BOUTIQUES
Les chiffres qui indiquent ici les taux divers et proportionnels des profits sont arbitraires; cela n’empêche pas de reconnaître que le constructeur a les plus grandes chances de profit lorsque les mines sont exploitées à bas prix : de même le manufacturier, lorsque les moyens de transport et les machines lui coûtent peu. Les boutiques représentent tous les arts manuels qui reposent sur la perfection des procédés antérieurs, à la fois pour les approvisionnements qu’elles détaillent et pour les épargnes au moyen desquelles se forme le fonds nécessaire à l’accroissement de la production. Nous avons vu dans le premier chapitre que le montant des profils du mineur ne doit pas être moindre que le montant de ceux du constructeur de machines ou du manufacturier, quoiqu’il y ait une grande différence dans le taux que chacun d’eux obtient. Le point important à retenir, c’est que dans toutes les industries primordiales ce montant des profits ne peut être augmenté qu’en en abaissant le taux. La somme en diminuerait si l’on en accroissait le taux, parce que la vente décroîtrait dans une proportion beaucoup plus rapide que celle de l’augmentation des prix. Évidemment, plus le taux du profil est bas, plus sera considérable la dimension de l'établissement où l’organisation de l’industrie sera bien comprise.
Un diagramme semblable expliquera la position qu’un procédé manufacturier occupe à l’égard des autres. Ainsi ;
CoDslruclion
deraachines.)
tournage. . .
planage. . . .
ajustage
polissage .
Filatures de)
. î nettoyage.,
colon. ...| ^
cardage ....
filature. ...
lissage.
Une augmentation d’efficacité ajoutée au travail qu’emploie chacun de ces procédés réagit sur le reste et les stimule tous. Toute économie dans le nettoyage du coton créera une demande de bras proportionnellement plus grande que celle qui s'effectuait auparavant dans les opérations suivantes, pour cette seule raison que le perfectionnement, en réduisant le coût de production, accroît la demande de l’objet produit. Mais les ouvriers peuvent se plaindre qu’il est dur pour eux de dépendre du bon vouloir et de la capacité des capitalistes pour trouver le moyen d’employer leur force avantageusement. A ceci je répondrai que leur force gît réellement dans leur intelligence; leurs bras ne font que remplacer les machines jusqu’à ce que de nouvelles inventions les en affranchissent.
Je ne voudrais pas ici être mal compris ; l’introduction des machines, en général, ne fait pas qu’on puisse se dispenser des hommes : on change leurs occupations, on ennoblit leur tâche, on augmente leur part de profit lorsqu’on emploie des machines.
Les machines peuvent se substituer même à l’adresse manuelle aussi bien qu’au travail le plus grossier. La main la plus habile ne pourrait parvenir à la précision des machines à copier. Le diamètre exact des feuilles de fer ou des fils de coton, la nuance précise des couleurs.
DE l’industrie.
I ainsi que les calculs exacts du temps, ne peuvent
être obtenus avantageusement que par des machines. Aucun balancier ne peut produire une médaille aussi exacte que celle que donne le procédé galvanique.
Mais on pourrait objecter que j’enlève ainsi aux ouvriers tous droits sur les intérêts de ceux qui les emploient, que je détruis toutes les distinctions que l’étude et l’activité donnent en récompense aux bons travailleurs.
Non, je ne le fais pas; j’appelle seulement l’attention I publique sur ces qualités de l’homme auxquelles les
j machines ne peuvent suppléer, sur cette puissance qui
1 est exclusivement la sienne propre, sur la valeur de sa
raison et de son intelligence. L’échelle étendue suivant laquelle sont appliqués tous les procédés, la précision , avec laquelle l’étalonnage de fabrique multiplie les re-
j productions d’un modèle, ouvrent à l’habileté un nou-
] veau champ d’efforts, celui de l’originalité de ces mo-
] dèles. Lorsqu’on peut avoir les reproductions pour peu
I de peines et de frais, les productions originales de toutes
! sortes acquièrent leur valeur véritable (1); et c’est ainsi
qu’en définitive l’intelligence humaine l’emporte sur
4 les machines. Cependant, la route qui mène à ces
(I) Il est clair que plus les reproductions sont à bas prix, plus les originaux peuvent être payés. Si on ou\rajr<' se vend dix francs, et que le débouché nVn soit porté qu’à mille exemplaires, pour que l’auteur reçoive mille francs , il faudra qu'il prélève le dixième du bénéfice brut. Si, au contraire, l’ouvrage se vendant deux francs (s’il est apprécié), le tirage en est porté à 50,000 exemplaires, Tauteur pourra recevoir cinq mille francs pour prix de son œuvre, en ne prélevant que S p. du bénéfice brut, ou 0,10 cent, par exemplaire, au lieu de i fr. Il en est de même d’une statuette moulée en fonte, d’un modèle i défrisé ou de balcon, d’un dessin de broderie ou de tissu. E. T.
espaces où s’exercent les efforts spontanés ne peut être ouverte que par la perfection des machines; car il faut que tous aient le nécessaire avant que tous puissent jouir de ce luxe de l’exclusiveté des efforts intellectuels.
