lui donner des armoiries ^ Sans entrer dans la réfutation minutieuse de ces assertions^ il suffit^ pour les apprécier^ de rapprocher ici par la pensée les dépositions unanimes des témoins^ qui représentent leur compatriote de Donremy comme un très-modeste laboureur^ non multum divitem, chargé de famille et accablé d'ailleurs par les misères du temps. Il suffit de se rappeler la clause des lettres d'anoblissement où il est dit que le père n'était peut-être pas de condition libre ».
Le style de du Lis s'éloigne des habitudes littéraires modernes. La pensée^ chez lui^ ne se mesure pas en des phrases brèves et multipliées. Hais elle se poursuit à la mode latine et selon les us de la langue judiciaire^ en périodes pour ainsi dire indéfinies. L'idée néanmoins^ et c'est là l'essentiel^ s'y déduit avec ordre et clarté. Nous avons voulu reproduire fidèlement la physionomie de ce style et nous en avons respecté^ dans ce dessehi^
^ Voy. ci-aprés pages 36, 38, 73, 103^ etc.
iCi>«prè8p. 96.*
AVBRTIBSRIIBlfT. IX
tous les traits qui nous ont semblé respecta^ blés. Mais nous n'avons point poussé jusqu'à la superstition de reproduire aussi^ senrilement; Tirrégularité de la ponctuation^ les u et les t alternativement voyelles et consonnes^ et autres particularités, qui, du temps de Charles du Lis, attestaient Tinsuffisance de l'appareil typographique, ou constituaient même de véritables fautes littéraires ^
Au sujet de Torthographe, il est un point dont nous devons rendre un compte spécial au lecteur. Charles du Lis écrit constamment Darc et non d'Arc le nom patronymique de la Pucelle. Or on ne saurait voir dans ce fait, de la part de l'auteur, une simple bizarrerie, dépourvue de sens et d'intention raisonnée.
L'un des chapitres et le titre même de son principal ouvrage concernent le nom au vray
1 Des lettres capitales, divers fleurons et lettres grises ont été gravés, soit d'après l'ouvrage même de Charles du Lis, soit d'après d'autres monuments typographiques de la même époque. A l'aide de ces éléments nous offrons au bibliophile^ surtout dans les titres, des ipeeimên ou fae-êimiU intéressants de l'œuvre originale.
X AVBRTISSIIfBlIT.
de la Pucelle. Ce nom^ au yrai^ selon Charles du Lis, est Darc et ncm autre. Pasquier, dans la première édition de ses Recherches (15d8), adoptant la mode alors nouyelle et qui commençait à se répandre, avait imprimé le nom de la Pucelle ainsi : Jeanne d'Arc. Mais lorsqu'en 1611, il donna au public une nouTelle édition de ce même ouvrage (revue et corrigée expressément en ce qui touche la Pucelle, d'après les communications de Charles du Lis), il eut soin de changer cette forme. Cette seconde édition de 1611 et toutes les éditions subséquentes des Recherches présentent ce nom désormais écrit Dare, selon le précepte du descendant de la famille. Je ne pouvais donc pas me permettre d'altérer cette orthographe employée par Tauteur, sans manquer à la première obligation d'un éditeur, qui est la fidélité.
Je demanderai maintenant la permission d'ajouter que je me rallie, pour mon propre compte, à Texemple de Pasquier, et que la forme Darc, revendiquée par du Lis, me paraît, aujourd'hui encore et en dépit de l'usage
AYKRTISSnnifT. XI
qui a prévala^ inréférable à Tautre. Les textes primitifs^ sans aucune eiception^ pendant plus d'un siècle, donnent tous ce nom écrit d'un seul mot et d'une seule pièce, avant et après Tusage de l'apostrophe, non-seulement en français mais en latin ^ Le premier écrit connu qui fournisse la forme d'Arc est un sonnet anonyme d'un poëteorléanais, imprimé en 1575. De l'examen de ce sonnet, il résulte aTec certitude que cette forme, dans Tintentian du poète, avait pour objet de célébrer la noblesse civile de l'héroïne ; motif évidemment inadmissible, lorsqu'il rapplique au nom patronymique et originaire de la famille *.
