‹ Orateurs et tribuns, 1789-1794Chapitre 2 sur 57 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Cher monsieur,

Je vous ai promis d'écrire, en tète de votre nouveau livre, quelques lignes de préface et vous me rappelez cet engagement à l'heure même où il m'est bien malaisé de le tenir. Par un hasard singulier, je suis occupé du difficile travail de faire revivre sur la scène l'époque et presque les mêmes hommes que vous étudiez avec tant de soin et de pénétration dans vos excellentes notices sur les Orateurs et Tribiais de la Révolution française. Je quitte l'œuvre de résurrection par le théâtre pour votre œuvre d'évocation par le livre, et, de la Constituante à la Convention, je

II PRKFACE.

retrouve avec vous les Cazalès, les Barnave, les Mathieu Dumas, les Yergniaud, les Barbaroux, les Danton, qui remplirent cette dramatique époque de leur éloquence, de leur lyrisme et de leurs rugissements.

Vous continuez, avec un rare bonheur, votre tableau de la fin du xviii^ siècle. Après les salons, les assemblées. On ne cause plus dans votre nouveau volume, on tonne, on foudroie. On se bat à coups de phrases et à coups d'échafauds. Quelle redoutable période de l'histoire du parlementarisme où la harangue peut se terminer par l'accusation, où l'encrier du logotachygraphe peut servir à la i)lume du greffier de Fouquier- Tin ville I

Vous avez bien rendu l'accent, donné la sensation de chaleur de l'atmosphère de cette four- , naise. Je ne me trouve pas toujours d'accord avec ) vous sur les hommes et sur les idées. Mais, réclamant la liberté pour moi, je serais mal venu à la contester à mon voisin. La bonne foi, — et la foi — sont partout louables et ce sont des vertus trop rares pour qu'on ne les salue point comme, à Fontenoy, se saluaient les ennemis. Hélas I la politique n'admet guère de tels coups de chapeau ! On a moins de pitié pour des adversaires que

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