Diminution des doses par la diminution de leur volume
§. 311. 312. On renforce les doses en les mêlant avec plus de liquide* principalement, quand le mélange est intime.
3^3 — 318. Quelles parties du corps sont plus ou moins sujettes à l’influence des médicamens.
Note. De la friction fies parties extérieures du corps avec des substances médicinales.
Traité sur l’efficacité des petites doses homoeopathiques.
Page 23,
ligne
18 lisez: qu’après au lieu de qua’près
7 — école de médecine a. 1. d. école
médecine
10 — eu a. 1. d. en
24 — laquelle il falloit a. 1. d. laquelle
falloit
26 — et une quantité a. 1. d. et d’une
quantité
24 de la Note , fermez la ( ) après les mots : 12 ans
30 lisez: se procurer a. 1. d. se prauver
12 — le a. 1. d. la
7 de la Note, lisez: le console a. 1. d. la console
18 de la Note, mettez après le mot commen-
cernent un (.“) au lieu d’une ( , ) ; car c’est ici que finissent les paroles alléguées de Lysons.
lisez : considérable a. 1. d. considérablement
— partialité a. 1. d. partie
— contre a. 1. d. outre
— maladies aiguës a. 1. d. malades
aigiies
— glaireux a. 1. d. gloireux
■ — choisi a. 1. d. choisis
et 17 lisez: qu’un moindre nombre de
nerfs a. 1. d. qu’un moindre des nerfs
lisez: consommé a. 1. d. conformé
— destination a. 1. d. destruction
Introduction.
On a guéri jusqu’à présent les maladies des hommes, non d’après des raisonnemens fondés sur la nature et l’expérience, mais d’après des buts arbitrairement imaginés, entre autre aussi d’après la règle des palliatifs: contraria contrariis.
C’étoit cependant du côté opposé que se trouvoit la vérité et la véritable voie de guérison. Elle est fondée sur le principe suivant: Pour guérir d’une manière douce, prompte, cer^ taine et durable, il faut choisir dans tous les cas de maladie un médicament, qui produise de lui-même une souffrance semblable (ojuoiov 7TCL$roç,) à celle, qu’il doit guérir (similia similibus curentur)! Personne n’a enseigné jusqu’à présent cette méthode homoeopathique, personne ne l’a encore mise à exécution. Si la vérité se trouve uniquement sur cette voie (ainsi qu’on le trouvera avec moi), on doit s’attendre, que ses véritables traces se retrouveront dans toutes les périodes *), quoique pendant des
1) Car la vérité est éternelle comme la divinité elle- même, souverainement sage et bonne. Elle peut rester longtemps
milliers d’années elle n’ait pas été reconnue pour telle. Et en effet il en est ainsi.
Tous les malades, qui ont jamais été guéris avec desmédicamens d’une manière réelle, prompte, durable et visible, et qui n’ont peut-être pas été rétablis par un autre événement bienfaisant, ou par la cessation du cours naturel de la maladie aigiie, ou par la prépondérance successive des forces du corps etc., tous ces malades, dis -je, ont été guéris à l’insu des médecins par un remède homoeopathique, c. a. d. par un tel remède, qui pouvoit produire de lui -même un état semblable à celui qu’il devoit détruire.
On trouve même dans les guérisons réelles, opérées par des médecines composées, (ce qui pourtant arrive très -rarement), que le remède, qui par ses effets surpassoit les autres, étoit un remède homoeopathique.
Mais cette vérité s’offre à nous avec encore plus d’évidence là où les médecins ont quelquefois effectué la guérison contre les règles de l’observance (qui n’admet que des mélanges de divers médicamens en forme de recette) avec une matière médicinale simple. On voit alors avec étonnement, que dans ces cas la guérison fut toujours effectuée par un médicament capable de produire lui-même une souffrance semblable à celle que
négligée des hommes, jusqu’à ce que le moment arrive, où d’après les décrets de la Providence, ses rayons, comme une naissante aurore, percent avec une force irrésistible le brouillard des préjugés pour répandre dès ce moment sa lumière claire et inextinguible pour le salut de tout le genre humain.
la maladie avoit excitée, quoique les médecins ne sussent pas ce qu’ils faisoient, et qu’ils agissent dans un accès d’oubli des doctrines de leur école. Ils ordonnoient un remède, dont ils auroient dû justement ordonner le contraire d’après la thérapeutique usuelle, et ce ne fut qu’ainsi, que les malades furent guéris promptement. En voici quelques exemples.
Déjà l’auteur du livre b Ti^yi/uiaïv ( lib. V. au commencement), attribué à Hippocrate, parle d’un cholera-morbus, qui résistoit à tous les remèdes, et qu’il guérit uniquement par V ellébore blanc , qui cependant produit par sa nature un cholera-morbus , comme l’ont vu Forestusy Ledelius , Reimann et plusieurs autres 1 ).
La suette Angloise, dans son origine plus meurtrière, que la peste elle -même, qui se manifesta pour la première fois en l’année 1485, et qui, d’après Willis , sur 100 malades en tuoit 99, ne put être domptée avant que l’on n’eut appris à donner aux malades des remèdes sudorifiques; dès ce moment il n’y eut que peu de personnes, qui en moururent, ainsi que le remarque Sen nert 2).
Un flux de ventre, qui avoit déjà duré pendant plusieurs années, et qui ménaçoit d’une mort inévitable, contre lequel toutes les médecines étoient restées sans effets, fut guéri par un laïque d’une manière rapide et durable au moyen
1) Voyez les passages cî- appartenais dans mon ouvrage: Reine Arzneimittellehre, T. III. Dresden, 1817.
2) de fcbribus, IV. Cap. 15.
d’un purgatif, comme l’a observé Fischer *) à son grand étonnement, mais non au mien.
Murray , entre autres garans, et l’expérience journalière compte parmi les symptômes que produit l’usage du tabac , principalement les vertiges, les nausées et les angoisses. Ce furent justement les vertiges, les nausées et les angoisses, dont se délivra Diemerbroek 1 2) en fumant du tabac, lorsqu’il en fut attaqué pendant qu’il traitoit des maladies épidémiques en Hollande. — Charnel , Grant 3) et Marrigues 4) virent naître des convulsions du trop fréquent usage du tabac, et longtemps avant eux Zacutus le Portugais 5) avoit trouvé dans un sirop préparé du suc de l’herbe du tabac un remède fort salutaire pour bien des cas d’épilepsie.
Les effets nuisibles, que notent quelques auteurs et parmi eux Georgi 6) de l’usage de V agaric chez les Kamtchadales, savoir le tremblement, les convulsions et le mal caduc, devinrent bienfaisans entre les mains de Ch. S. Whistling 7), qui employa V agaric avec succès contre les convulsions accompagnées d’un tremble-
1) Hufeland , Journal für practische Arzneikunde, XIII. 1.
2) Tractatus de peste, Amstel. 1665. p. 273.
3) Samml. a. Abh. f. pr. A. XIII. 1.
4) Handermonde, Recueil périod. VII. p. 67.
5 ) De medicorum principum historia, lib. I. obs. 33. p. 234. Amstel. 1637.
6) Beschreibung aller Nationen des russischen Reichs, p. 78.
7) Dissert, de virt. Agar. musc. Jen. 1718. p. 13.
ment, et entre les mains de 7. Ch. Bernhardt l), qui en fit un usage salutaire contre une espèce de mal caduc.
La remarque de Murray 2), que V huile d’anis calme les maux de ventre et les flatuosités, causées par des purgatifs, ne nous étonne point, sachant que 7 P, Albrecht 3) a observé des douleurs d’estomac, et P , Forest 4) des coliques violentes causées par Vhuile d’ a ni s.
Si Fr, Hoffmann loue la mille feuille comme utile dans plusieurs flux de sang ; si G. F. Stahl , Buchwald et Loeseke l’ont trouvée utile dans des hémorragies de la veine hémorrhoïdale ; si les collections de Breslau et Quarin citent des crachemens de sang guéris par cette plante ; enfin si Thomasius dans Haller l’a employée avec succès contre des flux de matrice ; ces cures ont évidemment rapport à la vertu primitive de cette plante de produire elle- même des écoulemens et des pissemens de sang, ainsi que Caspar Hoffmann 5) l’a remarqué, comme aussi, suivant Boekler 6), de causer des saignemens de nez.
Scovolo 7), comme beaucoup d’autres, guérit
1) Chym. Vers. u. Erfahr. Leipz. 1754. obs. 5. p. 324. — Grimer, Diss. de virib. agar. musc. Jen. 1778. p. 13.
2) Appar. Medicam. Edit. sec. I. p. 429. 430.
3) Mise. Nat. Cur. Dec. II. ann. 8. Obs. 169.
4) Observât, et Curationes , lib. 21.
6) De Medicam. officin. Lugd. Batav. 1738.
6) Cynosura Mat. med. cont. p. 552.
7) Dans Girardi: de Uva Ursi, Patavii. 1764.
une émanation douloureuse d’une urine purulente avec le raisin d’ours , ce qui n’auroit pu s’effectuer, si cette plante ne produisoit d’elle même une ardeur d’urine avec émanation d’une urine glaireuse, comme Sauvages 1) l’a aperçu.
S'il n’étoit pas confirmé par le grand nombre d’expériences de Stoerck , Marges , Planchon , du Monceau y F. Ch. Juncker y SchinZy Ehrmann et de tant d’autres, que le colchique ait guéri une espèce d’hydropisie, on pourroit déjà en attendre cette vertu à cause de la qualité qu’il a de diminuer par sa nature la sécrétion des urines, quoique avec un besoin continuel de lâcher l’eau et une émanation d’une petite quantité d’urine d’un rouge ardent, comme l’ont aperçu Stoerck 2) et de Berge3). — Il est encore très -évident, que la guérison d’un asthme hypocondriaque, opérée par Göritz 4) au moyen du col chique y ainsi que la guérison d’une dyspnée accompagnée d’une hydropisie de poitrine apparente , effectuée par Stoerck 5) au moyen de la même plante, sont fondées sur la vertu homoeopathique de cette racine de produire l’asthme et la dyspnée, ainsi que de Berge 6) l’a observé.
1) Nosol. III. P. 200.
2) Lîbell. de Colchico, Vien. 1769.
3) Journ. de Médec. XXII.
4) Andreas Elias Buchner, Miscell. phys. rned. mallicm. Ann. 1728. Jul. p. 1212. 1213. Erfurt, 1732.
5) Ibidem, Cas. 11. 12. Cont. Cas. 4. 9.
6) Ibid. loc. cit.
Muralto 1 ) vit ce que Ton peut encore voir tous les jours, que le jalap outre des maux de ventre occasionne une grande inquiétude et une agitation continuelle. Tout médecin familiarisé ayec la vérité homoeopathique trouvera donc fort naturel, que le jalap puisse soulager les petits enfans dans les maux de ventre et les inquiétudes accompagnées de cris, et qu’il leur procure un sommeil tranquille, ainsi que G. TV* TVedel 1 2) l’atteste avec raison.
On sait, ainsi qu’il est suffisamment attesté par Murray , Hillary et Spielmann , que le séné occasionne des maux de ventre et produit, d’après Caspar Hoffmann 3) et Fr . Hoffmann 4) des flatuosités avec des agitations du sang 5) (causes ordinaires des insomnies). C’est donc en conséquence de cette vertu naturelle du séné y que Detharding 6) a pu guérir des coliques violentes et délivrer ses malades de leurs insomnies.
Stoerck , qui d’ailleurs a tant de sagacité, auroit bien pu comprendre, que l’incommodité qu’il a observé dans le dictame de produire quelquefois une sécrétion d’un flux tenace de pituite 7), résultoit de la même vertu de cette ra-
1) Miscell. Nat. Cur. Dec. II. a. 7. ob s. 112.
2) Opiol. lib. I. p. 1. Cap. 11. p. 38.
3) De medicin. officin. lib. I. Cap. 36.
4) Diss. de Manna, §. 16.
5) Murray , loc. cit. II. Edit. sec. p. 507.
6) Eph. Nat. Cur. Cent. 10. obs. 76.
7) Libell. de Flamm. Jovis. Viennac, 1769. Cap. 2.
eine, au moyen de laquelle il a guéri des fleurs blanches chroniques ‘).
Stoerck n’auroit pas dû non plus s’étonner d’avoir guéri avec la clématite une espèce d’exanthème général, chronique, humide, corrosif et galeux 1 2), ayant aperçu lui -même, que cette herbe pouvoit produire de son chef des boutons galeux sur tout le corps 3).
Si V eufraise , d’après Murray 4), a pu guérir des yeux chassieux et une espèce d’inflammation des yeux; par quelle autre qualité a -t- elle pu effectuer cela, sinon par celle, que Lobelius 5) a remarqué, de pouvoir produire elle -même une espèce d’inflammation des yeux.
D’après J. H. Lange 6) la noix de muscade s’est montrée fort salutaire dans les défaillances hystériques. La raison n’en étoit autre sinon que cette noix de muscade , donnée en grande dose, opère selon J. Schmid 7) et Cullen 8) un évanouissement des sens et une insensibilité totale dans des corps sains.
Boeckler et Linné attestent, que l’usage intérieur du b o ur gène guérit une espèce d’hydropisie. La raison en est très à notre portée ; Schwench -
1) Ibid. Cas. 9.
2) Ibid. Cas. 13.
3) Ibid. p. 33.
4) Appar. Medicam. Edit. sec. II. p* 221.
6) Stirp. Adversar. p. 219.
6) Dora est. Brunsvic. p. 136.
7) Miscell. Nat. Cur. Dec. II. ann. 2. obi. 126.
8) Arzneixnittell. II. p. 233.
feld vit naître une espèce cThydropisie par l’application sur le bas -ventre de Técorce intérieure de cet arbrisseau.
La coutume très -ancienne de faire un usage extérieur de V eau de rose contre les inflammations des yeux, semble reconnoître qu’il existe dans les feuilles de la rose une vertu curative contre ce mal. Elle est fondée sur leur qualité homoeopathique de pouvoir exciter par elles -mêmes une espèce d’inflammation des yeux, comme Echtius 1) et Ledelius 2) en ont fait l’expérience.
Si d’après Pierre Rossi 3), van Mons 4), Jos . Monti 5), Sybel 6) et d’autres le toxico dendron a la qualité de couvrir peu à peu tout le corps de boutons; un homme sage comprendra facilement, comment cette plante a pu guérir homoeopathiquement quelques sortes d’herpes , comme nous voyons dans Dufresnoy et van Mons. — Qu’est -ce qui donne au toxico dendron la faculté de guérir une paralysie de Jambes accompagnée de foiblesse d’esprit, comme nous le raconte Alderson 7), si ce n’est sa qualité évidente de pouvoir exciter de son chef un
1) Adami vita Med. p. 72.
2) Mise. Nat. Curiss. Dec. II. ann. 2. obs. 140.
3) Observ. de nonnullis plantis, quae pro venenatis liabentur. Pisis, 1767.
4) Dans: Dufresnoy , über den wurzelnden Sumach, p. 206.
5) Acta Institut. Bonon. sc. et art. III. p. 165.
6) Dans: Med. Annalen, 1811, Juli.
7) Dans: Samml. br. Abh. f. pr. Ärzte. XVIII, 1.
relâchement total des forces des muscles, avec un égarement d’esprit, qui faisoit croire au malade, qu’il alloit mourir, ainsi que Zadig 1) l’a vu.
Si selon Carrère la douce-amère a guéri les plus violens refroidissemens 2), la cause n’en étoit autre, sinon que cette herbe est très -propre à produire dans un temps froid et humide des incommodités semblables à celles, qui proviennent des refroidissemens, comme Carrère 3) et Starck 4) l’ont aussi remarqué. — Fritze 5) vit naître de la douce - amer e des convulsions, et de Haen 6) des convulsions accompagnées de délire, et avec des petites doses de cette herbe ce dernier médecin guérit des convulsions accompagnées de délire. — On chercheroit en vain dans le règne des hypothèses la cause pourquoi justement la douce-amère a guéri si efficacement une sorte de dartres et d'herpes sous les yeux de Carrère 7), de Fouquet 8) et de Poupart 9) ; mais elle se
1) Hufeland , Journ. d. pract. Arzneik. V. p. 3.
2) Carrère (und Star ehe), Abhandlung über die Eigenschaften des Nachtschattens oder Bittersüfses. Jena, 1786. p. 20 - 23.
3) Ibid.
4) Dans Carrère: ibid.
5) Annalen des klinischen Instituts. III. p. 45.
6) Ratio medendi , T. IV. p. 228.
7) Ibid. p. 92.
8) Dans Razouz: tables nosologiques, p. 275.
9) Traité des dartres. Paris, 1782. p. 184. 192.
trouve à notre proximité par la simple nature, qui demande l’homoeopathie pour guérir avec certitude, savoir: La douce-amè re excite de son chef une espèce de dartres, et Carrère en vit naître un herpes, qui couvrit le corps entier pendant deux semaines *); il vit encore en d’autres occasions que cette herbe produisoit des dartres aux mains 1 2), et dans un autre cas aux lèvres du vagin 3).
Hucker 4 5) vit naître de la scrophulaire une enflure du corps entier, et Gatacker s) comme Cirillo 6) ont pu guérir par cette raison homoeopathiquement une espèce d’hydropisie avec cette herbe.
Boerhave 7), Sydenham 8) et Badcliff 9) ont pu guérir une autre espèce d’hydropisie avec du sur eau y justement parce que le sur eau y comme nous le dit Haller 10), produit des tumeurs (oedèmes) par sa seule application aux parties extérieures du corps.
1) Ibid. P. 96.
2) Ibid. P. 149.
3) Ibid. p. 164.
4) Commère, liter. Noric. 1731. p. 372.
5) Versuche u. Bemerk, der Edinb. Gesellschaft. Altenb. 1762. VIL p. 95. 98.
6) Consulti medichi.
7) Historia Plantarum, P. I. p. 207.
8) Opera, p. 496.
9) Dans Haller : Arzneimittellehre, p. 349.
10) Dans Vicat : Plantes vénéneuses, p. 125.
De Haen *), Sarcone 1 2) et Pringle 3) ont rendu hommage à la yérité et à l’expérience, en assurant librement avoir guéri le point de côté avec la s cille, racine qui par sa grande acreté ne pouvoit pas être employée dans cette occasion, suivant le système ordinaire, qui ne demande dans de tels cas que des remèdes adoucissans, relâchans et rafraichissans. Cependant le point de côté fut guéri par la s cille d’après la loi homoeopathique, car J, C. Wagner 4) a voit déjà vu naître de l’activité propre de la s cille une espèce de pleurésie et d’inflammation de poumons.
Plusieurs médecins 5), par exemple Daniel Crüger , Ray, Kellner , Kaaiy , Boerhave et d’autres, ont observé que le s tramoine (Datura Stramonium ) produit des d élires singuliers et des convulsions. Ce fut justement cette qualité qui mit les médecins en état de guérir avec le stramoine la démonie 6 *) (c. a. d. des délires bizarres accompagnés de mouvemens spasmodiques) et d’autres convulsions, ce que firent «Sïdren 7 ) et Wedenberg 8). Ce fut encore ainsi que Sidren 9) guérit une espèce de mal de St. Guy ,
1) Ratio medendi, P. I. p. 13.
2) Geschichte der Krankh. in Neapel, Vol. I. §. 175.
3) Obs. on the diseases of the army, Edit. 7. p. 143.
4) Observationes clinicae. Lubec, 1737.
5) Voyez les passages concernans dans mon ouvrage: Reine Arzneimittellehre, T. III.
6) Veckoskrift for Läkare, IV. p. 40. etc.
7 ) Diss. de Stramonii usu in malis convulsivis. Eps. 1773.
8) D iss. de Stramonii usu in malis convulsivis. Eps. 1773.
9) Diss. morborum casus, Spec. 1. Eps. 1785.
causé par des vapeurs mercuriales, comme une autre maladie semblable causée par une frayeur. Car cette herbe a la qualité d'exciter elle -même des mouvemens involontaires dans les membres, comme on le trouve noté dans Kaaw , Boerhave et Lobstein 1 ). — Puisque le s train oine peut aussi, d’après plusieurs observations 1 2 3), et entre autres d’après celles de P. Schenk , priver subitement de toute connoissance et réminiscence, il est aussi capable d’enlever la foiblesse de mémoire d’après les remarques de Sauvages et de Schinz, — Schmalz 3 ) put aussi guérir avec le s tramoine une mélancholie alternante avec la manie, parceque cette herbe peut, comme nous le raconte a Costa 4), exciter par sa nature de tels égaremens alternans de l’esprit et de l’ame.
Plusieurs médecins 5), (comme P er rival , Stahl et Quarin) observèrent, que l’usage du quinquina produisoit la car di algie, d’autres (comme Morton , Fri borg, Bauer et Quarin ) des vomissemens et de la diarrhée, d’autres (comme Daniel Crüger et Morton ) des défaillances, d’autres un état de grandefoiblesse; plusieurs médecins (comme
1) Voyez: Reine Arzneimittellehre, T. III., dans l’article: Stechapfel.
2) Ibid.
3) Chirurg, u. med. Vorfälle. Leipz. 1784. p. 178.
4) D ans: Peter Schenk , loco cit. , Lib. I. obs. 139.
5) Voyez mon ouvrage: Reine Arzneimittellehre, Tom. III., Article Ch in a rinde.
Thomson , Richard, Stahl et C, F. Fischer) remarquèrent une espèce de jaunisse, d’autres (comme Quarin et Fischer) un goût amer dans la bouche, et plusieurs autres enfin une tension du bas-ventre. C’est justement lorsque ces incommodités et ces symptômes de maladie se trouvent réunis dans les fièvres intermittentes, que Tord et Cleghorn insistent sur l’usage exclusif du q uinquina. — De même l’emploi salutaire, qu’on fait du quinquina dans l’épuisement et l’état d’indigestion et de manque d’appétit, qui suit les fièvres aigues, principalement si on les a traitées par des saignées et des purgatifs affoiblissans, n’est fondé que sur la qualité qu’a cette écorce, d’exciter une décadence extraordinaire des forces, un état de relâchement du corps et de l’ame, des crudités et un manque d’appétit, ainsi que Cleghorn , Fri borg , Crüger , Romberg , Stahl , Thomson *) et plusieurs autres l’ont observé.
Comment V ip é cacuanha auroit-il pu arrêter des flux de sang, comme cela a été effectué par Bagliv , Barbeirac , Gianella , Dalberg , Bergius et d’autres, s’il ne pouvoit exciter de son chef des flux de sang, comme Murray , Scott et Geoffroy 1 2) l’ont en effet rémarqué. — Comment pourroit-il être si salutaire dans la dyspnée, et principalement dans la dyspnée spasmodique,
1) Voyez* tous ces allégats dans mon ouvrage: Reine Arzneimittellehre, loco cit.
2) Ibid. P. 184 - 186.
comme Akenside *), Meyer 2), Bang 3), Stoll 4), Fouquet 5) et Ranoë 6) nous l’attestent, s’il n’avoit la faculté de pouvoir produire par sa nature des dyspnées et principalement des dyspnées spasmodiques, ainsi que Murray 7 ) , Geoffroy 8) et Scott 9) en ont vu naître de cette racine. Peut-il y avoir des signes encore plus clairs, qu’il faut employer les médicamens selon leurs qualités morbifiques, pour effectuer la guérison des maladies ?
On ne pourroit non plus comprendre comment V lgnatia am ara ait pu être si bienfaisante dans une espèce de convulsions, comme Herrmann 10), Valentin 41) et un auteur anonyme 12), nous l’assurent, si elle ne pouvoit pas produire d’elle-même des convulsions semblables, comme Ber gius 1 3), Canelli 1 4) et Durius 1 5) l’ont en effet aperçu.
1) Medical. Transact. I. No. 7. p. 39. etc.
2) D iss. de Ipecacuanhae réfracta dosi usu , p. 34.
3) Praxis medica, p. 346.
4) Praelectiones , p. 221.
5) Journal de médecine, Tom. 62. p. 137.
6) Dans: Act. reg. societat. medic. havn. II, p. 163. et III, p. 361.
7) Medic. pract. Bibliotli. III, p. 237.
8) Traité de la matière med. II, p. 157.
9) Dans : Med. Comment, von Edinb. IV, p. 74.
10) Cynosura Mat. med. II, p. 231.
11) Hist. Simplic. reform. p. 194. §. 4.
12) Dans : Act. Berolin. Dec. II. Vol. 10. p. 12.
13) Matcria medica, p. 150.
14) Philosoph. Transact. Vol. XXI. No. 250.
1*5) Miscell. Nat. Cur. Dec. III. ann. 9. 10.
Les personnes blessées par des contusions et des meurtrissures ressentent des points de coté, des envies de vomir, des douleurs piquantes et brûlantes dans les hypochondres, accompagnées d’angoisses et de tremblemens, des mouvemens subits et involontaires, semblables à des commotions électriques, soit quelles veillent, soit quelles dorment, un fourmillement dans les parties endommagées, etc. Or comme /’ antique peut produire elle-même des symptômes semblables, ainsi que Meza , Vicaty Crichton , Collin , Aaskow , Stoll et J, Chr. Lange Font observé *), on comprend facilement comment cette herbe a pu guérir les symptômes provenans de contusions, de meurtrissures et de chûtes (et par conséquent les maladies mêmes, qui provenoient de ces accidens) comme une quantité innombrable de médecins et de peuples entiers en ont fait l’expérience depuis plusieurs siècles.
Parmi les incommodités, que la belladone produit dans des hommes sains, se trouvent aussi des symptômes, qui composent ensemble un image fort semblable à cette espèce d’hydrophobie et de rage causée par la morsure d’un chien enragé, que Thomas de Mayerne 1 2),
Münch
1) Yoyez les allégats concernans dans: Reine Arzneimittellehre, Tom. I. p. 246 — 248.
2) Praxeos in morbis internis syntagraa alterum, August. Vindel. 1697. p. 136.
