MESSEIGNEURS (*), ME5 FRÈRES
En présence de cette vie éteinte à laquelle se rattachent tant de souvenirs et de grandeurs ; en face de la dépouille mortelle de ce Pasteur, de ce Pontife qui pendant un demi-siècle a comme tenu en ses mains les plus graves intérêts du Canada; devant cette figure inanimée qu’environne encore je ne sais quel rayonnement surnaturel; au milieu de cette assistance empressée et émue, de cette pompe lugubre et de ces manifestations extérieures qui
{*) Mgr Fabre, Ev. de Montréal ; Mgr Taché, Archev. de S. Boniface ; Mgr de Goesbriand, Ev. de Burlington; Mgr LaFlèche, Ev. des Trois- Rivières; Mgr Whadams, Ev. d’Ogdensburg ; Mgr Jamot, Ev. de Petersborough; Mgr Duhamel, Ev. d'Ottawa; Mgr Moreau, Ev. de S. Hyacinthe ; Mgr D. Racine, Ev. de Chicoutimi ; et Mgr Cleary, Ev. de Kingston.
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semblent plutôt un triomphe que l'expression d’un tribut payé à la mort, on se demande ce qui doit l'emporter dans l’âme de l'admiration ou de la douleur, et on sent l’impuissance où l’on est de dire tout ce que renferme d’extraordinaire cette longue carrière de quatie-vingt-cinq ans, cet illustre sacerdoce de soixante-deux ans, ce prodigieux épiscopat de près de quarante-huit ans. (*)
Le digne Prélat, faible de corps, mais doué d’une organisation intérieure peu commune, avait reçu de Dieu une puissance d'action, une force d’un ordre supérieur, qui le rendit capable des entreprises les plus diversés et les plus difficiles : Dedit ipsi Deus fortitudinem.
Cette merveilleuse puissance que révéla en lui l'influence incroyable qu'il ne cessa d’exercer sur les hommes et sur les événements de son époque, il l’a conservée jusqu’au fond de sa retraite solitaire, jusqu'au dernier jour de sa vieillesse: e/ usque in senectulem permansit illi virtus; et il en fait encore sentir les remarquables effets, après sa mort: Permansit ill virtus.
C’est cette force secrète et irrésistible qui, au cri: MON- SEIGNEUR BOURGET EST MORT, a soudain remué toute cette grande cité, tout ce vaste diocèse, toute cette province, C'est cette force qui a ébranlé vos cœurs, qui de toutes parts, de toutes conditions, de tout âge vous a attirés en nombre immense vers ces restes mortels et qui, en ce moment, sous ces voûtes sacrées, parmi ces emblèmes de deuil, vous tient pressés, silencieux, autour de ce cer-
(*) Mgr Ign. Bourget, né le 30 Oct. 1799, et décédé le 8 Juin 1885, fut ordonné Prêtre le 30 Novembre 1822, et consacré Evêque le 25 Juillet 1837.
cueil, dans l'attitude du respect, de la reconnaissance et de l'amour, avec un indicible mélange de douleur et d’enthousiasme: Permansit illi virtus.
Cette force surhumaine élevant notre Pontife à une hauteur où le regard ne peut plus l’atteindre, sans que l’admiration vienne s'ajouter à la vénération, rehausse par là tout ce qu'il est et tout ce qu’il a fait, et imprime la grandeur à sa personne comme à ses actes.
MONSEIGNEUR BOURGET fut vraiment grand. Il fut grand dans ses vertus, il fut grand dans ses œuvres. Et c'est ce double caractère de grandeur qui fera le partage de
ce discours :
Grandeur dans les vertus,
Grandeur dans les œuvres.
O Pontife vénéré, ce que nous allons rapporter de vous, dans l’effusion de notre âme, sera loin de répondre à la valeur de vos mérites, mais votre noble vie parle elle-même si haut et rayonne d’un si pur éclat que l'impression qu’elle a déjà formée depuis longtemps dans les cœurs suppléera, nous l’espérons, à l’imperfection du tableau que nous
essaierons de retracer.
