‹ Oraisons furèbres; publiées avec une introd., des notices, des notes et un index grammaticalChapitre 452 sur 615 · Cf. p. 363, n · texte numérisé non relu

Cf. p. 363, n

Cf.

DE MICHEL LE TELLIER

vidence, et je vois ici quelque chose de ce qu'on lit dans Isaïe. La sentence partit d'en haut, et il fut dit à Sobna, chargé d'un ministère principal : « Je t'ôterai de ton poste, et je te déposerai de ton ministère » : Expellam te de statioue tua, et de ministerio tuo deponam te^, (( En ce temps j'ai)pcllerai mon serviteur Eliakim, et je le revêtirai de ta puissance. )) Mais un plus grand honneur lui est destiné : le temps viendra que 2, par l'administration de la justice, a il sera le père des habitants de Jérusalem et de la maison de Juda » : Erit pater habitanlibus Jérusalem. « La clef de la maison de David », c'est-à-dire de la maison régnante, « sera attachée à ses épaules : il ouvrira, et personne ne pourra fermer; il fermera, et personne ne pourra ouvrir »; il aura la souveraine dispensation^ de la justice et des grâces.

Parmi^ ces glorieux emplois, notre ministre a fait voir à toute la France que sa modération, durant quarante ans, était le fruit d'une sagesse consommée. Dans les fortunes médiocres, l'ambition encore tremblante se tient si cachée qu'à peine se connaît-elle elle-même. Lorsqu'on se voit tout d'un coup élevé aux places les plus importantes, et que je ne sais quoi nous dit dans le (•(j'ur ({u'on mérite d'autant plus de si grands honneurs, (ju'ils sont venus à nous comme d'eux-mêmes, on ne se

1. Pour ce texte et pour les suiv;ints, cf. Isaïe. XXII. 19. '20, 21. 22.

2. Qui' s'employait cniistaiimieiit, an xvii° sircle, où nous mettrions anjouiillnii où, en ]iarticulier dans un l'crtaiii nombre de locutions (uinme : tu/ monifiit que, au jour qui', ildiis le temps que, etc.

>< L'hiver qu"\\ fit si l'ioid, — le jour que cela arriva.... » Dict. de tWeudémic, IGUl. Cet emploi de ijue pour où se trouve partout (liez Bossuet. Voir dans les Oraisons fuuebres, p. 2t)l, 2G2, 4'Jl, 55G. etc.

o. Dispensai ion. D'apiés les dic-

. BossuET. — Or. fuu

tionnaires du temps : action de distribuer, de donner à plusieurs personnes. « Si dans la dispensation des mystères il arrive par quelque malheur que le corps de J.-C. tombe à (erre, toute l'Eglise tren\ble. tout ie monde est frappé d'une sainte horreur. » Bossuet. Sermon sur la Parole de Dieu. 2" p. » H l'aut être circonspect, dit PaM'al, dans la dispensalion des sacrements. » Prorinciales, X, et Arnauld:<' La dispensation de la vérité est sainte et inij>ortaiile. » Préface de la Fréquente communion.

i. Parmi. Cf. p. 298. n. 2.

ils

ORAISON FUNÉDUE

possède plus; et si vous me permetlez de vous dire une pensée de saint Chrysoslome, c'est aux* hommes vulgaires un trop grand eflort que celui de se refuser à cette éclatante beauté qui se donne à eux. Mais noire sage ministre ne s'y laissa pas emporter^. Quel autre parut d'abord plus capable' des grandes affaires? Qui connaissait mieux les hommes et les temps*? Qui prévoyait de plus loin, et qui donnait des moyens plus sûrs pour éviter les inconvénients dont les grandes entreprises sont environnées? Mais, dans^ une si haute capacité et dans une si belle réputation, qui jamais a remaiipié ou sur son visage un air dédaigneux, ou la moindre vanité dans ses paroles? Toujours libre dans la conversation, toujours grave dans les affaires, et toujours aussi modéré que fort et insinuant dans ses discours, il prenait sur les esprits un ascendant^ que la seule raison lui donnait. On voyait et dans sa maison et dans sa conduite, avec des mœurs sans reproche, tout également éloigné des extrémités, tout enfin mesuré par la sagesse. S'il sut soutenir le poids

i. Cf. p. 332, 11. 1.

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