Münch *), Buchholz 7) et Neimicke a) ont réellement et parfaitement guéri avec cette herbe 1 2 3 4). Ces symptômes sont les suivans. Le malade cherche envain le sommeil, il a la respiration inquiète, une soif ardente et accompagnée d’angoisses ; cependant à peine lui a-t-on présenté la boisson, qu’il la repousse ; son visage est rouge, ses yeux sont fixes et étincellans (selon les observations, que F. C. Grimm fit sur la h elladone )y il manque d’étouffer en avalant la boisson, et il a une soif excessive (selon les remarques de EJ, Camerarius et de Sauter); il est incapable d’avaler quelque chose (d’après les observations de May , Lottinger , Sicelius , Bu-
1) Beobachtungen bei angewendeter Belladonna bei den Menschen. Stendal, 1789.
2) Heilsame Wirkungen der Belladonna in ausgebrochener Wruth. Erfurt, 1785.
3) Dans: J. H. Münchs Beobachtungen, Tom. I. p. 74.
4) Si bien des fois la belladone n’a pas été salutaire dans la rage causée par la morsure d’un chien enragé, il faut considérer, que cette plante ne peut guérir ici que par sa vertu de produire des effets semblables à ceux de cette maladie, et que par conséquent on n’auroit dû la donner que dans les plus petites doses, comme tous les remèdes homoeopathiques (ainsi qu’on le trouvera prouvé dans les derniers paragraphes de l’Organon). Mais on l’a donnée pour la plupart dans les doses les plus démésurées, de façon, que les malades dévoient nécessairement mourir, non de la maladie, mais du remède. — Mais il y a aussi vraisemblablement plus d’un seul degré d’hydrophobie et de rage de chiens ; de sorte que selon la diversité des symptômes le remède le plus convenable et le plus homoeopathique sera peut-être quelquefois la j us quiame , quelquefois le st ramoine.
chave , d’ Hermont, Manet ti, Vicat , Cullen) ; il a une envie de happer après les personnes, qui l’entourent, et cette envie alterne avec des craintes (d’après les témoignages de Sauter , Dumoulin , Buchave , Mardorf); il crache autour de lui (selon Sauter); il cherche à échapper (selon Dumoulin , Eb.Gme - Bue ho z ) ; enfin, son corps est dans une agitation continuelle (selon Boucher , Gmelin , et Sauter 1). — La h elladone a aussi guéri des espèces de manies et de mélancholies, car elle a la faculté de produire elle -même de singulières espèces de démence, comme on le trouve noté chez Rau , Grimm , May, Hasenest , Mardorf , Hoyer , Dillenius et d’autres 2). fenig 3) employa inutilement pendant trois mois une quantité de médecines contre une amaurose avec des taches bigarrées devant les yeux, jusqu’à ce qu’il fit enfin la conjecture arbitraire, que le malade avoit peut-être la goutte, et qu’il lui donna comme par hazard de la belladone 4), avec laquelle il le guérit en effet rapidement et sans incommodités. Il auroit sans doute choisi ce re-
1) Voyez les allégations de tous ces observateurs dans: Reine Arzneimittellehre, Tom. I. Article Belladonna.
2) Ibidem.
3) Hufeland, Journal. XXV, IV. p. 70 — 74.
4) Ce n’est que par conjecture, que l’on a accordé à la belladone l’honneur d’être un remède contre la goutte. Mais la maladie, à laquelle on pourroit avec quelque droit donner la dénomination stable de goutte, ne sera ni ne peut jamais être guérie par la belladone.
mède dès le commencement, s’il a voit su, que la guérison ne put être opérée que par des médicamens produisans des symptômes semblables à ceux de la maladie en question, et que la belladone excite elle - même une espèce d’amaurose avec des taches bigarrées devant les yeux, ainsi que Sauter et Buchholz 2) en ont vu naître.
La jus qui am e a fait passer des crampes, qui avoient beaucoup de ressemblance avec le mal caduc, d’après de Mayerne 3), Stoercky Collin et d’autres, par la raison même, que cette herbe peut produire des convulsions très - semblables au mal caduc, comme on le trouve noté dans RI. Camerariusy Christoph Seliger , Hünerwolf , A. Hamilton , Planchon , a Costa et autres. 4). • —
Fothergill 5), Stoercky Hellwig et Ofterdinger ont employé la j us quiame avec succès dans certaines espèces de démence. Plusieurs autres médecins l’auroient sans doute employée avec le même succès, s’ils n’avoient entrepris de guérir une autre démence que celle, dont les symptômes sont semblables à ceux que la j us quiame produit elle -même dans ses effets primitifs, savoir, cette espèce d’égarement stupide de l’esprit, comme Helmont , RVedely J. G. Gmelin , la
1) Hufeland , Journ. d. pract. Arzneik. XI.
2) Ibid. V. p. 252.
3) Prax. med. p. 23.
4) Voyez: Reine Arzneimittellehre, T. IV., article ils en kraut.
5) Memoirs of the med. soc. of London, I. p. 310. 314
Serre, Hünerwolf, A . Hamilton , Kiernander , J» Stedmann , Tozzetti , /. Faber et Wendt l) l’ont vu résulter de cette herbe. — On peut aussi composer dos effets, que ces derniers observateurs nous ont transmis, l’image d’une hystérie d’un haut degré, et une hystérie très-semblable a été guérie par cette herbe, comme on le trouve dans J \ A. P . Gessner , Stoerck et dans les Acta Natur . Cur . 2). — Schenkbecher 3) n’auroit jamais pu guérir avec la jus qui ame un vertige qui duroit depuis vingt ans, si cette herbe n’avoit la qualité naturelle de produire un vertige à un haut degré, fort semblable à celui-ci, comme Hünerwolf , Blom, Navier , Planchon , Sloane , Stedmann , Gredin g , FF epf er , Vicat et Bernigau l’attestent 4). — Meyer Abramson 5) tourmenta longtemps un maniaque jaloux avec des médecines inutiles, jusqu’à ce que par hazard il lui donna la jus quiame comme un remède soporifique, ce qui le guérit rapidement. S’il avoit su , que la j us quiame excite la jalousie et des manies dans des hommes sains 6), s’il avoit su, que la guérison homoeopathique est fondée sur une loi
1) Voyez: Reine Arzneimittellehre, Tom. IV. loc. cit. p. 52 *— 57.
2) IV. obs. 8.
3) Von der Kinkina, Schierling, Bilsenkraut etc. Riga u. Mitau, 1769., dans le supplément, p. 162.
4) Voyez: Reine Arzneimittellehre, Tom. IV. loc. cit.
5) Hufeland t Journal XIX., 11. p. 60.
6) Reine Arzneimittellehre, Tom. IV. loco citato P. 31. 55. 56.
naturelle, il auroit pu dès les commencemens administrer ce remède avec assurance, sans tourmenter aussi longtemps son malade de médecines qui, étant non-homoeopathiques, ne pouvoient lui servir à rien. — Le mélange de médecines que Hecker 1) employa dans un resserrement spasmodiques des paupières, auroit été inutile, si parmi ces médecines ne se fut trouvée par hazard la j us quiame, qui selon Wepfer 2) excite une incommodité semblable dans des hommes sains. — Withering 3) ne put non plus dompter par aucun remède un resserrement spasmodique du gosier, accompagné de l’impossibilité d’avaler la moindre chose, jusqu’à ce qu’il eut administré la jus quiame, qui a la propriété de produire un resserrement spasmodique du gosier et une incapacité d’avaler quelque chose, ainsi que Tozzetti , Hamilton , Bernigau , Sauvages et Hünerwolf 4 5) en ont vu résulter l’effet à un haut degré.
Gomment seroit-il possible, que le cam p hre> comme nous l’assure le veridique Iiuxham s), pût être si salutaire dans les fièvres qu’on nomme fièvres nerveuses lentes, qui causent une diminution de la chaleur du corps, de la sensibilité et des forces, s’il ne pouvoit
1) Hufeland , Journal, I. p. 354.
2) De cicuta aquatica. Basil. 1716. p. 230.
3) Edinb. med. Comment. Dec. II. B. VI. p. 263.
4) Voyez les allégations de ces auteurs dans: Rein a Arzneimittellehre, Tom. IV. p. 38. 39.
5) Opera, Tom. I. p. 172. et Tom. II. p. 84.
exciter dans ses effets primitifs un état tout-à-fait semblable à celui-ci, comme Will. Alexander , Cullen et Fr. Hoffmann x) l’ont observé ?
Les vins chauds guérissent homoeopathiquement en de petites doses des fièvres purement inflammatoires, comme C . CnVe/lati 1 2), Augenius 3), Al. Mundella 4) et deux auteurs anonymes 5) en ont fait l’expérience. — Un délire fébrile accompagné d’une respiration ronflante, maladie semblable à l’état, qui suit un enivrement violent de vin, fut guéri par liademacher 6) dans une seule nuit en faisant boire du vin au malade. Est -il possible de méconnoitre ici le pouvoir de l’irritation par un remède analogue à la maladie? (Similia similibus!)
Un état semblable à l’agonie, dans lequel le malade avoit des convulsions qui lui otoient la connoissance et akernoient avec des accès d’une respiration spasmodique et entrecoupée, souvent aussi sanglottante et râlante, pendant qu’il avoit au visage et au corps une froideur glaciale, que
1) Voyez: Reine Arzneimittellehre, T, IV. loc. cit.
2) Tratado dell’ uso e modo di dare il vino nelle febri acute. Rom. 1600.
3) Epist. T. II. lib. 2. cap. 8.
4) Epist. 14. Basil. 1538.
5) Febris ardens spirituosis curata, Eph. Nat. Cur. Dec. 11. ann. 2. obs. 53., et Gazette de santé, 1788.
6) Dans: Hufeland, Journal der pract. Arzneik. XVI.,
les mains et les pieds étoient bleus, et que le pouls battoit foiblement (un état tout-à-fait analogue aux symptômes que Schweickert et d’autres *) ont observé du pavot), fut traité envain par Stütz 1 2) avec de l’alcali, mais fut ensuite guéri d’une manière fort heureuse, rapide et durable par le suc de pavot. Qui ne reconnoit pas ici le procédé homoeopathique, qu’un médecin exerça sans le savoir? — Le pavot produit aussi, selon les observations de Vicat , J. C. Grimm et d’autres 3), une inclination forte et presque irrésistible ausommeil, a cco mpagnée d’une sueur violente et de délires. Cependant Osthoff 4) craignit de l’employer dans une fièvre épidémique qui avoit des symptômes très-ressemblans à ceux-là, parceque le système (le pauvre système!) defendoit de donner ce remède dans des cas pareils. Ce ne fut qua’près qu’il eut employé inutilement toutes les médecines connues et qu’il vit le malade à l’extrémité, qu’il résolut, à tout hazard de faire l’épreuve du suc de pavots , et voilà que l’effet en fut tout-à-fait salutaire — et il dut l’être d’après l’immuable loi homoeopathique! — /. Lind 5) avoue, que les maux de tête et l’ardeur de la peau, accompagnée d’une
1) Voyez: Reine Arzneimittellehre, Tom. I. article Mo finsaft.
2) Hufeland , Journ. d. pr. Arzneik. X. IV.
3) Voyez: Reine Arzneimittellehre, T. I. loc. cit.
4) Salzburger med. chir. Zeitung, 1805. III. p. 110.
5) Versuch über die Krankheiten, denen die Europäer in heifsen Klimaten unterworfen sind. Riga u. Leipzig, 1773.
sueur qui sort avec peine, sont enlevés par le suc de pavots; la tête devient alors libre, la chaleur ardente de la fièvre disparoit, et la sueur sort facilement et abondamment de la peau adoucie. Mais Lind ignore, que la cause des secours qu’apporte ici le suc de pavots , malgré les décrets contraires de l’école médecine, est celle, qu’il peut produire des états de maladie trèssemblables dans des hommes sains. Il y a pourtant en çà et là un médecin à qui cette vérité a passé par la tête comme un éclair, sans qu’il eut cependant un pressentiment de la loi homoeopathique. C’est ainsi que dit Aiston ‘): L e suc de pavots est un remède, qui excite la chaleur, mais aussi est -il certain, qu’il peut la diminuer lorsqu’elle existe déjà. — Delà Gnerène 1 2) donna le suc de pavots dans une fièvre accompagnée d’un mal de tête violent, d’un pouls dur et tendu, d’une peau rude et sèche, d’une chaleur ardente suivie d’une sueur affaiblissante, qui sortoit difficilement et étoit toujours troublée par la grande inquiétude du corps. Il fut heureux avec ce remède, mais il ne savoit pas, que le suc de pavots avoit ici un effet aussi salutaire, parcequ’il peut exciter lui-même un état fébrile tout-à-fait pareil dans des hommes sains, ainsi que l’attestent les observateurs 3). — Dans une fièvre, dans laquelle les malades n’a-
1) Edinburger Versuche, V. P. I. Art. 12.
2) Römers Annalen der Arzneimittellehre, I. 11. p. 6.
3) Reine Arzneimittellehre, T. I. Art. Mohnsaft .
voient pas l’usage de la langue, mais les yeux ouverts, les «îembres roides, le pouls foible et intermittent, la respiration génée, ronflante et râlante et un assoupissement léthargique (maladie, tout-à-fait semblable à l’état, que le suc de pavots peut exciter lui-même, comme De la Croix , Rademacher , Crumpe , Pyl , Vicat , Sauvages et beaucoup d’autres l’ont remarqué *), Chr. Ludw. Hoffmann 1 2) vit, que le suc de pavots étoit uniquement salutaire ; cela étoit bien naturel, car c’étoit le remède homoeopathique. — De même hVirtensohn 3), Sydenham 4) et Marcus 5) guérirent des fièvres léthargiques semblables avec le suc de pavots . — La léthargie, que De Meza 6) guérit, ne put cesser par aucun autre remède, sinon par le suc de pavots , qui ici se trouvoit homoeopathique, puisqu’il produit lui- même la léthargie. — C, C. Matthäi 7), après avoir longtemps tourmenté par des remèdes inconvenans (non-homoeopathiques) un malade, qui avoit une maladie nerveuse opiniâtre, dont les principaux symptômes étoient une insensibilité et un engourdissement aux bras, aux cuisses et au bas -ventre, le guérit enfin avec le suc de pa-
1) Ibid. Ioc. cit.
2) Von Scharbock, Lustseuche u. s. w. München, 1787. p. 295.
3) Opii vires fibras cordis debilitare etc. Monast. 1775.
4) Opera, p. 654.
5) Magazin für Therapie, I. 1. p. 7.
6) Acta reg. soc. med. havn. III. p. 202.
7) Dans: Struve , Triumph der Heilkunde, III.
v o t s , qui d’après Stütz , «Z Young et d’autres 1), peut exciter de son chef un tel état à un haut degré, et qui par cette raison guérit ici le malade homoeopathiquement, comme chacun le comprendra. — La guérison d’une léthargie, qui avoit duré pendant des jours entiers, et que Hufeland 2) effectua au moyen àu suc de pavots , d’après quelle autre loi fut -elle opérée, sinon d’après la loi homoeopathique, méconnue jusqu’à présent? — Une épilepsie ne se montroit que pendant le sommeil du malade ; De Haen 3) trouva, que ce n’étoit pas un sommeil naturel, mais un assoupissement léthargique avec une respiration ronflante, (tel que le suc de pavots la produit dans des hommes sains), et ce ne fut que par le suc de pavots qu’il la changea en un sommeil sain et enleva en même temps l’épilepsie. — Comment seroit-il possible, que le suc de pavots , qui, comme tout le monde sait, est celle de toutes les substances végétales, qui produit les plus fortes et les plus longues obstructions de ventre, dans son effet primitif, pût être en petite dose le remède le plus certain contre les obstructions les plus dangereuses d’un autre genre, si cela n’arrivoit d’après la loi homoeopathique si longtemps méconnue, c. a. d. si les médicamens n’étoient pas destinés par la nature à vaincre et guérir les ma-
ll Voyez toutes ces allégations dans: Reine Arzneimittellehre, Tom. I. loco cit.
2) Hufeland , Journ. d. pr. Arzneik. XII. 1.
3) Ratio medendi, Y. p. 126.
ladies naturelles, en produisant par leur influence sur le corps un mal-être semblable à la maladie même! Ce suc de pavo ts, qui dans son effet primitif arrête si violemment la selle et constipe le ventre, fut trouvé par Traites *) être l’unique expédient dans une passion iliaque, après avoir tourmenté envain son malade par des purgatifs et d’autres remèdes incongrus. — De même Lenti lias * 2) et G. W. Wedel 3) disent que le suc de pavots , simplement donné, étoit salutaire dans de tels cas. — L’honnête Bohn 4) fut aussi convaincu par l’expérience, que les opiats seuls peuvent évacuer le contenu des boyaux dans le miséréré, et le grand Frédéric Hoffmann 5), dans les cas les plus dangereux de ce genre, ne put se fier qu’au suc de pavots donné avec du liquor anodynus. Est- ce que toutes les théories contenues dans les deux -cent -mille volumes de médecine qui pèsent sur la terre, peuvent nous donner une explication raisonnable de ce fait, ainsi que de tant d’autres semblables, comme ne contenant rien sur la loi homoeopathique ? Est -ce qu’une seule de leurs doctrines nous a conduit vers cette loi naturelle, qui règne dans toutes les guérisons vraies, rapides et durables, c. a. d. que les médicamens doivent être employés selon leurs effets primitifs (trouvés par des expériences faites avec
1 ) Opix usus et abusus , Sect. II. p. 260.
2) Eph. Nat. Cur. Dec. 111. ann. 1. App. p. 131.
3) Opiologia, p. 120.
4 ) De officio medici.
5) Medicin. rat. System. Tom. IV. P. II. p. 297.
des hommes sains) aux maladies qui ont des effets semblables ?
Rave x) et Wedekind 1 2) guérirent des flux de sang malins de la matrice avec de la Sabine qui, toute personne dépravée le sait, excite des flux de sang de la matrice et avec eux des avortemens à des personnes saines. Qui peut méconnoître ici la loi homoeopathique, la loi qui prescrit de guérir les maladies par des maux semblables ?
Comment le musc pourroit-il être le remède presque spécifique contre quelques espèces de dyspnées spasmodiques, nommées d’après Millar , s’il ne pouvoit occasionner par sa nature des resserremens de poitrine sans toux, mais spasmodiques et suffoquans, comme Frédéric Hoffmann 3) en a observé?
Est -ce que la vaccine pourroit nous garantir de la petite vérole autrement, que d’une manière homoeopathique? Outre d’autres ressemblances, qui ont lieu entre ces deux maladies, je remarquerai seulement, que la vaccine, de même que la petite vérole, ne peuvent se manifester qu’une seule fois dans la vie, que leurs pustules ont la même profondeur, qu’elles produisent toutes les deux des tumeurs aux glandes axillaires, une fièvre semblable, une rougeur inflammatoire autour de chaque bourgeon, enfin l’inflammation des yeux et
1) Beobachtungen und Schlüsse, II. p. 7.
2) Hufeland, Journ. d. pr. Arzneik. X. 1. p. 77. et Hufelands Aufsätze, p. 278.
3) Medicin. rat. System. III. p. 92.
des convulsions! La vaccine anéantiroit la petite vérole même dans le cas, où celle-ci auroit déjà attaqué le corps avant la vaccination, si la petite vérole n’avoit pas une force prépondérante à celle de la vaccine. Il ne manque donc à cette dernière qu’un plus haut degré d’intensité, qui selon la loi naturelle doit toujours se trouver réuni à la ressemblance homoeopathique pour que la guérison puisse être effectuée (§. 155. 165). Ce remède homoeopathique ne peut donc faire son effet que quand il est employé avant que la petite vérole, plus forte que lui, ne soit venu attaquer le corps. C’est ainsi, que la vaccine produit une maladie fort semblable à la petite vérole (maladie homoeopathique), après le cours de laquelle le corps humain, qui dans la règle ne peut être attaqué qu’une seule fois par une maladie de ce genre (c. a. d. de la vaccine ou de la petite vérole), ne peut plus être infecté d’une contagion semblable x).
Il est connu, que la rétention d’urine et la dysurie sont un des symptômes les plus vulgaires et les plus penibles des cantharides, comme Jon. Camerarius , Baccius ,
1) Cette guérison homoeopathique in antecessum (qu’on nomme aussi l’art de préserver et de garantir les hommes des maladies) est aussi possible dans quelques autres cas, p. e. comme en portant sur nous du soufre pulvérisé, nous nous préservons de la gale des ouvriers en laine; en prenant une dose de belladone aussi petite que possible, nous nous mettons en sûreté contre une épidémie de fièvre scarlatine lisse, décrite par Sydenham , Withering und Plencitz, qui cependant est fort rare à present.
van Hilden , Forest , J. Lanzoni , van der Wiel et Werlhoff le confirment de reste *). L’usage intérieur des cantharides, fait avec précaution, a donc dii être un remède homoeopathique très -salutaire dans de semblables dysuries douloureuses. Sans compter presque tous les médecins Grecs (qui avoient pour cantharide meloë ci chorii), Fahr . ah Aquapendente , Capivaccius , lliedlin , Th . Bartholin 1 2), Young 3), Smith 4), Raymond 5), de Meza 6), Brisbane 7) et autres ont guéri parfaitement avec des cantharides les ischuries les plus douloureuses, qui n’étoient pas provenues d’un obstacle méchanique. Huxham lui -même en vit les effets les plus salutaires dans des cas pareils ; il loue beaucoup les cantharides et il les eut volontiers employés, si les thèses traditionelles de l’ancienne école médicale, qui, contraire aux principes de la nature et de l’expérience, et se croyant plus sage quelles, ordonne ici des remèdes adoucissans et relâchans, ne l’eussent empêché, malgré sa propre conviction, de choisir ce remède spécifique pour le cas susdit 8). — Dans la gonorrhée récente et inflammable, où Sachs de
1) Voyez mon ouvrage: Fragmenta de viribus mcdicamentorum positivis, Lipsiae, 1805. I. p. 82. 83.
2) Epist. 4. p. 345.
3) Philos. Transact. No. 280.
4) Medic. Communications, II. p. 505.
5) Auserlesene Abh. f. pr. Ärzte, III. p. 460.
6) Acta reg. socmtat. medic. havn. II, p. 302.
7) Auserlesene Fälle der ausübenden Arz. Altenb. 1777.
8) Opera, Edit. Reichel. Tom. II. p. 124.
Lewenheim , Hannaeus , Bartholin , Lister , Mead et principalement TVerlhojf employèrent avec le meilleur succès les cantharides dans les plus petites doses possibles, elles enlevèrent visiblement les symptômes les plus pressans. La cause en étoit, qu'elles ont la force propre de produire, d’après presque tous les observateurs, des ischuries douloureuses et l’ardeur d’urine, même une inflammation de l’urètre, d’après fVendt , et déjà par leur application extérieure une espèce de gonorrhée inflammatoire, comme Wiclimann x) en a vu naître 1 2).
1) Auswahl aus den Nürnberger gelehrten Unterhaltungen, I, 249. dans la note.
2) Je dis, que les cantharides ont enlevé dans les cas susdits les symptômes les plus pressans et qui paroissent au commencement; car le reste de la guérison exige d’autres égards. Car s’il y a aussi des espèces de gonorrhées si foibles, qui s’évanouissent bientôt d’elles-mêmes, sans qu’on leur prête presque aucun secours, d’un autre côté il y en a d’autres d’une plus haute conséquence, principalement cette espèce de gonorrhée, qui est devenue plus commune depuis les dernières guerres, qu’on pourroit nommer la gonorrhée aux fies. Elle provient aussi de la contagion par le coït, comme la maladie vénérienne chancreuse, quoiqu’elle soit d’une nature différente de celle-ci. Les fies se montrent rarement seules et sans aucun écoulement dans les parties génitales ; mais bien plus souvent elles sont accompagnées d’une gonorrhée du gland ou de l’urètre, principalement quand la gonorrhée avoit été chassée auparavant par des injections. Ce mal est le produit d’une contagion de l’organisme entier, qui ne peut être guérie que par l’usage intérieur d’un médicament, mais jamais par le mercure. Outre les parties génitales, les fies se montrent aussi à
L’usage intérieur du soufre cause non rarement à des personnes sensibles du tenesme, accompagné quelquefois de maux de ventre et de vomissemens, comme Walther l’atteste 1). C’est à cause de cette faculté propre au soufre , que l’on a pu guérir des symptômes dyssentériques 2) , et d’après Werl hoff 3) un tenesme hémorrhoïdal, comme d’après Rave 4), une colique hémorrhoïdale. — 11 est connu, que les b ai ns de Te plitz , comme toutes les autres eaux minérales tièdes et chaudes, qui contiennent de soufre , produisent souvent un exanthème, nommé exanthème de bain, qui en apparence a la plus grande ressemblance avec la gale des ouvriers en laine. C’est justement par cette vertu homoeopathique, que ces bains, ainsi que le soufre lui- même, guérissent d’une manière durable et spécifique la véritable gale des ouvriers en laine. — Qu’y a-t-il de plus suffo qu ant, que la vapeur du soufre. C’est cependant la vapeur du soufre enflammé, qui fut trouvée par Bucquet 5) être le meilleur remède pour ranimer les personnes asphyxiées par quelque autre cause.
Nous
l’anus, aux aisselles, au col, à la partie chevelue de la tête, et principalement dans l’intérieur de la bouche et aux lèvres.
1 ) Programma de sulphure et marte , Lips. 1743. p. 5.
2) Medicinische National- Zeitung. 1798. p. 153.
3) Observât, de febribus, p. 3. §. 6.
4) Hufeland t Journal d. pr. Arzneik. VII. 11. p- 168.
5) Edinb. med. Comment. IX.
