LE RECOLLET OLIVIER GOYER
On possède très peu de renseignements sur le père récollet Olivier Goyei\ On ignore quand il vint dans le pays et quand il en partit ( l ). C'est lui qui ,1c 19 décembre 1698, prononça l'oraison funèbre de Frontenac, Il était alors commissaire-général de son ordre dans la Nouvelle -France, ainsi qu'on le constate par le procèsverbal d'un miracle attribué au frère recollet Didace Pelletier en date du 26 octobre 1699 (*).
C'est le père Goyer qui était 3e confesseur de Frontenac et c'est lui qui l'assista à sa mort.
Farkman a publié quelques extraits de l'oraison funèbre prononcée par le père Goyer ( 3 ).
Cette pièce d éloquence n'a jamais été publiée, en français. Aussi, nous croyons intéresser le lecteur en la mettant au jour.
Le séminaire de Québec possédait autrefois le texte original de l'oraison funèbre de Frontenac. On ne sait
(1> La Linte chronologique dea é&quct et de* pràtret, tant séculiers que régulier*, tmvtow'H au xervïce dé Véglutt du Canada depuis rétzbtiMein&tti decepayi, imprimée à Québec en 1834, et le Répertoire du elergê canadien de Mgr Tanguay ne le mentionnent pas.
(2) **■...** En foy de quoy avons si (f lié et apposé le aceaii de La Miauîon
•e 26e jour du maïs d'Sbre t&Ô®,— Fr. Olivier Goyer commissaire giial' 1 . — Canada* Français, volume quatrième, page 261.
(3) Frontenac and Xetc Franc: un Jet' Lonit XIV, pages 431, -loi, 433*431*
ce qu'il est devenu. On suppose qu'il aura été soustrait par quelque main avide de vieilles choses.
La copie que nous possédons a été faite par M, Hamel, de l'université Laval, sur un manuscrit de l'abl Plante, qui, lui, l'avait copié sur l'original du séminaire de Québec. C'est dire que le tout est authentique.
A qui attribuer les commentaires qui accompagnent la copie manuscrite de l'oraison funèbre du comte de Frontenac par le père Olivier Goyer ?
M. Parkman dit que M. Jacques Viger était d'opinion que ce critique anonyme n'était autre que l'abbé de la Tour, l'auteur des Mémoires sur la vie de Mgr de Laval ( 1 ).
M. George Stewart, dans les notes qui accompagnent sa magistrale étude sur Frontenac et son temps ( 2 ) raconte de son côté que M. l'abbé Casgrain l'a informé que ces commentaires étaient dus à la plume mordante de l'abbé Charles Glandelet, qui vint au Canada en X675 et demeura un demi-siècle atf séminaire de Québec. M, Glandelet, qui fut supérieur et confesseur des Ursulines* mourut à Trois-Riyières à l'âge avancé de 80 ans.
(1) Frontenac and New-France under Louis XIV, page 436.
(2) Narrative and critieal history of America, edited by Justin Winsor, volumt IV, page 367.
Orauon funèbre du très-haut et très-puissant Seigneur Louis de Buade, comte de Frontenac et dePaluau^ Maréchal de camp de Varmée du rai, Chevalier de l'ordre de St-Louis, Gouverneur et Lieutenant-général pmir le roi dans toute V Amérique Septentrionale, prononcée en l'église <les réeollets de Kébec, lieu de sa sépulture, le 19 deeendrre 1698.
ïn ■tHuttitvtiiti étfdêbor bonttM et in btlkifnrtis.
Je ferai voir que je suis bon à mon poupleet vaîllatt dans ta guerre.
Au Livre de la ftagesse, ch*p i.
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Ainsi parle Salomon divinement inspiré de tracer en sa personne les caractères d'un homme héroïque. Il nous le représente occupé à connaître et à pratiquer les règles de la véritable sagesse qu'il préfère à l'or et à l'argent, et qu'il prend pour guide dans la conduite des peuples qui lui sont soumis, tirant sa gloire d'une solide vertu, méprisant les vaines louanges d un flatteur intéressé, ne recherchant dans la grandeur que le plaisir d'être utile, digne^d'être admis dans le conseil des princes, qui l'honorent de leur bienveillance, qui suivent ses avis, qui l'écoutent avec attention parce qu'il est prudent pour ne dire que ce qu'il faut, et grave pour le dire avec poids, acquérant après sa mort une glorieuse immortalité parmi ceux qui le suivent, vivant dans leur esprit par le souvenir d'une bonté qui le faisait aimer des grands.
A ces mots reconnoissez (1), Messieurs, l'illustre défunt dont nous célébrons les obsèques et à la place de ce héros mettez-y (2) Très-haut et très-puissant seigneur Louis de Buade Comte de Frontenac et de Paluau, maréchal de camp des armées du roy, chevalier de l'ordre de St Louis, gouverneur et lieutenant-général pour sa Majesté dans toute l'Amérique Septentrionale.
