TRÉS-NOBLE ORDRE DE LA JARRETIÈRE
La conduite prudente, dit Hume, et les succès brillants d'Édouard II dans ses expéditions, excitèrent l'esprit guerrier et l’émulation de la noblesse. Ces turbulents barons, soumis à l’ascendant de la couronne, donnèrent une direction plus utile à leur ambition, et s'attachèrent à un prince qui les conduisait à la fortune et à la gloire. Pour échaufter davantage cet esprit d’émulation et d'obéissance, le roi institua, le 19 janvier 1550, l'ordre de la Jarretière, à limitation des ordres religieux ou militaires, fondés en Europe.
D’après une tradition, qui pourtant n’est fondée sur aucune autorité et que la critique répudie, au milieu d’un bal de cour, la comtesse de Salisbury avait laissé tomber sa jarretière; le roi l'ayant relevée, remarqua sur la bouche de quelques courtisans un sourire qui faisait soupconner une maligne interprétation, et il s'écria : Honni soit qui mal y pense! paroles qui devinrent la devise de l’ordre. Cette origine, condamnée par le silence des statuts, toute frivole qu’elle est, va bien aux mœurs du temps; et il est difficile de rendre compte autrement du choix de la devise et des insignes.
Sur la prière des chevaliers, le roi Henri VII supprima une partie des statuts primitifs, à cause de l'obseurité et de l'ambiguité de leur sens, et en dressa, le 23 avril 1522, en la quatorzième année de son règne, de nouveaux, en vigueur jusqu'aujourd'hui, sauf quelques articles additionnels.
L'ordre se compose, non compris les princes descendants de George E*
et les étrangers, du souverain, du prince de Galles, et de vingt-cinq chevaliers, choisis parmi les gentilshommes à six quartiers, chevaliers, et qui n'ont pas encouru le reproche d'hérésie, de haute trahison et de lâcheté.
En outre, le roi nomme dix-huit chevaliers militaires de Windsor, qui doivent être tirés de la noblesse ou de l'armée, mais qui sont presque toujours de vieux serviteurs du palais. Ces derniers, que leur âge dispense du service militare, ont l'obligation de se rendre, matin et soir, à la chapelle, et de prier pour le grand maître et les chevaliers. Chacun reçoit une pension de 500 livres sterling.
Les dignitaires de l'ordre sont : un prélat, lévèque de Winchester: un chancelier, Vévèque d'Oxford; un greffier, le doyen de Windsor; un roi d'armes, appelé jarretière; un huissier (black rod) qui, aux grandes cérémonies, porte un bâton ou sceptre noir. L'ordre entretient en outre un certain nombre de chanoines, vicaires, clercs et choristes.
Les chevaliers forment un chapitre qui se tient tous les ans, le 22 avril, jour de Saint-George, patron de l’ordre, au château de Windsor, dans la chapelle Samt-George. Les stalles sont garnies de l’écu des chevaliers, surmonté de leur heaume avec ses lambrequins, de leur bannière et de leur épée.
Le chapitre propose aux places vacantes; le chancelier recueille les voix, le roi décide.
À la réception des nouveaux membres, l'ordre se rend des appartements du château à la chapelle. Trompettes et timballiers, vêtus de la livrée de l'ordre, rouge et or; les chevaliers militaires de Windsor; les chanoines, vicaires et bénéficiers; hérauts, écuyers et deux rois d'armes: puis les nouveaux élus, tenant en mains leurs heaumes: les chevaliers, rangés d'après l'ancienneté de leur nomination ; les princes du sang royal ; le doyen de l'ordre, escorté par le maréchal et le héraut d'armes; le chancelier, le trésorier et le prélat avec des hérauts; le grand chambellan, le porteur de l'épée royale; enfin le roi, escorté de gardes du corps et d'archers dans leurs costume antique; une escouade de trabans ferme la marche. Immédiatement après suit la reine, accompagnée de deux chambellans et de pages portant la queue de sa robe; ensuite les princesses, rangées d'après l’âge, et les dames d'honneur, toutes habillées de pourpre.
Cette procession entre, au son d'une musique guerrière, dans la cha-
pelle. On commence la cérémonie, en déposant sur l'autel l'armure et l'écu des chevaliers décédés, au son d’une musique funèbre. Après ce service des morts, les nouveaux chevaliers sont conduits, chacun par deux anciens, à l'autel où ils s'agenouillent, reçoivent l'armure, et, ramenés à leur stalle, prêtent le serment. Cela fini, le chancelier prononce, en leur attachant la Jarretière :
« En l'honneur de Dieu tout-puissant, et en mémoire du bienheureux martyr saint George, noue à ta jambe, pour ta gloire, cette 1rès-noble jarretière. Porte-la comme le symbole de cet ordre très-illustre, qui ne doit jamais être oublié ni mis à l'écart, pour t'avertir d'être courageux, et engagé dans une guerre juste, de demeurer ferme, vaillant et vainqueur. »
En passant le collier et le Saint-George :
« Porte ce ruban autour de ton cou, orné de l’image du bienheureux martyr et soldat du Christ, saint George. Exeité par son exemple, triomphe des circonstances heureuses et malheureuses, en sorte qu'ayant vaincu bardiment tes ennemis du corps et de l'âme, tu puisses non-seulement jouir de la gloire de ce combat temporel, mais encore être couronné de la palme de éternelle victoire. »
En passant le surcot :
« Prends cette robe cramoisie, pour l'accroissement de ton honneur, comme gage et signe de l'ordre très-honorable que tu as reçu. Garanti par elle, sois hardi non-seulement pour combattre avec force, mais pour offrir ton sang pour la foi du Christ, les libertés de l'Église, et la défense Juste et nécessaire des opprimés et des nécessiteux. »
En attachant le manteau : |
« Reçois cette robe de couleur céleste, livrée de cet ordre très-excellent, pour l'augmentation de ton honneur, enrichie de l’écu et de la croix rouge de Notre-Seigneur. Par son pouvoir, puisses-tu en sécurité percer les troupes de tes ennemis, et en être toujours victorieux; et, étant comblé de gloire dans cette guerre temporelle, par des actions héroiques et excellentes, puisses-tu obtenir le triomphe et la joie éternelle. »
* Originairement, le manteau était de drap rouge sanguin, semé de jarretières d'or ; plus lard, on le porta bleu, ensuite indifféremment rouge ou bleu. Maintenant, il est pourpre, sans jarretières.