Sur la rive méndionale du Saint-Laurent, à la Pointe- Lévis, en face de Québec, se voit encore l? modeste demeure où prit naissance le jeune sous-diacre que l’illustre archevêque de Québec, Monseigneur Plessis, envoya rem-
plir les fonctions de secrétaire auprès du premier évêque
de Montréal, Monseigneur Lartigue, et qui devint le très-
7 nr ve célèbre Evêque IGNACE BOURGET, assistant au Trône Pontifical, et plus tard archevêque de Martianopolis.
L’humble et pieux secrétaire se fit remarquer var des qualités d'intelligence et de cœur qui lui méritèrent de monter à pas rapides jusqu'aux gloires de l’Episcopat et bientôt de recevoir, aux acclamations de tous, l'héritage du digne et vénéré Prélat à l'ombre duquel il avait grandi chaque jour en toutes sortes de perfections.
Ce fut surtout quand cet héritage sacré eut été mis en sa possession et qu’il eut à soutenir lui-même tout le poids de ce redoutable fardeau, que se révélèrent toutes les richesses cachées au fond de son noble et vaste cœur.
Nous n'entreprendrons pas de vous dire tous les dons de nature qui faisaient l’ornement de ce Pontife, de vous représenter ce qu’il avait de doux et de pénétrant dans le regard, de simple et de modeste dans l'attitude, de vous peindre ce reflet du ciel qui paraissait sur son front, ce sourire d'innocence et de paix qui donnait tant de charme à son visage angélique, ce caractère aimabie, affectueux et bienveillant, toute cette physionomie empreinte de bonté et d'énergie, et cette rare facilité à accueillir indistinctement les grands et les petits, les riches et les pauvres avec une patience et une aménité qui ne connaissaient point
de lassitude, Laissons à d’autres le soin de rassembler et de décrire ces traits extérieurs.
D'une imagination heureuse, d’un cœur aimant, se plaisant à couvrir tous les défauts et invariablement fidèle dans
ses amitiés, d’un esprit facile, vif et clairvoyant, d’un amour SR EC ERREUR TUE 21 HET SSNSERT IR EETTN L CESSE RS TONI ENNEr CR SSSR OMSTE SRE CE y | cms
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pour l'étude et d’une capacité de travail s'étendant à tout et que les longues veillées de la nuit, même après les journées les plus absorbantes, pouvaient à peine satisfaire, MONSEIGNEUR BOURGET, qu’on croyait avoir fait le vœu de ne jamais perdre aucun instant, jouissait d’une fermeté de résolution et d’une puissance d'activité dépassant les limites ordinaires,
Rien n’était beau comme de le voir se multipliant à l’infini, faisant face à tous ses devoirs, se prodiguant dans ses visites pastorales à tout le monde, et employant le temps du sommeil à ses correspondances ; puis de retour à son évêché, passant des occupations les plus graves aux moindres services de la charité, allant sans cesse de son bureau au parloir, quittant la rédaction d’un mandement pour répondre à un vieillard dans la peine, à une pauvre femme des faubourgs, laissant en suspens les questions les plus sérieuses pour descendre enseigner le catéchisme aux én-
fants et leur expliquer l’évangile appris pendant la semaine,
et se faisant ainsi à toutes les situations les plus diverses,
les plus opposées avec une liberté d'esprit, une sérénité de visage et une égalité d'âme qu'on chercherait en vain à décrire. C'était un spectacle unique, véritable objet de ravissement, pour tous ceux qui en étaient témoins.
Les nombreuses courses pastorales que, malgré ses incessantes infirmités, il fit en tous sens dans son immense diocèse, ne parvinrent pas à épuiser cette infatigable activité. Toujours, comme sous l'empire d’une volonté toute puissante, sa vigueur renaissait quand S’élevait la voix du devoir, Et alors les distances elles-mêmes les plus grandes
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s’effaçaient à ses yeux ; l'Océan et ses tempêtes n'avaient
plus pour lui rien d’effrayant, et les traversées, si laborieuses qu'elles fussent à son frèle tempérament, ne pouvaient mettre obstacle à ses déterminations. Comme autrefois le grand Apôtre, il voulait voir Pierre, il avait besoin de voir Pierre, Son œil aspirait à se rassasier de cette vision sensible de la vérité. Il fit sept voyages en Europe et huit à Rome. Mais ces voyages étaient autant de pèlerinages qu'il accomplissait sans jamais se détourner de sa route, Et toujours il en revenait plus rempli de foi, plus attaché au Pape,
Les souvenirs du catholicisme, qu'il avait puisés à leur centre et à leur foyer, lui servaient à féconder ses pensées, à nourrir ses conversations, à enrichir ses lettres pastorales et ses mandements, au nombre de plus de trois cents et dont plusieurs resteront comme des gloires pour l’épis-
copat canadien.