Il y a pour l’ouvrier, qui contribue à cette grande consommation en donnant aux machines l’efficacité qui leur est propre, une occasion immédiate de faire usage de sa puissance intellectuelle. Si sa dextérité manuelle est remplacée par des machines qu’il dirige, il s’ouvre devant lui une autre carrière beaucoup plus belle, et <]ui s’accroît avec l’extension des établissements, celle de la confiance.
Chaque ouvrier d’une fabrique, comme s’il y était associé, partage plus ou moins la responsabilité de la propriété de tout ce qui y est engagé ; quelle que soit la différence dans la nature de l’ouvrage assigné à chaque ouvrier, la confiance qui repose en lui donne maintenant la vraie mesure de sa valeur. C’est en déployant la conscience qu ils ont de leurs actes a cet égard envers les capitalistes que les ouvriers parviennent aux salaires les plus élevés. Lorsqu’ils sont dignes de confiance, un grand nombre de personnes s’engagent dans les affaires, et la demande de bras augmente beaucoup les salaires. Dans les localités où on ne peut se fier à eux, il n’y a pas d entreprises, et la concurrence d’alentour enlève bientôt l’industrie aux districts qui ne peuvent offrir cette preuve d’efficacité morale (1).
C’est parce que la contrainte matérielle et les coali-
(I) Comment pourrait-on autrement se rendre compte de k différence des salaires payés dans les mêmes lieux ? M. Finch donne comme
DE l’industrie. 177
tions sont incompatibles avec cette preuve morale qui donne à chaque homme les moyens de déployer les qualités qui ornent l’humanité, que j’exprime tout mon chagrin de les voir partout être protégées. L’intervention dans le droit de chaque homme à gagner sa vie par le moyen qu’il préfère ne peut être déléguée à son prochain; il doit librement exercer le droit de porter son habileté sur le marché qu il choisit : toute restriction dans ce sens est un vol commis à son préjudice; mais menacer et intimider celui qui exerce son droit, en pratiquant une qualité morale et en se montrant digne de confiance, cela ne saurait être toléré dans une communauté civilisée. L’intervention de toute tierce personne dans le libre contrat entre le capitaliste et l’ouvrier est un despotisme qui, s’il était établi quelque part aujourd’hui, entraînerait inévitablement la ruine de la communauté qui s’y serait soumise (1).
il suit les gains de 4387 familles dans un seul des quartiers de Liverpool en 1 840 :
1342 familles n’ont pas de revenus appréciables , 310 gagnent moins de 5 sch. par semaine,
845 gagnent de 5 à 10 —
610 — de 10 à 15 —
727 — de 15 à 20 —
512 — de 20 à 30 —
41 — de 30 à 40 —
Les gai' , de ces 4387 familles se montent à 2,023 1. st. i 9 sch. par semaine, soi moyenne 9 sch. 30 d. par famille; ce qui, en comptant 4 personnes pour une famille, donne une moyenne de 4 pences par jour pour 17,548 individus. {Statistique du quartier du vauxhalt.)
