‹ Opuscules poétiques du général L. N.M.CarnotChapitre 87 sur 116 · LE FILS DE VÉNUS · texte numérisé non relu

LE FILS DE VÉNUS

Air : V Amour est un enfant trompeur.

Qui définira cet enfant, Aussi vieux que le monde?

Marmot dont l'empire comprend Les cieux , la terre et l'onde ;

Qui les yeux couverts d'un bandeau ,

Lit dans nos cœurs, lient le flambeau. Qui consume et féconde?

C'est lui que célébrait Sapho ,

Qu'on adorait à Gnide 5 Qui desséchait la nymphe Echo ,

Brûlait la Néréide , Désarmait le dieu de l'enfer.

En taureau changeait Jupiter,

Faisait filer Alcide.

Qui rend si fier, qui rend si doux ,

Si tendre , si coquette ; Si confiant et si jaloux,

Si vive et si discrète :

Qui cède tout pour tout gagner.

Qui se soumet pour mieux régner^

Qu'on fuit, et qu'on regrette.

Protée aimable , doux poison , Source de mal et d'aise;

Souvent dupe et toujours fripon, Sérieuse fadaise ;

Qui blesse avec des traits dorés ,

Brise êû riant des nœuds sacrés , Nous fàcbe , et nous apaise.

Qui parfois émeut la pitié, Parfois bénit sa chaîne -,

Tantôt ressemble à l'amitié, Et tantôt à la haîne :

Qui s'alimenle de rigueurs.

Expire au comble des faveurs :

Feu céleste , ombre vaine !

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