ORDRE DE LA PALME ET L'ALLIGATOR
Assurément cet ordre doit occuper ici un rang fort honorable. Il m'est conféré qu'à des rois. On ne peut donc pas le prodiguer; et l'on peut être fier d'en faire partie, à en juger par l'unique chevalier que nous en connaissions : le gouverneur d'une colonie anglaise, qui sut conquérir par ses vertus l'affection et le respect des colons, des peuplades voisines, qu'il initiait aux bienfaits de la civilisation, qu’il apprivoisait à l'Angle terre, et préparait à la consommation de ses manufactures.
Quand le major Henry Dundas Campbell fut rappelé de Sierra-[eone; les rois et les chefs du Soudan lui remirent pour le roi Guillaume IV une lettre par laquelle ils informaient S. M. de tous les mérites de son lieute> nant, et le signalaient à sa bienveillance royale.
« Il a donné la liberté à nos contrées. Car, avant qu'il ne fût venu chez les Timmanis, les natifs s'entre-tuaient; chacun était capable d’acheteret de vendre son voisin ; ils commettaient toutes sortes de méchancetés ; ils troublaient tout le pays, de façon que toute culture était impossible, que personne n'osait risquer un voyage.
» Les rois du Soudan s’assemblèrent, et envoyèrent à Henry Dundas Campbell, qui vint, conclut un traité et mit un terme à la guerre, etAls acceptèrent ses sages règlements.
» Îls pensèrent qu'il valait mieux remettre en ses mains le pays qui avait gouverné pendant plus de douze mois. Les rois allèrent à Campbells ils revinrent et dirent :« Nous n’avons jamais vu d'homme comme ce » Henry Dundas Campbell. » Toutes les nations priaient pour lui, et ceux
qui les entendaient disaient : « [est vrai, nous n'avons jamais vu parmi » les rois un homme meilleur que lui. »
» Toutes les nations, d’une voix unanime, dirent : « Nous obéirons, et » nous accomplirons tout ce que Campbell nous commandera. » Campbell ne nous à dit aucun mensonge; 1l parle la vérité, comme le Coran. Campbell prie avec dévotion ; il ne se raille pas de celui qui prie, quelle que soit sa religion. Quiconque va chez Campbell, 1l le reçoit avec affabilité. Il peut rire et jouer avec un homme de bien ; 1l ne peut jouer avec un méchant ; aussi tout le monde l'aime. Il est allé aux palissades, où l'on combattait. — Il n'a peur ni de la maladie ni des balles; rien ne peut lui faire mal. Les rois sont sûrs que Dieu le protége, et que Dieu lui a donné le pouvoir de faire du bien à leur pays.
» Nous, peuples du Soudan, ne savons pas comment remercier Campbell ou le récompenser. Nous lui avons offert de l'or ; 1l a refusé, disant : « Je ne suis pas venu ici pour de l'or. » Nous n'avons jamais vu un chrétien refuser de l'or, excepté ce Campbell. Les rois du Soudan l'ont sollicité, disant : « Accepte ceci de nous, pour montrer au roi Guillaume et » à ses ministres combien les Africains aimaient Henry Dundas Campbell » plus qu'aucun autre gouverneur. »
> Ils lui ont donné l’ordre de la Palme et l'Alligator. Il ny a que les
rois qui reçoivent cet ordre.
» Le pays fut plus de douze mois sous le commandement de Campbell. Durant cet intervalle, les voyageurs le parcouraient avec sécurité. Les rois prient le roi Guillaume de lui laisser porter cet ordre, et d'accorder une récompense à Henry Dundas Campbell. Si le roi le fait, 1ls lui en sauront gré autant que s'ils recevaient cette grâce eux-mêmes.
> O roi Guillaume! le nom d’'Abbas, dont Campbell a été revêtu, lui a été donné par nous, afin qu'il soit honoré de toutes les nations. »
L'acte qui décerne au gouverneur Campbell le ütre d'abbas, et lui assigne un territoire dans la Timmanie, est ainsi conçu :
« Tous les rois et chefs de la Timmanie se sont réunis pour inviter Henry Dundas Campbell. Sur leur appel, il quitta le confort de son habitation et la mollesse de sa couche; il ne fut pas épouvanté d'un climat suffocant et destructeur; 1l vint au désert dans la chaude saison, à la contrée où Dieu l'appelait. Quand il arriva, il y trouva les horreurs de la guerre; mais Campbell essaya de ramener la paix, et 1l réussit.
» Alors tous les chefs furent certains que la paix était l'ouvrage de Campbell, et qu'il était venu pour la paix.