Où trouver plus de force, plus de puissance d'action, plus
de courage et plus d'amour du devoir que dans le développement de cette vie d’apôtre ?
Aucun pinceau ne pourrait rendre sous ses vraies couleurs cette étonnante physionomie, cet homme aux convictions profondes, d’une conscience intègre, d’une pureté de vue hors de discussion, d’une capacité d’action incroyable, d'un esprit d'entreprise ne connaissant de limites que dans son amour pour Dieu et pour son diocèse; âme de feu dans une constitution faible et délicate, volonté infrangible unie à une inaltérable douceur, invincible énergie jointe à une
bonté inépuisable, modestie surprenante, et cependant, cou- UE CS | pr :]
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rage ne comptant jamais avec les obstacles, tout cela n’est qu’un pâle rayon de cette grande figure historique, de ce Prélat qui a exercé sur ses contemporains un ascendant, un prestige dont on n'a pas encore mesuré toute l'étendue, de cet Evêque qui fut sans contredit, pour l'Eglise du Canada, l’homme le plus considérable et le plus prodigieux de son siècle,
Mais ce qui relevait ces brillantes qualités naturelles de MONSEIGNEUR BOURGET, c’est que la puissance intérieure qui, en lui, inettait tout en mouvement, allait s’alimenter à des sources supérieures, aux sources pures de la foi, aux sources de cette foi divine que décrit si admirablement saint Paul et qui rend capable de si merveilleux effets, de cette foi qui illumine, élève, agrandit, de cette foi qui enrichit les facultés et transforme la nature, qui fait le juste et fait l’homme de Dieu.
MONSEIGNEUR BOURGET vivait de cette foi pure, active, lumineuse, ardente ; elle lui communiquait cette extraordinaire énergie qu’on a peine à expliquer ; elle l’établissait dans cette sphère surhumaine où les pensées éclairant son âme et les horizons se déroulant à ses regards, ont plus d’une fois par leur hauteur ou : :ur étendue déconcerté les calculs et les raisonnements du monde; elle le tenait uni à Dieu, plongé en Dieu, en commerce habituel avec Dieu, n'ayant d'aspiration, d'intention, et, si j'ose dire, de passion que pour Dieu; elle en a vraiment fait un homme
de Dieu, un homme pouvant s’écrier avec saint Paul: ma »
vie n’est ni sur la terre, ni pour la terre, mais se passe tout
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entière dans les régions de l'éternité: Vostra conversatio in cœlis est. Philip. 3, 20.
Aussi qui n’a pas admiré en notre auguste Prélat cet amour, ce besoin, cette habitude de la prière par où se reconnaît toujours sûrement l’homme de Dieu? Qui n’a pas été frappé de son grand esprit de religion dans toutes ses fonctions épiscopales ; de son exactitude et de son pieux respect à l'égard des moindres règles liturgiques ; de sa gravité et de sa dignité au saint autel et dans les cérémonies sacrées ? Comme alors son visage paraissait se transfigurer et son âme se tenir au ciel, tandis que, sous les vêtements pontificaux, il remplissait si parfaitement les rites divins de la Sainte Eglise. Quelle majesté! s’écriait quelqu'un le voyant pontifier aux funérailles de l’ancien et remarquable Archevêque de Québec, quel spectacle! et ce cri spontané de l'émotion ne faisait que traduire l’admiration qui s'était alors emparée de toute l'assistance.