GRANDE BRETAGNE. XXXIL
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Les insignes de l’ordre consistaient d’abord en une jarretière de velours bleu foncé, brodée en or, avec la devise : Honni soit qui mal y pense *. (PI. XXXIT, n°1.) Le collier d'or, pesant trente onces (n° 4), fut ajouté par Henri VIT, sans doute en imitation de la Toison d’or. Le saint George (n° 5), suspendu à un ruban en écharpe, vint ensuite. Enfin, Charles [° ajouta la plaque (n° 2), par imitation de l’ordre du Saint-Esprit.
On ne sait si Marie Tudor se para de ces insignes. Quant à Élisabeth, cela ne saurait être douteux, puisque dans lun de ses plus curieux portraits, celui où Garrard la montre vieille et ridée, elle est représentée avec le saint George et le ruban bleu passé au cou. On sait à n’en point douter que la reine Anne portait à la fin de son règne le saint George, l'étoile et la jarretière, comme le fait la reine Victoria.
L'habit de cérémonie des chevaliers se compose de culottes boutfantes au haut de la cuisse, bas et souliers blancs avec rosette blanche, et talons rouges; la jarretière, attachée au-dessous du genou gauche, par une petite boucle d'or; habit rouge doublé de blanc, ceinturon rouge, collet rouge en guise de capuchon; le manteau, doublé de blane, brodé sur le côté gauche de la croix rouge de saint George, est attaché sur l'épaule droite par de longs cordons d’or, terminés par trois gros
. glands d'or. Le collier est fixé sur les épaules par deux rosettes blanches.
Le chapeau rond, un bord relevé, enrichi d’une agrafe en diamants, et garni d'une aigrette de plumes de héron et d'autruche, se porte à la main.
Les chevaliers militaires de Windsor ont le manteau d'écarlate et l'écusson aux armes de saint George, sans jarretière.
Le chancelier porte er sautoir une rose entourée de la jarretière.
L'archiviste, le roi d'armes Jarretière, et Verge Noire, portent un manteau de satin cramoisi, doublé de taffetas blanc, le saint George au côté, sans la jarretière; le roi d'armes porte les armes du souverain, dans une jarretière, surmontée de la couronne fermée. Verge Noire porte un nœud
! Les statuts qui prescrivaient de ne jamais quitter la jarretière sont tombés en désuétude, mais il est eujoint aux chevaliers d’avoir sur eux, ostensihlement ou non, le bijou ou tout autre des insigws. La jarretière peut être enrichie de perles, rubis, ete. Celle que le roi Charles ler ports 1 le jour de son exécution, et que le cardinal d'York a léguée à George IV, est garnie © 400 diamante, Le due de Devonshire en porte ure à [eu près aussi maguilique, plusieurs ont la devise en brillants.
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dans une jarretière. Le prélat porte pour bijou le saint George à cheval tuant le dragon, d’or émaillé, enfermé dans la jarretière, et surmonté de la mitre épiscopale. L’archiviste, deux plumes d’or en sautoir, entourées de la jarretière. Le prélat et le chancelier peuvent entourer de la jarretière l'écusson de leurs armes. |
Chaque chevalier, lors de son installation, paye une certaine somme selon sa qualité :
Un roi étranger. . . . 20 liv.sterl. (500 fr. Enidüeis tas Eva 0 (250 fr.) ÉncomtéRr ARENA (150 fr.)
Ces fonds sont destinés à l'entretien des chanoines et des chevaliers militaires de Windsor.
Cet argent doit être payé aussitôt la cérémonie de l'installation faite: Les statuts défendent expressément de compléter les autres formalités avant le payement.
Par un décret de la reine Élisabeth, chaque chevalier est tenu de payer, lors de son installation; en outre de la somme ci-dessus :
Un roi étranger. . . . 16 liv. sterl. (400 fr. Urdüé-r- is SENS (200 fr.)
Cette somme est affectée aux vicaires, aux choristes et aux sonneurs de cloches.
Il est payé au héraut d'armes, à l'huissier de la verge noire ét aux officiers d'armes : |
Par tout chevalier installé. 13 liv. sterl. (525 fr.)
Chaque chevalier a en outre à payer pour son costume :
Un prince. . . . . . 60 liv. sterl. (1,500 fr) Unidués 2m Re | (1,57 fr.)
À simple titre de prime d'installation, chaque chevalier paye : Un roi étranger. . . . 30 liv.sterl. (750 fr) Untéuc.rf sr RS (625 fr.)
L'huissier de la verge noire reçoit de chaque chevalier, toujours selon sa qualité :
D'un roi étranger. . . . 20 liv. sterl. (500 fr.) Dan duc Eee ren (00 fr.) DATE D'un marquis 22% 076008 (490 fr.) ee: -
D'un comte, etc.
nésiaéerinn és bte