(1) Ici M. Banfleld va un peu trop loin dans la voie de Y individualisme, ou au moins sa proposition aurait-elle besoin d’être plus amplement développée. Voyons le droit, ou pour mieux dire la justice. J’ai produit
On pourrait objecter que j’ai préconisé déjà ce principe, que tout homme doit faire ses propres affaires et
deux tonneaux de vin, el j’ai besoin de linge. La fabrique belge m’en offre deux cents mètres en échange de mon vin, el la douane me force de m’adresserk la fabrique de Lille, qui ne m’en donnera que 180 mèt.; évidemment le système gouvernemental me/rus^re de vingt mètres de toile. Dans cet ordre, la proposition est vraie. — Je gagnais cinq francs par jour k tisser; les fabricants se coalisent pour me réduire de 0,50 cent.; la loi qui le tolère me spolie, c’est encore, vrai. — Je fais mon contrat de travail, oùje stipule une présence de quatorze heures par jour; la loi m’en ôte deux en réglementant la durée de la journée dans les fabriques; mon salaire est réduit d’autant : la loi me spolie encore, cela est vrai. Mais la loi interdit (je le suppos»^) le mélange des sexes dans les manufactures; elle prescrit certaines conditions de sûreté el d’hygiène générale; elle empêche le travail de mes enfants en bas âge : ici la loi a raison, et la proposition est fausse. D’ailleurs, il est facile de voir, en parcourant les pays de fabrique, qu’aucune des lois promulguées sur la durée des heures du travail el sur d’autres conventions qui interviennent indûment dans le contrat du travail ne pouvant être exécutée sans une violation flagrante du droit el du sens commun, ces lois tombent en désuétude; el que par là même la majeure partie des règlements d’hygiène, de sécurité et de morale, règlements justes et opportuns, sont également négligés el inappliqués. La confusion que fait ici M. Banlield (si toutefois il l’a faite autrement que par le rétrécissement de son explication) vient de l’appréciation importante et trop peu comprise du vrai sens du mol liberté et de la valeur de ce principe. La liberté n’est pas le droit qu’a chacun d’agir k sa guise, c’est le droit de chaque citoyen k choisir ses actcîs el l’emploi du fruit de ses actes, el de n’êire troublé par nulle usurpation dans ce choix. Mais pour que la liberté soit vraie pour chacun, il faut qu’elle .soit réciproque k l’égard de chacun el de tous; elle ne peut donc exister sans sa consécration urgente, la justice, qui donne k chacun la garantie de sa liberté sous la réserve de la liberté des autres, qui concilie en un mol le libre arbitre avec la liberté collective : l’ordre. Il est donc nécessaire que la convention sociale, organe de la justice, el qui ne reçoit l’autorité qu’en vertu de sa fidélité k propulser la liberté par la conciliation du libre arbitre et de l’ordre, intervienne, toutes les fois que dans le contrat du travail se manifeste une clause contraire k la liberté collective; c’esl-k-dire lorsqu'une de ces clauses peut blesser l’hygiène, la morale, arrêter la diffusion des connaissances, mettre obstacle au progrès, nuire k la liberté publique, menacer la sécurité. En jiesant toutes les lois réglementaires du travail k celle juste balance, on verra combien d’entre elles sont fausses, pernicieuses, inutiles , combien peu sont faites dans l'in-
prendre soin de lui-même. L’indication que j’ai donnée de la sphère dans laquelle l’ouvrier ne peut pas faire autre chose que d’aider et de stimuler les efforts du capitaliste n’exclut pas qu’on l’invite, qu’on le pousse même à l'activité dans une autre sphère où il peut faire beaucoup, et doit faire lui-même. J’expliquerai mieux ce que je veux dire, en montrant à la fois ce que comprend suivant moi la puissance de l’ouvrier.
Nous pouvons attribuer le sophisme trop répandu, que les ouvriers ne peuvent être rémunérés qu’aux dépens de ceux qui les emploient, tandis que les profits ne peuvent s’extraire que de l’effort des muscles des classes laborieuses, à l’erreur primitive en vertu de laquelle on prétend que toute rente doit son origine à l’élévation du prix des subsistances. Les économistes de cette école bornée, qui se sont abaissés des hauteurs intellectuelles où l’homme a été placé par son créateur, et qui ont proclamé leur dépendance morale et physique de la terre qui les supporte,déclarent que les aliments doivent être obtenus avec des difficultés toujours croissantes. La cherté des subsistances, amenant à restreindre le commerce, fait désirer, parce que cela est nécessaire, que les ouvriers soient peu nombreux. Il devient donc moral aux yeux des économistes de cette école, de s’abstenir du mariage. Cette étrange morale, aussi bien que l’odieuse théorie des salaires qui suppose qu’ils sont défalqués des profils, tire
térêt de la vraie liberté. Cependant, il faut se bâter d’ajouter que, dans le siècle où nous vivons, mieux vaut ne pas assez régler que trop réglementer; que mieux vaut suppléer à des interventions difficullueuses par la propagation des connaissances el par celle du bien-être qui en est la suite, et qui fait que les choses se règlent d’elles mêmes en vertu des lois harmoniques de la société rendue à sa marche naturelle. E. T.
son origine de la pernicieuse théorie du revenu que j’ai exposée dans mon premier chapitre.
C’est alors que nous avons vu que la crainte d’abaisser le revenu en rendant le grain meilleur marché détournait de l’éducation, parce quelle amenait à améliorer le fermage. Il s’ensuivait que le bien-êlre de la nation, que celui des ouvriers eux -mêmes, était au prix de leur diminution en nombre. Aux yeux de ceux qui voient de cette manière, nous tirons un grand bénéfice de l’émigration de nos compatriotes industrieux que les vaisseaux nous enlèvent annuellement par milliers. — Ce serait un grand avantage pour nous que la mortalité inhérente aux métiers insalubres s’accrût autant que possible.