» Quand il arriva, il ne trouva pas de fermes, et 1l apprit à établir des fermes. Tout le peuple du Soudan voulut le voir, et ils l'apprécièrent, et dirent : « Il n’y a personne comme lui; » 1l est vraiment sage, il est juste, il est l'instrument de notre bien.
» Quand les peuples du Soudan l'ont trouvé si bon et si miséricordieux, ils lui ont remis en mains toutes leurs terres ; ils ont fait serment de lui être fidèles, de lui donner le pays pour le restaurer. Ils conclurent alors un traité de paix, et mirent leur contrée dans ses mains. Alors la paix régna, et tous, ensemble réunis, le créèrent abbas.
» Le grand nom d’abbas a été conféré à lui et à ses enfants.
» Les gens du Soudan ont fait de l'abbas leur guide et leur commandant. Nous l'avons fait notre directeur, comme le premier Abasside. Nous lui avons donné l'ile de Ro-Yell (qui sera maintenant nommée l'ile Ro= Campbell), et toute la portion du pays qu'il veut pour lui et ses enfants, à perpétuité, jusqu'à la fin du monde. »
L'acte qui confère au major Campbell le titre d'abbas du Soudan et l'ordre de la Palme et l'Alligator est ainsi conçu :
«Tous les rois du Soudan ont honoré le chrétien; vous ne le connaissez pas; mais vous devez tenir pour certain que nous sommes le peuple des Timmanis, des Mandingos et des Foulahs, et que Henry Dundas Campbell est notre sultan.
» Tous les rois de ces contrées lui ont décerné l’ordre de la Palme et l'Alligator, et ils ont commis tout le pays à ses soins, pour le relever dela destruction et de la ruine.
» Tous les rois du Soudan réunis ont dit : « Nous avons vu les chefs, » capitaine Abbott, du corps royal africain, et docteur Aïkin, qui aidaïent » notre sultan à faire le bien de notre pays. »
» Tous les rois de ces contrées remercient le capitaine Abbott et le docs teur Aiïkin, et prient Dieu de les bénir, pour aider notre sultan à assurer le repos du pays.
> Tous les rois du Soudan ont dit : « C’est bien. » Les princes des autres nations, nommés Dakta, Abkero, Kelora, Sagu, seront rassemblés par son ordre pour aider notre sultan dans ses efforts pour faire le bien du pays:
» C'est fini.
» Tous les musulmans qui peuplent l'étendue du Soudan, avec les habitants du Sego, se sont rassemblés et ont dit : « Nous vous avons fait » notre sultan, comme notre ancien Abbas, qui fut le plus grand des » monarques. Î ne peut y avoir de sultan plus grand qu’Abbas: vous êtes » un des Abassides. »
» Puisse Dieu vous bénir, prolonger vos jours, maintenir votre santé; puissent les climats froids ne vous faire aucun mal!
» O Seigneur, l'ami de humanité, dont le trône est glorieux, qui tiens en ton pouvoir la vie et la mort, qui fais tout ce que tu veux, bénis-le. Nous t'en prions par la splendeur de ta face, qui remplit ton trône, et par la puissance que tu as donnée à toutes les créatures, et par la grâce que tu nous as faite. Il n’y a pas d'autre Dieu que toi. Bénis-le, ô Seigneur; nourris-le, à Seigneur Dieu! »
Le 18 avril 1857, à Mabelly (grande ville marchande sur la Rokelle), une longue procession de rois et chefs indigènes escorta le lieutenant gouverneur Campbell jusqu'au pulaver (maison d’assemblée), où ils lui conférèrent, en présence de plusieurs milliers de spectateurs, l'ordre de la Palme et l’Alligator.
Le 22 du même mois, ils le revêtirent du turban, le déclarèrent Abbas du Soudan, le titre le plus sublime auquel un mortel puisse atteindre. Et peu après le retour du major à Freetown, les mêmes honneurs lui furent décernés par le roi de Timbo, de la nation des Foulahs.
Le bijou de l'ordre est une étoile à sept rais, richement incrustée de diamants, chargée d’un écusson rond, lequel montre un alligator au pied d'un palmier, émaillés au naturel. Cet écusson est entouré d'un ruban d'émail vert, sur lequel est inscrite la devise arabe : Dieu est grand.
L'étoile est surmontée d’un turban suspendu à un collier d’or, composé du turban et du bijou, qui alternent.
La plaque est d’or aussi, semblable à celle de la Jarretière, et porte au centre l’'écusson du bijou entouré de gros brillants.