Ducfi'Aumalc,t.III,i
« Le cardinal de liichclieucst un tyran. Il a poussé la reine, la reinemère, Monsieur, le comte de Soissons à Ijout, aussi bien que la maison (le Guise, celle de Vendôme et tant d'autres. Monsieur mon père a cru qu'en me faisant épouser sa nièce, il se parerait, et moi aussi, de ses \iolences; il le sert de la meilleure foi du monde en fout ce qu'il peut.... Qu'a lait [le cardinal] pour lui? Il
lui a donné le gouvernement de Douriiogne parce qu'il voulait l'ôter à M. de Bellegarde, son ennemi mortel.... Il lui a donné l'abbaye de Saint-Denis pour le rendre irréconciliable avec la maison de Guise; et toutes les prières de monsieur mon père l'ont-elles empêché de couper la tète à mon oncle Montmorency? »
2. Voir plus loin nos nok"^ h l'oraison funèbre, à jtropos de Lérida.
DU PRI>'CE DE CONDÉ
nouveaux griefs contre le ministre nouveau, qui, avec moins de brutalité, mais plus de ruse que Richelieu, maintenait à l'égard des princes de la famille royale les mêmes traditions de rigoureuse suspicion, et parfois d'injustice.
Il faut reconnaître, en effet, que les sujets de mécontentement et les prétextes d'insubordination ne lui manquèrent pas dans cette période de ses triomphes.
Tout d'abord, au lendemain de Rocroy, le duc d'Enghien « n'avait rien demandé*, rien fait demander pour lui après sa victoire; mais il avait espéré qu'on lui accorderait sans délai des récompenses, dont quelques-unes insignes, il est vrai, pour ses officiers, pour son armée. A ses instances très vives en faveur de Gassion, on répondait par des promesses.... Aucune réponse au sujet de Sirot et de Quincé y), deux autres de ses officiers, qui avaient grandement contribué au gain de la bataille, et qu'il avait désignés « comme devant être promus au grade de maréchal de camp. Rien sm^ le rétablissement des enseignes- dans les vieux régiments, ni sur les compagnies qu'il avait sollicitées pour divers ofliciers; rien non plus sur le gouvernement de Rocroy, dont il désirait voir gratifier d'Aubeterre, un des bons mestresde camp ^ de la bataille ». Au lieu de cela, « on lui envoyait, avec deux maréchaux de camp qu'il n'avait pas indiqués, un nouveau lieutenant général », le duc d'Angoulème, lils de Charles IX, vieux prince presque gâteux, au lieu de Turcnne que son père avait demandé pour lui. On semblait, en somme, mettre un soin exact à empêcher que son armée ne devînt trop « sienne » et que son entourage ne fut trop brillant. En même temps, on laissait le marquis de Gesvres, qui commandait les troupes de Champagne, se disposer à opérer à sa guise du côté du Luxembourg, tandis qu'on aurait dû le mettre à la disposition du duc d'Enghien pour lui donner le moyen de tirer profit de sa victoire* et d'assiéger Thionvillc.