Nous lisons dans les écrits de Beddoes et ailleurs, que les médecins Anglois ont trouvé, que V acide nitreux étoit un remède fort salutaire contre le flux de la salive et les ulcères de la bouche provenus de l’usage du vif- argent. Cet acide n’auroit pu effectuer cette guérison, s’il n’avoit la force d’exciter lui-même le flux de la salive et des ulcères de la bouche, rien qu’en touchant la peau du corps dans le bain , comme Scott 1 ) et Blair 2 ) nous l’attestent ; Aloyn 3), Luke 4) , J. Ferriar 5), et G. Kellie 6) ont aussi vu naître les mêmes symptômes de l’usage intérieur de cet acide.
Fritze 7) a vu produire d’un bain imprégné de Kali caustique une espèce de Tetanus, et Fr, Alexandre Humboldt 8) a excité l’irritabilité des muscles par du sel de tartre fondu (une espèce de Ka li se mi caus tique) jusqu’au Tetanus. Peut-on trouver une source plus vraie et plus simple de la vertu curative de V alcali caus ti que dans cette espèce de Tetanus, où Stütz et d’autres l’ont trouvé si
1) Hufeland , Journ. f. d. pr. Arz. IV. p. 353.
2) Neueste Erfahrungen, Glogau, 1801.
3) Dans les Mémoires de la société d’émulation. I. p. 195.
4) Dans les écrits de Beddoes.
5) Dans: Samml. br. Abh. f. pr. Ärzte. XIX, 11.
6) Ibid. XIX. 1.
7) Dans: Hufeland Journ. d. pr. A. XII. 1. p. 116.
8) Versuch über die gereizte Muskel- u. Nervenfaser, Posen u. Berlin, 1797.
salutaire, que dans sa qualité de produire des effets homoeopathiques ?
L’ arsenic, (qui par la puissance extrême, qu'il a de changer l’état de santé de l’homme, peut devenir dans les mains d’un téméraire aussi terrible que salutaire dans les mains du sage), n’auroit pu effectuer ces frappantes guérisons des chancres au visage sous les yeux de quantité de médecins, dont je ne nommerai ici que G, Fallopius 1 ), Bernhardi 2) et Roennow 3), si cet oxyde métallique n’avoit la faculté d’exciter dans des hommes sains des noeuds très-douloureux et très - difficiles à guérir, suivant Amatus le Portugais 4), des ulcères malins et pénétrans d’après Heimreich 5) et Knape 6), et des ulcères chancreux d’après Heinze 7). — Les anciens ne loueroient pas si unanimement l’efficacité de l’emplâtre d’ Angélus Sala 8), nommé emplâtre magnétique, qui contient de V arsenic, contre les bubons pestilentiels et les charbons, si V arsenic , selon Degner 9) et
1) De ulceribus et tumoribus, lib. 2. Tenet. 1563.
2) Dans le Journal de médecine, chirurg. et pharm. LVII. 1782. Mars.
3) Konigl. Vetensk. acad. Handl. f. a. 1776.
4) Obs. et Cur. Cent. II. Cur. 34.
5 ) Acta Nat. Cur. II. obs. 10.
6) Annalen der 8taatsarzneik. I. 1.
7) Dans Ebers, dans Hufeland Journ. d. pr. Arzn. 1813. Sept. p. 48.
8) Anatom, vitriol. Tr. 2. in Opera med. chym. Frft. 1647. p. 381. 463.
9) Acta Nat. Cur. VI.
Knape l), n’avoit la qualité de produire des tumeurs inflammatoires passant rapidement à la gangrène, et des bubons noirs, comme Verzascha 2) et Pfann 3) l’ont observe. — D’où viendroit donc la vertu curative de l'arsenic dans quelques espèces de fièvres intermittentes, vertu confirmée par mille exemples (mais pas encore employée avec assez de précaution), ce que depuis des siècles ont loué d’une manière nonéquivoque déjà Nicol. Myrepsus , puis Slevogt , Molitor , Jacobi , J C. Bernhardt , Jungken , Fauve , Brera y Darwin, May , Jackson et Fowler , si elle n’étoit pas fondée sur sa qualité propre d’exciter des fièvres, ce qui a été remarqué presque de tous les observateurs dans les suites nuisibles de cette substance, principalement par Amatus le Portugais , Degner , Buchholz , Heun et Knape 4). — Nous pouvons bien ajouter foi à la rémarque d’ Edouard Alexander 5), que V arsenic est un remède capital contre l’esquinancie de poitrine, puisque Otto Tachenius , Guilbert , Preussius , 77zzlenius et Py/ ont observé de l’usage de ce minéral une oppression de la respiration; Greiselius 6) une dyspnée presque suffoquante;
1) Annalen der Staatsarzneik. loc. cît.
2) Observ. raed. Cent. Bas. 1677. obs. 66.
3) Samral. merkw. Fälle. Nürnberg. 1750. p. 129. 130.
4) Voyez les allégations de ces auteurs dans : Reine Arzneimittellehre. Tom. II. Article: Arsenik .
5) Medic. Comm. of Edinb. Dec. II. Tom. I. p. 85.
6) Mise. Nat. Cur. Dec. I. ann. 2. p. 149.
et principalement Ma jault l) un asthme naissant subitement, tandis que l’on marche, et accompagné d’une défaillance des forces.
Les convulsions qu’a excités le cuivre, et selon Tondi , Bamsay, Fabas , Pyl et Cosmier le mélange de parties cuivreuses avec les alimens, de môme que les attaques réitérées d’épilepsie, que produisit l’avalement d’une monnoie de cuivre sous les yeux de Jac . Lazerme 2), et le sel ammoniac en présence de Pfündel 3), expliquent assez clairement au médecin réfléchi, comment on a pu guérir avec du cuivre une espèce de mal de St. Guy, d’après B. TV Ulan 4), TValcker 5), a Thuessink 6) et Delarive 7), et comment on a pu guérir si souvent par des préparations de cuivre une espèce de mal caduc, ainsi que Batty , Baumes , Bierling , Boerhave , Caus land , Feuerstein , Cullen , Dunkan , Helvétius , Lieb, Magennis , C. iv*. Michaelis , Üez7, Bussei , S tisser, Thilenius , Weissmann, Weizenbreyer , Whithers et d’autres en ont fait si heureusement l’expérience.
Si Potérius , Wepfer, TV edel, Fr . Hoffmann, B . Vogel , Thiery et Albrecht ont guéri avec
de V étain une espèce de phthisie, une fièvre éti-
1) Samml. a. Abhandl. f. pract. Aerzte. VII. 1.
2) De morbis internis capitis, Amstel., 1748. p. 253.
3) Hufeland , Journ. d. pr. Arz. II. p. 274.
4) Samml. a. Abhandl. f. pract. Aerzte, XII. p. 62.
5) Ibidem, XI. III. p. 672.
6) Waarnemingen, No. 18.
7) Kühn , Phys. med. Journal. 1800. Januar, p. 58.
que, des catarrhes chroniques et une dyspnée humide, ils le firent au moyen de la faculté propre à V étain de produire lui-même une espèce de phthisie, comme G. E. Stahl *) l’a déjà observé. — • Et comment seroit-il possible, que l’étain, comme Geischläger nous le rapporte, a pu guérir des maux d’estomac, s’il ne pouvoit exciter de semblables douleurs de sa nature, comme le même Geischläger 1 2) et Stahl 3) en ont vu les effets.
Est -ce que la qualité nuisible du plomb, de produire des obstructions de ventre les plus opiniâtres et même la passion iliaque, comme Thunberg , TVilson , Luzuriaga et d’autres l’ont remarqué, ne devroit pas nous faire entendre, qu’il a la vertu de guérir de pareilles maladies ? Est -ce que le plomb (comme tous les autres médicamens au monde) ne devroit pas guérir des maladies naturelles semblables aux maux qu’il peut exciter de lui-même? Sans doute! Car Angelus Sala 4) guérit par l’usage intérieur de ce métal la passion iliaque, et J, Agricola 5) une autre dangereuse obstruction de ventre. Les pillules de plomb , à l’aide desquelles beaucoup de médecins guérirent si heureusement une espèce de passion iliaque et d’autres obstructions opiniâtres du ventre, (comme Chirac , Helmont , JSaudeau , Pé-
1) Mater, medica. Cap. 6. p. 83.
2) Hufel. Journ. d. pr. A. X. III. p. 16fr.
3) Materia medica, loc. cit.
4) Opera, p.,213.
5 ) Comment, in J. Poppii chym. Med. Lips. 1638. p. 223.
rérius , Ri v inus, Sydenham , Zacutus le Portugais , Bloch et d’autres), ces pillules n’opérèrent pas seulement d’une manière méchanique et par leur poids, car sans cela on auroit trouvé l’or, bien plus pesant, bien plus utile à cet effet; non, elles opérèrent principalement comme médicament intérieur et homoeopathique. — Si Otto Tachénius et Saxtorph ont guéri autrefois des incommodités hypocondriaques opiniâtres avec du plomb , que l’on se ressouvienne de la qualité propre à ce métal d’exciter par sa nature des incommodités hypocondriaques, comme on peut le voir dans la description des effets nuisibles de ce métal par Luzuriaga 1).
On ne doit pas s’étonner, que Marcus 2) ait guéri rapidement une tumeur inflammatoire de la langue et du gosier avec le mercure , comme ce remède, d’après l’expérience quotidienne et répétée à l’infini par tous les médecins, excite spécifiquement une inflammation et une tumeur des parties intérieures de la bouche, et en produit de même sur la peau du reste du corps déjà par son application extérieure sous la forme d’onguent ou d’emplâtre mercuriel, comme Degner 3), Friese 4), Alber ti 5), Engel 6) et d’autres en ont fait
1) Recueil périodique de littérature, I. p. 29.
2) Magazin, II. 11.
3) Acta Natur. Cur. VI. App.
4) Geschichte u. Versuche einer chirurgischen Gesellschaft, Kopenhagen, 1774.
5) Jurisprudentia medic. V. p. 600.
6) Specimina medica, Berolin. 1781. p. 99.
l'expérience. — La foiblesse d’esprit, que Swedjaur *), l’absence d’esprit que Degner 1 2), et la manie que Larrey 3) a remarqué provenir de l’usage du mer cure , joints à la faculté connue et presque spécifique de ce métal de produire le flux de la salive, nous expliquent très -évidemment, comment William Perfect 4) a pu guérir d’une manière durable avec le mercure une mélancolie alternante avec du flux de salive. — D’où vient la bonne réputation du mercure dans le croup ? Pourquoi Seelig 5) fut -il si heureux avec l’usage du vif -argent dans l’esquinancie accompagnée de la fièvre miliaire pourprée, et Hamilton 6), Hoffmann 7), Marcus 8), Rush 9), Colden 10 *), Bailey et Michaelis **) dans d’autres esquinancies malignes ? La cause en étoit sans contredit, que ce métal peut exciter de lui-même une espèce d’esquinancie très-maligne. — Est-ce que Sauter ne guérit pas d’une manière homoeopathique 12) une inflammation ulcéreuse de la bou-
1) Traité des maladies vénériennes. II. p. 368.
2) Loc. cit.
3) Voyez ses mémoires et o b s er v ati o ns dans la Description de l’Egypte, Tom. I.
4) Annalen einer Anstalt f. Wahnsinnige, Hannover, 1804,
5) Hufeland , Journ. d. pr. Arz. XVI. I. p. 24.
6) Edinb. Comment. IX. 1. p. 8.
7) Med. Wochenbl. 1787, No. 1.
8) Magaz. f. specielle Therapie, II. p. 334.
9) Medic. inquir. and. observ. No. 6.
10) Medic. observ. and inquir. I. No. 19. p. 211.
11 ) Richters chir. Biblioth. V. p. 737 — 739.
12) Hufeland’ s Journ. d. pr. Arz. XII. II.
che, accompagnée d’aphtes et d’une puanteur telle quelle provient du flux de la salive, par le gargarisme avec un sublimé de mercure dissous? De même Bloch *) ne guérit -il pas les aphtes avec le vif -argent, parceque ce métal produit par sa nature outre d’autres ulcères de la bouche aussi une espèce d’aphtes, comme Schlegel 1 2) et Thomas Acrey 3) nous l'attestent. — Hecker 4) employa avec succès plusieurs médecines composées contre une carie provenue de la petite vérole. G’étoit par bonheur, que parmi tous ces ingrédiens se trouvoit aussi le mercure , qui pouvoit vaincre homoeopathiquement ce mal, parcequ’il est un de ces médicamens rares, qui peuvent exciter eux-mêmes la carie, comme nous le prouvent tant de cures mercurielles, exagérées de la maladie vénérienne ainsi que d’autres cures de maladies non -vénériennes, p. e. celle de G. Ph, Michaelis 5). Ce métal, si terrible dans un long usage par la production de la carie, devient néanmoins très -salutaire par la guérison homoeopathique de la carie qui provient de la blessure des os, guérison, dont Justus Schlegel 6), Joerdens 7) et J, Matth, Müller 8) nous ont fourni des exem-
1) Medicin. Bemerk, p. 161.
2) Hufeland, Journ. d. pr. Arz. VII. IV.
3) London med. Journ. 1788.
4) Hufeland, Journ. d. pr. Arz. I. p. 362.
5) Hufeland , Journ. d. pr. Arz. 1809. VI. Juni, p. 57.
6) Hufeland , Journ. d. pr. Arz. V. p. 605. 610.
7) Ibidem, X. II.
8) Obs. med. cliir. Dec. II. cas. 10.
pies très -remarquables. D’autres guérisons d’une carie non -vénérienne d’un autre genre, que /. F. TV. Neu *) et /. D. Metzger 1 2) effectuèrent aussi par le mer cur e , nous attestent encore sa vertu curative et homoeopathique dans le mal susdit.
En lisant les écrits sur V électricité médicinale, il faut s’étonner de l’étroite relation, dans laquelle se trouvent les incommodités du corps et les accidens de maladie qu’elle a excités par- ci par- là avec les symptômes des maladies, qu’elle a heureusement et durablement guéries d’une manière homoeopathique. Il y a une quantité innombrable d'auteurs, qui ont observé, que l’électricité positive produit dans son effet primitif une accélération du pouls; Sauvages 3), JDelas 4) et Barillon 5) virent même, qu’elle excitoit des paroxismes fébriles parfaits. Cette force d’exciter la fièvre fut la cause par laquelle Gardini 6), Wilkinson 7), Syme 8) et TVesley 9) purent guérir une fièvre tierce avec la seule électricité , et Zetzel 10) et TVillermoz 11 )
1) Diss. med. pract. Göttingae, 1776.
2) Adversaria, P. II. Sect. 4.
3) JBertholon de St. Lazare, medic. Eleclricität, vo n Kühn, Weissenfcls u. Leipz. Tom. 1. p. 239. 240.
4) Ibid. p. 232.
5) Ibid. P. 233.
6) Ibid. P. 232.
7) Ibid. P. 251.
8) Ibid. p. 250.
9) Ibid. p. 249.
10) Ibid. P. 52.
11) Ibid. p. 250.
même une fièvre quarte. — L’ éle c tri ci t é produit aussi, comme on sait, une contraction des muscles semblable à des convulsions, et De Sans *) put même exciter par là aussi souvent qu’il le voulut des convulsions continues au bras d’une fille. C’est à cause de cette même faculté convulsive de l’électricité, que De Sans 1 2 3) et Franklin purent guérir des convulsions, et que Theden 4) put guérir une fille âgée de dix ans, qui avoit perdu par l’effet d’un coup de foudre l’usage de la parole et qui étoit devenue presque paralytique au bras gauche, tandis que ses bras et ses jambes étoient continuellement dans un mouvement involontaire et les doigts de la main gauche dans une contraction spasmodique. — L’ électricité excite aussi une espèce de mal de hanche, comme Jallobert 5) et un autre 6) l’ont observé ; c’est pourquoi elle put guérir homoeopathiquement une espèce de mal de hanche, comme il a été prouvé par les expériences de Hiortberg , Lovet , Arrigoni , Da boueix , Mauduyt , Syme et FFesley, — Une quantité de médecins ont guéri par l’électricité une espèce d’inflammation des yeux, car elle a la faculté d’en produire de semblables, comme
1) Ibid. P. 274.
2) Ibid. P. 274.
3) Recueil sur l’électricité med. Tom. II. p. 386.
4) Neue Bemerk, u. Erfahr., III.
5) Expériences et observations sur l’électricité.
6) Philos. Transact. Vol. 63.
l’ont vu Patrïk , Dickson 1) et Bertholon 2). — Fuschel enfin guérit des varices par V électricité, qui ne doit cette vertu curative qu’à sa qualité naturelle d’exciter des tumeurs aux veines, comme Jallobert 3) l’a observé.
Albers nous rapporte, que la forte chaleur d’une fièvre aigiie avec 130 battemens de pouls en une minute, fut très-ado ucie par un bain chaud de 100 degrés Fahrenheit, et que les battemens de pouls en furent diminués jusqu’à 110. — Loeffler 4) trouva, que des fomentations chaudes étoient très-salutaires dans des inflammations du cerveau provenues de la chaleur ardente du soleil ou de ce que la tête avoit été exposée à la chaleur d’un fourneau; Callisen 5) trouva de même, que des fomentations d’eau chaude appliquées à la tête étoient le remède le plus efficace contre ce mal.
Les cures inutiles, nuisibles et pernicieuses, qui ont été faites de tout temps, sont innombrables. Car premièrement on ne prenoit pas les maladies telles, que la nature nous les offre dans sa simplicité, c. à d. comme un concours de plu-
1) Dans JBertholon, loc. cit. Tom. I. p. 406.
2) Loc. cit. Tom. Iï. p. 296.
3) Loc. cit.
4 ) Hufeland , Journ. d. pr. Arz. III. p. 690.
5) Act. Soc. med. Havn. IV. p. 419.
sieurs symptômes et de plusieurs incommodités, mais on leur attribuoit un nom trompeur ou une qualité intérieure et invisible, et l’on prenoit ce phantôme, qui n’existoit que dans des livres et dans l'imagination, pour l’objet du traitement médical. En second lieu on ne connoissoit aucun autre rapport des médicamens à l’état de la maladie, que celui qui avoit été forgé dans les livres (c. à d. dans la mate ri a me d ica), mais l’on ignoroit totalement les effets purs et véritables des remèdes, et l’on ne cherchoit pas non plus à les connoitre par des essais faits sur des hommes sains.
Les cures dévoient donc en général être pitoyables et malheureuses, et les malades dévoient se soumettre à cette triste nécessité, ne trouvant pas de meilleurs secours chez aucun médecin, puisque tous avoient puisé leurs connoissances dans les mêmes sources trompeuses.
Il ne faut attribuer qu’à la bonté de la providence divine, s’il y a eu des cas, où le malade a été guéri d’une manière merveilleusement rapide et durable; mais ces cas étoient à l’égard des autres misérables cures dans la proportion de un à plusieurs centaines, (car comment pouvoitil en être autrement quand les médecins procédoient selon une méthode dénuée de tout fondement?). Il est donc de la dernière importance pour le salut du genre humain, d’examiner, comment se sont opérées ces cures aussi remarquables par leur rareté, que par les effets étonnans, qu’elles ont produits. Le résultat, que nous trouvons ici, est
de la plus haute conséquence. Jamais ces cures ne furent faites autrement que par des médicamens doués d’une vertu homoeopathique, c. à d. d’une faculté d’exciter une maladie semblable à l’état de maladie à guérir; elles s’ensuivirent, dis- je, d’une manière rapide et durable, au moyen de ces médicamens, que les médecins avoit ordonnés en contradiction avec les préceptes de tous les systèmes et de toutes les thérapeutiques de leurs temps. Ces médecins ne savoient ni ce qu’ils faisoient, ni pourquoi ils agissoient ainsi, et confirmoient de cette manière contre leur volonté et par le fait la bienfaisance de cette loi des guérisons uniquement conforme à la nature, celle de l’homoeopathie, loi, que dans aucun des siècles de l’art médical on ne put trouver et que l’on ne chercha pas non plus à trouver à cause des préjugés dominans, quoique des faits et des indications innombrables eussent dû mener à cette découverte.
Même la pratique des remèdes domestiques, exercée par des laïques en médecine, trouva par l’expérience, que la méthode homoeopathique étoit la plus certaine, la plus radicale et la plus infaillible.
Sur des membres récemment gelés on applique de la choucroute glacée ou on les frotte avec de la neige. Un cuisinier expérimenté approche, à quelque distance du feu, sa main échaudée, sans égard à l’augmentation de la douleur, qu’il en ressent au commencement, sachant, que de cette manière il peut rétablir en peu de temps et même en peu de minutes la par-
tie échaudée en peau saine et en enlever toute douleur 1 ).
D’autres laïques raisonnables, p. e. les vernisseurs, mettent sur l’endroit brûlé un remède excitant une ardeur semblable, savoir de l’esprit de vin2) fort et bien chauffé, ou de l’huile de thérébentine 3), et se guérissent par ce
1) C’est ainsi, que déjà Fernelius ( Ther. lib. VI. Cap. 20.) croit, que le rapprochement du feu de la partie brûlée est le remède le plus propre pour faire cesser la douleur. — John Hunter (On tbe blood, inflammation etc. p. 218.) nous cite les grands dommages causés par le traitement de brûlures avec de l’eau froide, et lui préfère beaucoup l’approchement du feu, ne suivant pas en cela les doctrines médicales traditionelles , qui ordonnoient des choses rafraîchissantes contre des inflammations, (contraria contrariis), mais l’expérience, qui lui avoit enseigné, qu’un échauffement semblable (similia similibus) étoit ici le meilleur remède.
2) Sydenham (Opera, p. 271.) dit: „L’esprit de vin „appliqué à plusieurs reprises est préférable à tout autre re- „mède contre les brûlures.“ — Aussi j Benj. Bell (System of surgery, third edit. 1789.) rend honneur à l’expérience, qui ne nous indique que les remèdes homoeopathiques comme les seuls efficaces. Il dit : ,, Un des meilleurs remèdes contre toutes les „brûlures est l’esprit de vin. Quand on l’applique, il semble „augmenter la douleur pour un moment (v. le §. 164. de notre „ouvrage), mais elle s’appaise bientôt, et il succède une sensation agréable et tranquillisante. Le remède opère le mieux, „ quand on plonge les parties brûlées dans l’esprit de vin ; mais „quand cela ne se peut faire, il faut les couvrir toujours de „ compresses humectées d’esprit de vin. “
3) Edward Kentish, qui traita les ouvriers des houillères, souvent brûlés d’une manière si terrible par les vapeurs inflammables de ces mines, leur faisoit appliquer de l’huile de thérébentine chauffée ou de l’esprit de vin, comme le rneil-
moyen en peu d’heures, sachant bien, que les onguens rafraichissans ne pourroient effectuer cela
leur remède dans les plus grandes et les plus dangereuses brûlures (Essay on Burns, London 1798. Second Essay). Aucun traitement ne sauroit être plus homoeopathique que celui-là, mais aucun n’est aussi plus salutaire.
Heister, médecin sincère et plein de connoissances, confirme la même chose par son expérience et loue à cet égard l’application de l’huile de thérebentine, de l’esprit de vin et de bouillies aussi chaudes qu’il est possible de les supporter.
Pour se convaincre de la manière la plus frappante de l’étonnante prééminence de la méthode homoeopathique ( qui ordonne d’appliquer aux parties enflammées par la brûlure des remèdes , qui excitent une sensation ardente et une chaleur semblable) à la méthode antipathique (qui prescrit des remèdes rafraichissans et frigorifiques) , il faut voir les expériences pures, où l’on a employé ces deux méthodes opposées en même temps, sur le même corps et pour le même degré de brûlure. En voici deux exemples.
John Bell traita une dame qui s’étoit écliaudée les deux bras. Il lui fit humecter l’un d’huile de thérébentine et plonger l’autre dans l’eau froide. Le premier fut libre de douleurs au bout d’une demi -heure, mais l’autre lui fit encore mal pendant six heures ; quand elle le retiroit seulement un moment de l’eau elle ressentoit des douleurs bien plus grandes, et il fallut beaucoup plus de temps pour guérir ce bras, que l’autre (Voyez: Kühn, phys. raedic. Journale, Leipzig, 1801. Juni. p. 428).
Ce fut de la même manière, que John Anderson traita une femme, qui s’étoit brûlée le visage et le bras avec de la graisse bouillante. „Le visage, qui étoit très -rouge et brûlé et qui lui causoit des douleurs violentes, fut couvert quelques minutes après avec de l’huile de thérébentine ; mais pour le bras elle l’avoit déjà enfoncé elle -même dans l’eau froide et desiroit pouvoir le traiter ainsi pendant quelques heures. Après sept heures son visage avoit bien meilleure apparence et elle s’y sentoit soulagée. . Quant au bras, elle y avoit souvent renouvellé l’eau lroidej mais dès qu’elle l’en retiroit, elle se plaignoit de beau-
en autant de mois, et que l’eau froide ne feroit qu’empirer le mal.
Le vieux et sage moissonneur, qui pendant la chaleur de l’été s’est tellement échauffé, qu’il se trouve dans un état approchant de la lièvre chaude, ne prendra jamais de l’eau froide, (contraria contrariis), car il en connoit les suites funestes, mais il prendra un peu d’une liqueur échauffante, une petite gorgée d’eau de vie (quand même il n’en feroit pas usage pour l’ordinaire). L’expérience, qui enseigne la vérité, l’a convaincu du grand avantage et de l’efficacité de ce procédé
homoeo-
coup de douleurs, et en effet l’inflammation avoit augmenté. Le lendemain matin Anderson trouva qu’elle avoit eu de grandes douleurs au bras pendant la nuit ; l’inflammation s’étendoit au delà du coude ; plusieurs grandes vessies avoient crevé et des escarres épaisses s’étoient posées sur le bras et sur la main, sur lesquelles on appliqua alors de la boullie chaude. Elle ne ressentoit plus la moindre douleur au visage, mais le bras dut être encore traité pendant quinze jours avec des remèdes mollifians. “ (Voyez le livre allégué par Kentish,
Qui ne reconnoit pas ici le grand avantage du traitement homoeopathique avec des remèdes, qui produisent un effet semblable à celui du mal même, sur le misérable procédé antipathique, que prescrit l’ancienne médecine vulgaire!