Eh bien , tout l’échafaudage de ces raisonnements s’écroule, lorsqu’on s’aperçoit que le revenu ne dépend pas nécessairement du haut prix des blés. Écartez cette notion, et vous ne trouverez pas de difficulté à ce que chaque' homme gagne sa propre nourriture et beaucoup au delà. Considérez que chaque augmentation de la puissance productive nous stimule à de nouveaux besoins et cause de nouvelles demandes de travail; alors le maître et l’ouvrier s’apercevront que loin qu’il y ait trop de bras à employer il y en a jilutôt trop peu ; et nous comprendrons la réalité de ce vieux proverbe anglais : The more, the merrier (1).
Chaque ouvrier possède, pour élever le salaire de son travail, des moyens qui dérivent du principe que nous avons développé jusqu’ici. L’épargne est la source de l’abondance ; partout où elle se réalise, il se crée à la fois un fonds de richesse. Quoique bien des gens pen-
(I) Plus de monde, plus de gaieté.
DE l’industrie.
sent qu’ils ne sont pas extravagants dans leur dépense, il n’est cependant pas douteux que chacun des habitants de ce royaume dissipe de grandes ressources. Un merveilleux exemple de la puissance de l’épargne nous est offert par la pratique de la tempérance. On remarque dans les droits d’excise un déficit de 800,000 1. st. qui provient de la restriction de la consommation des spiritueux. La somme de ce déficit correspond à une consommation de peut-être 1,400,000 gallons de spiritueux en Écosse et en Irlande (63,000 hectoL), et de 800,000 gallons en Angleterre (36,000 hectoL); le bénéfice qui provient de cette abstinence ne peut pas être estimé à moins d’un million et demi sterl. (37 millions et demi de francs). Quelle coalition, demanderai-je , aurait pu ajouter autant au salaire que cet effort moral? Si nous poussons cette méthode d’épargne aussi loin qu’il est possible que chaque homme y réussisse, nous trouverons que le droit sur les spiritueux dépasse encore de 4,000,000 1. st.son chiffre raisonnable ; ce qui montre, en calculant au plus bas, que sans aucun inconvénient, 8,000,000 1. st. peuventencore être épargnés annuellement par la tempérance (1). Il
(1) Il y a là un fait bien remarquable à l’avanlage des populations anglaises. Non-seulement les odieuses corn-laws raréfiaient le grain et enchérissaient le pain au profil des détenteurs du sol, niais encore elles défendaient de brasser ou de distiller d’autres matières que celles provenant des céréales. Il élait défendu, sous les peines les plus exorbitantes, d’introduire du sucre ou de la mélasse dans la cuve-matière du brasseur; défendu de par des droits énormes, de distiller le sucre de canne ou de fécule, et les spiritueux étrangers étaient frappés d'un droit presque prohibitif : tout cela dans le but avoué d’enchérir le grain. C’était en propres termes exciter le peuple h boire son blé en eau de vie au lieu de le manger en pain, car on sait que chez les classes pauvres la famine conduit à l’abus des spiritueux; c'étaithonleusemenl nrovoquer à la dépravation. La sagacité du peuple opposa tout d’un coup a
peut aussi résulter pour nos ouvriers de l’amélioration de notre système d’impôts, qu’il s’ouvre une carrière légitime à leurs efforts en vue de l'épargne. J’ai déjà fait allusion au fonds de 20,000 1. st. créé celle année par la réduction des prix du blé depuis 1840. On peut juger du résultat par la meilleure condition de nos fabriques, si on compare leur position actuelle à celle où elles étaient en 1840 et en 1841. Toutes, alors, s’étaient ralenties; toutes sont maintenant en plein travail.
La libre concurrence à l’égard du blé, que j’ai démontrée être avantageuse au fermier lui-même, réduira, on peut l’affirmer, le prix moyen du blé à 30 sch.le quarter. Ceci ajoutera encore 20,000,000 de 1. st. (500 millions de francs) au fonds disponible, et en rendra le bénéfice parfaitement stable (1).
cetle incroyable démoralisalion des gouvernants le précepte de la tempérance, et les sociétés de Tealolallers (ne buvant que du thé) se propagèrent et s’agrandirent dans une proportion redoutable pour le système raréfacteur. Ces sociétés de tempérance, que mainte personne a plaisantées en France, voire même en Angleterre, ont démontré chez le peuple brilannique le plus admirable esprit d’opposition morale et chrétienne qui puisse s’imaginer. Dernièrement un fait analogue s’est établi en Italie : je parle de l'abstinence du tabac, adoptée comme moyen de résistance à la tyrannie aulricluenne dans le Lombard-Vénitien. En France, où le pain était comparativement beaucoup meilleur marché qu’en Angleterre il y a quelques années, quoique Teau-de-vie ne fût pas chère, la consommation en élail beaucoup plus restreinte. Depuis l’abolition descorn-laws en Angleterre, en dehors de l’action des sociétés de tempérance, le peuple, mangeant plus de pain, a bu moins d’alcool, ainsi que les observations l'établissent, quoique cependant consommation générale et industrielle de l'alcool ail augmenté considérablement dans la proportion de 93 à 108, de 1840 à 1847. E T.