Cet homme sage (3), désintéressé, libéral, dévoué au service de son roy, zélé pour le bien public, grand dans les difficultés par sa prudence, dans les périls par son courage et dans la religion par sa piété.
Cet homme sage que le sénat (4) de Venise, cet aréopage de l'Italie, écouta avec une respectueuse attention parce qu'il y parla (a) avec toute la force de cette éloquence que vous avez admirée (5) depuis, Mrs, dans vos assemblées publiques, éloquence qu'il avait reçue de la nature cultivée par l'étude. Cet homme désintéressé qui, plus occupé de son devoir (6) que de sa fortune fit celle (7) des autres sans augmenter (8) la sienne. Cet homme libéral dont la magnificence (9) a eu pour bornes celles de ses biens. Cet homme dévoué par devoir et par inclination au service de son roy dont il respectoit
la majesté et aimoit la personne (10) zélé (11) pour le bien public, qu'il ménageoit aux dépens île ses propres intérêts. Grand dans les difficulté* par cette prudence consommée, par cette solidité de jugement (12), par cette étendue, cette élévation et cette présence desprit (13) qui s'est soutenue jusqu'au dernier moment de sa vie. Grand dans les périls par son courage (14), il ne s'y exposa jamais avec témérité (15), il en sortit toujours avec honneur (16). Grand dans la religion (17) par sa pieté, dont il pratiqua les œuvres en esprit et en vérité,
Il est temps de recueillir toutes" ces idées et pour garder de l'ordre dans un sujet .si vaste, renfermons les toutes dans les termes de mon texte et disons que le Comte de Frontenac s'est fait aimer par sa bonté: telle a été sa vie politique. Il s'est fait estimer par sa valeur, telle a été sa vie militaire. On le reconnaît déjà à ces traits. Son portrait cependant n'est encore qu'ébauché. Pour y mettre la dernière main, unissons le serviteur de Dieu avec l'homme du roi, et le chrétien avec le guerrier. C'est ce que je vais faire dans les deux parties de ce discours.
1° Point. C'est une vérité que la philosophie payenne a reconnue avant que la inovale chrétienne en ait fait une loi. Ceux que Dieu a choisis pour prendre sous lui le gouvernement des provinces et que la providence a placés, comme dit l'écriture, sur la tête des autres hommes, doivent se regarder comme des personnes consacrées par état à l'utilité et à la félicité publique (R, L)* Ils doivent dire avec StPaul: nous sommes redevables à tout le monde et si nous représentons Dieu par une autorité qui nous fait craindre et respecter pourquoy ne le représenterons-nous pas par une bonté qui nous fasse aimer des peuples ? Notre grandeur ne consiste pas tant au pouvoir que nous avons de leur commander, qu'aux moyens que nous prendrons de leur être utile. Tel doit être l'usage de l'autorité à la regarder dans les desseins de "Dieu. Mais si nous la considérons dans les mains des hommes, hélas ! à quels abus n est-elle pas ex.-
posée. Comme le pouvoir d'un gouverneur de province tient du souverain et est comme un rayon de la royauté, donnant des ordres auxquels on ne peut résister sans crime, il est à craindre que se voyant (18) en état de faire tout ce que Ton veut, on ne fasse pas toujours ce que Ton doit, que la facilité de nuire impunément n'en inspire le dessein, et que le crédit de l'homme public ne serve à la passion de l'homme particulier. Ce désordre est encore plus à craindre dans un pays (19) où l'autorité étant plus éloignée de son centre, peut moins être redressée quand elle s'écarte de la droiture ; où l'influence du chef sur tous les membres de l'état se trouve interrompue par une vaste étendue de mers, où les remèdes que le roy voudrait opposer aux maux peuvent souvent devenir inutiles par le retardement; où un gouverneur semblable à ce mauvais serviteur de l'Évangile peut se prévaloir de l'éloignement du maître commun pour traiter avec dureté ceux qui lui sont soumis.