Voyez encore, par rapport aux suites nuisibles du traitement des brûlures avec de l’eau froide, TV. Fabric. van Hilden , de combustionibus libellus, Basil. 1607. Cap. V. p. 11., qui nous dit: „Les fomentations froides sont très-nuisibles dans les brûlures et produisent les effets les plus dangereux; il s’ensuit „de l’inflammation, de la suppuration et quelquefois la gan- „ grène. “
homoeopathique ; sa chaleur, comme sa lassitude, disparoissent promptement ‘).
Il y eut même de temps en temps des médecins qui pressentirent, que les médicamens guérissoient les maladies par la force propre de produire des symptômes semblables à ceux de la maladie même.
C’est ainsi, que l’auteur du livre: 7rzçi roTrcov rœv J colt OLV^r^cù7TOV (qui se trouve parmi les ouvrages d’Hippocrate), dit ces paroles remarquables: hà rà ojuoicL vov<roç ylvzrcu, kcli iïicè Tût o/uoicl
TTÇOÇQÎÇO/JLÎVCL Îk V07ZVVTCÙV VJlCLlVOVTCLl 3 iïlCL To'
ijuèiiv z/uzroç 7ra,vércu 1 2). cc
Thomas Erastus 3) soutient contre ses adversaires, que la méthode de guérir selon la règle similia similibus étoit la seule préférable.
Il a aussi existé dans les temps postérieurs des médecins, qui ont senti et avoué la vérité de la méthode homoeopathique. C’est ainsi que Boul duc 4) a conçu, que la qualité purgative de la rhubarbe est la cause de sa vertu d’arrêter la diarrhée.
Detharding devine 5), que l’infusion de séné
1) Zimmermann nous apprend, que les habitans des pays chauds usent du même procédé avec le meilleur succès , c. à d. qu’ils prennent un peu d’une liqueur spiritueuse après de grands échauffemens.
2) Basil. Froben. 1538. p. 72.
3) Disputât, et epistolae mcdicae, Tiguri, 1595.
4) Mémoires de l’académie royale, 1710.
5) Eph. Nat. Gur. Gent. X. obs. 67.
peut appaiser la colique à cause de sa qualité analogue d’exciter des coliques dans des hommes sains.
Bertholon 1 ) avoue, que l’électricité atténue et anéantit une douleur très - semblable à celle, qu’elle produit elle -même.
Thoury 2) atteste, que l’électricité positive accéléré le battement du pouls, mais qu’elle le rend aussi plus lent, quand déjà il va trop vite par l'effet de la maladie.
De Stoerck 3) a l’idée : „ Que le Stramonium, qui dérange l’esprit et produit la manie dans des personnes saines, pourroit bien être administré à des maniaques pour leur rendre l’usage de la raison en produisant un changement dans leurs idées. M
Mais Stahl 4), médecin d’un régiment Danois, a prononcé le plus clairement de tous sa conviction là dessus, lorsqu’il dit: „Que la règle adoptée dans la médecine, qu’il falloit guérir par des remèdes opposés aux effets de la maladie (contraria contrariis), étoit tout-à-fait fausse et absurde. Qu’il étoit convaincu au contraire, que par un remède, qui produit une souffrance semblable à celle de la maladie (simili a similibus), celle-ci devoit être réprimée et guérie. Que c’étoit ainsi qu’on guérissoit des brûlures par
1) Medicin. Electricität, II. p. 15 et 282.
2) Mémoire lu à l’acad. de Caen.
3) Libell. de Stramon. p. 8.
4) Dans: Jo. ffummelii Commentatio de Arthritide tam tartarea, quam scorbutica, seu podagra et scorbuto, Büdingae,
rapprochement du feu de la partie brûlée, des membres gelés par l’application de la neige ou de l’eau la plus froide, des inflammations et des meurtrissures par des esprits distillés, et que c’étoit ainsi qu’il guérissoit la disposition aux aigreurs de l’estomac par une très- petite dose d’acide vitriolique, tandis que d’autres employoient dans de tels cas d’une manière inutile une quantité de poudres absorbantes.
On a donc été souvent très près de la grande vérité ! Mais on s’est borné à des idées passagères, et c’est ainsi, que la régénération si absolument nécessaire de cette vieille thérapeutique en un art de guérir véritable, pur et certain est resté sans exécution jusqu’à nos temps!
Organon *de l’art de guérir.
J— /a première et unique vocation du médecin est de rétablir la santé des personnes malades ; c’est ce que Ton nomme guérir 1).
Le dernier idéal de la guérison consiste à rétablir la santé d’une manière rapide, douce
1) Mais non pas (comme tant de médecins avides de gloire ont fait jusqu’à présent en prodiguant inutilement leur temps et leurs forces) à bâtir des systèmes sur des idées et des hypothèses vaines de l’essence intérieure du procédé vital et de la naissance des maladies, ou à faire d’innombrables essais d’expliquer les symptômes des maladies et leur dernière cause (qui nous restera toujours cachée) etc. etc., en enveloppant tout cela dans des paroles inintelligibles et dans un fatras de phrases abstraites , qui doivent paroître savantes , pour étonner l’ignorant , tandis que le monde malade soupire envain après des secours. Pour ces rêveries savantes (que l’on nomme médecine théorique, et pour lesquelles on a même établi des chaires particulières), nous en avons justement assez à présent, et il est bien temps, que tous ceux , qui se disent médecins , finissent une fois de tromper les pauvres mortels par de tels radotages, et qu’ils commencent d’agir, c. à d. de secourir et de guérir réellement les -hommes.
et durable, ou d’enlever et d’anéantir la maladie dans toute son étendue par la voie la plus courte, la plus sûre et la moins nuisible, d’après des raisons claires et intelligibles.
Pour agir raisonnablement et conformément à son but, et pour être un véritable artiste dans l’art de guérir, il y a quatre choses nécessaires au médecin, savoir:
1) d’entendre clairement ce qu’il y a à guérir dans chaque cas de maladie individuelle (connoissance de la maladie, indication);
2) de connoitre les qualités curatives des différens remèdes (connoissan ce des vertus médicinales);
3) de savoir appliquer d’après des raisons
claires le remède à l’objet de la guérison, de façon que le rétablissement s’ensuive nécessairement, application qui exige autant un juste choix des médicamens eux-mêmes, qu’une juste mesure d e la dose et du temps de sa répétition; enfin /
4) de connoitre dans chaque cas les obstacles de la guérison, et de savoir les écarter, pour que le rétablissement soit durable.
Le médecin est en même temps un conservateur de la santé, quand il connoit les choses qui la dérangent et qui produisent et entretiennent des maladies, et quand il les sait ban ni r du régime de l’homme sain.
On peut bien concevoir, que chaque maladie suppose un changement dans l’intérieur de l’organisme humain. Cependant ce changement ne peut être que soupçonné d’une manière obscure et trompeuse par les symptômes de la maladie; mais jamais il ne sauroit être reconnu dans toute sa réalité d’une manière infai llible,
Les changemens invisibles opérés par la maladie dans l’intérieur de l’organisme, et les changemens perceptibles à nos sens, c. à d. la somme des symptômes, forment ensemble une image complète de la maladie; mais cette image n’est visible dans son entier qu’à l’oeil du créateur. Ce n’est que la totalité des symptômes, qui forme la partie accessible au médecin, mais c’est aussi dans cette somme des symptômes, qu’il trouve tout ce qu’il doit connoitre de la maladie pour la guérir 1).
1) Je ne sais donc pas, comment l’on a pu s’imaginer qu’il falloit chercher l’objet de la guérison uniquement dans l’intérieur de l’organisme, qui restera toujours caché et inaccessible à nos regards. Je ne sais pas, dis -je, comment on a pu avoir la prétention aussi vaine que ridicule, de pouvoir reconnoître ce désordre invisible et le rétablir par des médicamens, sans se soucier des symptômes de la maladie, et que cette méthode de guérir étoit la seule raisonnable et radicale.
Est -ce que cette maladie, qui s’offre à nos sens par ses symptômes, n’est pas identique avec celle qui a produit dans l’intérieur de l’organisme le changement, que nous ne pouvons réconnoitre dans sa réalité? Le dernier n’est -il pas le côté in-
L’observateur sans préjugé, même le plus perspicace (qui connoit la nullité de ces recherches
accessible, ceux-là au contraire le côté perceptible de la même maladie, qui seul peut être observé par nos sens, et qui seul nous a été offert par la nature comme objet de guérison? Peuton prouver le contraire? N’approche -t- il pas de la démence, de se proposer comme objet de guérison l’état intérieur, impénétrable et invisible de la maladie, et de rejetter et de mépriser comme tel, de l’autre part, le côté offert à nos sens, c. à d. les symptômes , qui nous parlent si clairement ? Cela doit passet pour la sagesse par excellence ; mais c’est la folie la plus ridicule, qu’on puisse imaginer. Il ne seroit pas plus raisonnable si pour rétablir un papier mouillé, on ne croiroit pouvoir l’effectuer d’une manière plus radicale, qu’en scrutant premièrement par des spéculations profondes la nature intérieure de l’humidité (impossible d’approfondir a priori) , pour chercher après cela un remède contre cette humidité. Non certes ! Exposez le papier à l’air , jusqu’à ce que vous voyez , que les symptômes de l’humidité perceptibles à nos sens auront disparu, c. à d. qu’il ne sera plus humide au toucher, qu’il ne sera plus transparent, qu’il aura repris sa roideur, et qu’il aura perdu la pondérance donnée par l’eau, et alors votre but sera rempli! Ou croyez -vous peut-être, que le papier, devenu ainsi parfaitement sec, auroit pu être séché par vous d’une manière plus certaine, plus savante et plus radicale, en suivant la voie impraticable et ridicule de l’examen a priori, pour trouver la prima causa de l’humidité? Cela seroit, je crois, bien fou !
D’autres veulent plutôt entendre par prima causa de la maladie: „Une cause intérieure, primitive ou pro-
chaine, adhérente à la maladie dans l’intérieur occulte et étant la source de sa naissance et de sa durée, qui doit être absolument enlevée, si l’on veut guérir le mal d’une manière radicale.“ Si l’on aime mieux adopter cette notion de la prima causa morbi (car il paroît, que l’école médicale ne sait elle-même au juste ce qu’elle doit entendre par cette dénomination), cette idée n’est pas moins absurde et la chose n’est pas moins inconcevable
métaphysiques, qui ne sauroient être démontrées par l’expérience), ne remarquera dans chaque maladie, que des changemens perceptibles aux sens
Car dans aucun phénomène physique ou dynamique, qui existe déjà, la cause primitive ne peut être simultanément adhérente comme une chose particulière. Il seroit donc absurde de prétendre anéantir le phénomène par l’enlèvement de sa cause primitive, qui ne se trouve plus en relation avec lui. Une chose, de même qu’un état de chose n’ont besoin d’une cause primitive, que pour naître. Lorsqu’une fois ils existent, la cause primitive n’est plus nécessaire à la continuation de leur existence. C’est ainsi, que la maladie une fois produite, continue son cours indépendemment de la cause primitive de son existence et sans que celle-ci soit encore présente. Comment donc a-t-on pu chercher dans l’enlèvement de cette cause la guérison de la maladie ; une telle cause n’étant plus présente, dès que la maladie existe en effet?
Il est impossible que la prima causa adhère encore à une boule, qu’elle a fait voler; car la différence que nous remarquons entre son état actuel et la position tranquille, dans laquelle elle se trouvoit auparavant, n’est qu’une autre modification de son existence et un changement d’état. Il seroit donc plus que ridicule de prétendre, qu’on ne pourroit faire rentrer cette boule d’une manière radicale dans son état primitif de repos, qu’en enlevant la prima causa de son vol, trouvée à la suite de recherches métaphysiques. — Nullement ! L’expérience nous apprend, qu’un seul coup par une force équivalente, porté à cette boule dans une direction contraire à celle de son vol, la fait rentrer aussitôt dans le repos, sans que nous ayons besoin d’aucun enlèvement hypothétique et impossible de la cause première, excitative et productive de son vol, qui ne lui est plus adhérente. Il ne faut qu’observer les symptômes du vol de cette boule, c. à d. la force de son mouvement et sa direction, pour pouvoir opposer à cet état un remède directement contraire et faire rentrer ainsi dans un moment la boule dans son état primitif de repos. Car l’état abnorme des choses physiques inanimées est anéanti par un remède contraire; mais l’ér-
dans l’état de santé du corps et de Taine; il ne remarquera que des signes, des accidens, des symptômes de la maladie, c. à d. des déviations de Tétât de santé précédent, des déviations senties par le malade même, et aperçues par les autres personnes présentes. Tous ces symptômes perceptibles représentent la maladie dans toute son étendue ; ils nous en offrent ensemble la forme véritable, Tunique qu’on puisse concevoir.
Comme dans une maladie on ne peut remarquer que ses symptômes, il faut aussi que ce soient eux qui indiquent exclusivement les remèdes propres à la guérison. Il faut, dis -je, que la totalité de ces symptômes x), que cette image qui se ré-
tat de maladie des organismes doués de vie ne peut être transformé en état régulier que par une puissance artificielle, qui produit un état semblable (hoxnoeopathique).
Note du traducteur. Je prie mes lecteurs de faire bien attention aux dernières lignes de la note précédente. Car les antagonistes de l’auteur de ce livre se sont plu à dire, que l’exemple de la boule prouvoit contre son système, et qu’il étoit tombé en contradiction avec lui -même.
1) Ne connoissant d’autre expédient, on chercha de tout temps à combattre et à supprimer par- ci par-là dans les maladies un seul des différons symptômes qu’elles manifesloient ; procédé partiel qui, sous le nom de méthode symptomatique a excité avec raison le mépris général, pareeque non seulement on n’y gagnoit rien , mais qu’il en résultoit au contraire beaucoup de mal. Un seul des symptômes présens est aussi peu la maladie elle -même, qu’un seul pied d’un homme fait l’homme entier. Ce procédé étoit d’autant plus rejettable, que l’on ne traitoit un tel symptôme isolé que par un remède opposé, (ainsi selon la méthode antipathique et palliative), qui après un soulagement de courte durée le faisoit ensuite d’autant plus empirer.
fléchit de l’essence intérieure de la maladie, soit Tunique objet, qui doive guider le médecin dans le choix du remède, Tunique objet, qu’il doive reconnoître et anéantir par son art pour rétablir la santé.
On ne peut ni s’imaginer, ni prouver par aucune expérience, qu’après l’enlèvement de tous les symptômes de la maladie et de la totalité des accidens perceptibles il puisse rester autre chose, que la santé, et que le dérangement dans l’intérieur de l’organisme ne soit point anéanti.
Le dérangement invisible opéré dans l’intérieur du corps et la totalité des symptômes perceptibles par nos sens se trouvent ensemble dans une relation aussi nécessaire, et représentent toute Tétendue de la maladie dans une telle unité, qu’ils doivent exister et disparoître ensemble. Ce qui a pu produire la totalité des symptômes perceptibles, doit aussi avoir pu produire le changement intérieur dans le corps, (inséparable de l’apparition extérieure de la maladie), car sans cela le phénomène des symptômes seroit impossible. Il s’ensuit de là, que le remède, qui a anéanti la totalité des signes perceptibles de la maladie, doit aussi avoir rétabli le dérangement dans l’intérieur de l’organisme, parceque la destruction des signes perceptibles ne peut se concevoir sans la disparition du dernier et n’appert non plus autrement par aucune expérience quelconque 1).
1) Un songe donnant un pressentiment, une imagination
§. Il-
Comme l’enlèvement de la somme des signes et des accidens perceptibles de la maladie anéantit en même temps le changement intérieur, sur lequel elle se fonde, et par conséquent le total de la maladie, il s’ensuit, que le médecin n’a qu’à enlever la somme des symptômes, pour détruire en même temps le changement dans l’intérieur du corps, et par conséquent le total de la maladie elle -même. Mais la destruction de la maladie est en même temps le rétablissement de la santé, et voilà justement le dernier et unique but d’un médecin, qui connoît l’importance de sa vocation, qui ne consiste pas à pérorer d’une manière savante, mais à porter secours à son prochain.
Ayant trouvé cette vérité indubitable : que les maladies ne peuvent manifester leur besoin de secours que par la totalité de leurs symptômes, il s’ensuit incontestablement , que la somme des
superstitieuse ou une prophétie solennelle, faisant croire à une personne, qu’elle mourra infailliblement à un certain jour ou à une certaine heure, a produit souvent tous les signes d’une maladie naissante et croissante, les symptômes d’une mort prochaine et la mort elle -même à l’heure indiquée, chose impossible, si dans le même temps il ne s’étoit opéré un changement dans l’intérieur du corps , correspondant aux symptômes extérieurs. De même une illusion artificielle ou une persuasion contraire a souvent dissipé dans de pareils cas tous les signes d’une mort prochaine et a subitement rétabli la santé, chose que ce remède moral n’auroit jamais pu effectuer sans anéantir en même temps dans l’intérieur de l’organisme les changemens, dont la mort devoit être le résultat.
symptômes observés dans chaque cas individuel, fait l’unique indication du remède à choisir.
Les maladies n’étant donc que des changemens de l’état de santé de l’homme bien portant qui s’annoncent par des signes perceptibles, et la guérison n’étant non plus possible que par un changement de l’état de maladie en état de santé, on concevra facilement que les médicamens ne pourroient d’aucune manière guérir les maladies, s’ils ne possédoient la faculté de changer l’état de santé des hommes (état qui consiste en sensations et fonctions de l’organisme), et que ce n’est que sur cette faculté, que repose leur vertu curative.
Cette faculté renfermée dans l’essence intérieure des médicamens ne sauroit nullement être reconnue par nous dans sa réalité par les seuls efforts de l’esprit. Ce n’est que par les effets qu’ils manifestent en influant sur la santé des hommes, que nous pouvons la comprendre, ce n’est que l’expérience qui nous en donne une idée claire.
Personne ne pouvant donc nier que la nature curative des médicamens ne peut être reconnue par nous dans sa réalité, et que l’observateur, même le plus perspicace, ne peut, en faisant des expériences pures, remarquer autre chose dans les médicamens, que cette faculté d’opérér des changemens dans l’état de santé de l’homme, et sur-
tout dans un corps sain, il s’ensuit que les médicamens, devant agir comme remèdes, ne peuvent exercer leur puissance curative que par cette faculté de produire des symptômes et des changemens de l’état de santé de l’homme; il s’ensuit, dis -je, que nous ne pouvons nous en tenir qu’aux accidens de maladie, que les médicamens excitent dans un corps sain, comme à la seule révélation possible de leur vertu curative, pour apprendre, quelles sont les maladies que chaque médicament peut exciter; car c’est par là que nous apprenons en même temps qu’elles sont les maladies qu’il peut guérir.
Comme on ne peut donc découvrir ce qui doit être enlevé des maladies, pour rétablir la santé, si ce n’est la somme de leurs symptômes; comme secondement les médicamens ne manifestent autrement leur vertu curative, que par leur faculté de produire des symptômes de maladies dans les hommes sains et de les enlever aux hommes malades, il s’ensuit :
1) Une teinture d’une once de bon quinquina, mêlée avec quelques livres d’eau et prise en un seul jour, produira une fièvre de quinquina pendant plusieurs jours, et un bain de pied d’eau tiède mêlée d’une dissolution d’arsenic excitera une fièvre arsenicale de quinze jours au moins, tout aussi bien que le séjour que l’on fait en automne dans un terrain marécageux produit une fièvre intermittente, endémique dans de telles contrées. Une ceinture faite d’un emplâtre mercuriel, (comme il étoit d’usage dans le vieux temps), produira encore plus rapidement un flux de salive, que l’usage de la chemise d’un galeux ne fait
1 ) que les médicamens ne deviennent des remèdes et ne peuvent anéantir les maladies qu’en détruisant les symptômes existans, c. à d. la maladie naturelle, par l’excitation de certains nouveaux symptômes, c. à d. par une maladie artificielle ;
2) que pour anéantir la somme des symptômes d’une maladie, il faut chercher un médicament qui puisse produire des symptômes semblables ou opposés à ceux de la maladie naturelle, suivant que l’expérience montrera, que les symptômes de maladies peuvent être enlevés et changés en état de santé de la manière la plus facile, la plus certaine et la plus durable par des médicamens de l’une ou de l’autre qualité * 1).
naître la gale commune aux ouvriers en laine. Une forte infusion de fleurs de sureau ou quelques baies de belladone sont aussi certainement des puissances morbifique, que la matière inoculée de la petite vérole, ou la morsure d’une vipère, ou une grande frayeur.
1) La troisième manière d’employer les remèdes, hors de ces deux manières susdites, est la méthode allopathique, c. à d. celle où l’on donne des remèdes, qui produisent des symptômes qui n’ont aucune relation à l’état de la maladie, n’étant ni semblables, ni opposés aux symptômes de celle-ci, mais tout - à - fait hétérogènes (âAAôv 7rot$-oç). C’est la méthode, qui d’après les seules qualités fictives attribuées aux médicamens, dont elle ne connoît pas les vrais effets, en fait des mélanges qu’elle applique à des maladies non examinées et simplement désignées dans la pathologie d’une manière -trompeuse. Cette méthode usitée de tout temps dans les cures ordinaires mérite à peine qu’on s’en occupe. Cependant, de même que dans l’histoire du genre humain on ne doit pas omettre de faire mention des oppressions
Or, chaque expérience pure et chaque essai exact nous convainquent, que des symptômes de maladies persévérans ne peuvent être anéantis par des remèdes qui produisent des symptômes opposés, (comme le veut la méthode antipathique ou palliative), mais qu’au contraire après un soulagement apparent et de courte durée ils éclatent de nouveau avec plus d’impétuosité et empirent évidemment (v. les §§. 61 — 77. et §. 80).
Il ne reste donc à employer dans les maladies d’autre mode qui nous promette du secours, que le mode homoeopathique, selon lequel il faut chercher contre la totalité des symptômes de la maladie un remède qui, parmi tous les autres médicamens (connus d’après les charîgemens qu’ils opèrent sur la santé d’hommes bien portans), ait la faculté de produire un état de maladie artificiel le plus ressemblant possible avec la maladie naturelle dont il s’agit.
Or, le seul oracle infaillible de l’art de guérir, l’expérience *) pure, faite par des essais exacts,
que des gouvernemens despotiques et absurdes ont fait éprouver aux hommes , pendant des milliers d’années , de même on ne peut non plus passer sous silence cette méthode de guérir contraire à la nature, que pratique depuis si longtemps l’école médicale. J’en parlerai donc dans les §§. 31 — 37. et 47 — 63.
1) Je ne veux pas dire une expérience, telle que celle dont - se glorifient nos praticiens ordinaires, après avoir combattu pendant de longues années , avec un tas de récettes diversement composées , une foule de maladies qu’ils n’ont jamais examinées
nous enseigne, qu’en effet parmi tous les médicamens examinés d’après leur faculté de changer l’état de santé des hommes, celui, qui excite dans des hommes sains des symptômes semblables à la plupart de ceux de la maladie en question, anéantit aussi la totalité des symptômes de cette maladie, c. à d. toute la maladie présente (§.7 — 10.) d’une manière rapide, radicale et durable, et que cela réussit dans toutes les maladies sans exception.
Gela dérive de la loi homoeopathique, loi naturelle, que l’on a méconnue jusqu’à présent, mais sur laquelle pourtant s’est fondée de tout temps toute guérison véritable *). Elle nous dit :
„Une affection dynamique moins forte se „trouve anéantie dans l’organisme vivant d’une ma-
„ nière
avec soin, mais qu’ils prenoient selon les règles de l’école pour des maladies baptisées et décrites dans la pathologie, ou auxquelles ils supposoient une matière morbifique imaginaire, ou quelque autre abnormité intérieure hypothétique. Ils y voyoient toujours quelque chose, mais ils ne savoient pas ce qu’ils voyoient, et ils voyoient des conséquences, que Dieu seul, mais non un homme pouvoit débrouiller dans ce concours d’influences médicinales sur un objet inconnu, conséquences dont ils ne pouvoient tirer aucun résultat, ni aucune instruction. Une expérience de cette sorte, continuée pendant cinquante ans, ne vaut pas davantage, que si l’on avoit regardé pendant cinquante ans dans un caléidoscope, qui, rempli de choses inconnues de diverses couleurs , se trouvoit dans un mouvement continuel. On y voit bien mille figures différentes, qui changent toujours de forme, mais on ne peut s’en rendre compte.
1) Voyez l’introduction à ce livre.
„nière durable par une autre plus forte, si celle - „ci diffère de la première quant à son essence ‘), „mais lui ressemble beaucoup par rapport au mode „sous lequel elle se manifeste.“
C’est ainsi, que les affections physiques
1) Sans cette différence de deux puissances morbifiques quant à leur essence , la guérison de l’une par l’autre seroit impossible, quand même elles se ressembleroient beaucoup dan» leurs symptômes , et quand même l’une seroit plus forte que l’autre. Il seroit donc impossible et très - ridicule de vouloir guérir la maladie vénérienne avec de la matière chancreuse , ou la gale des ouvriers en laine avec de la matière galeuse. La maladie vénérienne est guérie par une puissance morbifique qui lui est tout- à -fait différente par rapport à son essence, mais bien semblable à elle dans ses symptômes , savoir par la maladie que produit le mercure. De même la gale est guérie par la maladie que produit le soufre, et ainsi toutes les autres maladies par des puissances morbifiques qui, par rapport à leur essence, sont des choses tout- à -fait différentes des maladies à guérir.