Cest seulement plus tard, et de nos jours, que, pour expliquer cette déformation consacrée par l'usage, l'on a eu recours à une hypothèse imaginée dans l'ignorance des faits
1 Johanma, JohairnuB^ Johannam Dore. Gaguin dit : Jaeobuê Dar9U9. Pas an texte latin antérieur au xyii« siècle ne fournit de Àreu, On troure aussi Dort, Tard et Taré, qui excluent la décomposition du mot avec un sens géographique on topograpbique.
t D'un autre cété, la famille une fois aftoblie ne se nommait plus Darc, ni d'Arc, mais du Lis.
Xij ATERTlSSimilT.
qui précèdent. On a supposé alors que les ancêtres de Jacques avaient emprunté leur nom conune leur origine de quelque village ou localité appelée Arc. Cette explication^ très-plausible en thèse philologique et gênérale^ semble ici peu compatible avec les faits particuliers. Charles du Lis y Jean Hordal^ Alexandre de Haldat du Lis (mort en 1853), tous descendants et historiens de la famiUe, ont successivement protesté contre cette interprétation. Tous ont écrit Darc le nom qui avait été celui de leurs ancêtres ^ Cette hypothèse tardive est de plus tout à fait gratuite.
^ Charles da Us dit formellement que la famille de Jacques, natif de Séfonds (aujourd'hui Ceffonds, Haute- Marne), était ancienne et originaire de ce lieu. Sur ce point la tradition héréditaire et les recherches de Charles du Lis ne remontaient pas plus avant. Quant à l'étymologie du nom, cette même tradition la tirait d'un arc à lancer des flèches. — L'attribution géographique est si peu fondée, qu'elle a donné lieu elle-même à l'invention d'un village imaginaire du nom d'Arc^ créé tout exprés et plaéé par les inventeurs à deux pas de Donremy^ pour la justifier. Voyez le Dictionnaire d'Expilly au mot Ârqmt^ et me« NoutelUt reeherekei iur la famUh, etc, de la Pucelle; Paris, Dumoulin, t854, in-8«.
ATERTISSBIIEinr. Xlij
Car Darc est parfaitement français^ aussi firançais que Darche^ Darcel^Darcet et Darçon^ qui paraissent avoir la même étymologie; tellement français^ que ce nom lui-même subsiste identiquement^ aiqourd'hui encore^ Darc^ dans d'autres famiUes que celle de la Pucelle. Si Ton pouvait enfin espérer de vaincre par le raisonnement la force invincible de Tusage et de Thabitude^ j'alléguerais un dernier motif propre à rassurer^ sur cette trèsr^minime question^ les consciences les plus timides. C'est que^ dans notre langue^ les noms propres se présentent pour la plupart sous un aspect eontrau^t : de telle sorte que la forme Darc est précisément la seule qui laisse un libre cours à toutes les conjectures étymogiques.
À la suite du Traité sommaire, nous reproduisons le texte des lettres d'anoblissement accordées^ en i429^ par Charles YII, à la famille de la Pucelle. Ce document essentiel n'était connu. jusqu'à présent que par une leçon imparfaite. J'ai profité de cette nouvelle occasion pour en offrir défi-
XIV AYBRTISSIIfBlfT.
nitiyement aa public un texte aussi correct que possible ^.
Le document qui vient ensuite a pour titre :
Lettres->patentes accordées parle roi Louis XIII^ en date du 25 octobre 1612^ etc. Nous reproduisons ces lettres d'après Tune des minutes ou expéditions authentiques et manuscrites^ qui se conserre à la Direction générale des archives. Nous avons puisé à cette source quelques corrections et quelques développements inédits.
Notre volume se termine par deux pièces inédites tirées d'un manuscrit^ œuvre de Charles duLis^ qui se trouve à la Bibliothèque de Carpentras '.
L'ensemble du petit recueil que nous présentons au lecteur se compose de divers morceaux provenant de plusieurs sources et
^ Voir^ pour de plus amples développements, Bibliothèque de VÈcote det Chartes, tome V de la 3« série^ p. 377 et Noutellet recherehet iur la famille de Jeanne Dore, p. 48. Quelques fautes d'impression se soBt glissées dans ces deux éditions du même diplôme.
1 Voy. ci-aprés pages 108 et suivantes et le tableau généalogique.