‹ Oraisons furèbres; publiées avec une introd., des notices, des notes et un index grammaticalChapitre 241 sur 615 · Ecce tôt annis servio iihi · texte numérisé non relu

Ecce tôt annis servio iihi

et nunquam dedisti niihi haeduni ut cuni aniicis nteis epnlarer.

Sed posiquam filins (uns hic. qui devoravit snbslanliam suam cuni meretricibus. venit. occidisti illi vilulnm sfUjinalnm. At ipsc diril illi : l'ili, lu seniper mecuni es.

et oinnia mea tua sunt. Epulari auteni et gaudere oportebat, quia (rater tuus hic tnortuus erat, et rerixit; perierat et inventus est.

(I.uc, XV, 29, 30, 51, 52.) Comjiarez avec ce passage : 1° le Sermou de K'kjO pour la yatiritc de la Sainte Vierge: « [Difu] reçoit avec tant d'amour les pécheni's réconciliés, (]ue l'innocence la plus parfaite (mon Dieu, permettez-moi de le dire) aurait en quel-

que sorte sujet de s'en plaindre ou ou moins d'en avoir de la jalousie, l ne (le ses brebis s'écarte de lui, et toutes les autres qui demeurent fermes semblent lui être beaucoup moins chères qu'une seule qui s'est égarée ; Grex una carior non erat, dit TertuUien. et sa miséricorde est plus attendue sur le prodigue qu'il a retrouvé que sm^ son aîné toujours fidèle : Cariorem senserat quem lucrifecerat. — S'il est ainsi, chrétiens, ne semble-t-il pas que nous devons dire que les pécheurs pénitents l'emportent par-dessus les justes qui n'ont pas péché, et la justice rétablie par-dessus l'innocence toujours conservée? — Toutefois il n'en est pas de la sorte : il n'est pas permis de douter que l'innocence ne soit toujours privilégiée. On goiile mieux la santé quand on relève tout nouvellement d'une maladie; mais on ne laisse pas d'estimer bien plus le repos d'une forte constitution que l'agrément d'une santé qui se rétablit. Il est vrai que les cœurs sont saisis d'une joie soudaine de la grâce ino]iinée d'un beau jour d'hiver qui.

après un tein|i-- pluvieux, vient réjouir tout d'un coup la face du monde ; mais on ne laisse pas d'aimer beaucoup jtlus la constante sérénité il'une saison plus bénigne.

Ainsi, messieurs, s'il nous est permis de juger des sentiments du Sauveur par l'exemple des sentiments hmuain-. il caresse jilus tendrement le-i iH'clieur^ ron\erti^. qui sont sa nouvelle conquête, m;iis il aime toujours avec plus d'ardeur les justes qui sont ses anciens amis; ou, si

la brebis perdue préférée par le bon pasteur à tout le reste du troupeau; quand on y lit cet heureux retour du prodigue retrouvé, et ce transport* d'un père attendri qui met en joie^ toute sa famille, on est tenté de croire que la pénitence est préférée à l'innocence même, et que le prodigue retourné ^ reçoit plus de grâces que son

vous voulez que nou? raisonuions do cotte conduite de sa inisçricorde jmr des principes |iius hauts, disons... qu'autres sont les sentiments de Jésus, selon sa nature divine et en qualité de Fils de Dieu, autres sont les sentiments du même Jésus, selon sa disjiensalion en la chair et en qualité de Sauveur des lioninics.... »

2° Le Panég. de Si François de Poule de 16t>0 : « Ne jiarlons pas toujours du j)éclieur qui fait pénitence, ni du prodigue qui retourne dans la maison paternelle. Qu'on n'entende pas toujours dans les chaires la joie de ce père miséricordieux qui a retrouvé son cadet qu'il avait perdu. Cet aîné fidèle et obéissant, qui est toujours demeuré au|ircs de son père, avec toutes les soumissions d'un bon (ils, mérite bien aussi ([u'on loue quelquefois sa persévérance.... Il est vrai que l'Evangile ne semble retentir de toutes parts que du i-etour de ce prodiirue: il occuite, ce semble, tout l'esprit du iière, et vous diriez (ju'il n'y ait que lui qui le touche au cœur. Toutefois, au milieu du ravissement que lui donne son cadet retrouvé, il dit deux ou trois mots à l'aîné, qui lui témoignent une alVection bien jtarticulière : « Mon (ils.

vous êtes toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à vous » : eli ! je vous prie, ne vous fâchez pas si je laisse aujourd'hui épancher ma joio sur voire frère que j'avais perdu et quo j'ai retrouvé contre mon attente : Fiti, tu semper mecum es, c'est-;'i Jiro. si nous l'entendons :

mou fils, je sais bien reconnaître

votre obéissance toujours constante, et elle ni'in>jiire i>our vous un fond d'amitié, laquelle ne laisse pas d'être jilus forte, encore que vous ne la voyez pas accompagnée de cette émotion sensible (|ue me donne le retour inopiné de voire frère; « vous êtes toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à vous ; nos cœurs et nos intérêts ne sont qu'un.»

Voilà une parole bien tendre : cet aîné a un beau partage et garde bien sa ]ilace dans Le cœur du père. — Cette jiarole, messieurs, se traite rarement dans les chaires, parce que cette fidélité inviolable ne se trouve guère dans les mœurs. Qui de nous n'est jamais sorti de la maison de son père ? Qui de nous n'a été prodigue'? » etc.

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