A ÉGLÉ
Tu dis , Églé, que ton cœur est sensible -, Que faut-il donc , hélas ! pour l'attendrir ? Depuis trois ans toujours m'es inflexible j Bientôt enfin , tu me verras mourir.
En te servant, n'ai jamais craint la peine ^ C'était pour moi plaisirs toujours nouveaux : L'aube du jour m'a trouvé dans la plaine , Cent et cent fois, pour bâter tes travaux.
Fleurs du printemps , premiers fruits des campagnes Etaient pour toi , mes vœux suivaient les tiens ; Quand tes moutons erraient sur les montagnes , Pour les soigner je négligeais les miens.
Dans les bosquets, dans les vertes bruyères. Te dénichais mille innocens oiseaux :
Combien pour toi j'ai désolé de mères, En m'exposant sur de frêles rameaux !
Et cependant, toujours m'es inflexible • Bientôt enfin , tu me verras mourir :
Tu dis, Eglé, que ton cœur est sensible ; Que faut-il donc , hélas ! pour l'attendrir ?