Et sa piété! qu'on était touché en la contemplant si aimable et si onctueuse; en respirant cette bonne odeur de Jésus-Christ que partout elle répandait autour de lui ; en subissant le charme indicible dont elle pénétrait toutes ses exhortations, tous ses discours, toutes ses conversations et jusqu’à ses moindres relations. Piété aussi tendre que solide, il ne pouvait assez en suivre les douces tendances : longues heures dans le recueillement et l'amour en présence du sacrement adorable de nos autels ; visites fréquentes et pleines d’'ineffables délices dans les sanctuaires consacrés à la très Sainte Vierge; pratique filiale de déposer, avant de les publier, ses lettres pastorales et ses mandements aux
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pieds de Marie Immaculée, comme une offrande à la Mère de Dieu ; inénarrables effusions de foi et de charité devant ies reliques des martrs et des saints ; ce n'était pas assez pour répondre à son insatiable besoin d’épanchement et d'amour, et le matin, longtemps avant les premières clartés du jour, ou le soir bien avant dans la nuit, quand tout sommeillait, quand personne ne pouvait surprendre les secrets de sa vertu, il s’'agenouillait à chaque station du chemin de la croix, méditant la passion du Sauveur et
faisant ainsi son pèlerinage du cœur.
Surtout qui n’a été ravi de son inébranlable confiance en Dieu? de cette imperturbable paix avec laquelle, pénétrant les desseins de la Sagesse éternelle, adorant la main de Dieu au fond de tous les événements, comptant sur sa puissance infinie autant que sur son insondable amour, il défiait toutes les épreuves, affrontait toutes les difficultés, se jouait des impossibilités humaines et demeurait ferme dans ses projets, parfois seul contre tous, pourvu qu'il sût que Dieu était avec lui? Son bon cœur s’attristait de la conduite des mondains, qui ne s'appuient que sur leurs richesses et sur eux-mêmes, Et un incendie étant venu tout à coup détruire un de leurs plans les mieux concertés: Ah! s'écria-t-i', ils se glorifiaient de leurs avantages temporels et voilà que la main de Dieu a tout renversé en un instant: #72 in curribus et hi in equis ; mais pour nous, nous mettons notre espérance en Dieu: vos autem in nomine Domini, Ps. 19. 8, et Dieu ne nous fera jamais défaut C'est pourquoi en témoignage perpétuel de cette divine
confiance, il voulut que son œuvre de prédilection portât le nom de Providence.
Qu'elles sont belles, mes frères, les manifestations de la présence surnaturelle de Dieu dans un cœur docile à la grâce, qu'il est grand notre Evêque! grand par sa foi, grand dans son union avec l’Infini; quelle religion, quel esprit de prière, quelle piété, quelle confiance en Dieu! c'est la grandeur surnaturelle envisagée dans ses effets du côté de l'éternité,
Mais comme on ne peut s'élever à Dieu sans quitter la terre, l'union à Dieu considérée sous ce nouvel aspect produit trois autres effets dans l’âme. Elle détache des biens de ce monde par le désintéressement ; elle détache de l’entraînement des sens par la mortification ; elle détache des séductions de l’orgueil par l'humilité. On! Pontife vénéré, que nous retrouvons admirablement ces merveilleux effets dans votre belle et sainte existence.
Ab! le Sage se plaît à mettre un homme désintéressé parmi les prodiges du monde, et il le regarde comme le plus heureux et le plus innocent des hommes: Beatus…. qui inventus estsi ne maculé et qui post aurum non abiit, nec speravit in pecuni& et thesauris, Eccli. 31, 8 Où est-il et où le trouver ? Quis est hic ? Nous le comblerons de louanges quand nous l’aurons trouvé: Æ7 laudabimus cum, Car sa vie est un miracle: Æecit enim mirabilia in vilé sud.
Cet homme désintéressé, ce prodige, ce miracle, dont parlent les saintes Lettres, nous l'avons trouvé, mes frères.
C'est l'illustre Pontife dont les restes semblent encore res-
pirer la vie au milieu de nous. Qui n’a connu son détache-
EE SC | ls ment des biens de la terre? la simplicité de tout ce qui servait à son usage ? simplicité dans ses vêtements, simplicité dans son ameublement, simplicité et détachement poussés si loin que lui, qui d’un signe faisait s'ouvrir toutes les mains et toutes les bourses, plus soucieux de la perfection évangélique que de son bien-être en ce monde, pauvre durant sa vie et pauvre à sa mort, infatigable à réclamer des aumônes pour la gloire du culte, pour la cause du Pape et de l'Eglise, pour le soulagement des malheureux, mais constamment oublieux de lui-même, ne possédait rien en propre et s'était fait une loi de ne jamais porter aucun
argent.