(1) 50 schel. le quarter de 8 busliels représentent environ 15 francs rhectolilre. C’est le prix auquel est tombé le blé en France de 1801 1803. La consommation en France élanl de millions d’hectolitres, il ne me semble pas douteux que l'inlroduclion d'un vingt-quatrième d’excédant (soit un peu plus de 6 raillions d’hectolitres), par la voie du
Le sucre est un autre objet de nécessité dont le prix peut etre abaissé au moins de 20 1. st, par tonne, grâce à la concurrence, et avantageusement pour toutes les parties. Sur 200,000 tonnes de sucre consommé, l’économie serait de quatre millions de livres. De même le savon, les briques, le papier, le verre, ramidon et d’autres objets sujets à 1 excise, ainsi que toutes les matières premières des manufactures aujourd’hui soumises à des droits de douane, devraient être affranchis de ces restrictions qui pèsent sur l’industrie. Le bénéfice qui en proviendrait ne peut être estimé à moins de trois millions delivres. L économie domestique de chaque homme dans ce royaume, si par des efforts simultanés nous obtenions le changement de notre système commercial et agricole, bénéficierait ainsi comparativement à 1840:
Montant de l’économie sur le blé... 40,000,000 l.st.(l milliard)
— sur le sucre. 4,000,000 (100 millions)
— sur les objets
de nécessité soumis à l’excise et sur
les matières premières 3,000,000 ■ (75 millions)
Economie due à la tempérance dans
l’usage des spiritueux 8,000,000 (200 millions)
Tolal 55,000,000 1. si. (1 ,575millions)
A ceci pourrait être ajouté le montant des épargnes
commerce, ne suffit à maintenir par sa seule présence le blé au taux fixe et moyen de 13 fr. l’heclolilre. En effet, un excédant ou un déficit d un vingt-quatrième de la consommation annuelle, dans la récolte, suffit pour faire flolter le prix de 13 fr. à 5S fr. (voyez des réserves de grains^ par M. A. Thomas). Le prix moyen du blé sous le régime prolecteurélanlde 20 fr.,on réaliserait alors une économiedel milliard 78 millions annuellement rendus disponibles pour d’autres cultures, alors, mais seulement alors, plus profitables que celle du blé pour 1 amélioration du sol et pour l’extension des voies de communication et de Finduslrie manufacturière. E. T.
favorisées par les mesures que suggèrent les conseils de salubrité des villes.
Cette somme divisée entre 5 millions et demi de familles donnerait à chacune par an 10 1. 10 sch., soit 5 sch. par semaine (6 fr. 25 c.).Je suis porté à croire que les économies dues à l’amélioration de la salubrité des villes donneraient un chiffre au moins égal. Il est certain que tous bénéficieraient à cette économie, et que les classes laborieuses seraient celles qui en profiteraient le plus.
La réalisation d’un fonds aussi considérable stimulerait le commerce, qui accroîtrait la demande du travail et élèverait le taux des salaires ; mais ce même mécanisme en augmentant le prix nominal du salaire en accroîtrait en même temps la valeur : tous les articles de nécessité étant réduits à la moitié de leur prix, les salaires doubleraient réellement. Quelle coalition contre les patrons pourrait amener à ce magnifique résultat, que pourtant nous pouvons obtenir ((uand nous le voudrons, d’un jour à l’autre, d’une heure à l’autre?
Dans le dernier chapitre, j’ai établi que la variété des récoltes que peut porter la terre constitue la raison de l’indépendance du possesseur du sol. J’ai montré qu’il était raisonnable de supposer que l’application la plus profitable du sol était de construire à sa surface. Cette application, en effet, est le véritable triomphe de l’intelligence. Lorsque les maisons s’élèvent, c’est alors que l’homme a fermement établi sa souveraineté sur la terre. Mais que le possesseur du sol ne croie pas que les maisons puissent s’élever à sa volonté comme l’herbe ou le blé ; cette récolte ne peut s’obtenir qu’à la condition préalable de la civilisation.
DE l’industrie.
