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Ordre normal [microform]

Il est maintenant hors de doute que notre vie doit pleinement se rattacher à l'Humanité. Pourtant, si ce vrai Etre-Suprême centralise toute notre existence, c'est sans nous éloigner de la famille et de la patrie qu'il faut toujours aimer et servir. Voilà, en résumé, la plus haute discipline religieuse que l'on puisse concevoir.

La flnalité sociale du gouvernement et du sacerdoce n'est plus conleslable. En effet, tous les deux se trouvent organiquement sanctionnés, au nom de l'Humanité, pour veiller l'un à notre bien-être malériel et l'autre, à notre bien être moral. C'est une méprise énorme que de penser à les abolir, comme il arrive parfois. Que l'on s'efforce, au contraire, de les adapter, de plus en plus, à leur destination propre. Alors la misère et la haine disparaîtraient graduellement, et l'on pourrait enfin travailler en paix et vivre heureux dans un monde sanctifié.

La sociologie ayant été fermement instituée par le positivisme, on ne devrait plus adhérer à la théologie ni à la métaphysique. Celle-ci n'est que l'adversaire de celle-là qui, bien que Iransiloirement progressiste, élail devenue rétrograde. A la vérité, la métaphysique s'est adonnée à ébranler la Ihéologie, mais elle n'a su rien construire pour la remplacer. Désormais, elle ne peut qu'entraver la régénération sociale. Et, encore, de la métaphysique procèdent les anarchistes qui, tout en croyant poursuivre un avenir idéal, ne sont pas sur la vraie voie, parce qu'ils méconnaissent l'œuvre immense du passé. S'ils contemplaient l'histoire comme une suite de difticiles préparations h l'état normal, ils ménageraient leurs forces pour le service réel de l'Humanité, au lieu de les épuiser en des agitations déplorables, où l'esprit de violence suffoque, pour ainsi dire, leur générosité. Quelque graves que soient les imperfections du régime qui prévaut actuellement, ce n'est que par une bienveillante énergie qu'on pourra vraiment le refondre. Sans l'amour, qui consolide l'o rdre el favorise le progrès, tout labeur manque d'efficacité. Le seul moyen de cimenter le bien-être du prolétariat et

d'élever le sexe fémenin au digne rang qu'il mérite, c'est de faire triompher la religion altruiste ou, par autre nom le positivisme. '

De la sociologie émane la sociocratie qui dissout, à la fois, l'aristocratie et la démocratie. Cela suppose que nous tous fraternellement hiérarchisés, nous devons être des fonctionnaires dans l'organisme social, qui ne saurait atteindre sa constitution définitive par la funeste rivalité des factions contraires, mais par le concours harmonieux des divers éléments moraux, intellectuels et pratiques dont il est formé. Du reste, il est temps d'avoir le noble courage de se délivrer radicalement du surnaturel qui empêche le plein essor de l'altruisme. Tout ce qu'on applique à l'au-delà, on l'arraclip à l'amélioration du sort (le notre espèce sur la Terre. L'amour de Dieu n'est plus qu'un obstacle à l'amour de l'ifumanilé, lequel doit nous réunir tous dans une communion éternelle. Au fond, le théologisme porte à la recherche de soi. et le positivisme à la préoccupation d'autrui. Les âmes généreuses sauront certes préférer la Religion de l'Humanité à toute croyance surnaturelle, puisque là seulement on poursuit un dévouement libre de

Ni

l'espoir de récompense et de la crainte du châtiment, ce qui constitue la plus parfaite moralité.

La sociolatrie couronne saintement la sociocratie. Ce culte de l'Humanité est le meilleur guide de notre existence. A l'aide de la prière intime, il met quotidiennement nos âmes en contact avec l'idéal altruiste, alîn de nous fortifier dans le bien. Par ses sacrements sociaux, ce noble culte trace les principales étapes de notre destinée, qui nous font avancer, depuis la naissance jusqu'à la mort, pour nous incorporer au sein de THumanilé si nous l'avons fidèlement servie. Entin, dans l'ensemble de ses fêtes publiques la sociolatrie nous offre un tableau embelli de l'ordre normal, duquel on ne doit pas cesser de se rapprocher, et elle honore, en même temps, les puissants efforts des générations passées qui nous ont soulagé la grande tâche de l'édifier. Sous celte triple influence cultuelle, entièrement homogène et toujours convergente à la plus haute gloire de l'Humanité, notre vie se développera sans trouble, et en croissante sainteté, à travers les âges.

Pourquoi l'on hésite à suivre la vraie voie de bonheur universel? Qu'arrête surtout ceux qui sont appelés à être des

conducteurs drames? Est-il possible que la foi altruiste ne compte pas encore, dans chaque peuple, avec l'appui décidé des natures apostoliques et sacerdotales, dont la vocation semble paralysé? Ce concours, aussi indispensable qu'urgent pour rémed ier au profond désarroi de notre époque, ferait marcher d'accord toutes les nations vers la rédemption finale. Mais l'initiative de ce grandiose labeur doit sortir sans doute de Paris, où Ton a vu précisément naître la Religion de THumanité par la sublime union d'Auguste Comte avec Clotilde de Vaux. Puisse cette glorieuse ville, centre moral de notre planète, vouloir bientôt consacrer son incomparable esprit de prosélytisme au triomphe de la doctrine suprême!

Juan Enrique Lagarrigue.

(Rue Serrano, 215).

né, à Valparaiso, le 28 Janvier 1852.

Santiago du Chili, le 25 César 52,

(i: Mai 1906)

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