DEODATA DE SALI CES
Non, tu n'oubliais pas, fille de l'Italie,
De quel sang généreux tu tenais tes vertus;
Et tu nous rappelais, nouvelle Cornélie,
Que les esclaves seuls courbent leurs fronts vaincus.
Mais toi, jeune poète, à l'âme d'un grand homme , Debout sur les débris de la patrie en deuil, Digne encor des beaux jours de la Grèce et de Rome, Tu pleurais nos splendeurs avec un noble orgueil.
Car un sublime cœur battait dans ta poitrine, Et des malheurs publics sentant la dignité Tu prêtais nos regrets à ta muse divine Qui devant l'anarchie évoquait l'équité.
Ah! quand on nous otait jusqu'au nom de nos pères , Héritage sacré qu'on osait outrager!
Toi, pour venger l'honneur de tes malheureux frères Tu restas Piémontaise en face a l'étranger.
Et quand sa main hardie, effeuillant notre gloire Repoussait loin de nous un noble souvenir, De tes chants immortels honorant sa mémoire Tu vengeais l'Italie aux yeux de l'avenir.
DKODATA DK SALUCES 161
Seule lu conservais notre grandeur antique, Et d'un astre éclipsé reflétant les rayons, Tu lui rendais encor sa gloire poétique Que voulaient lui ravir d'injustes nations.
Ainsi, quand on craignait de nommer l'Italie, Tu chantais ses héros et ses jours de splendeur; Et devant son passé, pieuse et recueillie, Tu prédisais tout bas sa prochaine grandeur.
Oui, car ta gloire à toi s'associe à sa gloire , Et ton nom immortel est un des vieux piliers, Qui, depuis huit cents ans, appuis de notre histoire, Prodiguèrent pour nous le sang de leurs guerriers.
Ce nom presque royal remonte aux premiers âges, Et tes nobles ayeux par leurs brillants exploits De nos fastes, souvent, ont illustré les pages: Toujours on vous retrouve à coté de nos rois.
De la fidélité champions héroïques, Baignant de pleurs" amers nos pieux étendarts, Vous gardiez le dépôt de nos vertus antiques Pendant que l'étranger occupait nos remparts.
102 DKODATA DE SA UCfcS
Et toi, Deodata, jeune femme sublime.
De Téclat de ta gloire ombrageant nos revers , Tu portais le fardeau d'un passé magnanime Qui se réfugiait et vivait dans tes vers.
Au septicisme affreux réponds par Ipazie ! Des dogmes dangereux confonds la lâcheté ! Verse aux pieds du Très-Haut tes flots de poésie: Ange, c'est loi qui dois venger la vérilé!
C'est toi 5 car L'Eternel t'a prêté sa parole. Tes chants , échos divins des célestes concerts , Planant bien au dessus d'une gloire frivole, Montaient comme l'encens vers le Dieu que tu sers.
C'est loi, car l'Eternel, ô généreuse femme, Au sacerdoce auguste éleva ta vertu; Oui, d'un souffle plus pur il forma ta grand'àme, Il savait qu'en son nom elle aurait combattu.
Il savait que l'impie égaré sur la terre Pourrait a tes accents retrouver un flambeau; Et que, devant ses pas répandant la lumière, Tu lui désignerais l'espoir sur le tombeau.
DKOPATA DE SALUCES 16
Qui de ton sexe encor accusant la faiblesse Oserait du savoir lui borner l'horizon, Quand ta voix confondant les sages de la Grèce Démontra leurs erreurs au jour de la raison?
J'aime a suivre tes pas de doctrine en doctrine, Quand de ces dogmes vains prouvant la fausseté De leurs vieux préjugés tu sapes l'origine, Édifices croulant devant la vérité.
Alors, je crois en toi vénérer un prophète Qui, terrassant l'Athée en brandissant la Croix, Le foule sous ses pieds comme un robuste athlèle , Et je tombe à genoux aux accents de ta voix.
Marche en reine ou jamais, avant loi, nulle femme N'osait aventurer un téméraire essor.
Dans un vaste horizon laisse planer ton âme; 11 faut l'immensité pour le vol du Condor.
Grugliaseo, Villa-Masin .
GR AZIOSA.
Oh! laissez-la passer, la blonde jeune fille
Au front vermeil et gracieux!
Comme un oiseau léger, de charmille en charmille,
Eclate son chant radieux.
Elle danse, elle vole, et sa course rapide
Ploie a peine les blonds épis.
Soudain elle s'arrête, et comme elle timide,
La fleur, étoile de lapis, De ses jeunes désirs devient la fraîche idole;
De son odorante moisson Elle orne ses cheveux, son sein, sa blanche épaule,
Et légère comme un pinson, Elle court se mirer dans Tonde crislaline.
Elle sourit a ce miroir; Pour mieux se regarder, rieuse, elle s'incline,
Et puis heureuse de se voir
166 GRAZÏOSA
Elle oublie un instant et les chants et la danse ,
Et dans sa naïve candeur Elle se trouve belle, et sa jeune innocence
S'applaudit encor sans rougeur.
Une boucle 5 une fleur, vont la rendre plus belle;
Elle en pare son front si pur.
Quand sur le clair ruisseau la verte demoiselle
Aux ailes de pourpre et d'azur Trace son vol oblique, elle bondit, s'élance
Pour saisir l'insecte charmant; L'insecte au bord des flots, sans crainte, se balance;
Elle s'approche doucement, Etend ses doigts tremblants, mais il fuit, elle vole;
De prés en prés, de fleurs en fleurs , Ils courent tous les deux; enfin au pied d'un saule,
Epuisée et versant des pleurs En regardant au loin l'insecte qui la brave,
Elle s'assied en soupirant.
Elle effeuille une rose, et sur son front plus grave,
Pur comme un ruisseau transparent , On voit comme dans l'eau le fond de sa pensée ,
Qu'elle n'apprit point a cacher.
Mais a travers les bois elle s'est élancée;
Oh que va-t-elle ainsi chercher?
Pour qui ces fruits dorés que de branches en branches
Elle prend le long du hallior?
GKAZIOSA 167
L'épine a bien souvent déchiré ses mains blanches,
Mis en lambeaux son tablier , Rien n'a pu ralentir sa course si légère;
Où va-t-elle la belle enfant?
Elle s'arrête au seuil d'une pauvre chaumière ,
Elle entre d'une air triomphant; Près d'une vieille aveugle elle se précipite,
Et lui donnant son frais trésor:
« Bonne mère, tenez, oh mangez-les bien vite,
(( Demain vous en aurez encor! »