Le gouverneur dont je fais l'éloge ne profita jamais de ces conjonctures pour faire sentir aux foibles [(20) le poids de son autorité. Et vous, Dieu de douceur et de clémence, qui aviez formé ce grand homme pour la vertu, vous lui aviez donné un cœur de Père pour votre peuple. Il sufBsoit de l'envisager pour être prévenu d'estime et de confiance (21); un air (22) noble mêlé de douceur, un caractère de probité répandu sur son visage aussi bien que dans ses actions, toujours disposé (23) à faire du bien aux uns, ou à soulager la misère des autres, une sincérité qui le rendait incapable de dissimuler (24), une fidélité inviolable dans ses amitiés (25) et dans ses paroles, affable, officieux à ses ennemis (26) par générosité, à ses amis par reconnaissance, désintéressé (27) pour lui-même, empressé pour les autres, il n'employait son crédit (28) en cour que pour obtenir une grâce à celui-cy, donner de bonnes impressions de celuilà, faire valoir les services de l'un, excuser les fautes de l'autre : en un mot, pour obtenir sa protection, il suffisait d'en avoir besoin : heureux (29) s'il ne la jamais ac-
cordée qu'au mérite ! Tels furent les caractères de cette bonté d aipe qui lui concilia la confiance (30) de ses amis, l'estime de ses ennemis et tout ensemble le respect et ïa confiance des nations sauvages amies ou ennemies qui ne l'appelèrent jamais autrement que leur père. Je dirois, Mrs, qu'un si excellent homme devroit avoir gagné tous les cœurs (31) si un homme qui doit répondre à tout le monde pouvoit plaire à tout le monde. Qui l'aurait cru ? certains mécontents (32) conspirèrent en secret (33) n'osant éclater en public; ils forment de sourdes intrigues qu'il est plus facile d'entrevoir qu'expédient de révéler, ils préviennent (34) le plus éclairé et le plus juste roy du monde et l'obligent de rappeler à la cour un sujet qui lui était si utile ailleurs. C'est ici, Mrs, (35) où je demande votre réflection pour entrer dans les sentiments d'un homme d'honneur qui sent sa conduite irréprochable et ne peut la justifier. La bienséance et l'habitude et plus encore les devoirs de sa naissance et de sa condition le retiennent à la cour : mais il la regarde comme le lieu de son exil, quand il pense qu'il est où il ne devroit pas être. La prévention avait mis une espèce de barrière entre le roi et le sujet qu'il fut longtemps impossible de franchir. En vain Mardochée se présente-il souvent à la porte d'Assuérus, le jour de la gloire et de la joie que la providence a marqué n'est pas encore arrivé. Sept ans se passent après lesquels Mr de Frontenac qui avait toujours compté sur la bonté de sa cause et l'équité de son juge, trouva enfin un de ces précieux moments que le prince dérobe aux affaires de son état pour donner à celles des particuliers. Jamais moment ne fut plus attendu et jamais moment ne fut plus heureux. Le comte de Frontenac parle efficacement pour sa justification et le roi dont les paroles sont autant d'oracles, lui répond : u Je vous renvoie en Canada, où je compte que vous me servirez aussi bien que vous avez fait cy -devant, je ne vous en demande pas davantage."
Quelle joie quand on aperçut ce navire, ou, pour
mieux dire, ce char de triomphe flottant qui ramenait le désiré des nations. Les illuminations dissipèrent les ténèbres de la nuit, tandis que les acclamations troublèrent son silence et sa tranquillité. Les rochers qui bordent ce vaste fleuve ( l ) en retentirent et leurs échos par une succession et ridelle répétition prévinrent dans les lieux éloignée la diligence de ceux qui portaient une si agréable nouvelle. Je m'apperçois que le souvenir de cette joie vous fait pleurer celui qui voua la causa. Je n entreprendrai pas d'essuyer (36) vos larmes ne pouvant moi-même arrêter les miennes, Après tout, elles sont justes et jamais peuple n'en versa pour un meilleur
fouverneur. Quand je parle ici de la bonté du comte e Frontenac, ne vous figurez pas f Mrs, une bonté qui vienne de manque d'esprit et de courage, qui ne se sent pas ou qui se néglige. Il fut bon par vertu non pas par faiblesse. Cette vertu ne fut pas en lui un effet de son tempérament, ou si elle en fut un nous pouvons suivant la doctrine de S. Augustin regarder en lui le bon naturel comme une espèce de don (' 2 ) surnaturel qui étoit un effet anticipé de la grâce et une prochaine disposition à la vertu . La bonté dont je parle n'est pas précisément cette vertu qui rend oit notre sage gouverneur affable, facile, complaisant 3 com passif et indulgent Elle f ai soit, il est vrai, une partie de son mérite, mais elle ne Tache voit pas. La bonté que je loue étoit comme une vertu générale qui comprenoit toutes habitudes de la charité et de la piété chrétiennes. Celle-là lui forma des entrailles de Père pour les peuples et celle-ci lui donna un cœur droit devant le Seigneur.
Faut~il dans une administration publique avoir cette sollicitude dont parle St. Paul qui applique uniquement ceux qui en sont chargés à remplir tous les devoirs de leur état* Jamais Père tendre et passionné pour sa famille travaillait-îl avec plus de soin à son établissement que le comte de Frontenac pour te progrès et la félicité
(1) Le fleuve Ht- Laurent qui passe à Kéb«c,
(2) Divin uni naturaïfter [munis.
de cette colonie. Eh ! que scavons nous, Mrs, si Dieu ne lui ôta point ce cher fils, l'unique héritier de tant de vertus paternelles que la mort arrêta (*) à l'entrée d'une carrière qu'il alloit fournir glorieusement? Que sçavons-nous, dis-je, si Dieu ne lui ôta point cet enfant pour substituer en sa place toute la tendresse et toute l'exactitude de cette vigilance paternelle.