Eh bien, lorsqu’un bénéfice de ce genre peut se réaliser, le principe, que chaque homme a sa tâche désignée que nul ne peut remplir que lui-même, est ordinairement mis en pleine évidence; sa fécondité même débauche et énervequelquefois ceux qui en font leur profit. Nous avons vu qu’on ne peut obtenir du fermier qu’il crée les avantages inhérents à l’irrigation et à l’application convenable des détritus des villes qu’au moyen de la concurrence ; comment pourrions-nous donc obtenir l’irrigation, l’asséchement et l’application des machines aux constructions urbaines de la part de ceux qui tirent leur profit des maisons qu’ils possèdent ? La concurrence seule peut le faire, une concurrence basée sur les efforts individuels. J essayerai d’indiquer comment on peut s’assurer le confort, le luxe de grands approvisionnements d’eau et de gaz, celui d’un système d’égouts complet et à bon marché; et cela ne me sera pas difficile. Pour l’obtenir, le locataire le plus pauvre na quà le demander. Pour que ces commodités indispensables soient ajoutées à chaque maison, il suffit au moins puissant de publiei' son désir d’en jouir. Aucun propriétaire ne peut se méprendre sur la valeur de l’occasion que vous lui donnez d améliorer sa propriété. C’est la connaissance qu’on a que les classes laborieuses ne montrent pas de préférence pour de tels avantages qui a empêché jusqu’ici qu’on les leur ait offerts.
Mais j irai plus loin encore et je dirai même pourquoi tous peuvent obtenir sans les payer, non-seulement les commodités de la vie , mais aussi les bienfaits de la santé et de la gaieté qu’elles amènent avec elles. Un calcul intéressant a été fait sur les sommes que les propriétaires ajoutent au taux de leurs loyers, en raison seule-
ment de 1 incertitude du revenu. Les causes de cette incertitude sont les chances de mort, de faillites, de stagnation des affaires, d incendies et d’autres éventualités que l’on peut prévenir.
Une ville pourvue des amodiations que j’ai énoncées se trouve, par le fait, affranchie, en grande partie, des catastrophes que craignent les j)ropriétaires.
Quant aux maux qui proviennent de causes morales, ils sont soumis à notre propre contrôle. Une étude consciencieuse de la théorie naturelle des profits et des salaires, telle que je l’ai exposée, montre qu’il estde l’intérêt de tous les hommes, de résister à quelque tentative de trouble que ce soit contre l’harmonie qu’il importe défaire subsister entre chacune des classes industrielles.
Une déclaration publique de cette conviction, de la part des classes laborieuses, et la répression énergique et spontanée de toutes tentatives d’agressions illégales, inspireraient une telle confiance, que les propriétaires se livreraient volontairement à tous les engagements de capitaux nécessaires aux améliorations les plus désirables j leurs déboursés, s’ils étaient judicieusement dirigés, n excéderaient pas 8 pour 100 du revenu, c’està-dire à peu près le chiffre de ce qui est ajouté actuellement au taux moyen de l’intérêt, pour couvrir les risques spéciaux inhérents au revenu des maisons.
Je ne saurais estimer à quel maximum on serait tenté de fixer la grandeur de l’épargne qui pourrait résulter d un effort moral dirigé dans ce but, analogue à celui qu’a exigé la tempérance; il n’y a pas de doute qu’un tel ordre de choses, une fois adopté, donnerait au pays tout ce qui répond aux vues d’hommes raisonnables, et ajouterait une grande force morale à la capacité des
classes laborieuses, comme membres du corps électoral de la paroisse ou des associations.
Dans le langage de l’Écriture, tout travail mérite son salaire. Nous avons vu de quelle manière le bénéfice de la communauté est lié à l’intérêt même de ceux qui travaillent dans son sein. 11 importe de donner de bonne heure a tous les hommes dans leur vie un net aperçu delà sphère qui dans chaque pays est ouverte à l’homme industrieux suivant le capital et l’intelligence dont il dispose. Le manufacturier, s’il veut éviter les pertes, doit s’éclairer spécialement sur la distinction qui existe entre le capital engagé et le capital circulant. Mais pardessus tout, il doit chercher à éliminer de ses opérations 1 élément de 1 agiotage auquel il est entraîné par 1 incertitude de nos approvisionnements alimentaires. Beaucoup d opérations, qu’on ne qualifierait que de simples spéculations, n ont pas d’autre origine.
