Maximes. Cf. p. 21, n. i
4. Var. : ne porte pas ses propres jiensécs dans le tribunal.
DE MICHEL LE TELLIER
adoucissements ou des rigueurs arbitraires, et qui veut (|ue les lois gouvernent, et non pas les hommes. Telle est l'idée qu'il avait de la magistrature. Il apporta ce même esprit dans le Conseil, où l'autorité du prince, qu'on y exerce avec un pouvoir plus ahksolu, semble ouvrir un champ plus libre à la justice ; et toujours semblable à lui-même, il y suivit dès lors la même règle qu'il y a établie depuis, quand il en a été le chef.
Et certainement. Messieurs, je puis dire avec confiance que l'amour de la justice était comme né avec ce grave magistrat, et qu'il croissait avec lui dès son enfance. C'est aussi de cette heureuse naissance * que sa modestie se fit un rempart contre les louanges qu'on donnait à son intégrité; et l'amour qu'il avait pour la justice ne lui parut pas mériter le nom de vertu, parce qu'il le portait, disait-il, en quelque manière dans le sang. Mais Dieu, qui l'avait prédestiné à être un exemple ^ de justice dans un si beau règne et dans la première charge d'un si grand royaume, lui avait l'ait regarder le devoir déjuge, où^ il était appelé, comme le moyen particulier qu'il lui donnait pour accomplir l'œuvre de son salut. C'était la sainte pensée qu'il avait toujours dans le cœur; c'était la belle parole qu'il avait toujours à la bouche; et par là il faisait assez connaître combien il avait pris le goût* véritable de la piété chrétienne.
1. Cette heureuse naissance, c'est-à-dire cet hettretix naturel.
« Naissance se dit dos bonnes ou mauvaises qualités avec lesquelles on est ni'. Il est bien lait, il a l'ànic grande et les inclinations nobles, c'est une heureuse naissance, une belle 7iaissance. Il est né avec de mauvaises qualités. C'est une malheureuse naissance. » Die t. de l'Académie, 1691. Cf. Or. fun. de Condé, p. o"23. « Quoique une iieureuse îiaissance eût apporte de si grands dons à notre prince. »
2. Un exemple de justice. Au sens du latin cremplum : modèle.
Cf. Sévi^Mié : « Toutes choses oessanfos.je j)leure et je jelte les hauts cris de la mort de IJIanchei'ort, cet aimable garçon, tout parfait, qu'on donnait pour exemple à tous nos jeunes gens. » X,38l ((,rands écrivains). — « Exemple infortuné d'une longue constance. » llaciuc, Bérénice, V, M.
ô. .\u(|uel. Cf. p. 301, n. 2.
\. Fréquent au xvn' siècle, et surtout dani la langue ihéologicpie,
Saint Paul en a mis l'exercice, non pas dans ces pratiques particulières que chacun se fait à sou gré, plus attaché à ces lois qu'à celles de Dieu, mais ii se sanctifier dans son état*, et « chacun dans les emplois de sa vocation » : Unusquisquc in qua vocalione vocatus esf^. Mais si, selon la doctrine de ce grand Apôtre, on trouve la sainteté dans les emplois les plus bas, et qu'un esclave s'élève à la perfection ^ dans le service d'un maîlre mortel, pourvu qu'il y sache regarder l'ordre^ de Dieu, à quelle perfection l'ànie chrétienne ne peut-elle pas aspirer dans l'auguste et saint ministère de la justice, puisque, selon l'Écriture, « l'on y exerce le jugement, non des hommes, mais du Seigneur même^ »? Ouvrez les yeux, Chrétiens; contemplez ces augustes tribunaux où la justice rend ses oracles : vous y verrez, avec David, « les dieux de la terre, ((ui meurent à la vérité comme des hommes^ », mais (}ui, cependant, doivent juger comme des dieux, sans crainte, sans passion, sans intérêt; le Dieu des dieux à leur tète,
pour (lésif;ner riiicliiiation sensible qu'on a jiour une vertu ou pour un vice, le plaisir qu'on y trouve. Cf.
Or. fini. d'Ail ne de Go7izagiie, p. 557 : « S'il avait plu à Dieu de lui conserver le goût, sensible de la piété qu'il avait renouvelé dans son cnmr. » « Vous (pii passez sans cesse du goût de la vertu au goût du monde et des plaisirs. » Massillon, Caréi7ie, Sermon sur V Inconstance.
« On a laissé à certaines âmes d'un goût de vertu plus relevé ou plus iaroucbe toutes ces pieuses délicatesses. » Id. (dans Littré). Ici le mot a un sens jtlus intellectuel. Le Tellier avait pris la piété chrétienne dans son véritable i>e7is; il l'avait comprise comme il laut.
1. Ce mot avait au xvn' siècle une noblesse qu'il a perdue. Il signiliait condition, situation sociale, plutôt (|ue profession ou métier. « Etat se dit des dilléreiits dc-rrés ou con-
ditions des j)ersonnes distinguées par leurs charges, oflices, professions ou emi)lois. On l'ait tout ce qu'on peut pour soutenir son état., sa dignité, son l'ang. En France on ne connaît jioint Vétat des gens ])ar leur train, par leurs habits. « [)ict. de Furetiére, 16^*0. « La cause la ]dus imnn';diatc de la ruine et de la déroute des personnes des deux conditions (de la robe et de l'épée) est que l'état et non le bien règle la dépense. » La Bruyère, 1, 272 (Grands écrivains).