Faut-il être désintéressé ? Quel autre gouverneurput jamais dire avec plus de vérité que le nôtre ces paroles de Samuel (37) au peuple de Dieu (L. des Rois, C, 12): "Le Seigneur m'est témoin que vous n'avez rien trouvé en moi que l'on me puisse reprocher, déclarez devant le Seigneur et devant son Christ si j'ai pris le bœuf ou Fane de personne par de faux crimes, si je me suis laissé corrompre parles présents et si j'ai jamais opprimé la veuve ou l'orphelin." Ce grand homme n'a jamais fait de pauvres (38) mais il en a nourri plusieurs et la matière de ces aumônes fut ce qu'il retrancha de sa dépense, d'une main il essuyait les larmes des affligés et de l'autre il mettoit un voile sur leurs afflictions, il entroit par une charité tendre, mais discrète, de ceux qui n'étant pas accoutumés à la misère, rougissoient de la découvrir, aimant mieux de la souffrir en silence que de la découvrir avec un peu de honte. Il la leur épargnait en prévenant leurs demandes et n'exigeant d'eux que le secret pour reconnaissance . Ce n'est point ici, Mrs, une idée de vertu imaginée dont je prétende faire honneur à mon héros ; je pourrois vous dire avec l'apôtre parlant de luymême : Scio hominem (39), je connois un homme qui dans le peu de temps qu'il la pratiqué en a vu des marques et Dieu sçait que je ne ment pas. Ce Dieu de jus- .■ tice et de vérité fut le témoin de ses aumônes comme il £ fut l'objet de sa piété. Cette dévotion qui, selon St. \ Augustin, convient à ceux qui ont le commandement des peuples consiste à ne rien faire contre et à faire tout pour la gloire de la religion. Ils ont besoin pour cela de
(1) Tué à la tête d'un régiment qu'il oommandait au service de l'évêque de Munster, allié de la France.
cette droiture d'esprit et de cette docilité de cœur que Salomon C 1 ) demandait à Dieu. La droiture d'esprit leur est nécessaire pour connaître ce qu'ils doivent à Dieu et ce qu'ils doivent à César : ce que l'intérêt public demande et ce que îa conscience permet* La docilité de cœur leur est nécessaire pour se conduire selon ces connoissances.
Je touche ici un endroit, Mrs, qui mérite d'autant plus votre attention qu'il regarde ce pays plus en particulier. Une fâcheuse expérience (40) nous convinc que l'avidité naturelle que les sauvages ont pour l'eau de vie les porte toujours à des excès qui les rendent aussi intraitables sur les choses de la religion que faciles à accorder tout ce qu'on leur demande en échange de cette liqueur. Comme ce commerce est opposé au christianisme et injuste du côté des négociants qui se prévalent de la stupidité de ces barbares qu'ils abrutissent par cette excessive boisson, le roi qui dans l'établissement de cette colonie n'a rien eu plus à cœur que la conversion de ces infidèles, a défendu la traite de l'eau de vie avec eux. Le comte de Frontenac qui la regardoit comme nécessaire pour rendre le trafic plus grand et plus abondant avoit paru la favoriser- Mais enfin sentant approcher ce fatal moment où la vérité se découvre pour l'ordinaire à l'esprit dans tout son jour, a reconnu que le transport de cette liqueur a causé de très grands maux à cette église naissante et à la colonie et fâché d'avoir en cela commis son autorité à des gens qui en ont abusé, a professé que si Dieu ne le retirait pas de ce monde il agirait avec plus de circonspection. C'est ainsi, Mrs, que l'on revient de ses prétentions et qu'on en revient sans honte lorsque la droiture d'esprit et la docilité de cœur sont appuyées sur un fond de religion. N'attendez pas que je vous fasse ici un fidèle récit de ses dévotions (41) ordinaires, de ces heures passées à répandre son cœur en la présence de son Dieu dans ce st. temple qu'il a choisi pour le lieu de sa sépulture, s'estimant heureux de
(1) Dabis servo tuo cor docile. 3, L'vre des Rois, C, 3.
