Dominait. Pour cet cnii)loi absolu, cf. p. 456, n
DU PRINCE DE CONDÉ
rendait au roi d'Angleterre et au duc d'York, maintenant un roi si fameux, malheureux alors, tous les honneurs qui leur étaient dus*; et il apprit enfin à l'Espagne, trop dédaigneuse, quelle était cette majesté que la mauvaise fortune ne pouvait ravir à de si grands princes. Le reste de sa conduite 2 ne fut pas moins grand. Parmi les difficultés que ses intérêts apportaient au traité des Pyrénées, écoutez quels furent ses ordres, et voyez si jamais un particulier traita si noblement ses intérêts. Il mande à ses agents, dans la conférence, qu'il n'est pas juste que la paix de la chrétienté soit retardée davantage à sa considération 3 : qu'on ait soin de ses amis; et, pour lui, qu'on lui laisse suivre sa fortune^. Ah! quelle grande
1. « Peu de jours après que M. le Prince fut arrivé à Bruxelles et qu'il eut remarqué la lamiliarité peu décente que don Juan s'avisait do prendre avec le roi d'Angleterre, il les pria l'un et l'autre à dîner avec tout ce qui était de plus considérable à Bruxelles. Tous s'y trouvèrent, et, quand il l'ut sei'vi, M. le Prince le dit au roi d'Angleterre et le suivit à la salle du repas. Qui en l'ut bien étonné ? Ce l'ut don Juan, quand arrivé en même temps avec la compagnie qui suivait le roi d'Angleterre cl M. le Prince, il ne vil sur une li'ès grande table qu'un unique couvert avec un cadenas (c'c'st-à-dirc un plalcaii, gurni d'niit' salirrc, d'un huilier, d'une fourchette, d'un couteau, etc., couvert s/jécial ([ui était réservé par réli(juette aux rois et princes du sanfi), un l'autenilel pasun antre siège. Sa surjn^ise augmenta, si elle le put. tpiand il vit .M. I*; Primi* piésenler à laver au roi d'Aiigleierri'. jniis |ii'endie une serviette pour sei'vir. Dès (lu'il (le l'oi) lut à table, il pria Jl. le Piince de s'y mettre avec la compagnie. M. le Prince répondit (pi'ils auraient à dîner dans une autre |tièce et ne se rendit (juc sur ce (jue le roi d'An-
gleterre le commanda absolument.
Alors M. le Prince dit que le roi commande qu'on apportât des couverts. Il se mit à distance, mais à la droite du roi d'Angleterre, don Juan à sa gaucbe et tous les invités ensuite. Don Juan sentit toute l'amertume de la leçon et en i'ut outré de dépit; mais, après cet exemple, il n'osa plus vivre avec le roi d'Angleterre comme il avait osé commencer. » Saint-Simon.
2. Conduite. Ici non pas au sens aciii' : action de conduire (cf. p.o06, n. 1), mais au sens réflécbi : action de se conduire.
5. A sa considération. « (On disait à mon père que) ces grâces lui étaient faites uniquement à sa considération, cl «pie je n'y avais avicune part. » La Ilocbefoucauld, II. *J2. « Je vous donne ma parole.
Seigneur Don Piètre, qu'à votre considération ]t}ni\'n vais le traiter du mieux cpi'il me sera jiossible. »
Mcdiére. Sicitieu. l'.l idau'- l.ittréi. ■i Crésus... non seulement lui pardonne (à Esope), mais il laissa en repos les Samiens à sa consulération. » La Fontaine, Vie d'Esope.
i. «' Vous avez principalement nu's intérêts et ceux de mes amis à nu'nager. Vous trouverez sans
victime so sacrifie nu bien public ! Mais quand les choses changèrent, et que l'Espagne lui voulut donner ou Cambrai et ses environs, ou le Luxembourg en pleine souveraineté, il déclara qu'il préférait à ces avantages, et à tout ce qu'on pouvait jamais lui accorder de plus grand, quoi? son devoir* et les bonnes grâces du roi*. C'est ce qu'il avait toujours dans le cœur; c'est ce qu'il répétait sans cesse an duc d'Enghien. Le voilà dans son nalurel : la France le vit alors accompli"^ par ces derniers traits,
(Itnitc (le grands obstacles au succès; mais si vous clés dans la nccessilé d'abandonner l'un ou l'autre de ces objets, ne balancez point ; sacri liez-moi. N'allez pa^ croire que je vous écrive ceci i)our tromper l'ambassadeur; c'est ma dernière volonté. Préférez les intérêts de mes amis aux miens; je veux absolument qu'ils soient satisfaits; sans cela rien ne peut me plaire et avec cela tout me plaira.
Pour moi je saurai bien suivre ma destinée jusqu'au bout. » (Lettre de Coudé à Lenet). « Bien entendu néanmoins qu'on n'acceptera aucnn rétablissement jwur moi en France ni de récompense de la part de l'Espagne qu'on ne soit demeuré d'accord auparavant que mes amis soient rétablis dans tous leurs biens et revenus, lionneurs, dignités, cbarges, gouvernements etj)laces; car sans cela je ne veux entendre à rien ; c'est le point principal aufjuel je ne veux point manquer en quoi que ce soit au monde, étant obligé d'avoir soin de leurs intérêts plus que des miens jjroprcs, aussi prél'érai-je, s'il m'y faut résoudre, de n'avoir rien, pourvu qu'ils soient contents (jue de m'élablir en les abandonnant. » (Instructions de Coudé à Caillet.)