‹ Ore mesteChapitre 6 sur 88 · TRISTESSE · texte numérisé non relu

TRISTESSE

Je regardais le ciel, les monts, Tonde azurée, Et tout, autour de moi respirait le bonheur, Seule, au sein des plaisirs dont j'étais entourée Une vague tristesse, hélas, saisit mon cœurî

J'écoutais, j'écoutais si nulle voix humaine Ne pourrait m'apporter quelques mots consolants ! Mais le vent seul, hélas, venait par son haleine Sécher mes pleurs brûlants.

Et mon sein altéré par une ardente fièvre Se sentait consumer par un mal dévorant ; Ah ! l'aspect d'un bonheur dont il faut qu'il se sèvre Fait du mal au mourant !

La coupe des plaisirs fuit de ses mains avides, Et d'autres a ses yeux s'enivrent de son miel , Tandis qu'il ne sent, lui, sur ses lèvres livides Distiler que du fiel.

Quoi seul , et toujours seul, jusqu'à ce que la tombe Calme les battements de son cœur oppressé ! Faut-il pour qu'il soit froid , que la terre retombe En étendant sur lui son suaire glacé?....

Février, 1844.

Seigneur détourne de ma tête Ta foudre prête a m'écraser; Tu viens, assis sur la tempête, Et ton souffle va m'embraser; Tu viens, et ta voix redoutable Me chasse ainsi qu'un grain de sable Qu'emporte le vent du désert; Devant toi, Seigneur, ô que suis-je?

Je passerai sans qu'un vestige Garde ma trace qui se perd.

Je passerai; bientôt ma tombe Sera détruite pour toujours.

Et seule, une blanche colombe Y viendra couver ses amours.

Tout doit passer et doit renaître, Dans ton sein la vie a son être, Seigneur, tout découle de toi; Toi seul animes la nature, Tu dis a chaque créature:

Remplis ton destin, je te voi. »

Homme ou soleil , insecte ou monde.

Ils sont tous égaux à tes yeux; Du néant à ta voix féconde Ils s'élancèrent radieux; Tu les fis avec ta pensée Qui jamais ne s'est surpassée Dans tous tes ouvrages divers; Tout porte une empreinte divine , Et dans le brin d'herbe on devine La main qui sculpta l'univers.

Oui , Seigneur, pour l'âme du sage Qui partout connaît tes bienfaits, Tout est empreint de ton image, Tous tes ouvrages sont parfaits ; Depuis ces nombreuses étoiles Qui des nuits parsèment les voiles, Innombrables nids de soleils; Jusqu'à la légère membrane Qui, de sa gaze diaphane Enveloppe les fruits vermeils-

Oui , partout notre âme ravie Reconnaît son divin Auteur 5 Les ressorts secrets de la vie Nous attestent le Créateur.

Seigneur, a la pensée humaine Donnant Pinfini pour domaine Tu l'y lanças en la créant, Ton souffle la fît immortelle, Et ce fut par une étincelle Que tu la tiras du néant.

Oh néant! gouffre immense, abîme Que l'esprit ne sondera pas, Car de cette énigme sublime Le mot nous échappe ici-bas !

Envain pour savoir ces mystères, Jusqu'à Dieu de sphères en sphères Nous montons à travers les cieux; L'âme sur cette échelle sainte Du Seigneur voit toujours l'empreinte Gravée en traits mystérieux.

Si Dieu d'un voile impénétrable

A voulu couvrir ses décrets ,

C'est que l'homme, être périssable,

Est trop frêle pour ses secrets;

Car du fardeau de sa pensée,

Notre âme serait affaissée

Comme du poids de l'univers;

Mon esprit ne peut la comprendre,

Pas plus, que ma main ne peut prendre

Et contenir les vastes mers.

Dieu borna notre intelligence, Nos efforts ne franchiront pas Ce terme, où la Toute-Puissance Crut devoir arrêter nos pas ; Jamais nos regards téméraires Ne pénétreront les mystères Dont s'enveloppe l'Eternel, Et qu'es-tu vain savoir des hommes ?

Souffle, argile pétri d'atomes, Pour oser te croire immortel?

Non, de ces vérités divines Nous n'atteignons pas la hauteur; La terre est un champ de ruines, La vie est au seul Créateur.

De nos pas la tombe est le terme , Nous portons la mort dans le germe Oui doit nous enfanter au jour; La vie , hélas , est un vain songe!

Hors Dieu, tout est rêve et mensonge; Tout passe et s'éteint sans retour!

Mais la mort, déliant notre âme De ses nœuds grossiers et fangeux, Nous prête des ailes de flamme Pour franchir ce monde orageux; Nos yeux; ouverts à la lumière De la création entière.

Connaîtront l'éclat immortel , Et sans en être consumée, A travers la nue enflammée Notre âme verra l'Eternel.

Oui, Seigneur, ta miséricorde Du juste a béni le sommeil; C'est ta bonté qui nous accorde Dans la mort même le réveil; La mort nous enfante k la vie, L'heure extrême a l'âme ravie Ouvre son céleste horizon :

Tel un oiseau qui vient d'éclore Brise l'œuf qui l'enferme encore:

Telle une âme rompt sa prison.

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