LE RECOLLET OLIVIER GOYER
. On cosbe très peu de renseignements sur le père récollet Olivier Goyer. On ignore quand il vint dans le pays et quand il en partit (1). C’est lui qui ,le 19 décem-
re 1698, prononça l’oraison funèbre de Frontenac. Il était alors commissaire-général de son ordre dans la Nouvelle-France, ainsi qu'on le constate par le procèsverbal d’un miracle attribué au frère récollet Didace Pelletier en date du 26 octobre 1699 (?),
C’est le père Goyer qui était le‘confesseur d> Frontenac et c'est lui qui l’assista à sa mort.
Parkman a publié quelques extraits. de l’ oraison funèbre prononcée par le père Goyer (5).
Cette pièce d'éloquence n’a jamais été publiée en français. Aussi, nous croyons intéresser le lecteur en la mettant au jour.
Le séminaire de Québec possédait autrefois le texte original de l’oraison funèbre de Frontenac. On ne sait dd Fée à me sb 1884, et le Répertoire du clergé canadien de Mgr Tanguay ne le men-
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jour du mois —Fr, Olivier Goyer co:
, volume quatrième, page 261.
… (6) Frontenuc and New-Franée under ui pages 451, 492, 433,434.
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NOR ce qu'il est devenu. On suppose qu'il aura été soustrait PR EN par quelque main avide de vieiHes choses.
vi La copie que nous possédons à été faite par Mgr REMAT .
Hamel, de l’université Laval, sur un manuscrit de l'ab LUE Plante, qui, lui, l'avait copié «nr l'original du séminaire AB de Québec. C’est dire qu: le tout est authentique.
AA | À qui attribuer les commentaires qui accompagnent a LM la copie manuscrite de l’oraison funèbre du comte de Frontenac par le père Olivier Goyer ?
M. : dr dit que M. Jacques Viger était d'opinion que ce critique anonyme n'était autre que l'abbé Lt de la Tour, l'auteur des Mémoires sur la vie K à Mgr de
EME Laval (1), | M. George Stewart, dans les notes qui accompagnent sa magistrale étude sur Frontenac et son temps (?) raconte de son côté que M. l'abbé Casgrain l’a informé ue ces commentaires étaient dus à la plume mordante e l'abbé Charles Glandelet, qui vint au Canada en 1675 et demeura un demi-siècle au séminaire de Québec. M, KE: : Glandelet, qui fut supérieur et confesseur des Ursulires, mourut à Trois-Rivières à l’âge avancé de 80 ans,
(1) Frontenac and New- France under Louis XIV, page 485. 7
$ (2) “te and critieal history of America, edited by Justin Winsor, volume L * " à
Oraison funèbre du yès-haut et très-puissant Seigneur Louis de Buade, comte de Frontenac et dePaluau, Maréchal de camp de l'armée du. roi, Chevalier de l'ordre de St-Louis, Gouvernewr el Lieutenant-général pour Le roi dans toute l'Amérique Septentrionale, prononcée en l'église des récollets de Kébec, lieu de sa sépulture,
19 décembre 1 698.
In muititudin evidebor bonus et in bello fortis.
Je ferai voir que Je suis bon à mon je mt vaillant dans la guerre.
u livre de la Sagesse, chap $.
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Ainsi parle Salomon divinement inspiré de tracer en su personne les caractères d’un homme héroïque. Il nous le représente occupé à connaître et i. pratiquer les règles de la véritable sagesse qu'il préfère à l'or e5 à l'argent, et qu'il prénd pour guide dans la conduite des peuples qui lui sont soumis, tirant sa gen d'une solide vertu, méprisant les vaines louänges d'un flatteur intéressé, ne recherchant dans la grandeur que le plaisir d’être utile, digne d’être admis dans le conseil des princes,
ui l’honorent de leur bienveillance, qui suivent ses avis, qui l’écoutent avec attention parce qu'il est prudent pour ne dire que ce qu’il faut, et grave pour le dire avec poids, acquérant après sa mort une glorieuse immortalité parmi ceux qui le suivent, vivant dans leur esprit par le souvenir d'une bonté qui le faisait aimer des grands.
A ces mots reconnoissez (1), Messieurs, l’illustre défunt dont nous célébrons les obsèques et à la place de ce héros mettez-y (2) Très-haut et très-puissant seigneur Louis de Buade Comte de Frontenac et de Paluau, maréchal de camp des armées du roy, chevalier de l'ordre de St Louis, gouverneur et lieutenant-général pour sa Majesté dans toute l'Amérique Septentrionale.
Cet homme sage (3), désintéressé, libéral, dévoué au service de son roy, zélé pour le bien public, grand dans les difficultés par sa prudence, dans les périls par son courage et dans la religion par sa piété.
Cet homme sage que le sénat (4) de Venise, cet aréopage de l'Italie, écouta avec une respectueuse attention parce. qu'il y parla (a) avec toute la force de cette élo-. quence que vous avez admirée (5) depuis, Mrs, dans vos assemblées publiques, éloquence qu’il avait reçue de la. nature cultivée par l'étude. Cet homme désintéressé qui, plus occupé de son devoir (6) que de sa fortune fit celle (7) des autres sans augmenter (8) la sienne. Cet homme libéral dont la magnificence (9) a eu pour bornes
celles de ses biens. Cet homme dévoué par devoir et : #
par inclination au service de son roy dont il respectoit:
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la majesté et aimoit la personne (10) zélé (11) pour le bien public, qu'il ménageoit aux dépens de ses propres intérêts. Grand dans les difficultés par cette prudence consommée, par cette solidité de jugement (12), par cette étendue, cette élévation et cette présence d'esprit (13) qui s’est soutenue jusqu'añ dernier moment de sa vie. Grand dans les périls par son courage (14), il ne s’y exposa jamais avec témérité (15), il en sortit toujours avec honneur (16). Grand dans la religion (17) par sa piété, dont il pratiqua les œuvres en esprit et en vérité.
Il est temps de recueillir toutes ces idées et pour garder de l’ordre dans un sujet si vaste, renfermons les toutes dans les termes de mon texte et disons que le Comte de Frontenac s’est fait aimer par sa bonté; telle a été sa vie politique. Il s’est fait estimer par sa valeur, telle a été sa vie militaire. On le reconñait déjà à ces traits. Son portrait cependant n’est encore qu'ébauché. Pour y mettre la dernière main, unissons le serviteur de Dieu avec l’homme du roi, et le chrétien avec le guerrier. C’est ce que je vais faire dans les deux parties de ce discours.
1° Port. C’est une vérité que la philosophie payenne a reconnue avant que la morale chrétienne en ait fait une loi. Ceux que Dieu a choisis pour prendre sous lui le gouvernement des provinces et que la providence a placés, comme dit l'écriture, sur la tête des autres hommes, doivent se regarder comme des personnes consacrées pee état à l'utilité et à la félicité publique (R. 1). Ils
oivent dire avec StFaul: nous sommes redevables à tout le monde et si nous représentons Dieu par une autorité qui nous fait craindre et respecter pourquoy ne le représenterons-nous pas par une bonté qui nous fasse aimer des peuples ? Notre grandeur ne consiste pas tant au pouvoir que nous avons de leur commander, qu'aux moyens que nous prendrons de leur être utile. Tel doit être l’usage de l’autorité à la regarder dans les desseins de Dieu. Mais si nous la considérons dans les mains des hommes, hélas ! à quels abus n'est-elle pas ex-