Mais, pourra-t-on demander, la concurrence n’a-t— elle pas ses excès? Des spéculateurs ne se ruinent-ils pas les uns les autres, et ne jettent-ils pas ainsi sur le pavé un grand nombre de pauvres ouvriers ? Celte question nous amène à un tout autre ordre d’investigations et qui, en ce moment, n’est pas d’un médiocre intérêt. Ce qu on appelle souvent over spéculations (excès de la spéculation, agiotage), et qui mérite ce nom, provient plus fréquemment du fait que les débouchés sont enlevés aux spéculateurs, que cela ne résulte d’un calcul erroné de leur part. Comme le fonds qui peut être appliqué aux commodités de la vie se compose seulement des épargnes réalisées sur les choses nécessaires, ainsi le fonds qui subvient au luxe doit se former par une économie bien entendue dans les deux branches les plus urgentes de
la demande. Tout ce qui interrompt cet arrangement naturel a pour effet immédiat de détruire un débouché quelconque. Nous avons fait l’expérience de cette fluctuation dans les quatre dernières années. En i840, 41 et 42, il y eut une grande stagnation dans les affaires; des branches entières de l’industrie furent détruites; des milliers d’ouvriers se trouvèrent sans emploi. Si, à cette époque, il n’y avait pas eu de concurrence, c’est-à-dire si personne ne s’était efforcé de produire à bon marché, ou si un grand nombre d’industriels n’avaient pas considérablement réduit le taux de leurs profits pour arriver à la vente, il y aurait eu encore moins d’ouvrage et des milliers d’hommes de plus encore en eussent été privés. Les spéculateurs étaient tous en défaut : non pas parce que le peuple avait besoin de moins de fer, de moins de coton, de vêtements, de mercerie, ou de passementerie qu'auparavant; mais parce que le fondsqui aurait pu payer toutes ces choses secondairement essentielles à la vie avait dû être employé à l’achat de l’objet le plus indispensable, la nourriture. Si le fonds qui peut être dépensé à toutes ces choses et qui crée une demande proportionnelle de travail a été augmenté de 20,000 liv. sterl. cette année même, et a de beaucoup accru la prospérité de ceux qui en ont pris avantage, une réduction ultérieure de 20 liv. sterl. sur le prix du quarler de blé ajouterait sans doute considérablement à ce fonds. Eh bien, si les efforts des ouvriers qui s’emploient maintenant à extorquer des salaires élevés, sans s’occuper pour cela de l’accroissement de fonds où prennent naissance les profits et les salaires; si ces efforts, dis-je, s’appliquaient tous à 1 amélioration de ce fonds lui-même, les salaires s’élèveraient inévitablement, parce qu’il y aurait quelque chose
DE l’industrie. jgp
pour les payer. La concentration des efforts dans cette direction ne peut, cependant, être basée que sur la conviction des bénéfices de la concurrence; c’est seulement en soumettant le détenteur du sol à une concurrence ouverte qu il est possible d’augmenter le fonds, qui maintenant est rogné par le prix élevé des aliments!
Il n’y a pas de meilleur exemple des avantages de la concurrence que celui qu’on trouve dans l’intérêt delà propriété territoriale, qui longtemps est demeuré stationnaire, et sans pouvoir procurer un fonds susceptible d être partagé avec les ouvriers, comme le faisait le revenu des manufactures. En écartant la concurrence de la production du grain, bon nombre de récoltes qui s’approprient le mieux au sol et au climat des îles Britanniques se sont, pour la plus grande partie, réfugiées sur le continent ou en Amérique; le beurre, le fromage, les œufs, la laine, le chanvre, le lin, le tabac, la navette, le colza sont importés, en quantités toujours !
croissantes, d’autres pays, dont la plupart pourraient nous envoyer le grain pour la moitié du prix qu’il nous coûte. Encore la valeur de toutes ces récoltes aussi bien que celle des produits du jardinage s’accroîtraient naturellement, si l’alimentation première était à bon marché
parce qu’il y aurait alors un fonds pour les rémunérer aussi bien que les objets fabriqués, lorsqu’il aurait été possible d’épargner sur le coût du pain. En ouvrant la concurrence des grains, la valeur d’une récolte de froment s’assimilerait à celle de l’orge ou de l’avoine, et ce qui serait la récolte rémunérative du fermage serait précisément ce qui n’a que peu de valeur lorsque le blé est cher. On peut affirmer que les fermiers ne seraient pas le moins du monde à plaindre, s’ils étaient
I !il^=i=K?
obligés à un effort d’intelligence qui, en définitive, aurait pour but de remplir leur bourse.
Le manufacturier doit exercer son intelligence, et en quelque sorte il est souvent contraint de le faire. C’est ainsi que l’accroissement des richesses découle du développement de l’intelligence, de l’augmentation des connaissances, des stimulants donnés à l’activité. Il n’y a pas de lice close pour les combattants, lorsqu’ils peuvent tous choisir leurs armes et lutter contre leurs compétiteurs; le champ est ouvert à tous, le plus actif a droit à la plus grosse part du butin.
