‹ Oraison à sainte Catherine; monologue. DitChapitre 1 sur 3 · Oraison à sainte Catherine; monologue. Dit · texte numérisé non relu

Oraison à sainte Catherine; monologue. Dit

Si charitable et si bonne, Et l'on vous sait au ciel tant de crédit, Qu'on recourt à votre tendresse ; Et c'est h vous Que chacune de nous, Lorsqu'elle désire un époux, S'adresse !

Sans votre aide, plus d'une, ici-bas, resterait Vieille fille. — Et jamais l'on ne se marierait !

Or, se marier est obligatoire.

On nous l'apprend, et nous devons le croire, • C'est dans le catéchisme — à l'endroit : sacrement ! Et puis, rien n'est moins séduisant Qu'une demoiselle hors d'Age — C'est pourquoi nous pensons toutes au mariage

Et comme je nous sais nombreuses à placer, J'ai voulu vous adresser Aussi ma petite prière ; Car je ne voudrais pas, moi, rester la dernière ; On a — chacune — sa fierté, Et vous me comprendrez sans peine, j'imagine, 0 grande sainte Catherine, Dans votre divine bonté ! —

Ce n'est pas que je sois pressée, Je peux attendre encor — un peu— pas trop longtemps! Pensez donc, j'ai dix-sept ans, y

Et Ton va marier, ce soir, ma sœur aînée. Or, c'est à mon tour maintenant, —

Ainsi l'a décidé maman.

L'une après l'autre, c'est l'usage ; Cela se fait toujours ainsi. — Je n'ai donc eu jusqu'ici Trop rien à dire. — Et, d'ailleurs, il est sage

N'est-ce pas d'un peu réfléchir, Avant de prononcer ce oui, qui nous engage, Et sur lequel on ne peut jamais revenir ! —

0 grande sainte Catherine !

Vous me connaissez — donc, je puis Vous parler franchement. —

Je le sais bien — je suis D'une nature un peu taquine, D'un caractère un peu moqueur Peut-être — mais j'ai si bon cœur ! — L'on prétend que je suis coquette !

— Oh ! pas beaucoup, — tout juste ce qu'il faut

Pour que cène soit pas taxé comme un défaut, Mais comme un excès de toilette. — Je ne suis pas trop — trop — trop mal .

Quelques-uns me disent jolie —

Mais c'est pure galanterie Je n'en crois pas un mot. — D'ailleurs, ça m'est égal,

Pourvu que je plaise à qui m'aime !

Et vous le voyez, — je n'ai même,

— Preuve de mon humilité —

Cité pas une qualité. — Cependant tous en ont, au moins une en partage.

J'apporte donc, en entrant en ménage,

Tout ce qu'il faut pour rendre heureux

Le mari, que du haut des cieux Vous m'aurez désigné, chère et sainte patronne. — Je l'aimerai hien mieux, en le tenant de vous !

Car vous savez, mieux que personne, Le mari qui convient à chacune de nous ! —

Ainsi, moi, je ne voudrais pas trop d'un poète.

Ces gens-là portent trop leur tète

Comme un vrai saint sacrement.

Puis, on les dit toujours dans la lune, rêvant Sans cesse, — et si parfois ils daignent condescendre Du haut de leur grand ciel à, jusqu'à nous descendre,

Ils ont un air si malheureux,

Si triste, si dédaigneux, Qu'on les aime encor mieux montés sur leur nuage.

Or, moi, je veux, en mariage,

Un mari comme il en csl tant.

— Certes, je n'aime pas les bêtes, Ni ces beaux qui, la raie au milieu de leurs tètes, Mis comme une gravure, ont à cœur seulement Le nœud de leur cravate ou le mot à la mode ; Mais je ne voudrais pas non plus d'un trop savant,

Ou d'un rêveur, à l'humeur incommode, Qui, rimant des sonnets au bleu du firmament, N'aurait guère le temps que d'adorer la lune.

Un notaire ?... a de la fortune, Du moins généralement; Et papa dit toujours que c'est avec l'argent Qu'on fait du bonheur en ménage. — Le conseil est peut-être sage ; Mais je crois que pour le bonheur Avec l'argent il faut mettre le cœur.

Or, je ne vois pas un notaire Dans ce rôle d'amoureux.

Un notaire, c'est sérieux.

D'ailleurs tous ceux que je connais sont vieux.

Reste un militaire?

Encore ici le point est hasardeux.

C'est moins sérieux qu'un notaire, Mais c'est bien pius aventureux.

On les prétend d'humeur quelquefois un peu rude, Ayant plus de folie au cœur que de raison, Et l'esprit quelque peu léger, par l'habitude De changer de garnison.

Donc, vous voyez, je m'imagine, 0 grande sainte Catherine !

Combien difficile est le choix.

Ils seraient complets à tous trois :

Le poète, le militaire, Et le notaire.

Mais n'en épousant qu'un, c'est un qu'il faut choisir. Cherchez-moi donc celui qui peut me convenir Et je tâcherai de lui plaire Avec votre aide.

Ainsi soit-il !

Et pour éviter tout péril, Toujours de vos conseils prêtez-nous la lumière ! Aux cieux, priez toujours pour nous!

Bénissez qui recourt à vous, Et n'oubliez pas ma prière !

12433. — Imprimerie régionale, Dijon. — Dr J. Delcolrt.

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