2) Pourquoi dans le crépuscule du matin Jupiter échappé-t-il aux nerfs optiques de celui qui le contemple? A cause d’une puissance plus forte qui influe d’une manière toute semblable sur l’oeil, c. à d. par la clarté du jour naissant. — Avec quoi a-t-on coutume de flatter les nerfs de l’odorat offensés par de mauvaises odeurs ? Avec du tabac qui affecte le sens de l’odorat d’une manière semblable, mais plus forte. Ce n’est pas par de la musique, ni avec des confitures qu’on auroit pu vaincre ce dégoût de l’odorat, car ces choses ont du rapport à d’autres nerfs. — Avec quelle ruse le guerrier barbare sait - il éloigner des oreilles miséricordieuses des assistans les lamentations du malheureux qui passe par les verges ? Par le son glapissant et aigüe du fifre joint au bruit du tambour. Et comment couvre-t-on le bruit éloigné du tonnerre de l’artillerie ennemie, qui excite le terreur dans l’ame du soldat ? Par le bourdonne, ment grave et plus rapproché de la grosse caisse ! Ni cette mi~
comme celles de Tarne *) de l’homme sont guéries de la manière la plus sûre et la plus durable.
La faculté curative des médicamens se fonde donc sur leurs symptômes semblables à ceux de la maladie, de façon que* chaque maladie ne peut être anéantie de la manière la plus certaine, radicale, rapide et durable, que par un remède, qui parmi tous est le plus capable de produire dans l’état de santé de l’homme la totalité des symptômes de cette maladie dans leur plus grande ressemblance.
Gomme cette loi naturelle des guérisons se manifeste par tous les essais purs et par toutes les expériences véritables, comme un fait hors de doute, il nous importe peu d’expliquer la guérison homoeopathique d’une manière scientifique. Cependant l’explication suivante me semble être la plus vraisemblable, puisqu’elle ne se fonde que sur des prémisses tirées de l’expérience.
L’état de santé de l’organisme humain peut être désaccordé et altère plus facilement et plus fortement par des médicamens, que par des maladies naturelles. Cela est facile à prouver.
séricorde, ni cette terreur auroient pu être bannies par la distribution d’uniformes brillantes ou par une forte réprimandé.
1) La tristesse et le chagrin sont éteint dans l’ame par la nouvelle d’un autre accident encore plus fâcheux, fut- il même imaginé. — De même, les effets nuisibles d’une joie trop vive sont anéantis par le café qui produit une joie exagérée.
Car premièrement les maladies sont guéries par des médicamens, ce qui ne seroit pas possible, si les derniers ne possédoient une force supérieure. Secondement, il faut prendre en considération les circonstances suivantes: Chaque jour et à chaque heure plusieurs causes excitatives morbifiques influent sur notre corps, mais elles ne peuvent troubler l’équilibre qui y règne et nous rendre malade. L’activité de la force intérieure et conservatrice de notre vie résiste pour l’ordinaire à ces influences nuisibles, et dans la règle l’homme reste bien portant. Ce n’est que quand ces choses nuisibles influent sur nous avec trop de violence, et que nous nous exposons trop à leur influence, que nous devenons malades. Mais aussi alors cette maladie ne sera pas de conséquence, excepté si notre organisme a justement un côté foible, (une disposition), qui le rende susceptible d’être attaqué et désaccordé *) par la cause morbifique présente (simple ou composée).
Si les puissances ennemies tant psychiques que physiques, que l’on nomme causes morbi-
1) Quand je dis, que la maladie désaccorde l’état de santé, je ne prétends nullement donner par là une explication hyperphysique de la nature intérieure des maladies en général, ou d’un cas individuel de maladie. Je veux seulement désigner par ce terme ce que les maladies , comme je viens de le prouver, ne sont pas et ne peuvent être, c. à d. qu’elles ne sont pas des changemens mécaniques ou chymiques de la substance matérielle du corps, et qu’elles ne dépendent pas d’une matière morbifique, mais qu’elles sont des altérations dynamiques de notre existence.
fiques, possédoient une faculté absolue d’altérer notre santé, nous nous trouverions sans cesse en état de maladie et nous n’aurions pas même une idée de l’état de santé, puisqu’elles sont répandues par-tout. Mais comme en générai les maladies ne sont que des exceptions à la santé, et comme il faut un tel concours de circonstances diverses, tant par rapport aux puissances morbifiques, que par rapport aux hommes qui doivent en être affectés, avant qu’une maladie puisse réellement naître de ces causes excitatives, il s’ensuit que l’homme est si peu irrité par de semblables causes nuisibles, qu’elles ne le peuvent jamais rendre absolument malade, et que l’organisme humain ne peut tomber par elles dans l’état de maladie, que quand il se trouve dans une disposition particulière à en être affecté.
Mais il en est tout autrement des puissances morbifiques artificielles, que nous nommons médicamens. Tout véritable médicament influe en tout temps et dans toutes les circonstances sur chaque homme, et excite en lui les symptômes qui lui sont propres, (même clairement perceptible aux sens, si la dose étoit assez grande), de façon que chaque organisme humain est absolument attaqué et pour ainsi dire infecté de la maladie médicinale, ce qui, comme je l’ai dit, n’est point du tout le cas dans les maladies naturelles.
Il s’ensuit donc de toutes les expériences, que le corps humain est bien plus susceptible et bien plus enclin à être irrité et à éprouver une altération de santé de la part des facultés médicinales,
que par d’autres influences morbifiques et par des miasmes infectans, ou, ce qui est la même chose, que les autres influences nuisibles ont un pouvoir morbifique subordonné et très-relatif, mais que les facultés médicinales ont un pouvoir absolu, direct et bien supérieur à celui des premières.
Cependant la force supérieure des maladies artificielles, qu’il faut produire par des médicamens, n’est pas la seule condition de leur pouvoir de guérir les maladies naturelles. Il est également nécessaire que la maladie artificielle soit aussi semblable que possible à la maladie naturelle ; car ce n’est que par cette ressemblance jointe à la force supérieure, que la maladie artificielle peut se substituer à la maladie naturelle et de cette façon l’anéantir. Cela est si vrai, que la nature elle-même *) ne sauroit pas plus guérir une maladie antérieure en y ajoutant une nouvelle maladie dissemblable, quelque forte qu’elle fut, qu’il n’est possible au médecin de guérir une maladie par des médicamens produisant un état dissemblable dans un corps sain.
Pour expliquer ceci nous allons voir dans trois cas différens, tant le procédé de la nature dans deux maladies naturelles dissemblables, en conflit dans le même corps, que l’effet du traitement ordinaire des maladies par des remèdes allopathiques,
1) Je parlerai plus bas de la manière dont proeède la nature, quand elle guérit elle -même des maladies sans leur ajouter une nouvelle maladie et sans le secours des remèdes.
(c. à d. incapables de produire un état de maladie artificielle semblable à la maladie à guérir). Il s’ensuivra que ni la nature elle- même, en produisant une autre maladie non-homoeopathique, même plus forte, ni le médecin, en appliquant un remède non-homoeopathique, quelque fort qu’il soit, ne pourront jamais anéantir une maladie quelconque.
I. Si les deux maladies dissemblables, qui concourent dans le même homme, ont une force égale, ou si la maladie antérieure est la plus forte, alors la maladie postérieure sera répoussée par la maladie antérieure; p. e. un homme qui souffre déjà d’une maladie grave chronique, ne sera pas infecté d’une djssenterie automnale modique , ou d’une autre épidémie. — La peste du Levant, d’après Larrey 1) ne vient pas dans les endroits où règne le scorbut, et les personnes qui ont des dartres n’en sont non -plus attaquées. Le rachitis, (selon Jenner ), empêche l’effet de la vaccination. — Des personnes, qui souffrent de la pulmonie ulcéreuse, ne sont pas infectées par des fièvres épidémiques, quand elles ne sont pas trop violentes (d’après Hildebrand ). §. 32.
De même une cure ordinaire allopathique, qui n’est pas trop violente, fût elle -même prolongée pendant plusieurs années, ne peut guérir un vieux mal chronique. La maladie reste la
1 ) Mémoires et observations , dans la Description de l’Egypte, Tom. I.
même, car on la traite avec des remèdes qui ne peuvent pas exciter dans un corps bien portant un mal -être semblable à celui de la maladie naturelle. On voit cela tous les jours dans la pratique, et il n’est pas nécessaire de confirmer cette vérité par des exemples.
II. Le second cas est celui, où la nouvelle maladie dissemblable se trouve plus forte que l’ancienne maladie. Dans ce cas la maladie antérieure est suspendue par la maladie survenue, jusqu’à ce que celle-ci soit passée ou guérie; mais alors elle reparoît de nouveau. — Deux enfans sujets à l’épilepsie étant infectés de la teigne, furent exempts des attaques épileptiques ; mais aussitôt que la teigne fut passée, l’épilepsie reparut, ainsi que Tulpius l’a observé *). — La gale, comme Schoepf 1 2) l’a vu, disparut pendant tout le temps que la personne qui en souffroit fut infectée du scorbut, mais elle se montra de nouveau après que le scorbut eut été guéri. La pulmonie ulcéreuse s’arrêta, le malade étant accablé d’un violent typhus, mais elle continua son cours dès que le temps du typhus fut écoulé 3). — Quand la rougeole et la petite vérole régnent ensemble, et quand toutes les deux ont attaqué le même enfant, la rougeole, étant déjà sortie, se trouve pour l’ordinaire arrêtée dans son
1) Lib. 1. observât. 8.
2) Hufeland Journal. XV. 11.
3) Chevalier dans: Hufelands neueste Annalen der französischen Heilkunde. IT. p. 192.
cours, lorsque la petite vérole vient d’éclater, et ne le réprend qu’après que celle-ci est guérie. Mais souvent aussi, comme Manget *) le remarque, la petite vérole ayant été inoculée et étant déjà sortie, fut suspendue pendant quatre jours par l’éruption de la rougeole, et ne continua qu’après que celle-ci se fut écaillée. Dans le cas même où l’inoculation de la petite vérole avoit déjà opéré depuis six jours, l’inflammation, qui en étoit résulté, s’arrêta, lorsque la rougeole eut éclaté, et la petite vérole ne reparut pas avant que celle-ci n’eut terminé son cours de sept jours 1 2). Dans un autre cas, où l’on avoit inoculé la petite vérole à plusieurs personnes, pendant que la rougeole règnoit dans le même endroit, quatre ou cinq jours après l’inoculation la rougeole éclata chez plusieurs de ces personnes, et empêcha l’éruption de la petite vérole jusqu’à ce que la première eut terminé son cours, — alors la petite vérole se montra et fut bénigne 3). — La véritable fièvre scarlatine 4), lisse, érysipélateuse et jointe à l’angine, fut arrêtée le quatrième jour par l’éruption de la vaccine, et ce ne fut qu’après que celle-ci fut passée, que la fièvre scarlatine parut de nouveau. Mais de même la vaccine fut suspendue le huitième jour par l’éruption de la véritable fièvre scarlatine,
1) Edinb. med. Comment. Tab. I. 1.
2) John Hunter , über die venerischen Krankheiten, p. 5.
3) Rainey , dans : Medic. Comment, of Edinb. III. p. 480.
4) Elle a été aussi fort bien décrite par Withering et Plenciz , et elle est bien différente de la fièvre miliaire pourprée, que l’on a aussi coutume de nommer fièvre scarlatine.
de façon que son enceinte rouge disparut, jusqu’à ce que la fièvre scarlatine fut passée ; puis la vaccine continua j*usqu’à la fin son cours régulier *). If paroit donc que ces deux maladies sont de même force.
La rougeole suspendit aussi la vaccine; le huitième j*our après que la vaccine eut atteint sa perfection , la rougeole éclata ; la vaccine s’arrêta dès ce moment, et ce ne fut que lorsque la rougeole se trouva guérie, que la vaccine acheva son cours, de façon que ses boutons avoient le seizième jour l’air que dans la règle ils ont le dixième, ainsi que Kortum l’a observé 1 2).
L’inoculation de la vaccine fut encore efficace après que la rougeole a voit déjà éclaté, mais ce ne fut que lorsque la rougeole fut passée, que la vaccine reprit son cours, comme le même Kortum 3) nous l’atteste. —
J’ai vu disparoitre moi- même une angine des parotides (angina parotidea) aussitôt que l’inoculation de la vaccine eut opérée et eut approché de sa perfection ; ce ne fut que lorsque la vaccine fut passée, et que l’auréole de ses boutons eut disparu, que cette tumeur des oreilles, des parotides et des glandes de la mâchoire inférieure revint et fit son cours regulier de sept jours.
Il en est ainsi de toutes les maladies dissemblables ; la plus forte suspend la moins forte, (si elles ne se combinent pas ensemble, ce qui n’est
1) Jenner , dans: Medicinische Annalen, 1800. August, P. 747.
2) Hufelands Journ. d. pr. Arz. XX. III. p. 50.
3) Loc. cit.
pas rare), mais elles ne se guérissent jamais réciproquement.
L’art médical vulgaire, pendant tant de siècles, a été spectateur de tout cela ; il a vu que la nature elle- même ne peut guérir une maladie en lui en ajoutant une nouvelle, quelque forte qu’elle soit, si cette maladie survenue est dissemblable de celle qui a déjà saisi le corps. Que doit -on penser de cet art, qui continua cependant de traiter les maladies par des cures allopathiques, c. à d. avec des médecines et des récettes qui, dans la règle, ne pouvoient produire de leur chef qu’un état de maladie dissemblable de celui de la maladie naturelle ? Quand même les médecins, comme on sait, n’observoient pas la nature, ils auroient pourtant dû comprendre par les tristes effets de leurs procédés, qu’ils suivoient une route fausse et contraire au but. Ne voyoient-ils donc pas, qu’en employant une cure allopathique violente contre un mal chronique, ils ne faisoient que créer une maladie artificielle, qui ne pouvoit appaiser le mal originaire qu’aussi longtemps qu’on la faisoit durer ? Ne voyoient-ils donc pas, que ce mal originaire qui n’avoit été que suspendu et supprimé, revenoit toujours dès que la défaillance des forces du malade ne permettoit plus de continuer les attaques violentes sur sa vie ? C’est ainsi que par des purgatifs souvent reitérés la gale des ouvriers en laine disparoît bientôt de la peau ; mais quand le malade ne peut plus soutenir la maladie artificielle, qu’on a produite violemment dans ses boyaux, (maladie dissemblable de la maladie naturelle),
c. à d. , quand il ne peut plus prendre les purgatifs, alors l’exanthème de la peau renaît comme auparavant, et par dessus le marché le malade a éprouvé des douleurs artificielles et perdu ses forces. Il en est de même quand les médecins ordinaires entretiennent des ulcères artificiels à la peau et des cautères aux parties extérieures du corps, pour anéantir une maladie chronique. Jamais ils ne pourront atteindre par là leur but, jamais ils ne pourront guérir personne, parceque de pareils ulcères artificiels à la peau sont des choses tout- à-fait étrangères et allopathiques par rapport à la maladie intérieure. Cependant, comme l’irritation produite par plusieurs cautères est souvent un mal plus fort que la maladie naturelle, celle-ci peut être parfois appaisée et suspendue par là. Mais seulement suspendue, dis-je, et à la vérité en épuisant insensiblement les forces du malade. Une épilepsie supprimée pendant plusieurs années par des cautères, reparut toujours et pire encore, dès qu’on laissa les cautères se fermer, ainsi que Pechlin x) et d’autres nous l’attestent. Mais les purgatifs, par rapport à la gale, et les cautères, par rapport à l’épilepsie, ne sont pas des remèdes plus étrangers et plus allopathiques, que ces recettes composées d’ingrédiens inconnus et ramassés au hazard, ne sont étrangères à toutes les autres maladies innombrables dans la pratique médicale vulgaire exercée jusqu’à présent. Celles-ci ne font aussi qu’affoiblir, suspendre et supprimer le mal pour peu de temps, sans pouvoir le guérir; sou-
1) Observât, pbys. med. lib. 2. obs. 30.
vent même il résulte de leur long usage une nouvelle maladie, qui s’allie à l’ancienne.
III. Le troisième cas est celui où la nouvelle maladie, après avoir longtemps influé sur l’organisme, s’allie enfin à l’ancienne maladie dissemblable, et forme avec elle une maladie compliquée, de façon que chacune d’elles occupe une partie isolée de l’organisme, c. à d. les organes qui lui conviennent principalement, en abandonnant à l’autre maladie ceux, qui, de son côté, lui sont propres. C’est ainsi qu’un malade vénérien peut encore devenir galeux, et de même un galeux peut encore devenir vénérien; car ces deux maladies, étant des maladies dissemblables, ne peuvent s’anéantir et se guérir réciproquement. Au commencement, quand la gale domine, les symptômes vénériens sont suspendus, mais avec le temps, (lorsque la maladie vénérienne est devenue au moins aussi forte que la gale), les deux maladies s’allient l’une à l’autre, c. à d. que chacune occupe les parties de l’organisme qui lui sont propres *), et la personne affectée est donc devenue
1) J’ai été entièrement persuadé par des essais et des guérisons exactes, que j’ai faites de cette espèce de maladies compliquées, que ce n’est pas une amalgamation de deux maladies, mais que dans de pareils cas l’une existe simultanément avec l’autre dans l’organisme, chacune dans les parties qui lui conviennent. Car la guérison de cette maladie est parfaitement effectuée quand on alterne, suivant que le temps l’exige, avec des préparations mercurielles les meilleurs possibles et du soufre, en donnant chaque remède dans les doses et les préparations les plus conformes au cas existant.
par là plus malade et plus difficile à guérir. — C’est ainsi que les complications du scorbut, de la maladie vénérienne, de la plique etc. etc., ne sont pas rares.
En cas de concurrence de deux maladies aigues contagieuses, p. e. de la petite vérole et de la rougeole, l’une est pour l’ordinaire suspendue par l’autre, comme je l’ai déjà dit auparavant. Mais il y a aussi des épidémies violentes de cette espèce, où, dans des cas rares, deux maladies dissemblables de ce genre se montrent ensemble dans le même corps et se combinent ainsi pour peu de temps. Dans une épidémie, où la petite vérole et la rougeole règnoient ensemble, il y eut bien trois cent cas, où ces maladies s’évitèrent ou se suspendirent l’une l’autre, et où la rougeole n’attaqua les hommes, que 20 jours après l’éruption de la petite vérole, et la petite vérole que 17 à 18 jours après l’éruption de la rougeole, de façon que la première maladie étoit tout-à-fait écoulée, lorsque la seconde se montroit. Mais parmi 300 cas pareils il y en eut pourtant un seul, où P . Russel *) remarqua ces deux maladies dissemblables simultanément dans la même personne. Rainey 1 2) observa sur deux filles la complication de la petite vérole avec la rougeole. Jean Maurice 3) dit n’avoir remarqué que deux cas pareils dans toute sa pratique. On trouve aussi de tels cas dans Ect-
1) Transact. of a soc. for the improv. of med. and chir. knowl. II.
2) Dans : Medic. Comment, v. Edinb. III. p. 480.
3) Med. and phys. Journ. 1805.
millier *) et quelques autres. — Zencker 1 2) vit, que la vaccine continuoit son cours régulier conjointement avec la rougeole et de la fièvre miliaire pourprée. La vaccine continua aussi son cours pendant une cure mercurielle, ainsi que Jenner l’a observé.
Les complications de maladies qui résultent du long usage de remèdes non convenables (cures allopathiques) sont encore bien plus fréquentes que les complications des maladies naturelles. Car, en répétant continuellement de pareilles remèdes, ils produisent à la fin le même état de maladie, qu’ils peuvent exciter d’après leur faculté spécifique. Mais ces maux artificiels, ne pouvant guérir par une irritation homoeopathique, la maladie chronique dissemblable, ils se joignent à elle et ajoutent une nouvelle maladie à l’ancienne, de façon que la personne affectée, qui jusqu’alors n’étoit que simplement malade, le devient doublement et que la guérison en est bien plus difficile. On peut appliquer ici plusieurs cas exposés dans des journaux de médecine pour servir à des consultations, ainsi que d’autres récits de maladies que l’on trouve dans les écrits des médecins. De cette espèce sont sur-tout les cas fréquens où la maladie vénérienne, ayant été traitée longtemps et à plusieurs reprises avec des préparations mercurielles inconvenantes, n’est nullement guérie, mais prend insensiblement place dans l’organisme à côté de la maladie chro-
1) Opera, II. P. 1. Cap. 10.
2) Hufeland , Journ. XVIL
nique, produite par le mercure l), et forme souvent avec elle une maladie compliquée monstrueuse, (maladie vénérienne masquée), qui ne peut être changé en état de santé qu’avec la plus grande difficulté, quand même elle ne seroit pas tout-à-fait incurable.
La nature elle -même, comme je l’ai dit, ne permet que dans peu de cas la complication de deux maladies naturelles dans le même corps. Mais cette complication n’arrive que par la concurrence de deux maladies dissemblables, qui, d’après les loix éternelles de la nature, ne peuvent s’anéantir et se guérir réciproquement, et elle arrive, à ce qu’il paroit, de façon, que ces deux maladies se partagent pour ainsi dire l’organisme, en occupant chacune les parties qui lui conviennent ; ce qui peut bien se faire à cause de la dissemblance de ces maux, sans nuire à l’unité de notre existence.
Mais la nature se montre tout autrement par rapport à deux maladies semblables, c. à d. quand à la maladie existante il en survient une autre plus forte, mais qui lui est semblable. C’est ici que la nature indique, comment elle peut guérir elle -même les maladies, et comment elle veut qu’elles soient guéries par nous.
1 ) Car le mercure , outre les symptômes qui ressemblent à ceux de la maladie vénérienne, et qui la peuvent guérir homoeopathiquement , en produit encore bien d’autres, qui sont dissemblables à cette maladie.
Ces deux maladies semblables ne peuvent ni se repousser l’une l’autre, (comme il est dit des maladies dissemblables dans le cas No, I.), ni se suspendre réciproquement, (comme je l’ai démontré par rapport aux maladies dissemblables dans le cas No. IL), ni exister l’une à côté de l'autre dans le même organisme et former une maladie compliquée (comme je l’ai indiqué des maladies dissemblables dans le cas No. III.)
Non, deux maladies, qui, bien que différentes par rapport à leur essence, (§. 20. Note), se ressemblent beaucoup par rapport à leurs effets, c. à d. par rapport aux maux et aux symptômes quelles produisent, s’anéantissent toujours, quand elles concourent dans le même organisme, savoir que la maladie la plus forte détruit la moins forte. La cause n’en est pas difficile à déviner. Deux maladies dissemblables pouvoient exister simultanément dans le même corps, parceque leur dissemblance leur permettoit d’occuper des places différentes dans l’organisme. Mais ici la maladie plus forte qui survient, occupe les mêmes parties du corps et attaque les mêmes organes de la sensibilité et de l’activité, déjà attaqués par l’ancienne maladie. Il est donc impossible qu’elle existe à côté de celle-ci, mais il faut qu’elle la fasse taire et qu’elle la détruise, tel que l’image de la flamme d’une lampe est anéantie dans le nerf optique par le rayon du soleil, qui frappe l’oeil avec plus d’énergie.
On pourroit citer beaucoup d'exemples de maladies, que la nature a guéries homoeopathiquement par des maladies qui produisent des maux semblables. Mais pour parler de faits certains et incontestables, il faut nous en tenir uniquement à ces maladies toujours égales, qui naissent d’un miasme stable, et méritent par cette raison un nom particulier.
C’est principalement la petite vérole, si fameuse à cause de la quantité et de la violence de ses symptômes, qui a guéri homoeopathiquement des maux nombreux par des symptômes semblables.
On sait qu’un des symptômes généraux de la petite vérole est de produire de violentes inflammations aux yeux, qui peuvent même causer la perte de la vue. Ce fut donc l’inoculation de la petite vérole, qui guérit parfaitement une inflammation chronique des yeux d’après -Dezoteux *) et une autre d’après Leroy 1 2).
Une cécité, qui a voit duré pendant deux ans et qui étoit née d’une suppression de la teigne, fut léyée tout- à- fait par la petite vérole, ainsi que Klein 3) nous l’atteste.
Combien de fois la petite vérole ne produisitelle pas la surdité et la dyspnée! Ces deux maux chroniques furent donc aussi anéantis par
1) Traité de l’inoculation, p. 189.
2) Heilkunde für Mütter, p. 384.
3) Interpres clinicus, p, 293
elle, lorsqu’elle eut atteint son plus haut dégré, ainsi que J. Fr. Closs 1) l’a remarqué.
La tumeur des testicules, même très-violente, est un symptôme fréquent de la petite vérole ; c’est pourquoi elle put guérir une tumeur grande et dure du testicule gauche, provenue d’une meurtrissure, comme Klein 2) l’a observé, et une autre tumeur semblable sous les yeux d’un autre observateur 3).
Parmi les effets de la petite vérole se trouve aussi un ténesme dyssentérique; elle vainquit donc aussi une dyssenterie selon l’observation de Fr. Wendt 4).
Quand après la vaccine survient la petite vérole, elle anéantit celle-ci à l’instant, et ne la laisse pas atteindre sa perfection, tant parce quelle est plus forte, que parce qu’elle lui est très -semblable. Mais quand la vaccine est déjà près de sa maturité et quand la petite vérole vient alors à éclater, la première diminue et adoucit pourtant homoeopathiquement la dernière, ainsi que Müh ry 5) et beaucoup d’autres nous l’attestent.
La lymphe de la vaccine a, outre la qualité de produire ces pustules qui nous garantissent de la petite vérole, encore celle d’exciter un exanthème général d’une autre nature. Ce dernier
1) Neue Heilart der Kinderpocken, Ulm, 1769 p. 68. et specim. Obs. No. 18.
2) Ibid.
3) Nov. Act. Nat. Cur. Yol. I. Obs. 22.
4) Nachricht von dem Kranfeeninstitute zu Erlangen, 1783.