Il revenait de Kingston ; il perd son passage à Cornwall ;
quatre lieues le séparent de la station à laquelle il lui faut parvenir. Que fera-t-il? Il est sans argent, il n’a pas même la modique pièce de monnaie dont n'est pas toujours dépourvu le dernier des pauvres; à la manière des apôtres, qui ont tout quitté, le saint Evêque se met à cheminer, faisant à pied sa route de quatre lieues, priant et bénissant Dieu; et quand il arrive à Montréal à dix heures du soir, il est depuis quatre heures du matin sans avoir encore pris de nourriture,
Si son désintéressement fut grand, que dire maintenant, à en juger par ce trait, de sa mortification ? Quelle puissance sur lui-même, quelle sévérité pour sa propre personne, avec quel empire ne tenait-il pas sous sa main tous les emportements, toutes les saillies, toutes les émotions de la nature, Ne semble-t-il pas qu’il avait fait avec son corps
le pacte de ne jamais rien accorder à ses aises, encore
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moins à ses caprices, de lui retrancher même du nécessaire, et qu'il se plaisait à disposer de ce corps comme d’un objet étranger, souvent même à le traiter en ennemi? Partout se trahissait en Monseigneur son irrésistible attrait à dompter ses sens pour mieux appartenir à Dieu. Sa sobriété était exemplaire, ses jeûnes se multipliaient, ses privations étaient continuelles; s’il s’asseyait, c'était sans s'adosser, s’il priait, il évitait tout appui; ses occupations étaient sans trève ni répit; les récréations, le jeu, le repos lui étaient inconnus ; la maladie elle-même, si fréquente dans cet organisme épuisé de travail, ne pouvai. : c :porter sur cette volonté souveraine qui trouvait dans les souvenirs de la Passion de Jésus-Christ le secret de se jouer avec la douleur. Et quand l’accablement physique de la souffrance l’obligeait à subir les secours de l’art, alors rien n'était plus édifiant que sa patience ; il ne savait ni se plaindre ni murmurer, et ne songeait qu’à témoigner de sa docile soumission à ce qui devenait pour lui le signe extérieur de la sainte volonté de Dieu.
Quand l'homme de Dieu a vaincu le monde et vaincu les plaisirs des sens, tout n’est pas fini, il lui reste encore à se vaincre lui-même en ce qu’il a de plus intime et de plus personnel, à vaincre son amour-propre et son orgueil. Sainte humilité, c'est là ton ouvrage et ton triomphe! Que cette vertu du ciel, mes frères, était ferme et profonde en notre auguste Prélat! Comme il cherchait, par une sorte d'inclination secrète, à fuir les regards, comme il était insensible à l'opinion, comme il aimait à s’isoler des spectacles humains, avec quelle impénétrable discrétion il taisait
tout ce qui le concernait, quelle habileté n'avait-il pas à renvoyer toujours à son peuple, à son clergé le mérite des œuvres au sujet desquelles on ne pouvait s'empêcher de lui adresser de justes louanges, Le sentiment de son indi-. gnité, qu’il exprima en termes si touchants dans le premier de ses mandements, ne fit que croître et se fortifier pendant les mille vicissitudes de son brillant épiscopat. Rien ne paraissait mieux aller à ses attraits que de se faire petit avec les petits et pauvre avec les pauvres. Les emplois les plus bas lui offraient un charme indicible et il! s'y prêtait avec un vrai bonheur, Et s’il est un spectacle attendrissant, c'est celui de ce grand Prélat quittant la nuit sa chambre épiscopale, descendant. silencieux dans la cour pour fendre du bois et emportant ce bois dans ses bras afin de réchauffer l'appartement de son serviteur malade, O humilité! O grandeur des vertus de notre vénéré Pasteur !
Voilà, mes frères, le Pontife que Dieu a choisi, selon son cœur, entre tous les hommes: Æ/egi eum ex omnibus...mihi in sacerdotem, 1 Reg. 22, 8 Voilà l'homme de Dieu qui depuis les jours de son enfance et de sa jeunesse n’a jamais quitté les sentiers de la vertu: Aswbulavil pes meus îter rectum à juventute med. Eccli. 51, 20. Voilà celui qui fut notre Pasteur, notre Père, notre Evêque. Le portrait qui vient de vous en être fait est, hélas! étrangement décoloré, Et cependant sous ces lignes inhabilement tracées, quelle incomparable figure! Quel rayonnement de grandeur dans les dons naturels comme dans les dons surnaturels, dans