mêler ses cendres avec celles des enfants de l'humble St François qu'il a toujours honore (42) de son affection paternelle (1) de sa protection et de ses bienfaits. Je passe sous silence cette lecture (43) spirituelle dont il s'étoit fait depuis plus de 40 ans un engagement indispensable. Cette attention (43) de Dieu dont il avoit une sainte avidité ; de cette exactitude à venir entendre tous les jours la messe malgré la rigueur dje la saison et ses incommodités habituelles. Assistait-il à cet auguste sacrifice ? C'étoit avec une dévotion exemplaire. S'agissoitil d'approcher des sacrements ? Il se préparait a cette grande action par la retraite (44) et le recueillement, il s'y soutenait par de saints désirs et de pieuses affections. Régulier dans toutes les observances de l'église qu'il regardait comme des lois faites indifféremment pour tous les chrétiens. Quel jeûne n'a-t-il point observé tandis qu'il l'a pu et toujours fait observer dans sa maison. Ajouterai-je au détail de tant d'actions chrétiennes des souffrances unies à celles de Jésus-Christ crucifié ? Quels furent ses sentiments et quels furent les nôtres pendant que ce zélé prélat lisait l'histoire de la passion du Sauveur et en exposait les endroits les plus touchants d'une manière si pathétique ? J'étois, vous le savez, Mrs, le plus près du moribond pour servir d'Écho à la voix du pasteur et recueillir les derniers sentiments avec les derniers soupirs du mourant. Ce fut alors que je vis plus que jamais comment meurt un homme qui a bien vécu.
Puissiez- vous profiter de tant d'exemples de piété vous qui la croyez incompatible avec la grandeur, vous qui regardez la bienséance de votre condition comme une loi suprême à celles de l'Evangile et de l'Eglise, vous qui vous servez du prétexte de votre naissance, ou pour vous dispenser des devoirs de la religion que vous trouvez trop pénibles et trop humiliants : ou pour vous pardonner les fautes que vous faites dans votre état qui vous paraissent inévitables. Apprenez de l'ex-
(1) En qualité de syndic Apostolique de tous les Récollets du Canada.
emple d'un homme qui fut encore plus grand par sa piété que par sa naissance, apprenez que la noblesse est plutôt un engagement à bien vivre, qu'un titre pour vous soustraire aux lois du Christianisme. Votre reconnoissance doit répondre à la grandeur des biens que Dieu vous a faite. Puissiez vous profiter de tant d'exemples de piété, vous qui prétendez l'exclure de la profession des armes, vous qui séparant par une distinction chimérique l'homme d'honneur d'avec le chrétien, faites aux dépens de la religion une vaine parade de vertus tout au plus militaires et que les payens pratiquent peut-être mieux que vous. Quel est donc votre aveuglement si vous pensez pouvoir vivre avec plus de licence que les autres chrétiens ? Et pour vous convaincre du contraire je ne voudrais que vous faire faire cette réflection :
Croire qu'il y a un enfer, croire que pour y tomber il suffit de mourir avec un seul péché mortel, être exposé aussi souvent à la mort que votre profession vous y expose, vous y exposer avec une conscience chargée de crimes, en vérité ne faut-il pas avoir perdu la raison ? On ne fait pas, me direz vous, toutes ces réflections quand on est dans l'occasion. J'en conviens et c'est en cela que vous commettez une nouvelle faute. Eh ! ne me dites pas que ces pensées seraient capables de ralenti* le courage, croyez-moi, quelque intrépide que vous soyiez dans l'occasion, vous le seriez encore plus si votre conscience ne vous reprochait rien. Il n'y a qu'un libertin et un athée qui ose dire que pour être vaillant on doit renoncer à la piété chrétienne. A ce mot de piété, ne vous révoltez pas mal à propos ; on ne prétend rien vous prescrire qui ne soit compatible avec votre condition. La piété, selon St Augustin n'est autre que le service et le culte que chacun rend à Dieu dans son état. Voulezvous donc savoir quelles sont vos obligations, voici ce que St. Jean répondit aux guerriers qui le consultèrent : n'usez ni de calomnie, ni de violence, ni de fraude envers personne ; contentez- vous de votre paie. Remarquez que ce divin précurseur ne leur ordonne pas de quitter leur
état, quelque dangereux qu'il soit, mais il leur donne le moyen de s'y sanctifier en y gardant de la retenue et de la modération. C'est ainsi que l'on sanctifie les guerres, selon le langage d'un prophète, c'est ainsi qu'étant bon au peuple on ne laisse pas d'être vaillant dans la guerre. Voici le 2e caractère de notre illustre défunt. 2ème Partie. Ne faisons point honneur au comte de Frontenac d'une noblesse respectable par son antiquité, utile par ses services, élevée par ses dignités, distinguée par d'éclatants caractères, attachée par alliance à tout ce que l'épée, la robe et le ministère ont de plus considérable, ne comptons point pour ses ancêtres ou pour ses alliés des chevaliers des ordres du roi, des maréchaux de France, des gouverneurs de province, des conseillers ou des ministres d'état, des présidents à mortier, si nous n'ajoutons que tant d'exemples domestiques excitèrent dans ce cœur généreux une émulation de vertu qui le porte à imiter la fidélité des uns, la valeur des autres, la sagesse et la prudence de ceux-ci, la justice et l'intégrité de ceux-là, et comme un flambeau prêt à s'éteindre ramasse tout ce qu'il a de feux pour briller avec plus d'éclat, toutes ces vertus partagées et répandues dans sa famille, s'étaient réunies (45) dans sa personne pour terminer glorieusement une longue suite de grands hommes qui ne se perpétuera plus que dans l'histoire (1 ).