5) Dans : Robert Willan ß über die Kuhpockenimpfung.
consiste dans des boutons coniques, qui rarement sont grands et suppurans, mais petits, secs et posés sur de petites taches rouges, entremêlés d’autres taches rouges et rondes de la peau. Cet exanthème, accompagné parfois d’une démangeaison violente, se montre chez beaucoup d’enfans plusieurs jours avant, et plus souvent encore après que la vaccine a reçu son auréole rouge, et disparoît en quelques jours, ne laissant que de petites taches rouges et dures sur la peau. C’est à cause de cet autre miasme, que la vaccine guérit chez les enfans d’une manière parfaite et durable des exanthèmes de la peau très - anciens et très -incommodes, dès que l’inoculation a opéré, ainsi qu’une quantité d’observateurs 1) nous l’attestent.
La vaccine, qui a le symptôme propre de causer une tumeur au bras 2), a aussi guéri après son éruption un bras enflé et à demi paralysé 3).
La fièvre de la vaccine, qui commence lorsque l’auréole rouge naît autour des boutons, a guéri homoeopathiquement une fièvre intermittente chez deux personnes, comme Hardege le
1) Principalement Clavier, Hurel et Désorrneauæ , dans le Bulletin des sciences médicales, publié par les membres du comité central de la société de médecine du département de l’Eure, 1808. Aussi dans le Journal de Médecine continué, Vol. XV. p. 206.
2) Balhorn, dans: Hufeland’s Journal,, X. II.
3) Stevenson, dans: Bunkan’s Annals of medicine, Lustr. II. Vol. I. Sect. 2. No. 9.
cadet *) nous le rapporte, pour confirmer ce que J, Hunter 1 2) avoit déjà remarqué, que deux fièvres ne peuvent exister ensemble dans le même corps.
Un symptôme propre à la gale, quand elle dure longtemps, est la dyspnée. Elle se montre déjà de temps en temps lorsque l'exanthème de la peau existe encore ; mais elle paroît bien plus fréquemment et d'une manière violente, spasmodique et même dangereuse pour la vie, dès qu'on a chassé partiellement l’exanthème par des remèdes extérieurs, sans avoir guéri auparavant la maladie intérieure, qui éclate alors avec ses symptômes cachés jusqu'à ce moment. C’est pourquoi un homme fut guéri d'une dyspnée spasmodique, dont il avoit souffert pendant 30 ans, et qui l’avoit souvent ménacé de le suffoquer, sitôt qu’il fut infecté de la gale des ouvriers en laine, comme Bonifax 3) nous l’atteste ; car elle a la faculté de produire un symptôme semblable, comme je viens de le dire. Et c’est ainsi, que plusieurs autres encore furent délivrés par la gale d’une dyspnée spasmodique 4). — Tous les maux qui suivent cette expulsion de l’exanthème de la peau, cette répercussion de la gale, comme on l’appelle, (et dont les écrits d’une quantité d’observateurs sont
1) Hufe/and’s Journal d. pr. Arzn. XXIII.
2) Ueber die venerischen Krankheiten, p. 4.
3) Dans : Recueil d’observations de Médecine par Hautesierckt Paris 1762. Tom. II.
4) Ephem. Nat. Gur. Dec. III. ann. 5. 6. observ. 117. — Bang , Auswahl aus den Tagebüchern des k. Krankenhauses, 1785, Mai. — Muzell, Beobacht., Samml. II. p. 32 — 36.
remplis ) , sont des symptômes originaires et spécifiques de la gale, qui ne restoient cachés qu’aussi longtemps, que la maladie dirigeoit sur la peau son mal intérieur sous la forme d’exanthème, et qu’elle l’appaisoit de cette façon, mais qui revenoient dès que l’on avoit fermé à la maladie ce canal déviatif par la dessiccation locale des boutons galeux. Une quantité d’écrivains nous rapportent, qu’une pulmonie ulcéreuse éclata après l’expulsion extérieure de la gale ; mais elle lui succéda si rapidement et si immédiatement, que l’on ne sauroit douter, qu’elle existoit déjà auparavant, mais qu’elle ne se manifestoit pas d’une manière perceptible, parceque la maladie dirigeoit toute sa force sur l’exanthème 1). Or, comme parmi les symptômes de la gale, il se trouve une pulmonie ulcéreuse, il n’est pas étonnant que l’inoculation de cette maladie put guérir homoeopathiquement des pulmonies déjà existantes, comme Fr. May 2) et l’auteur dans les Ephémérid. Nat. Gur. 3) l’ont observé.
La rougeole a beaucoup de ressemblance avec la coqueluche, par rapport à la fièvre et à la toux qui lui est propre. C’est pourquoi Bosquillon 4) vit du temps d’une épidémie, où ces deux maladies règnoient ensemble, que beaucoup d’enfans, qui alors avoient eu la rougeole, demeu-
1) p. e. Unzer , Arzt, CGC. St. p. 508.
2) Vermischte Schrift.cn, Manheim, 1786.
3) Dec. II. ann. 2. obs. 146.
4) Elémens de médcc. prat. de Dl. Cullcn traduits, P. II. 1 , 3. Chap. 7.
rèrent exempts de la coqueluche. Ils en auroient tous été exempts et pour toujours, si la coqueluche n’étoit pas une maladie qui ne ressemble quen partie à la rougeole, c. à d. qui n’est pas accompagnée d’un exanthème semblable à celui de cette dernière maladie. La rougeole ne put donc garantir que quelques enfans de la coqueluche et seulement pour la durée de cette épidémie. — Mais quand la rougeole trouve dans le corps une maladie qui lui ressemble dans son symptôme principal, c. à d. dans l’exanthème, elle peut, sans contredit, l’anéantir et la guérir homoeopathiquement. C’est ainsi que des dartres chroniques furent guéries à l’instant d’une manière parfaite et durable par l’éruption de la rougeole, ainsi que Kortum l’a observé *).
Il est impossible que le médecin puisse être instruit d’une manière plus claire et plus persuasive, que par cet exemple de la nature, sur le choix des puissances morbifiques artificielles, propres à guérir d’une manière certaine, rapide et durable.
La nature elle -même, comme nous le voyons par les exemples cités, ne peut jamais guérir une souffrance ou un mal-être par une puissance morbifique dissemblable, quelque forte qu’elle soit ; mais elle le peut uniquement et comme par miracle, avec une puissance qui lui ressemble dans ses symptômes. La cause en est dans
1) Hufeland’s Journal, XX, in. p. 50.
les loix éternelles et irrévocables de la nature, que Ton a méconnues jusqu’à présent.
Nous trouverions un bien plus grand nombre de ces guérisons homoeopathiques naturelles, si d’un côté les observateurs y avoient fait plus d’attention, et si de l’autre la nature n’avoit pas si peu de maladies auxiliaires propres à guérir homoeopathiquement.
La nature ne peut se servir pour ce but que de ce peu de maladies d’un miasme stable, telles que la gale, la rougeole et la petite vérole 1). Mais ces puissances morbifiques, qui servent de remèdes à la nature, sont en partie plus dangereuses pour la vie et plus terribles que le mal qu’elles guérissent, (telles que la petite vérole et la rougeole), et en partie elles ont cela de particulier, qu’après avoir effectué la guérison, elles ont besoin ellesmêmes de remèdes pour être anéanties à leur tour, (comme il en est de la gale). Et combien peu de maladies y a-t-il qui trouvent leur remède dans la petite vérole, la rougeole ou la gale ! La nature ne peut donc guérir que peu de maladies avec ces remèdes homoeopathiques hazardeux, et elle ne le peut qu’avec grand péril et grande incommodité pour le malade. Car, ne pouvant modifier selon les circonstances les doses de ces puissances morbifiques, il faut qu’elle porte toute la charge de ces dangereuses et incommodes mala-
1) Et le miasme produisant un exanthème de la peau qui se trouve renfermé secondairement dans la lymphe de la vaccine;
dies sur la personne sujette à un vieux mal semblable, pour l’en guérir. Cependant nous avons, comme on a vu, de beaux exemples de guérisons homoeopathiques opérées par la nature elle -même, qui sont autant de preuves de la grande et unique loi des guérisons: Guérissez les maladies par des remèdes, qui produisent des symptômes semblables aux leurs.
Ces guérisons naturelles sursoient pour manifester à l’esprit ingénieux de l’homme la loi que je viens d’énoncer. Mais voyez, quel avantage l’homme a ici sur la nature ! Combien de milliers de puissances morbifiques homoeopathiques pour secourir ses frères souffrans ne lui offrent pas les médicamens répandus par toute la création ! Elles sont des créatrices de maladies qui ont la plus grande diversité par rapport à leurs effets, et qui peuvent servir de remèdes contre toutes les maladies naturelles que l’on puisse imaginer. Ce sont des puissances morbifiques dont la force s’évanouit d’elle -même après la guérison faite, et qui n’ont pas besoin d’autres remèdes pour les anéantir à leur tour, comme dans le cas de la gale. Ce sont des puissances morbifiques que le médecin peut raréfier presqu’à l’infini et les donner en si petites doses, qu’elles ne sont qu’un peu plus fortes que la maladie semblable, qui doit en être guérie. Il s’ensuit, qu’avec cette excellente méthode de guérir on n’a besoin d’aucune attaque violente sur l’organisme pour détruire un mal invétéré opiniâtre, mais que cette méthode ne fait sentir qu’un passage doux, insensible et cependant rapide de
la souffrance naturelle qui tourmentoit le malade, à la santé stable qu’il désire.
Après des exemples aussi clairs que le jour, il est impossible qu’un médecin raisonnable persévère dans la méthode allopathique, et emploie encore contre les maladies des puissances morbifiques, (médicamens), qui lui sont inconnus par rapport à leurs effets purs. Car ces remèdes, n’ayant pas été choisis selon les règles de l’homoeopathie, doivent être presque toujours dissemblables et allopathiques par rapport au mal à guérir et par conséquent inutiles et nuisibles, à moins que, par un hazard très-rare, le médecin n’ait tiré de la roue de fortune un remède homoeopathique. Il est impossible, dis -je, qu’un médecin raisonnable, qui prendra à coeur les faits susdits, ordonne encore à l’avenir à ses malades des remèdes qu’il n’a pas choisi d’après la ressemblance de leurs symptômes avec» ceux de la maladie. Car de tels remèdes ne peuvent avoir aucun autre effet que celui qui se manifeste dans les cas susdits (§. 31. 33. 35.), comme dans tous les autres cas possibles, où une maladie naturelle survient à une autre dissemblable, c. à d., qu’il n’en résulte jamais une guérison, mais toujours une augmentation du mal.
Il y a ici trois cas possibles :
I. Si la cure allopathique est douce, fut -elle continuée aussi longtemps qu’on voudra, elle affaiblira le malade, et la maladie restera pourtant la même. Car en cas de concurrence de deux maladies naturelles, la maladie antérieure tient
éloignée la maladie dissemblable postérieure, lorsque celle-ci est la moins forte. (V. §. 31.)
II. Si l’on attaque fortement le corps avec de violens remèdes allopathiques, le mal originaire semble céder pour quelque temps, mais il revient avec la même force dès qu’on cesse d’administrer ces remèdes. Car, en cas de concurrence de deux maladies naturelles, la maladie antérieure est suspendue pour quelque temps par la maladie dissemblable postérieure, lorsque celle-ci est plus forte que l’autre. (V. §. 33.)
III. Si le médecin emploie pendant longtemps ces remèdes allopathiques en doses violentes, cette cure, bien loin de guérir la maladie originaire, produit encore une maladie artificielle et rend la personne affectée bien plus malade et bien plus difficile à guérir ; ainsi qu’une expérience journalière nous l’apprend. Car en cas de concurrence de deux maladies dissemblables naturelles, étant toutes les deux chroniques et de même force, elles occupent chacune leur place dans l’organisme et forment une complication de maladies. (V. §• 35.)
Je sais bien que ce n’est pas à dessein que les médecins administrent de tels remèdes allopathiques et faux. Mais c’est qu’ils ne savent pas si les médicamens, qu’ils emploient dans de certains cas, sont des puissances morbifiques semblables à la maladie en question et par conséquent salutaires, ou si ce sont des puissances morbifiques dissemblables et par conséquent inutiles et nuisibles. Ils n’ont aucun pressentiment que c’est là le
point qu'il faut principalement prendre en considération, que c’est là la condition essentielle qu’il faut remplir, si l’on veut guérir les maladies. Mais ils ordonnent des remèdes contre une certaine maladie désignée dans la pathologie, dont ils présument l’existence dans le cas présent ; ils les ordonnent pour anéantir la cause primitive de la maladie, arbitrairement supposée dans l’intérieur invisible de l’organisme, parceque d’autres médecins avant eux l’ont ainsi voulu; ils les ordonnent, dis-je, sans connoitre la véritable importance et les effets purs de tous ces ingrédiens amalgamés dans leurs recettes. Or, ces remèdes ne peuvent donc être qu’allopathiques par rapport à la maladie en question, et par conséquent inutiles et nuisibles.
Mais ils ont été principalement séduits par cette théorie qui depuis l’origine de l’art médical jusqu’à présent a toujours été la dominante, je veux dire par la fausse opinion, que toute maladie étoit basée sur une certaine substance, c. à d. sur une matière morbifique très-subtile (ou une âcreté vénéneuse), laquelle falloit évacuer des vaisseaux par la transpiration, par l’urine, et principalement de la poitrine, de l’estomac et du canal intestinal, pour parvenir à guérir la maladie. Ils opinoient qu’il falloit avant tout chasser cette créatrice matérielle (imaginaire) de la maladie, en en purgeant tout -à- fait le corps. Ils s’imaginoient que la maladie ne pouvoit être radicalement détruite, qu’après en avoir préalablement enlevé la cause originaire, c. à d. après avoir évacué la ma-
tière morbifique du sang et de toutes les humeurs, mais principalement de la poitrine, de l’estomac et des intestins.
J’avoue, qu’il étoit fort commode pour la foiblesse humaine, de supposer à la maladie en question une substance morbifique matérielle, qui offroit aux sens une image grossière, car il ne restoit alors au médecin aucun autre travail, que de trouver assez de remèdes pour purifier le sang et les humeurs, pour exciter l’expectoration et pour curer l’estomac et les boyaux.
C’est pourquoi dans toutes les matières médicales, qui ont été écriies depuis Dioscorides jusqu’à nos jours, on ne trouve rien qui regarde les effets propres et spécifiques de chaque médicament. Mais excepté quelques remarques sur la prétendue utilité des différens remèdes contre telle ou telle maladie, on trouve seulement qu’ils facilitent l’urine, la transpiration, l’expectoration, les menstrues et principalement qu’ils opèrent l’évacuation du canal intestinal par la voie d’en haut ou d’en bas. Car tous les efforts des médecins pratiques étoient dirigés vers une substance morbifique matérielle et d’une quantité d’âcretés imaginaires qui dévoient être la base de la maladie.
Mais tout cela n’étoit que de pures rêveries et des hypothèses prudemment inventées pour la commodité de la théorie, qui espéroit pouvoir expédier la doctrine de la guérison des maladies de la manière la plus facile, en enseignant que
c’étoit des substances morbifiques matérielles qu’il s’agissoit d’enlever.
Mais l’essence des maladies et leur guérison ne peuvent s’accommoder à nos rêveries et à notre commodité. Ce sont des altérations immatérielles d’une chose immatérielle aussi, c. à d. des changemens qui se sont opérés dans notre principe vital par rapport à ses fonctions et à ses sensations, ou en d’autres mots: Les maladies ne cesseront jamais d’être des altérations immatérielles de notre état de santé, pour complaire à notre pathogénésie et à notre thérapeutique, produits d’une vaine présomption.
Quand on fait entrer la moindre substance matérielle et hétérogène dans les vaisseaux sanguins, la nature la rejette à l’instant comme un poison, ou, si cela ne se peut, la mort s’ensuit. — Un peu d’eau pure injectée dans une veine a mis la vie en danger 1). De l’air atmosphérique introduit dans les veines a produit la mort 2), et même les liqueurs les plus douces, que l’on y fit entrer, mirent la vie en péril 3). Lorsque la plus petite écharde entre dans nos parties sensibles, la faculté vitale, répandue par tout notre corps, fait aussi
1) Müllen , dans Th. Birch, History of tlie royal society, IV.
2) J. H. Voigt, Magazin für den neuesten Zustand der Naturkunde, I, m. p. 25.
3) Autenrieth, Physiologie, II, §. 784.
longtemps tous ses efforts, Jusqu’à ce quelle l’ait repoussée au dehors, soit par des douleurs, soit par la fièvre, par la suppuration ou par la gangrène. Et nous pourrions croire, qu’en cas d’une maladie éruptive chronique, existant depuis vingt ans, la force vitale ait bonnement toléré pendant vingt ans dans les humeurs une substance matérielle hétérogène et ennemie, qui ait produit un exanthème; une âcreté qui ait fait naître des dartres etc. etc.?
Et quel nosologue a donc jamais vu de ses propres yeux une telle matière morbifique, dont il parle avec tant d’assurance, qu’il veule fonder sur elle un procédé médical ? Qui a jamais vu la matière qui engendre la goutte, qui a jamais vu le poison, qui produit les scrofules, ou quelconque autre prétendu poison morbifique ?
Il est vrai, qu’on a inoculé des maladies, en faisant entrer dans des plaies une substance matérielle ; mais qui peut en conclure, (comme on le voit si fréquemment dans nos pathogénésies), que quelques parties matérielles de cette substance se soient insinuées dans nos humeurs, ou aient été absorbées par elles ? Quelqu’un qui a eu commerce avec une personne vénérienne, a beau se laver aussitôt avec tous les soins possibles les parties génitales, il ne pourra pas se garantir par là avec certitude de l’infection de la maladie vénérienne. Le moindre souffle d’air de l’atmosphère d’un malade sujet à la petite
vérole, se communiquant à un enfant bien portant, peut exciter dans ce dernier cette terrible maladie. Pouvez-vous peser la substance matérielle, qui de cette façon s’est insinuée dans les humeurs? Pouvez- vous supposer que ce soit elle, qui produise dans le premier cas cette maladie pénible qui tourmente sa victime jusqu’au terme le plus éloigné de la vie, et qui dans le second cas excite cette autre maladie terrible qui entraîne une suppuration générale *) et souvent même une mort subite? — A Glasgow une fille âgée de huit ans ayant été mordue par un chien enragé, un chirurgien lui coupa aussitôt toute la partie
1) On a désiré pouvoir faire passer cette matière putride et cette eau ulcéreuse puante qui se montre souvent en si grande quantité dans les maladies, pour une matière qui engendre et fomente le mal. Cependant on ne pouvoit apercevoir aucun miasme matériel qui dans le moment de l’infection passât d’un corps dans un autre. On a donc imaginé l’hypothèse que la matière infectante, quelque subtile qu’elle fût, agit dans le corps comme un ferment, communique aux humeurs la corruption où elle se * trouve elle -même, et les métamorphose ainsi en un ferment morbifique qui augmente toujours durant la maladie et la nourrit sans cesse. — Mais par quelles boissons purgatives toutes puissantes et souverainement sages, voudriez -vous donc faire évacuer si complètement des humeurs ce ferment régénérateur de lui-même, cette masse de matière morbifique, qu’il n’en reste plus dans le corps la moindre petite goutte, qui puisse corrompre de nouveau les humeurs et les changer en matière morbifique? Ne pouvant effectuer une telle évacuation, il est donc impossible de guérir une maladie de cette manière ! — On voit par là comme toutes les hypothèses, même les plus subtiles, mènent vers les inconséquences les plus palpables* lorsqu’elles sont fondées sur le mensonge !
blessée, et cependant trente six jours après elle tomba dans fhydrophobie dont elle mourut au bout de deux jours l). Peut-on croire dans ce cas -ci, comme dans tous les cas pareils, qu’une substance morbifique matérielle ait passé dans le sang ? — Une lettre écrite dans la chambre d’un malade, a déjà souvent communiqué la même maladie à son lecteur éloigné. Peut- on penser ici qu'une substance morbifique matérielle se soit insinuée dans les humeurs ?
Mais à quoi bon toutes ces preuves ? Combien de fois un mot mortifiant n’a-t-il pas occasionné une fièvre bilieuse ? Combien de fois une prophétie superstitieuse d’une mort prochaine n’a-telle pas vraiment causé la mort ? Combien de fois une nouvelle triste ou heureuse communiquée subitement à quelqu’un, n’a-t-elle pas entraîné une mort prompte? Oii est donc ici la substance morbifique matérielle qui doit avoir passé dans le corps, qui doit avoir engendré et nourri la maladie, et sans l’évacuation de laquelle toute cure radicale doit être impossible ?
Les champions de ces substances morbifiques, imaginées d’une manière aussi grossière et aussi sensuelle, doivent rougir d’avoir méconnu aussi aveuglément la nature immatérielle de notre principe vital et la puissance également immatérielle et dynamique de la cause excitative des maladies.
Est-
1) Mcdic. Comment, of Edinb. Dec. II. Vol. II. 1793.
Est -ce que ces excrémens dégoûtans, qui dans les maladies sortent du corps, sont la matière qui engendre et nourrit le mal, ou ne sont -elles pas plutôt des substances produites par la maladie, c. à d. du désordre dynamique de la faculté vitale ?
Les idées que l’on avoit conçues de l’origine et de l’essence des maladies étant si fausses, il n’est pas étonnant que dans tous les siècles tous ceux qui ont pratiqué l’art médical, (à commencer par le garçon barbier jusqu’aux nobles médecins des cours et aux inventeurs des systèmes les plus sublimes), se soient efforcés principalement de séparer et d’évacuer du corps une matière morbifique imaginaire moyennant la salive, les glandes de la trachée artère, la transpiration et l’urine. Voilà pourquoi on vouloit purger le sang des substances morbifiques, (âcretés et immondices qui n’ont jamais existé), par d’ingénieuses décoctions d’écorces ou de racines médicinales. Voilà pourquoi on vouloit tirer du corps les prétendues matières morbifiques d’une manière mécanique par des sétons et des cautères. Voilà enfin pourquoi on vouloit principalement évacuer ces soi-disantes substances nuisibles par le canal intestinal, moyennant des médecines purgatives et laxatives, que l’on a souvent appellées remèdes résolvans et apéritifs, pour leur donner une signification plus savante et moins désagréable. Que d’appareils pour transporter hors du corps des matières morbifiques, qui n’y ont jamais existé, ni ne pouvoient jamais être les créatrices et les nourrices des ma-
ladies ! Car notre organisme existe au moyen d’un principe immatériel, et les maladies ne sont autre chose que des altérations immatérielles et dynamiques de notre existence et de cet organisme par rapport à sa sensibilité et à son activité.
Les remèdes favoris dans tous les siècles ont été les purgatifs et les laxatifs, parceque l’on avoit vu en résulter les changemens les plus fréquens et les plus rapides dans les maladies de tout genre. Mais la cause de ces changemens n’étoit pas que ces médicamens eussent évacué la prétendue matière morbifique; car cette matière n’existe nulle part dans l’organisme, „ et quand même elle pourroit y exister, elle ne se trouveroit certainement pas dans le canal intestinal, qui de lui -même se débarasse immanquablement et avec facilité de toute substance hétérogène. Non ! la véritable cause des changemens qui en sont résultés étoit simplement, que ces irritations douloureuses du canal intestinal opèrent le plus facilement une maladie artificielle des premières voies, qui suspend et supprime pour quelque temps la maladie primitive. L’estomac et le canal intestinal deviennent malade par ces purgatifs, et plus ils deviennent malades, plus la souffrance primitive s’appaise; mais cela ne la guérit jamais si c’étoit urçe ancienne maladie.
Ou bien cela devroit-il être en effet une guérison ? Non ! Dès que le médecin ne peut plus continuer de donner des laxatifs au malade à cause de sa foiblesse croissante, la maladie naturelle re-
vient aussitôt non seulement aussi forte qu’auparavant, mais encore plus forte; le malade étant devenu plus foible à cause des douleurs qu’il a souffertes et à cause de la perte des humeurs qu’il a faite, et étant sujet à des maux nouveaux par suite des effets spécifiques des remèdes purgatifs. Car tous les purgatifs outre leur effet évacuatif, produisent encore bien d’autres symptômes de maladies artificielles. Aucun mal chronique n’est guéri par ce procédé allopathique. Ce ne sont que des maux subitement nés et qui seroient aussi passés d’eux -mêmes, qui semblent céder à ces remèdes, parceque le temps de leur durée naturelle s’est écoulé pendant la cure, et parceque les forces du corps sont revenues insensiblement d’ellesmêmes.
Excepté les maladies qui sont causées par des substances indigestes et nuisibles que l’on a avalées, ou qui sont entrées d une autre ihanière dans les premières voies ou dans d’autres ouvertures et cavités du corps, et excepté celles qui sont occasionnées par des blessures ou par des corps étrangers qui ont pénétré à travers les épidermes de la peau, il n’y a aucune maladie, qui ait pour base une substance matérielle, mais chacune d’elles consiste seulement en une altération particulière virtuelle de la santé 1). Cela supposé, comme
1) Mais ne faut -il pas purger les vers dans les maladies vermineuses ? Il est vrai que l’évacuation a ici une apparence de nécessité , mais cette apparence est fausse. Quelque peu de strongles se trouvent peut-être chez la plupart des enfans,
on ne sauroit en douter, un procédé médical destiné à faire évacuer cette matière imaginaire, doit
même les plus sains , et telle ou telle espèce de ver solitaire se trouve chez plusieurs adultes. La trop grande quantité de strongles chez les enfans provient d’un état maladif général de leur corps, et pour l’ordinaire d’un régime de vie malsain. Corrigez le régime de ces enfans et guérissez leur état valétudinaire homoeopathiquement, comme d’autres maladies, et il ne restera plus que le peu de strongles qui sont propres à l’enfance et qui n’incommodent jamais les enfans hien-portans ; dans la règle ce peu de strongles disparoissent aussi entièrement chez les personnes adultes. Des indispositions subites qui semblent provenir des strongles , mais qui en effet ne sont qu’une maladie survenue d’autre part et par laquelle les strongles souffrent secondairement, sont pour l’ordinaire rapidement guéries par une très -petite dose de teinture de barbotine. L’enfant redevient alors bien portant, et les strongles deviennent aussi tranquilles que s’ils n’existoient pas, .tels qu’ils le sont chez des enfans sains.
