V. Hugo, Odes, I
DE NICOLAS CORNET
Lorsque ce Maître commande, s'il charge d'une main, il soutient de l'autre : ainsi tout ce qu'il impose est léger; mais tout ce que les hommes y mêlent est insupportable.
Vous voyez donc, chrétiens, que, pour trouver la règle des mœurs, il faut tenir le milieu entre les deux extrémités, et c'est pourquoi l'oracle toujours sage nous avertit de ne nous détourner jamais ni à la droite ni à la gauche ^ Ceux-là se détournent à la gauche, qui penchent du côté du vice, et favorisent le parti de la corruption : mais ceux qui mettent la vertu trop haut, à qui toutes les faiblesses paraissent des crimes horribles, ou qui, des conseils de perfection, font la loi commune de tous les fidèles, ne doivent pas se vanter d'aller droitement^, sous prétexte qu'ils semblent chercher une régularité plus scrupuleuse. Car l'Écriture nous apprend que si l'on peut se détourner en allant à gauche, on peut aussi s'égarer du côté de la droite, c'est-à-dire en s'avançant à la perfection, en captivant' les âmes infirmes sous des rigueurs trop extrêmes. H faut marcher au milieu : c'est dans ce sentier où* la justice et la paix se baisent de baisers sincères, c'est-à-dire, qu'on rencontre la véritable droiture, et le calme assuré des consciences : Misericordia et Veritas ohviaverunt sibi, justitia et pax osculatœ sunt^.
Il est permis aux enfants de louer leur mère; et je ne dénierai point ici à l'École de théologie de Paris la louange
1. A la droite, à la (laiiche. A droite, à gauche. Il sonible que l'usage ait oléau xvii* siècle de dire : à droit el à gauche, et (pie l'expression à la droite, à la gauche soit particulière à Bossuet : « On dit :
à droit, à gauche, pour dire qu'il l'aul tourner de ce côté-là. » Dict.
de Furetière, IGW. « Ce soldat i"ra]tpe a droit et à gauche. »
Dict. de r.Vcadéniie, 1091." — Proiy., IV. 2i.
2. « Droitement, dune manière droite, directement. Ce dieinin va droitement à lu ville. 11 siynilie
aussi d'une manière juste. Cet homme va droitement en besogne; il juge équitablement et droite' ment. » Dict. de Furetière, 1G90.
Ce mot était contesté au xvii* siècle, car on lit dans la Suite des Remarques tiouveltes du P. Douliours (1692) : « Cet adverbe est employé par des personnes d'une grande politesse... de sorte qu'il faudrait èlre bien hardi pour le condamner Bossuet en a usé plusieurs fois.