L'économie de mon discours me borne aux vertus (46) militaires que ce digne fils de tels pères a recueillies comme la plus belle portion de son héritage. Le père combattant pour la religion et pour l'état et mourant < 2) à la vue de son roi autant couvert de gloire que de son sang et de ses ennemis fut un présage d'où l'on put tirer l'horoscope du fils qui naissait alors. Louis le Juste qui avait estimé le père honora le fils de son nom au baptême et de ses soins pendant son enfance. A l'âge de 18 ans il fallut l'abandonner à l'ardeur de son courage qui lui
(1) Il était le dernier de sa famille, (î) Tué au siège de St-Antonin en 162t.
fit aller chercher la guerre dans la Hollande qui en était alors le théâtre et comme l'Académie. Il fit 1 apprentissage de ce métier glorieux sous le fameux Maurice prince d'Orange; ce maître des princes et des héros dans l'art militaire n'apprit pas au jeune comte de Frontenac à être vaillant, il lui apprit seulement à ne pas être téméraire. Le service du roi le rappelle en France, C est pour commander fort jeune un de ces vieux régiments*!) on la réputation et le courage sont héréditaires. Il me faudrait, M rs, une carte de géographie pour vous marquer les endroits célèbres de la Flandre, de l'Allemagne, de la Catalogne et de l'Italie où il s'est signalé. Suivant ce grand homme partout où l'emporte la rapidité de ses succès, je vous dirois, selon les lieux ce qu'il a fait à la tête de son régiment comme mestre de camp, ce qu'il a fait comme maréchal de camp, commandant de corps de troupes séparées. Ici est Orbiselle où il reçut ce coup de feu qui lui cassa le bi as, fracture qui l'a privé le reste de sa vie du libre usage de sa main droite et qui ma donné lien de lui appliquer ces paroles qu'un historien a dites d'un capitaine romain qui avait perdu un pié au service de la République : Ad singulum passum admonebatur gloriae suae : chaque pas qu'il faisait l'avertissait de sa gloire, Chaque mou% r ement que Mr de Frontenac don n oit à cette main le faisoit souvenir qu'il avait eu la gloire de verser son sang pour celle d'un roi.
Ne poussons pas plus loin le détail d'une vie purement militaire en apparence où le christianisme n'a peut-être que fort peu de part. Le Seigneur Dieu des armées qui, selon le prophète Roi, se sert au combat des mains des guerriers va se servir du nôtre contre les ennemis de son saint nom.
Le siège de Candie formé par les ottomans et soutenu par les Vénitiens depuis très -longtemps rendoit l'Europe, [Afrique et l'Asie attentives au succès de cette grande entreprise- Ce boulevard de la chrétienté attaqué par tant de milliers d'hommes, ébranlé parla violence de tant
(1) La régiment; de Normandie,
de mines menace de ruine. Les assiégés épuisés par de continuels efforts, prêts à succomber sous le poid d'une force supérieure, implorent l'assistance de leurs frères chrétiens, conjurant tous ceux qui sont au Seigneur de se joindre à eux. Leur ambassadeur à la cour de France après avoir obtenu ce secours (vous le savez, Mrs,) si digne d'un roi très-chrétien, consulta le vicomte de Turenne sur le choix d'un officier général pour les troupes de la république. Turenne consulté sur un mérite militaire, quel oracle ! Frontenac choisi par Turenne, quelle gloire !