„Mais le ver solitaire, dira- 1- on, ce monstre créé pour le „tournent de l’homme, doit pourtant être chassé de vive „ force ? “
Oui, il est quelquefois chassé, mais par quelles douleurs, et quelles en sont les suites fâcheuses et les périls pour la vie! Je ne voudrois pas avoir sur ma conscience la mort de tant de centaines de personnes qui ont perdu la vie par les purgatifs les plus violons, employés jusqu’ici contre le ver solitaire, ni la cacochymie chronique de tant d’autres qui ont encore échappé à ce supplice. Et combien de fois le ver solitaire n’est- il pas du tout expulsé par toutes ces cures, qui durent souvent plusieurs années et détruisent la santé et la vie ! Mais que diriezvous, si l’expulsion violente ou la mort de cet animal n’étoit point du tout nécessaire?
La famille des vers intestinaux, et nommément le ver solitaire, n’a pas été créée de Dieu pour notre tourment.. Il peut nous être indifférent de donner l’hospitalité à un ver solitaire ou non, pourvu que du reste nous soyons bien-portans. Tant
paroltre pitoyable et inconvenant aux yeux de tout homme sensé, car on ne gagnera rien par une telle cure, mais on nuira toujours bien plutôt.
que nous sommes sains, cette créature, merveilleusement formée, ne vit pas immédiatement dans nos boyaux, mais dans les reliquats de la nourriture que nous avo'ns prise, c. à d. dans les immondices des boyaux. Là elle vit tranquille comme dans un monde isolée et ne nous incommode pas du tout. Il y a bien dçs personnes qui se portent habituellement bien et qui perdent pourtant de temps en temps quelques membres du ver solitaire. Il a été créé pour vivre et pour trouver sa nourriture dans les immondices des boyaux qui ne contiennent plus rien d’utile pour nous. Tant que nous sommes sains, il ne touche pas nos boyaux et ne nous fait point de mal. Mais son séjour lui devient odieux dès que l’homme est malade, car le contenu des boyaux lui est alors insupportable. Il se tortille donc à cause de son mal -aise, touche et blesse par là aussi les parois sensibles des boyaux, et augmente ainsi les souffrances du malade. (Il en est de même du fruit dans le ventre de la mère. Quand celle - ci tombe malade , le fruit devient inquiet, se tord et s’agite, mais quand elle a repris la santé, il nage tranquillement dans son eau, sans causer la moindre incommodité à la mère. 11 est remarquable que les symptômes que nous offre alors le malade, trouvent pour la plupart un remède homoeopathique et rapide dans la plus petite dose de teinture de la racine mâle de la fougère. La maladie de l’homme étant levée par là, le ver solitaire se porte bien de nouveau, et recommence à vivre tranquillement dans les immondices des boyaux sans incommoder d’avantage.
Le ver solitaire ne vit dans l’homme sain que peu d’années, c. à d. aussi longtemps que les immondices des boyaux ont une qualité, telle qu’elles contiennent encore de la nourriture pour ce ver. Il se montre pour l’ordinaire avant la puberté, mais aussi, quoique plus rarement, dans d’autres périodes de la vie. Mais quand l’homme change insensiblement sa nature, et qu’il devient plus parfait et plus vigoureux, les immondices de ses boyaux ne contiennent plus de nourriture propre au ver solitaire;
L'organisme agit au moyen d’un principe immatériel soit dans l’état de santé, soit dans l’état de maladie, avec la seule différence, que cette activité est irrégulière dans le dernier cas. Or il ne peut être regardé alors comme une outre inanimée et souillée, qu’il ne faut que balayer et rincer avec soin afin de pouvoir s’en servir de nouveau. Non ! Les matières dégénérées et impures qui paroissent alors, ne sont que des produits de la maladie de l’organisme qui se trouve dans un état d’altération. Il les fait souvent évacuer luimême d’une manière violente A), (quelque fois
celui-ci diminue alors et s’anéantit enfin tout- à -fait, comme s’il eut péri de faim et de vieillesse.
Il s’ensuit donc que le médecin ne sauroit traiter plus sagement les personnes qui ont le ver solitaire, qu’en guérissant de temps en temps, suivant la manière susdite, les maladies qui les attaquent, et qu’en les entretenant dans l’état de santé. Car de cette façon ce ver sera aussi tranquille que s’il n’existoit pas, et quand le corps de ces personnes sera arrivé au degré de perfection nécessaire, le ver solitaire disparoîtra de lui -même, périssant de faim ou de vieillesse, et les personnes qui en étoient affectées n’en sentiront plus rien, quand même il leur surviendroit une indisposition légère.
1) Il est vraisemblable, que le faux jugement que les médecins ont porté sur les crises qui ont lieu vers la fin des maladies aigues, les a confirmés dans l’opinion que les maladies avoient pour base une substance matérielle, et qu’il étoit impossible de les guérir sans faire évacuer cette substance. Dans ces secours que la nature se porte quelquefois à elle -même, dans des maladies qui n’ont pas été traitées par des raédicamens, on crut voir des procédés dignes d’être imités dans les cures médicales. On s’est trompé. Ces efforts pénibles et très-im-
rnême trop violente), sans avoir besoin d’un secours artificiel, et il en engendre toujours de nou-
parfaits que fait la nature quand elle se secourt elle -même, doivent plutôt nous exhorter à avoir pitié d’elle et à employer toutes les forces de notre esprit pour faire cesser ces toumens par une véritable guérison. Si la nature ne pèut guérir homoeopathiquement une maladie en lui faisant survenir un autre mal semblable (§. 41.), chose, qui est très - rarement en son pouvoir (§. 45.), et si l’organisme abandonné à lui -même doit vaincre seul par ses propres forces une maladie nouvellement née, (car dans les maladies chroniques sa résistance est pour l’ordinaire impuissante) , nous ne voyons qu’un effort pénible et souvent dangereux de la nature pour se sauver à tout prix, effort qui souvent finit par la dissolution de l’existence elle -même.
De même que nous autres mortels ne pouvons comprendre le procédé de l’économie vitale quand le corps est en santé, (car ce spectacle ne s’offre qu’à l’oeil clair-voyant du créateur), de même nous ne pouvons comprendre ce procédé intérieur, quand l’état de santé est troublé dans les maladies. Ce procédé intérieur dans les maladies ne se manifeste que par les changemens, les incommodités et les symptômes perceptibles, qui prouvent les perturbations intérieures de notre existence, de façon que nous n’apprenons pas même dans un certain cas de maladie, lesquels des symptômes sont les effets primitifs de la puissance morbifique, et lesquels sont des réactions de la nature qui veut se porter du secours à elle -même. Ces deux espèces de symptômes se confondent à nos yeux et nous offrent une image que le mal total dans notre intérieur réfléchit au dehors ; car les efforts non- efficaces , que fait la nature abandonnée à elle -même pour finir ses souffrances, deviennent eux- mêmes des souffrances de l’organisme entier. C’est pourquoi les évacuations qu’opère quelquefois la nature vers la fin des maladies récemment nées, et que l’on nomme des crises, causent quelquefois plus de souffrance, qu’elles ne procurent de secours.
Ce que la nature opère dans ces crises nous reste caché, comme tout autre procédé qui se fait dans l’intérieur de notre
veiles tant qu’il souffre de cette maladie. Ces matières s’offrent au vrai médecin comme des symptômes du mal, qui lui font connoitre la qualité et l’image de la maladie, et qui lui indiquent par quel remède il faut l’anéantir.
Guérissez la maladie, et vous ferez tarir en môme temps la source de toutes ces substances dégénérées, de tous ces excrémens de la maladie et de tout ce que l’on a regardé jusqu’à présent comme matière morbifique x). Voilà ce qui se
organisme. Voilà cependant ce qu’il y a de sur, c’est que la nature en faisant cet effort, sacrifie et détruit plus ou moins des parties souffrantes pour sauver le reste, et qu’il est faux de croire qu’elle veuille faire une évacuation salutaire de la matière morbifique, car celle-ci n’a jamais existé.
La nature ne peut se sauver des maladies que par la destruction et le sacrifice d’une partie de l’organisme, et quand même la mort ne s’ensuit pas alors , elle ne peut rétablir que lentement et pour l’ordinaire imparfaitement l’harmonie entière de la vie et la vigueur de la santé. Nous pouvons comprendre ceci par la grande foiblesse qui reste après de tels rétablissemens (opérés par la nature elle -même) dans les parties qui avoient été exposées à la souffrance, et même dans le corps entier, par la maigreur du corps, etc. etc.
En un mot tout ce procédé, par lequel l’organisme, affecté d’une maladie, veut se secourir lui -même, n’offre à l’observateur que des souffrances, et rien qu’il puisse ou doive imiter pour secourir un malade en véritable médecin.
1) La maladie vénérienne avec le chancre encore existant et la gale des ouvriers en laine, maladies qui toutes deux, selon l’erreur générale des médecins, doivent être fondées sur une substance morbifique matérielle, sont guéries en peu de temps de la manière la plus certaine, la plus rapide, la plus douce
nomme guérir. On trouve facilement cette manière de guérir véritable, rapide, douce et durable, en faisant attention au procédé de la nature. Nous apprenons par là d’un côté, qu’il faut éviter tout procédé, par lequel la nature même ne peut effectuer une guérison, savoir si elle fait survenir au mal originaire une nouvelle maladie dissemblable, (allopathique), par laquelle ce premier mal n’est jamais anéanti, mais toujours augmenté (§. 31. 33. 35.). Mais de l’autre côté nous apprenons aussi, qu’il faut imiter les cures efficaces de la nature (§. 41.), dans lesquelles elle détruit et guérit rapidement le mal originaire en lui faisant survenir une nouvelle maladie semblable, quoique non égale.
Ces guérisons de la nature se font, comme on voit, uniquement par la voie homoeopathique, que nous avons aussi trouvée ci-dessus d’une autre manière, par des expériences et des conclusions (§. 8 — 18). Cette voie est donc la seule véritable, par laquelle l’art peut aussi détruire les maladies de la manière la plus certaine, la plus rapide et la plus durable, parceque cette méthode de guérir est fondée sur une loi éternelle et infaillible.
J’ai déjà remarqué plus en haut qu’il n’y a que
et la plus parfaite, et sans aucun remède extérieur, par quelques doses des meilleures préparations de leurs remèdes spécifiques , qui n’excitent aucune évacuation de la selle, de l’urine, de la sueur ou de la salive.
trois méthodes possibles d’employer les médicamens selon leurs effets spécifiques , savoir :
Premièrement, la méthode allopathique, qui use d’une puissance morbifique dissemblable de la maladie à guérir, méthode, par laquelle la nature elle-même, comme je l’ai démontré par une quantité d’exemples (§. 31. 33. 35.), ne peut guérir aucun mal, mais le fait toujours empirer.
Secondement, la méthode homoeopathique, qui emploie contre les maladies des puissances morbifiques semblables. Elle est, comme nous l’avons vu, celle, par laquelle a été opérée toute véritable guérison de la nature *) ; elle est aussi celle, au moyen de laquelle le médecin 1 2) peut uniquement et avec certitude effectuer la guérison, c. à d. en usant d’un médicament qui puisse exciter dans un corps sain la totalité des symptômes de la maladie naturelle dans la plus grande ressemblance possible.
La troisième méthode d’employer les médicamens contre les maladies est la méthode antipathique ou palliative. C’est celle, par laquelle le médecin a pu encore jusqu’à présent se donner la plus grande apparence de porter des secours au malade, et par laquelle il a pu espérer le plus certainement de gagner sa confiance, en le trompant par un amendement momentané. C’est de cette troisième méthode, qu’il nous reste à parler à présent.
1) Voyez, les §§. 38. 39. 40 et 41.
2) Voyez l’introduction.
Un médecin ordinaire, qui veut procéder antipathiquement, fait attention à un seul symptôme, principalement incommode, sans se soucier du grand nombre des autres symptômes de la maladie. Puis il donne un remède, connu pour produire justement le contraire du symptôme à détruire. Car suivant la règle: „Contraria contrariis“, mise en avant depuis plus de mille ans par l'ancienne école médicale, il doit attendre de ce remède le secours le plus prompt (secours palliatif). Il ordonne donc de fortes doses du suc de pavots contre des douleurs de toute espèce, parceque ce remède engourdit rapidement le sentiment. Il donne le même remède contre la diarrhée, parcequ’il empêche bientôt le mouvement péristaltique du canal intestinal et le rend insensible. Il le donne encore contre l’insomnie, parcequ’il cause soudainement un sommeil engourdi et stupide. Il emploie des purgatifs, si le malade souffre depuis longtemps d’obstructions et de constipations de ventre. Il fait mettre la main brûlée dans l’eau froide, qui par sa froideur semble bannir à l’instant même, comme par un enchantement, la douleur causée par la brûlure. Il place le malade, qui se plaint de froid et de manque de chaleur vitale, dans des bains chauds qui le réchauffent aussitôt, et à celui, qui est affoibli par un mal chronique, il fait boire du vin qui le ranime et le recrée à l’instant même. C’est ainsi qu’il emploie encore quelques autres remèdes opposés à la maladie ( remèdes antipathiques); mais outre ceux que je viens de nommer, il ne lui en reste qu’un petit nombre
d’autres-, parceque l’art médical ordinaire ne connoit les effets spécifiques (effets primitifs) que de peu de remèdes.
En faisant la critique de cette troisième méthode d’employer les médicamens, je veux passer sur la circonstance, que premièrement elle a le défaut de ne parer qu’à un seul symptôme et par conséquent à une petite partie de l’ensemble, de façon que l’on n’en peut pas attendre du secours contre le total de la maladie, ce que le malade desire pourtant uniquement *). Mais je demande seulement à l’expérience, si dans un seul cas, où l’on a fait usage de médicamens antipathiques, contre un mal chronique ou continu, la souffrance que l’on avoit premièrement appaisée pour peu de temps, d’une manière palliative, n’a pas empiré bientôt après de même que toute la maladie ? Tout observateur attentif sera d’accord ici, qu’après un tel soulagement antipathique, de courte durée, il s’ensuit toujours, et sans exception, une augmentation du mal, quoique le médecin vulgaire veuille expliquer celle-ci d’une autre manière au malade, en l’attribuant à une malignité de la maladie originaire qui, à ce qu’il prétend, ne s’est manifestée qu’à présent 1 2).
1) Yoy cz la note du §. 8.
2) Quoique jusqu’à présent les médecins n’aient pas eu coutume de faire beaucoup d’observations pures , l’augmentation du mal qui résultait immanquablement de l’usage des palliatifs, ne pouvoit pourtant pas 'leur échapper. Un exemple frappant de ce genre se trouve dans un écrit de J. H. Schulze , Disser-
Jamais des symptômes importans d’une maladie continue n’ont été traités avec de pareils remèdes opposés et palliatifs, que le soulagement qui en résultoit au commencement, n’ait été suivi peu d’heures après d’un état contraire, c. à d. du retour et même de l’augmentation évidente du mal. C’est ainsi que l’on a donné du café contre une somnolence diurne chronique, parceque le café tient éveillé par son effet primitif, mais dès que cet effet eut cessé, la somnolence augmenta. Contre un réveil fréquent pendant la nuit on a ordonné de prendre le soir du suc de pavots qui, selon son effet primitif, produisoit pendant cette nuit un sommeil engourdi et stupide, mais les nuits suivantes le sommeil étoit d'autant plus rare. On a aussi opposé le suc de pavots à des diar-
tatio , qua corporis humani momentanearum alterationum specimina quaedam expenduntur, Halae 1741. §. 28. Quelque chose de semblable nous est attesté par JVUlis , dans Pbarmac. ration. Sect. 7. Cap. 1. p. 298, en disant: Opiata dolores atrocissimos plerumque sedant atque indolentiam procurant, eamque aliquamdiu et pro stato quodam tempore continuant, quo spatio elapso dolores mox recrudescunt et brevi ad solitam ferociam augentur. — Le même TVillis dit encore dans le livre susdit, p. 295. : Exactis opii viribus illico redeunt tormina, nec atrocitatem suarn remittunt, nisi dum ab eodem pharmaco rursus incantantur. — C’est ainsi que Hunter , dans son ouvrage sur les maladies vénériennes p. 13. dit : Que le vin augmente l’activité dans le corps des personnes foibles sans leur communiquer une véritable vigueur, et que les forces s’affaissent ensuite dans la même proportion, dans laquelle elles avoient été excitées, de façon que l’on ne gagne rien par là, mais que la plus grande partie des forces se perd.
rhées chroniques, parcequ’il constipe le ventre par son effet primitif, mais après avoir arrêté pour peu de temps la diarrhée, celle-ci devient d’au« tant plus forte. Ce n’est que pour peu de temps que l’on peut supprimer toute espèce de douleurs violentes et fréquentes par le suc de pavots; mais ensuite elles reviennent toujours pires et augmentent souvent à un degré insupportable. Le médecin vulgaire ne connoit aucun autre remède contre une toux nocturne chronique, que le suc de pavots qui dans son effet primitif supprime toute irritation ; la toux en sera peut-être appaisée la première nuit, mais les nuits suivantes elle deviendra plus violente, et si le médecin continue d’ordonner ce palliatif en doses graduellement augmentées il surviendra encore de la fièvre et des sueurs nocturnes. On a tâché de guérir une foiblesse de vessie et une rétention d’urine, qui en étoit provenue, par la teinture de cantharides, remède opposé et antipathique qui irrite les urétères et qui opère bien au commencement une évacuation forcée des urines, mais qui ensuite rend la vessie encore moins irritable et moins capable de se resserrer, et peut facilement causer une paralysie de cet organe. — Par des purgatifs et des sels laxatifs, qui dans de fortes doses excitent des évacuations fréquentes des boyaux, on a cherché à bannir l’inclination chronique aux constipations de ventre, mais l’effet secondaire de ces médicamens a toujours été que le ventre en fut d’autant plus constipé. Le médecin vulgaire veut aussi enlever une foibîesse chronique en faisant boire au malade du vin qui au commencement excite les
forces, mais les fait baisser d’autant plus par son effet secondaire. Un tel médecin veut encore fortifier et échauffer des estomacs souffrans d’une froideur et d’une foiblesse chronique, par des épiceries échauffantes, mais ces palliatifs rendent l’estomac encore bien plus inactif par leur effet secondaire. On a prétendu de même que le manque de chaleur vitale et les frissons dévoient céder à des bains chauds, mais les malades en deviennent ensuite encore plus débiles et plus enclins aux frissons qu’ils ne l’étoient auparavant. Des parties fortement brûlées éprouvent un soulagement momentané par l’application de l’eau froide, mais bientôt après la douleur de la brûlure augmente d’une manière incroyable, l’inflammation fait des progrès et s’élève à un degré d’autant plus haut 1). — On veut guérir un enchifrenement invétéré par des sternutatoires qui excitent les secrétions morveuses, mais on ne s’aperçoit pas que ce mal empire par l’effet secondaire de ce remède, et que par conséquent le nez devient toujours plus obstrué. — Moyennant l’électricité et le galvanisme, puissances qui irritent fortement les muscles par leur effet primitif, on a mis subitement en un mouvement plus actif des membres affoiblis depuis longtemps et presque paralysés ; mais la suite (l’effet secondaire) en fut l’anéantissement de toute irritabilité des muscles et une paralysie complète. — On voulut faire cesser par des saignées une affluence chronique du sang vers la tête, mais il s’ensuivit toujours un plus grand
1) Voy ez l’introduction vers la fin.
bouillonnement du sang. — Un appesantissement paralytique des organes du corps et de l’esprit, joint à un manque de mémoire, sont des symptômes prédominans dans plusieurs espèces de typhus ; l’art médical ordinaire ne connoit point de meilleur remède contre ce mal que de grandes doses de valériane , parcequ’on prétend que celle-ci est un des meilleurs remèdes excitatifs et propre à donner de la mobilité. Mais il a échappé à cette école que l’effet mentionné de la v alériane n’est que son effet primitif, et que l’organisme retombe certainement peu après par l’effet secondaire (effet réactif) dans un engourdissement et une immobilité d’autant plus grande, c. à d. dans une véritable paralysie des organes de l’esprit et du corps , qui peut même finir par la mort ; elle ne vit pas, dis -je, que ce furent justement les maladies, que l’on avoit nourris le plus copieusement de v alériane (remède opposé et antipathique), qui moururent le plus fréquemment de tous. — En un mot la fausse théorie ne vit pas, combien de fois l’effet secondaire des remèdes antipathiques augmenta le mal ou amena encore quelque chose de pire, mais l’expérience nous en donne des preuves effrayantes.
Quand ces suites fâcheuses de l’usage antipathique des médicamens viennent à se manifester, le médecin vulgaire croit trouver un expédient en donnant une dose plus forte chaque fois que le mal empire de nouveau. Mais il ne s’ensuit qu’un soulagement de courte durée, et quand il devient nécessaire d’augmenter toujours le palliatif de degré
en
en degré, il en résulte un autre mal plus grand, qui met souvent la vie en péril et peut meme causer la mort, mais jamais cela n’amène la guérison d’un mal qui a déjà existé pendant quelque temps ou qui étoit déjà invétéré.
Si les médecins eussent réfléchi sur des suites aussi tristes de l’application de remèdes contraires aux symptômes de la maladie, ils auroient trouvé depuis longtemps la grande vérité, que c’est justement dans le procédé opposé de ce traitement antipathique, qu’il faut chercher la manière de guérir réelle et durable. Ils auroient compris, qu’ainsi qu’un effet médicinal opposé à la maladie (remède antipathique), ne procure qu’un soulagement de courte durée, après lequel s’ensuit toujours une augmentation du mal, de même le procédé contraire à celui-ci, c. à d. l’application homoeopathique des médicamens, qui se fait selon la ressemblance des symptômes, doit procurer une guérison durable et parfaite. Mais malgré cela, malgré le fait, qu’aucun médecin n’a jamais effectué une guérison durable et complète, s’il ne se trouvoit dans sa recette un remède homoeopathique prédominant 1), malgré la circonstance que toute guérison rapide et parfaite, que la nature opère d’elle même, a toujours été effectué par une nouvelle maladie semblable, survenue à l’ancienne, malgré tout cela, dis -je, ils ne trouvèrent
1) Voyet l’introduction.
pas, dans une aussi longue série de plusieurs siècles, cette vérité seule salutaire.
La cause de ces suites pernicieuses du procédé palliatif ou antipathique d’un côté et du succès salutaire du procédé homoeopathique de l’autre, se trouve expliquée par les résultats suivans, que fai tirés d’une quantité d’observations. Personne ne les a trouvés avant moi, quoiqu’ils fussent placés assez près et quoiqu’ils soient d’une aussi grande clarté que d’une importance infinie pour l’art de guérir.
Chaque médicament étant une puissance qui influe sur nos facultés vitales, produit un changement de santé qui peut être d’une durée ou plus longue ou plus courte. On nomme ce changement l’effet primitif. Notre organisme s’efforce toujours d’opposer à cette influence un état contraire, (pourvu qu’un tel état puisse exister positivement dans un certain cas) ; on nomme cet état opposé l’effet secondaire ou réactif.
Il semble que durant l’effet primitif des puissances morbifiques artificielles (médicamens) sur un corps sain, celui-ci joue au commencement un rôle simplement passif, comme s’il étoit obligé de recevoir et de souffrir les impressions de la puissance externe, qui agit sur lui. Mais après il semble qu’il se recueille et qu’il oppose à cette influence un état de santé justement contraire, (effet réactif, effet secondaire), et que la grandeur de cet effort de l’organisme se trouve en
relation avec la force de l’influence que le médicament a voit eue sur lui, et avec la mesure de sa propre force vitale.
Les exemples qui prouvent cette vérité, se présentent aux yeux de chacun. Une main baignée dans l’eau chaude a bien plus de chaleur au commencement que l’autre main non -baignée (effet primitif) ; mais après quelque temps elle devient froide et bien plus froide que l’autre (effet réactif ou secondaire). Le grand échauffement qui provient d’un exercice violent (effet primitif), est suivi de frissons et de tressaillemens (effet réactif). Un bras enfoncé longtemps dans l’eau la plus froide est au commencement bien plus pâle et bien plus froid que l’autre (effet primitif), mais ensuite il devient non seulement plus chaud que l’autre, mais même très -chaud, rouge et enflammé (effet réactif). Après avoir pris du café fort, nous sentons une vivacité excessive (effet primitif), mais ensuite il nous reste une longue pesanteur et une forte inclination au sommeil (effet réactif), si nous ne chassons celle-ci de nouveau, pour quelque temps, en prenant derechef du café (méthode palliative). Après s’être procuré un sommeil profond et engourdi par le suc de pavots (effet primitif), on trouve d’autant moins de sommeil la nuit suivante (effet réactif). Après une constipation de ventre produite par le suc de pavots (effet primitif), il s’ensuit une diarrhée (effet réactif), et après l’évacuation opérée par des médicamens qui irritent les boyaux (effet primitif), il s’ensuit une obstruction et une constipation du ventre
pendant plusieurs jours (effet réactif). C’est ainsi que notre organisme produit toujours visiblement l’état opposé à l’impression qu’il a reçue par une influence externe. Chaque effet primitif d’un médicament, qui, donné en grande dose, est capable d’altérer fortement l’état d’un corps sain, est suivi d’un état justement opposé, produit par notre faculté vitale (pourvu que dans un certain cas un tel état opposé soit positivement possible).
