LA MÉLANCOLIE D AMOUR
Lieux cliers à raon enfance , Fleurs qui parez nos champs 5 Hélas ! votre présence Ne charme plus mes sens.
Ruisseaux , bois solitaire , Avez-vous pu changer ?
Mon cœur , sur ce mystère , N'ose s'interroger.
Je ne suis plus émue Par le chant des oiseaux 5 Rien n'attache ma vue A ces souples rameaux :
Je laisse à l'aventure Mes moutons s'égarer :
A mes yeux la nature Semble près d'expirer.
Médor , ce chien fidèle , Jadis tant caressé, Attend que je l'appelle, A mes pieds délaissé.
Ma gaîté s'est enfuie, L'écho demeure coi , Et la mélancolie A des charmes pour moi.
( 290 ) Dans mon ame s'élève Un sentiment confus ; Je soupire , je rêve , Je ne me suflis plus.
Ruisseaux, bois solitaire , Avez-vous pu changer ?
Mon cœur , sur ce mystère N'ose s'interroger.
LHIRONDELLE.
Or, écoutez la touchante aventure Arrivée au dernier printcms :
Une hirondelle apportait la pâture, Toute joyeuse à ses enfans.
Son nid tenait aux vitraux d'une église : Mais en volant comme l'éclair,
A la corniche elle se trouva prise.
Et par un fil tenue en l'air.
Las ! les petits voyant leur pauvre mère En si grand hasard de périr ,
Se débattaient, sentant douleur amère De ne pouvoir la secourir.
Bien vite on sut dans tout le voisinage Le sort de l'oiseau malbcureux :
On accourut des maisons du village.
Pour l'aider, au moins par des vœux.
Alors on vit les autres hiroudeljps , Toutes prendre part au danger ;
Aller, venir, et frapper de leurs ailes Son lien pour la dégager.
Au fil toujours on la voit balancée 5 En vain nous faisons mille cris....
Il rompt enfin, elle est débarrassée, Et la voilà vers ses petits !
Oh ! quels transports ! quelle joie indicible !
Qui ne voudrait la partager ?
Enfans chéris, et vous, mère sensible.
Seuls vous pouvez en bien juger.