Je me hâte, Mrs, de vous représenter ce nouveau général dans l'enceinte de cette ville assiégée, si l'on peut appeler enceinte des remparts où il y a brèche de tous côtés. Il fait voir ce que peut pour la défense d'une ville un capitaine qui joint l'expérience à l'intrépidité, devenant tantôt 1 epée tantôt le bouclier de cette ville désolée. Il distingue le temps d'attaquer et le temps de se défendre, il surprend l'ennemi par des sorties faites à propos, il lui gagne du terrain, il le chasse de ses logements. Faut-il se retrancher ? Il pourvoit à tout par une prudence consommée et une assiduité opiniâtre au travail. Soigneux de visiter tous les postes il répand parmi tous les soldats un certain esprit de force, de courage et de confiance qui leur fait tout souffrir et tout entreprendre pour l'exécution de ses desseins. Ile infortunée, tu serois peut-être encore à tes anciens maîtres ou du moins la conquête auroit encore coûté plus de sang infidèle si l'on avoit suivi les conseils salutaires de ce grand homme ; seul officier général à la tête d'un corps de troupes il soutient durant 15 jours les efforts et arrête les progrès des assiégeans. Cependant la place se rend : il faut en sortir. Le comte de Frontenac n'en sortira que le dernier. Je m'apperçois, Mrs, que mes idées m'emportent au delà des bornes d'un discours ordinaire. Pour les réduire, il les faut rappeler dans ce pays où de nouveaux et de plus beaux trophées s'élèvent à la gloire de notre sage gouverneur,
Une flotte composée d'environ 34 voilas sortie des ports de la Nouvel le -Angleterre, vient mouiller à notre rade, les troupes n attendent que le signal du débarquement pour envahir la ville qu on leur a dit être sans défense, sans munition, sans garnison et même sans gouverneur. L'impie à la vue de ces temples sacrés dit déjà, dans son cœur ces paroles de présomption : persequar et comprehendain, dividam spolia, implebitur anima mea. S'ils ne se rendent à ma discrétion je les presserai par des attaques si vigoureuses qu'ils ne pourront les soutenir. Je pillerai leur ville, je détruirai leurs temples, je renverserai leurs autels. Je m'enrichirai de leurs dépouilles, je passerai leurs prêtres au fil deTépée, je tirerai de leurs cloîtres ces filles renfermées pour les emmener captives, et implebitur anima mea. Enfin je satisferai tous mes désirs et j'immolerai tout à ma passion.
O Dieu, abandonnerez-vous votre héritage et livrerezvous à la fureur des loups les brebis de votre troupeau et tes âmes qui confessent vo're nom ! Ne craignons point, chrétiens, celui qui veille sur Israël gardera cette ville. Je vois revenir notre illustre gouverneur avec les troupes qu'il a fait agir avec force contre les nations sauvages. Il examine, il approuve tous les préparatifs qu'on a fait en son absence, il inspire un nouveau courage par sa présence. Qu'elle est héroïque la réponse qu il fait à cet envoyé qui le somme de se rendre et une montre à la main lui marque le temps qu'on lui donne à délibérer. Allez dire h votre commandant que la réponse que j'ai à lui faire est à la bouche de mes canons, et quand je voudrais me rendre, tous ces braves officiers que vous voyez n'y consentir oient jamais.
Il parle et peu de temps après on entend tonner de toutes parts ces foudres de bronze qui, d'un seul coup, lancent le feu, le fer et la mort. Ce gouverneur que les ennemis croyaient absent se trouve partout où son devoir l'appelle. Cette ville que l'on avoit publiée être sans munition se trouve bordée d'artillerie qui leur envoyé l'effroi et la mort pour les recevoir. Cette ville que Ton
disoit être sans muraille et sans garnison, se trouve à la vérité sans murailles, mais elle n'est pas sans défense. Ces troupes que la vigilance du gouverneur distribue à propos forment comme un mur d'airain à l'épreuve de toutes les forces ennemies. Déjà leur amiral percé à l'eau laisse flotter son pavillon au gré des vagues. Ici les troupes débarquées hors d'état d'attaquer, incapables même de résister abandonnent leur artillerie pour précipiter leur fuite et se rembarquent en désordre. (Jeux qui disposaient déjà de la ville et de tout le pays, ceux qui en partageoient déjà les dépouilles laissaient partout les leurs parmi les débris de leurs vaisseaux échoués. Enfin le Léopard "Anglais qui regardoit Kébec comme une proye assurée se retire enragé d'avoir manqué son coup.
Puissances alliées pour conspirer notre perte, reconnaissez que vous n'êtes pas plus heureuses sous cet hémisphère que sous l'autre. Pendant que le vaillant Luxembourg vous met en déroute à Fleurus, que le sage Catinat vous dissout à Staffarde, que l'intrépide Tourville bat vos flottes sur l'océan Britannique, le vaillant, le sage et l'intrépide Frontenac fait triompher les armées de son roi dans ce nouveau monde. En vain appelezvous à votre secours la férocité des nations Iroquoises, en vain inspirez-vous à ces barbares de la défiance et de la haine pour les Français, leur efforts seront aussi inutiles que les vôtres. S'ils remuent Frontenac ira avec une vigueur qui dément son grand âge (1) , les forcer dans la profondeur de ces forêts qui paroissent impénétrables (47) il les fera fuir devant lui, il les tiendra toujours dans la crainte et dans l'inaction.
