‹ Opuscules poétiques du général L. N.M.CarnotChapitre 45 sur 116 · IO · texte numérisé non relu

IO

Excusez-moi , ma noble demoiselle , Lui répondit le vieux Caron 5 D'offenser fille sage et belle , Je n'eus jamais l'intention.

Mais vous, dit-il, gentille blonde, Eu parlant à Théone , avant de passer l'onde , Serait-il indiscret aussi , De vous engager à nous dire Quel sujet vous amène ici ?

11 me semble vous voir sourire.

Théone alors s'explique ainsi :

Pour moi je n'en fais pas mystère ;

J'étais là haut simple bergère ;

Un berger possédait mon cœur , Et ce berger faisait tout mon bonheur ;

Pour lui j'aurais donné ma vie ,

Hélas ! elle me fut ravie , Lorsque j'étais prête à le rendre heureux : L'hymen allait enfin combler nos vœux ,

Quand le trépas inexorable M'arrache à cet époux, sans doute inconsolable.

Bien , mes enfans , dit le vieux nautonnier ; Entrez toutes deux dans ma barque :

Ce que vous avez dit va se vérifier ; En voici l'infaillible marque :

Si par hasard , l'une ou l'autre a menti , Nous verrons sa couronne, en quittant le rivage. De son front à l'instant tomber en témoignage :

C'est ce dont je vous averti :

Tenez-vous bien , gare la lame !

Caron, en achevant ces mots, Donne en effet son coup de rame ; La barque à l'instant fend les flots : Mais ce brusque départ fait tomber la couronne De la fière Eucharis, et la laisse à Théone.

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