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DELIRE

Le mal que j'ai souffert , je ne puis le redire. Il me semble, à présent, que c'est un rêve affreux; 11 m'apparaît ainsi qu'un moment de délire , Et me poursuit encor d'un trouble douloureux,

Je me sentais mourir, une fièvre brûlante Circulait dans mon sang et voilait ma raison ; Un cri sourd s'échappait de ma lèvre tremblante, Et mes yeux, sans y voir, contemplaient l'horizon.

Tout tournait devant moi, c'était un bal étrange! Des fantômes passaient, passaient devant mes yeux; Quelque fois seulement, je croyais voir un ange Se pencher sur mon front pour me parler des cieux!

Et je tendais les bras à la douce figure, Mais elle s'envolait en me disant: Suis moi! Et je voulais m'enfuir de cette terre impure, Mais de la vie encor je subissais la loi.

Pourquoi Dieu n'a-t-il point brisé ma lourde chaîne ? Pourquoi comme un forçat me river a l'anneau ? Mon àme, de ce corps esclave souveraine, Devait enfin léguer sa dépouille au tombeau !

Que n'ai je pu mourir? hélas, déjà tranquille. Je ne sentirais plus le poids de mes douleurs: J'aurais trouvé la paix dans ma couche d'argile, Et dans mes. yeux éteints auraient séché les pleurs!

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Malheur à l'insensé dont la parole ardente Révèle dans ses chants une âme indépendante : D'avance il immola sa vie au souvenir; 11 faut pour mesurer sa taille colossale Mettre entre nous et lui des siècles d'intervalle : Homme dont le niveau n'est que dans l'avenir.

Le génie au malheur consacre sa victime:

Mais qu'il est noble et beau ce dévoûment sublime !

La gloire aime les fronts que la foudre a frappés:

L'aigle vient-il poser son aîre sur la rose?

Non, exilé du ciel, en passant il se pose

Sur les blocs de granit a l'orage échappés,

Le poète mûrit son tems de sa pensée <

Et glisse inaperçu dans la foule insensée;

Géant empreint de gloire et d'immortalité

11 laisse de ses pas une éternelle trace ;

Quand il n'est plus, sa voix représente une race:

Jalon qui marque un siècle a la postérité.

Oh! ne te plains donc pas, si la haine et l'envie De leurs souffles brûlants viennent troubler ta vie, Quand des rêves de gloire assiègent ton sommeil! Poursuis sans t'arrêter ta sublime carrière. Et vis dans l'avenir , couronné de lumière, Comme un aigle cachant son front dans le soleil.

Que la patrie et Dieu fassent vibrer ta lyre: Le génie est sacré quand la vertu l'inspire : Poète, élève toi par tes chants jusqu'à Dieu! C'est pour franchir d'un bond les voûtes éternelles, Qu'à tes ardents pensers il mit deux grandes ailes : Car la terre au génie est un aride lieu.

(( Viens vers nous, 6 jeune Poète,

(( Du plaisir respirer les fleurs;

(( Dépose ta lyre muette,

« Ses cordes vibrent sous des pleurs :

(( Savoure le parfum des roses ,

ce Viens les cueillir à peine écloses ,

a Laisse les brûler sur ton cœur;

« Et que t'importe, si la gloire

« Au tems dispute ta mémoire,

« Quand nous te donnons le bonheur.

« La vie est le rêve d'une ombre:

« O Poète, où sont tes amours?

c< Jouis avant que la nuit sombre

« Sous sa faux moissonne tes jours;

ce Enivre toi de nos délices,

« Du plaisir vide les calices,

« Leurs bords sont couronnés de fleurs.

ce Oh! viens, le génie est austère,

c< Son laurier chaste et solitaire

c< Doit être arrosé par des pleurs».

Arrière, malheureux, dont la voix insensée

Voudrait par le néant dégrader la pensée

Et qui souillez de boue un front qui porte un Dieu !

Arrière, l'Eternel inspire les poètes;

D'une chaste auréole il ceint ces nobles tète^

Et les marque entre tous par un signe de feu.

Poète, connais-tu ton divin ministère?

Sais-tu pourquoi le ciel, t'imposant à la terre , Dans tes yeux du génie a mis la majesté ? Pourquoi les tems passés et ceux qui doivent naître, Répondant à la voix comme à celle d'un maître, Te laissent sur leurs fronts lire la vérité?

C'est que le souffle qui t'inspire Est comme l'âme d'ici-bas, Qu'un esprit agite ta lyre Que toi-même ne comprends pas ; Qu'il faut à ta pensée ardente Un monde à créer comme à Dante; Qu'un dieu se cache dans tes vers; Brûlés d'une sublime flamme.

Tes chants où palpite ton âme Rempliront un jour l'univers.

Car tu sens le besoin de remuer la terre , D'éclater en accords ainsi que le tonnerre; Quelque chose est en toi, Poète, d'impérieux; Tu te sens entraîner par le courant de Tonde, Et lorsque tu voudrais te rattacher au monde Tu suis sans le vouloir ce vent mystérieux.

Oui, ta mission est sublime , Poète, ne t'arrête pas; Qu'importe, si parfois l'abîme Semble s'entrouvrir sous tes pas; Baigné de sang et de poussière, Ce n'est qu'au bout de la carrière Que le vainqueur est couronné, Tandis qu'en riant on entraîne, Et que l'on chasse de Tarène Le vaincu morne et consterné.

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Aime , crois, espère , console, Ne célèbre que la vertu 5 Et rends par ta chaste parole La force au malheur abattu; Lègue à l'incorruptible histoire Le souvenir de chaque gloire , Les noms chers a l'humanité; De ses fers console l'esclave, Et couronne le front du brave D'un rayon d'immortalité.

Mais n'espère jamais que la haine et l'envie Cessent de s'acharner un instant sur ta vie; Les nains jettent d'en bas l'outrage a l'immortel, Et dans leur rage aveugle ils insultent cet homme Dont ils devront un jour adorer le fantôme: Le bûcher d'aujourd'hui, demain est un autel,

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