Je finirois ici l'éloge de mon héros, pensant avoir épuisé ma matière si je n'apprenois des saintes écritures (Pro. 16) que l'homme patient vaut mieux que le courageux et celui qui est maître de soi-même vaut mieux que celui qui force les-villes. N'admirons donc pas tant
(1] Il étoit Agé de 74 ans quand il fit l'expédition des Onnontagués, nation Iro* 4«pise des plus belliqueuses.
les victoires sanglantes d'un guerrier mais louons ces victoires innocentes où le cœur d'un chrétien devient en même temps le champ de bataille et le trophée, le vainqueur et le vaincu, où l'homme qui a vaincu les autres se surmonte lui-même en triomphant de ces répugnances naturelles que le ressentiment oppose au pardon des ennemis (48). Vous me prévenez sans doute, Mrs, dans l'application de cette grande vérité, et vous regardez cette image d'un Dieu crucifié qui prie pour ses ennemis, vous regardez, dis-je, cette image laissée par testament à un homme qui n'avait pas passé jusqu'alors pour être de ses amis <i), comme une marque éclatante de sa réconciliation et comme un précieux gage de la charité qui les unira éternellement.
Encore un coup d'œil sur ce cuei défunt pour nous édifier à la vue de cet air tranquille et obligeant avec lequel il recevoit et de cet empressement à rechercher ceux qu'il croyoit avoir lieu de ne pas tenir pour amis. J. C. nous ordonne le pardon des injures, il en fait une condition nécessaire pour le salut, disant qu'il ne pardonnera qu'à ceux qui auront pardonné et qu'il n'exercera point de miséricorde qu'envers ceux qui l'auront exercée envers leurs frères, munissant ainsi l'autorité du précepte de la menace, du châtiment et de la promesse de la récompense. C'est ce qui a soutenu l'espérance de votre serviteur, mon Dieu, et ce qui doit soutenir la nôtre à son égard ; c'est ce qui nous remplit l'esprit de cette idée consolante que vous lui aurez pardonné avec autant de clémence qu'il a pardonné lui-même avec sincérité.
Vous n'ignorez pas toutefois, Mrs, qu'il n'appartient qu'au Seigneur de juger si nos œuvres sont aussi parfaites à ses yeux qu'elles le paroissent aux nôtres. Je faisois toutes mes actions avec crainte, disait Job à Dieu parce que je sais que vous ne pardonnez pas à ceux qui sont redevables à votre justice, et que ne laissant aucune action de vertu sans récompense vous ne laissez pas non plus aucun péché * sans punition. Si votre miséricorde
(1) Monsieur de Champigny, intendant du Canada.
nous donne la confiance de vous regarder comme notre père, votre justice nous oblige de vous regarder comme notre juge. Persuadé de cette vérité, Mrs, je crainds pour celui que nous regrettons; peut-être expie- t-il maintenant les restes d'une vie coupable devant Dieu, quelque louable qu'elle nous ait paru. Que sçavez-vous s'il ne souffre pas pour avoir soutenu avec trop de chaleur les intérêts de celui-ci ou pour avoir toléré avec trop d'indulgence les fautes de celui-là ? Quelle obligation n'auriez- vous donc pas d'avancer sa délivrance par vofc prières ? N'entrons point trop avant dans le sanctuaire des secrets de Dieu, contentons-nous indifféremment de penser au bien qu'il nous a procuré pour en tirer des motifs de reconnaissance et de zèle à prier pour lui. Il n'attend que cela de nous, et ne serions-nous pas bien ingrats si nous le lui refusions ?
La fin que l'Eglise se propose quand elle interromp les divins mystères pour donner lieu à l'éloge d'un mort n'est pas d'exciter notre admiration par un récit étudié d'actions héroïques, mais de nous inspirer des sentiments de compassion, de piété, de reconnoissance et de charité. L'appareil de ces funérailles, la sombre couleur des ornements de ce temple, la lumière défaillante de ces flambeaux, les accens lugubres de la musique, le maintien de cette nombreuse assemblée ; cette pompe et cette représentation funèbre sont des objets capables de vous attendrir. Cette ostie pure et sans tache prête à immoler sur l'autel pour celui dont nous célébrons les obsèques, exige de votre piété une attention d'esprit et une effusion de cœur pour accompagner cet auguste sacrifice. Enfin le souvenir de tout ce qu'a fait ce bon et ce vaillant gouverneur pour l'affermissement et le progrès de cette colonie doit nous piquer de reconnaissance et animer notre charité pour crier à Dieu (1, Ma., 9) Seigneur sauvez celui qui sauvoit Israël, nous vous en conjurons par la majesté de ces temples dont il a écarté le fer et le feu, par la sainteté de ces autels qu'il a garanti de la fureur des hérétiques et par tout ce qu'il y a de saint dans
vos mystères qu'il a préserves de la profanation. Accordez, Seigneur, le repos éternel à celui sous la conduite duquel nous avons goûte les douceurs d'une sécurité et d'une tranquillité constante.
Qu'il vive éternellement avec vous cet homme qui vivra toujours dans notre esprit par le souvenir de sa bonté dans le gouvernement et de sa valeur dans la guerre.