Je crois pouvoir espérer qu’avant peu la plupart de ces opérations qui, aujourd’hui, dépriment le physique et restreignent l’intelligence de nos ouvriers pourront être confiées aux machines, et que le seul travail pour les hommes sera celui de leur cerveau (1).
(1) M. Mac-Culloch dit dans sa première noie :
« 11 s’ensuit, par conséquent, que tous les objets peuvent être considérés rationnellement comme le produit ou la conséquence d’un travail ou d’un autre ; mais leur valeur dépend entièrement de la quantité du travail de l’homme ou du capital, c'est-à-dire du produit annuel du travail de l’homme et des machines dépensé pour les mettre au jour. » M. Senior a réfuté ce sophisme, en citant l’exemple de sir Waller-Scott écrivant un roman qui se vend fort au-dessus du prix des productions d’un travail beaucoup plus considérable. Si la proposition de M. Mac-Cnlloch était vraie, il s’ensuivrait que le sucre ou d’autres aliments produits par le travail esclave, ou tout au moins par le travail manuel, devraient se vendre plus cher que ceux qui sont produits par les nouvelles machines. Un nombre d'esclaves capables de produire dix tonnes de sucre par semaine coûterait environ le double du prix des appareils propres à en fabriquer la même quantité. Le louage de ce travail manuel coûterait aussi le double de l’iiilérèt du prix des machines. 11 s’ensuivrait donc que, pour tous les objets usuels, la plus grande demande s’effectuerait lorsque les procédés de production en seraient le plus pénibles. Comment expliquerait-on alors ce fait, que les exportations et les importations de tous les pays augmentent de valeur, même monétaire, à mesure que les procédés
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DE l’industrie. 191
Il n’est pas douteux que la route que suit le monde industriel le mène vers ce but. La perspective qui s’ouvre devant nous est celle de la diminution constante de la sujétion et des souffrances physiques , celle de la transformation des efforts matériels en efforts intellectuels. A mesure que diminue ce qu’on a souvent appelé la valeur intrinsèque d’un homme, jugée par l’application de ses bras et de ses épaules aux procédés mécaniques, la valeur échangeable de sa puissance intellectuelle augmente, par cette simple raison que la production qui doit récompenser ses efforts est plus grande.
Maintenant il est certain que ce progrès n’a pas encore été plus rapidement appréciable, en raison de l’absorption du travail appliqué à l’effet désastreux de se procurer chèrement la nourriture. Cela tient aussi en partie à une cause naturelle, l’accumulation lente du capital qui doit être employé à la production. Au lieu de nous plaindre de ce que c’est la surabondance du capital qui déprime les salaires, nous sommes enclin à penser que c’est parce que nous avons trop peu de capital, que les salaires sont peu élevés. Plus d’argent, plus de machines, plus de fabriques! serait notre cri incessant, si nous pensions que ces puissants coopérateurs de notre force productive pouvaient être obtenus par d’autres moyens que par les procédés lents, mais sûrs, de l’industrie, de l’économie, et du respect pour la propriété quelle qu’elle soit. L’application de ces qualités par le pauvre doit trouver chez le riche une ligne de conduite morale correspondante. Nul sophisme orgueilleux, nulle
de production s’améliorent, et qu’on économise le travail? Il est temps, une fois pour toutes, d’écarter cette absurde notion, que l’homme est destiné à faire l’offlce d’une bête de somme. T. C. B.
5 mesure d’expédients ne }>eut plus longtemps arracher
? aux populations laborieuses le bienfait de la nourriture
^ à bon marché, qui doublera d’un seul coup le salaire
I pour toutes les familles de nos ouvriers.
! L’habileté, la persistance avec lesquelles sont con-
j duites de part et d’autre les altercations entre patrons
et ouvriers fourniraient bientôt, si on les employait d’accord contre l’ennemi commun qui s’abrite derrière le rempart de la protection, les moyens de rétablir l’har- ' monie, en accroissant la richesse, l’indépendance et
l’intelligence (1).
(i) Que ces éloquentes conclusions soient répétées en France par la bouche de tous ceux qui aiment encore la liberté, leur patrie, et rhumanilé; de ceux qui souffrent profondément des misères de leur prochain : et nous, a noire tour, nous aurons le triomphe; nous serons sauvés des déchirements et des convulsions qui nous font pleurer sur le sort de notre pays. Nous élèverons par le cœur, par rinlelligence, par la moralité, par le bien-être, cette admirable classe ouvrière de France, chez qui la misère la plus poignante n’étouffejle germe d’aucune vertu. E. T.
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