On conçoit facilement qu’après l’influence de très-petites doses de médicamens homoeopathiques un effet réactif aussi visible ne peut être remarqué. Il est vrai, qu’il en resuite aussi de petits effets primitifs que l’on peut observer en y faisant l’attention nécessaire. Mais l’effet réactif ou secondaire que fait ensuite l’organisme, n’est pas plus fort qu’il n’est justement nécessaire pour rétablir la santé.
Ces faits incontestables, que nous offre la nature et l’expérience, nous expliquent pourquoi d’un côté le procédé homoeopathique est aussi favorable à la guérison, et nous donnent de l’autre la conviction de l’absurdité du procédé antipathique ou palliatif *).
1) Ce n’est qu’en cas de dangers très-urgens et de maux qui ont nouvellement attaqué des personnes auparavant saines , p. e. en cas d’asphyxie et de mort apparente causée par un coup de foudre, par une suffocation, par un froid excessif etc. etc., qu’il est permi et convenable d’exciter avant tout l’irritabilité et la sensibilité du corps, (vie physique), par un palliatif, p. e. par des commotions électriques légères, par des lavemens de café
Quant aux guérisons homoeopathiques, les doses extrêmement petites, que ce procédé demande, suffisent justement pour surmonter et anéantir par leurs symptômes semblables la maladie naturelle. Il est vrai qu’il reste au commencement dans l’organisme une petite maladie médicinale; mais la dose ayant été si extrêmement petite, cette maladie artificielle est si légère et si passagère, que l’effort opposé que l’organisme fait contre elle, n’est pas plus grand qu’il ne faut pour rétablir parfaitement la santé. Cet effort sera donc trèspetit, parceque tous les symptômes de la maladie naturelle sont déjà anéantis*
Pour ce qui est du procédé antipathique ou
fort, par des odeurs excitatives , par des caléfactions progressives etc. etc. Alors la vie physique étant une fois excitée de nouveau, les organes vitaux recommencent leurs fonctions régulières , comme on pouvoit s’y attendre d’un corps auparavant sain. — De ce nombre sont encore plusieurs antidotes contre des empoisonneraens subits , p. e. les alcalis contre des acides minéraux, p. e. le foie du soufre contre des poisons métalliques; le café, le camphre (et l’ipécacuana ) contre l’empoisonnement avec de l’opium, etc. etc.
Il ne faut pas croire, qu’un remède homoeopatlnque soit inconvenant dans un certain cas de maladie, si quelques symptômes du remède répondent antipathiquement à la dite maladie, lorsqu’ils sont de petite ou de moyenne importance; il suffit que ceux des symptômes de la maladie, qui sont les plus forts et les plus marquans, (symptômes caractéristiques ) , trouvent dans le remède des symptômes semblables qui l’emportent sur eux, les anéantissent et les éteignent. Dans ce cas les autres symptômes disparoissent d’eux mêmes , après que le remède a cessé d’agir, sans retarder du tout la guérison.
palliatif, il arrive ici justement le contraire. Il est vrai, que le symptôme du remède que le médecin oppose ici au symptôme de la maladie, (p. e. l’insensibilité et l’engourdissement que produit le suc de pavots dans son effet primitif, opposé à une douleur sensible), n’est pas étranger à celui-ci. Tous les deux se trouvent dans une relation évidente , maisinverse. L’anéantissement du symptôme de la maladie doit être effectué ici par un symptôme médicinal contraire; mais voilà ce qui est impossible. Il est vrai que le remède antipathique touche justement la partie affectée de l’organisme aussi bien que le remède homoeopathique ; mais le premier ne fait que couvrir le symptôme de maladie et le rendre insensible pour peu de temps. En effet dans le premier moment de l’influence du palliatif opposé, l’organisme n’a aucune sensation désagréable, ni du symptôme de la maladie, ni de celui du médicament, et il paroit que tous les deux se soient anéantis réciproquement, et que pour ainsi dire l’un ait été neutralisé d’une manière dynamique par l’autre , (p. e. la douleùr par la faculté engourdissante du suc de pavots, car dans les premières minutes l’organisme ne sent rien, ni de l’engourdissement, ni de la douleur). Mais le symptôme médicinal contraire ne peut pas occuper la place de la maladie existante dans l’organisme, comme il arrive par le procédé homoeopathique, où le remède excite une maladie artificielle très-semblable à la maladie naturelle, quoique plus forte. Le médicament palliatif étant contraire à la maladie et par là différent, doit la laisser non -anéantie. Ce
n'est qu'au commencement de son effet qu'elle rend le mal insensible et qu’elle semble opérer une neutralisation dynamique 1 ). Mais cet effet médicinal s'évanouit bientôt comme toute maladie médicinale, et le remède antipathique abandonne la maladie non seulement dans l'état où elle se trouvoit auparavant, mais il oblige encore l’organisme de produire un effet opposé à l’effet palliatif 2), (car tous les médicamens palliatifs doivent être donnés en grandes doses pour opérer un soulagement apparent). Cet état opposé est donc le contraire de l’effet primitif du remède et par conséquent un état semblable à la maladie naturelle. Celle-ci, bien loin d’être anéantie, est donc encore renforcée et augmentée par ce nouveau mal que l’organisme y ajoute (effet réactif, qui suit le palliatif). Le symptôme de la maladie (et même toute la maladie) empire donc après que le pal-
1) Dans le corps de l’homme il ne se fait point de neutralisation stable des sensations opposées, comme elle se fait par rapport à des substances de qualités opposées dans un laboratoire chymique, où p. e. l’acide sulfureux et l’alcali de potasse forment en s’unissant une substance particulière, un sel neutre, qui n’est plus ni acide, ni alcali, et ne se décompose pas môme au feu. De telles fontes et de telles unions intimes, produisant quelque chose de stable, de neutre et d’indifférent, n’ont jamais lieu, comme je l’ai déjà dit, dans nos organes sensitifs par rapport à des impressions d’une nature contraire. Il y a bien une apparence de neutralisation et d’anéantissement réciproque au commencement, mais cela n’a point de durée. Un spectacle riant ne fera sécher que pour peu de temps les larmes d’un affligé ; bientôt il oublie les farces et ses larmes coulent d’autant plus abondamment.
2) Voyez §. 74 - 76.
liatif a cessé son effet, et il empire en proportion de lagrandeurdes doses. Plus la dose du suc de pavots, que l’on avoit donnée pour appaiser la douleur, a été grande, plus la douleur augmente au-delà de sa violence primitive après que le remède a cessé son effet *).
Après ce qui vient d’être dit on ne sauroit méconnoître les vérités suivantes :
1) L’unique objet de la guérison, que les maladies offrent au médecin, consiste dans les incommodités du malade et dans les changemens de son état de santé qui sont perceptibles aux sens, en un mot dans la totalité des symptômes par lesquels la maladie indique le médicament propre à lui porter du secours. Mais au contraire toute cause intérieure et toute qualité occulte que l’on attribue à la maladie, est un vain songe.
2) L’affection de notre organisme que nous nommons maladie, ne peut être changé en état de santé que par une autre affection de l’organisme, au moyen des médicamens. La vertu curative des médicamens consiste donc uniquement dans le changement qu’ils opèrent sur la santé des hommes, c. à d. dans l’excitation
1) Ainsi dans «ne prison obscure, où le prisonnier ne pouvoit reconnoître qu’avec peine les objets les plus proches, de l’esprit de vin subitement allumé répand une clarté consolante. Mais la flamme venant à s’éteindre, plus elle a été claire, plus la nuit, qui entoure le malheureux, lui paroîtra obscure, et ui laissera encore apercevoir moins qu’auparavant les objets qui l'entourent.
spécifique de certains symptômes de maladie, et cette vertu peut être reconnue de la manière la plus claire et la plus pure par des essais faits sur des hommes sains.
3) Selon toutes les expériences il est impossible de guérir une maladie naturelle par des remèdes qui produisent dans des hommes bien portans un état de maladie étranger à la maladie naturelle (symptômes dissemblables). Jamais il ne s’opère non plus une guérison naturelle dans laquelle une maladie soit anéantie par une autre survenue qui lui est dissemblable, quelque forte que soit celle-ci. Par conséquent on ne pourra jamais guérir personne par une cure allopathique.
4) De même il est impossible, selon toutes les expériences, qu’une maladie qui a déjà duré quelque temps, puisse être guérie par un remède qui produit dans un corps sain un symptôme artificiel contraire à un certain symptôme de la maladie naturelle. Il ne produit qu’un soulagement passager, et la fait toujours empirer ensuite. Par conséquent il est tout-à-fait contraire au but d’employer la méthode antipathique ou palliative dans des maux qui sont de quelque durée et de quelque importance.
5) Le troisième procédé, le seul qui soit encore possible, le procédé homoeopathique, qui emploie, contre la totalité des symptômes d’une maladie naturelle, un médicament capable de produire dans un homme bien portant des symptômes artificiels aussi semblables que possible aux symptômes existans, est la seule
méthode salutaire, par laquelle les maladies sont toujours anéanties d’une manière rapide, facile, certaine, parfaite et durable. Aussi la nature elle -même nous donne ici l’exemple, car en ajoutant à une maladie existante une maladie nouvelle qui lui est semblable, elle guérit celle-là d’une manière rapide et durable.
Gomme on ne peut donc plus douter que les maladies des hommes ne consistent qu’en des groupes de certains symptômes, et que ces maladies ne peuvent être anéanties par des substances médicinales, que moyennant la qualité de celles-ci de produire des symptômes de maladie artificiels semblables à ceux de la maladie naturelle, (vérité qui forme la base de toute guérison réelle), le procédé curatif se réduira aux trois points suivans :
I. Comment le médecin recherchera -t- il l’objet de la guérison que doit lui offrir la maladie?
II. Comment trouvera -t-il les instrumens destinés à guérir les maladies naturelles, c. à d. les puissances morbifiques artificielles que contiennent les médicamens ?
III. Comment appliquera -t-il, de la manière la plus convenable, ces puissances morbifiques artificielles, (médicamens), à la guérison de la maladie ?
Pour ce qui est du premier point nous pouvons passer sans scrupule sur les malheureux essais qu’a faits jusqu’à présent l’école médicale, en se
formant de telles notions des maladies selon lesquelles on a pu établir d’avance des méthodes stables (thérapeutique), pour guérir toutes les maladies possibles dans la nature. Nous pouvons aussi passer sous silence, que Ton a tâché de réduire le nombre des maladies, ces déviations infiniment variées de l’état régulier de la santé, à un nombre modique de dénominations *) et de leur donner
1) Il est évident que le nom d’une maladie ne contribue en rien à sa guérison, supposé aussi que les maladies puissent recevoir des dénominations fixes , ce qui est pourtant aussi ' impossible que de vouloir donner un nom particulier à chaque nuage qui ne reparoîtra jamais sous la même forme et sous les mêmes nuances. Car l’indication qui doit guider le médecin dans le traitement de telle ou telle maladie, ne consiste que dans la recherche exacte de sa qualité individuelle, c. à d. dans l’investigation des signes, des incommodités, dès symptômes et des changemens de la santé, qui forment le caractère d’un certain cas de maladie, pour pouvoir choisir, contre cette totalité de maux, une maladie artificielle qui lui soit analogue, c. à d. un remède homoeopathique.
Il est vrai, qu’il y a quelque peu de maladies qui restent toujours les mêmes, parcequ’elles naissent toujours d’un miasme infectant semblable. Telle est la peste du Levant, la petite vérole, la vaccine, la rougeole, la fièvre scarlatine lisse et érysipélateuse (décrite par Sydenham , Withering et Plencitz , qui a disparu à présent en Allemagne), la fièvre miliaire pourprée ou le chien rouge, (qui est endémique en Hollande et qui a été répandue, il y a 18 ans en Allemagne, mais qui n’est à présent que sporadique chez nous, maladie que plusieurs médecins ont faussement fait passer pour la fièvre scarlatine), l’angine des parotides, la maladie vénérienne, la gale des ouvriers en laine, peut-être aussi la rage, qui provient de la morsure d’un chien enragé, la coqueluche et la plique. Toutes ces maladies se montrent si stables dans leur caractère et leur cours, que par -tout où elles
des descriptions stables, (qui varioient cependant suivant les différentes pathologies), afin de donner
paroissent on peut les reconnoître à leurs symptômes toujours constans comme des individus déjà connus. On a donc pu donner à chacune un nom particulier et tâcher d’établir pour chacune d’elles une méthode stable de traitement.
Mais l’on peut voir même par rapport à ces maladies stables, combien il est facile d’abuser du nom de la maladie, et de supposer de cette façon une chose tout -à -fait fausse à la place de la chose véritable, si l’on ne distingue pas les maladies d’après toute l’étendue de leurs symptômes. En voici un exemple :
En l’année 1801 je publiai un préservatif et un remède contre l’ancienne fièvre scarlatine lisse et érysipélateuse , décrite par Sydenham , fVithering et Plencitz , dont j’avois vu une épidémie un an auparavant ; la troisième que j’avois observée durant ma pratique. (Voyez mon écrit: Heilung und Verhütung des Scharlachfiebers, 1801). Dans le temps où mon écrit parut, il avoit justement pénétré en Saxe par la Hesse et la Thuringe une nouvelle maladie exanthématique, savoir la fièvre miliaire pourprée ou le chien rouge, originairement endémique en Hollande. Son exanthème consistoit en des miliaires d’un rouge foncé, qui se grouppoient en grandes taches. En chaque endroit où cette maladie pénétra, avoit régné bénignement quelques mois auparavant une véritable fièvre scarlatine. La nouvelle maladie se montra de même épidémique, mais avec une violence meurtrière, comme le font pour l’ordinaire toutes les maladies exanthématiques qui n’ont, encore jamais paru en de certains lieux. Lorsque durant l’épidémie de la véritable fièvre scarlatine, les médecins avoient donné aux enfans , que l’on en vouloit garantir, le préservatif trouvé par moi, qui consistoit en de très-petites doses de belladone^ les enfans avoient été en effet préservés de cette maladie, comme on peut le voir dans les feuilles du journal: Allgemeiner Anzeiger der D eutschen de ce temps. Mais lorsque les médecins prirent aussi la fièvre miliaire pourprée (le chien rouge) pour une espèce de fièvre scarlatine, et voulurent la traiter d’après
un aperçu facile du procédé médical pour chaque forme de maladie qui se trouvoit définie artificiel-
la même méthode, quoique dans tous ses symptômes elle fut bien différente de la véritable fièvre scarlatine (qui est lisse et qui a des taches d’un rouge d’écrévisse), et qu’ils administrèrent encore ici la b elladone comme préservatif, ce remède devint naturellement inutile. On décria alors la nullité de mon préservatif, au lieu d’accuser au contraire la folie de ceux qui avoient confondu deux maladies très-différentes et leur avoient donné le même nom. Après cette première épidémie du chien rouge, la véritable fièvre scarlatine, décrite par Sydenham , ne se montra que très - rarement ça et là. Si l’on se plaignoit en quelque endroit, que la fièvre scarlatine faisoit mourir des personnes , c’étoit la fièvre miliaire pourprée faussement dite scarlatine, qui en étoit la cause, et qui après sa première épidémie ne fut plus que sporadique. Etant rentré en Saxe, je vis et je traitai moimême cette nouvelle fièvre, et je ne manquai pas de faire observer publiquement aux médecins , qu’ils avoient confondu deux maladies différentes sous le même nom. Mais tout fut inutile ; on continua d’attribuer le faux nom de fièvre scarlatine à la fièvre miliaire pourprée, et d’y appliquer un traitement inconvenant, cause de la grande mortalité dans cette maladie. (Cependant le chien rouge diffère dans tous ses rapports de la fièvre scarlatine, que plusieurs médecins n’avoient encore jamais vue, parcequ’elle ne régnoit pour l’ordinaire que tous les 8, 10, ou 12 ans. J’essayai encore une fois par la suite de mettre sous les yeux des médecins la grande diversité de ces deux maladies , et je publiai que la fièvre scarlatine, n’existant plus, avoit eu besoin de la belladone comme préservatif et remède unique, mais que la fièvre miliaire pourprée au contraire ne pouvoit être guérie que par de très -petites doses de 1 * Aconit e Napel. (Voyez: Allgemeiner Anzeiger d er D eu ts c h en , 1808, No. 160.). Je ne remarquai cependant pas que les médecins vulgaires, détrompés par cet avis, aient rénoncé à cette confusion des noms et aient cessé de pratiquer leurs cures usitées , ( consistans dans des purgatifs , dans du calomel , dans du thé de fleurs du sureau et dans la chaleur du lit), au lieu de sauver
lement dans la thérapeutique. Nous pouvons passer sous silence, que la pathologie générale a pro-
par l’Aconite les personnes attaquées de la fièvre miliaire pourprée. Et pourquoi ne le faisoient- ils donc pas? A cause de la fausse supposition du nom de fièvre scarlatine, qu’ils avoient une fois prise en affection. Ce fut ainsi qu’un nom trompeur et le traitement empirique déterminé par là, donna la mort à plusieurs milliers d’enfans.
D’autres maladies ne sont pas tellement stables, que leur nom puisse nous autoriser à les traiter d’une manière égale. Il est connu par exemple que la maladie, nommée fièvre jaune, se montra bien différente en différentes années et en différens lieux , et cependant on lui donna toujours le même nom et on la traita d’après la même méthode.
Combien de fois des enfans avec un peu d’oppression de poitrine et de toux enrouée, ont été déclarés attaqués du croup, et ont été tourmentés jusqu’à la mort par une quantité de sangsues, de saignées, de vessicatoires , par des frictions mercurielles, par de grandes doses de Calomel et de Sénéga, par des vomitifs violens etc. etc., uniquement à cause de l’abus que l’on faisoit du nom d’une autre maladie.
Quelle grande différence ne devroit-il pas exister entre le croup et l’asthme Miliarien, si l’on en croyoit les livres des médecins. Cependant C. JE. Fischer (voyez Hufel. Journ. 1813. Juli) nous montre que premièrement le croup est bien différent en lui -même, et qu’en second lieu le croup et l’asthme Miliarien ont ensemble plusieurs rapports et souvent passent aussi de l’un à l’autre, (v. encore Autenrieth , Versuche über die practische Heilkunde, I. 1. p. 5.); ce qui doit nous prouver, qu’il ne faut pas guérir ces deux maladies d’après leurs noms , mais d’après la totalité de leurs symptômes.
Et à quoi doivent sur -tout nous servir les autres noms pathologiques , dont chacun est attribué à des maladies bien différentes, comme: le mal caduc, la catalepsie, le tétanos, le mal de St. Guy, la pleurésie, la pulmonie, le diabètes, l’angine pectorale, douleur du visage, la dyssenterie, le pemphigus, le zona? (v. à l’égard de ces
posé certains états de maladie comme accidens communs à plusieurs maladies et comme toujours
deux dernières maladies: Kraft , dans Hufeland1 s Journal, 1813. Juli). A quoi doivent encore nous servir les noms suivans, plus abusifs et plus équivoques encore que les précédens , sous lesquels on embrasse des maladies extrêmement différentes qui souvent ne se ressemblent que par un seul symptôme, comme: la fièvre froide, la jaunisse, l’h y dr o p i s i e , la phthisie, la leucorrhoë, les hémorrhoïdes, le rhumatisme, l’apoplexie, les crampes, l’hystérie, l’hypocondrie, la mélancolie, la manie, l’angine, la paralysie, etc. etc. , maladies que l’on prétend être stables , et que l’on traite à cause de leur nom toujours sur le même modèle. Comment peut -on justifier par un tel nom un traitement médical homogène? Or, si la cure ne peut pas toujours être la même, pourquoi se sert- on du nom identique qui suppose égalité de cure? „Nihil sane in artem medicam pestiferum magis unquam irrepsit „malum, quam generalia quaedam nomma morbis imponere iis- ,, que aptare veile generalem quandam medicinam!“ C’est ainsi que nous parle Huxham , médecin aussi rempli de lumières que respectable par la délicatesse de sa conscience. (Y. Opéra phys. medic. Tom. T.). Aussi Fritze (Annalen, I. p 80.) se plaint : „ Que l’on donne le même nom à des maladies essen-
tiellement différentes.
Même ces sortes de maladies populaires qui se propagent vraisemblablement dans chaque épidémie particulière, par un miasme spécifique, reçoivent de l’école médicale de certains noms , comme si elles étoient des maladies stables qui reviennent toujours sous la même forme. C’est ainsi que l’on parle d’une fi èvre des hôpitaux, d’une fi èv r e d e s p ri s o n s, d’une fièvre des camps, d’une fièvre bilieuse, d’une fièvre nerveuse, d’une fièvre pituiteuse etc. etc., comme si l’apparition épidémique de ces fièvres n’étoit pas une nouvelle maladie qui n’a encore jamais existé entièrement sous les mêmes rapports, et qui diffère beaucoup de toutes les épidémies précédentes, tant à l’égard de son cours que de ses symptômes les plus marquans et de la manière dont elle se manifesta. Il faudroit heurter toute exactitude logique pour donner à ces
homogènes, (parceque l’esprit ami des systèmes croyoit les avoir fréquemment observé dans les
mala-
épidémies un de ces noms introduits par la pathologie et pour régler un traitement médical d’après un nom si abusif. L’honnête Sydenham, a été le seul qui ait compris cette vérité, car il insiste (Opera, Cap. 2. de morbis epidemicis, p. 43.) sur ce , que l’on ne doit jamais prendre une maladie épidémique pour la même qui s’est déjà montrée une fois, et que l’on ne doit pas la traiter selon la méthode déjà employée dans une précédente, toutes ces épidémies successives ayant été différentes l’une de l’autre : „Animum admiratione percellit, quam discolor et sui plane dissimilis morborum epidemicorum faciès ; quae tam aperta horum morborum diversitas tum propriis ac sibi peculiaribus symptomatibus , tum etiam medendi ratione, quam hi ab illis disparem sibi vindicant, satis illucescit. Ex quibus constat, morbos epidemicos, utut externa quatantenus specie et symptomatibus aliquot utrisque pariter convenire paullo incautioribus videantur, re tarnen ipsa, si bene adverteris animum, alienac admodum esse îndolis et distare ut aéra lupinis.“
Il est clair par tout ceci que ces noms inutiles et abusifs des maladies ne doivent avoir aucune influence sur la méthode de guérir que suit un véritable médecin. Il sait qu’il ne doit pas juger et guérir les maladies d’après la ressemblance vague du nom d’un seul symptôme d’une maladie avec celui d’une autre, mais d’après la totalité des signes de l’état individuel de chaque malade. Il sait qu’il doit investiger exactement les maux de celui-ci, mais non pas les présumer en se formant des hypothèses.
Si l’on croit néanmoins avoir quelquefois besoin de certains noms de maladies pour se faire entendre des laïques par peu de mots, quand il est question d’un malade, il ne faut s’en servir que comme de noms collectifs. Que l’on dise donc p. e. le malade a une espèce de mal de St. Guy, il a une espèce de fièvre nerveuse, il a une espèce de fièvre froide etc. Mais que l’on se garde bien de dire: Le malade a le mal de St. Guy, il a la fièvre nerveuse, il a l’hydropisic, il a
la
maladies), afin de pouvoir les détacher du reste de la maladie et de pouvoir les traiter d’après une méthode commune, exposée dans la thérapeutique générale, sans se soucier à quelle maladie ces accidens appartenoient. Ces constructions artificielles et ces dénominations d’un certain nombre d’espèces de maladies, ainsi que ces séparations contre nature de quelques fractions de l’ensemble des maladies, sont des choses aussi arbitraires et aussi évidemment controuvées pour le cadre thérapeutique, qu’elles ne méritent aucun égard ici, où l’objet de la guérison est chaque fois considéré dans toute son individualité, tel que le demandent les variétés infinies de la nature.
Excepté donc ce peu de maladies qui s’engendrent par un miasme spécifique et stable, ou qui naissent d’une puissance nuisible toujours égale, toutes les autres maladies, vices et cacochymies innombrables forment dans tous les cas un malêtre propre et particulier, parcequ’elles naissent d’un concours de causes et de puissances hétérogènes qui diffèrent extrêmement par rapport à leur nombre, à leur force et à leur qualité.
Car quelle quantité innombrable n’y a-t-il pas de choses malsaines et de puissances morbifiques ! Toutes les choses qui peuvent avoir quelques ef-
la fièvre froide, comme il n’y a point de maladies stables et toujours homogènes qui méritent ces noms ou d’autres semblables. Ce n’est qu’ainsi qu’on fera cesser l’illusion produite par ces dénominations.
fets, (choses dont le nombre est infini), peuvent influer sur notre organisme, qui se trouve en rapport avec toutes les parties de l’univers, et peuvent produire en lui des changemens. Or, chacune de ces choses étant différente des autres, le changement qu’elle produira le sera aussi par rapport aux changemens que produiront les autres.
Quelle grande diversité, oui, quelle diversité infinie doit donc exister dans les maladies, c. à d. dans les effets de l’influence de ces innombrables puissances ennemies 1), selon que celles-ci agissent séparément,
1) Voici quelques exemples de pareilles influences qui préparent ou engendrent des maladies : La quantité innombrable d’exhalaisons plus ou moins nuisibles qui sortent des substances inanimées ou organiques; — les diverses espèces de gaz, répandues en partie dans l’atmosphère, dans nos atteliers et dans nos demeures, ou qui émanent de la terre, de l’eau, de plusieurs plantes et animaux, qui exercent sur nos nerfs les irritations les plus variées et souvent même les plus destructives ; — le manque d’air pur et libre qui sert à la respiration et qui est une nourriture absolument nécessaire à notre principe vital ; — l’excès ou le défaut de la lumière du soleil ; — l’excès ou le manque de matières électriques ; — la différente force de gravité de l’atmosphère, son humidité ou sa sécheresse; les propriétés particulières et les effets nuisibles encore inconnus des contrées montagneuses très -élevées et des vallées ou des lieux extrêmement bas ; — les propriétés du climat dans les pays de plaines , ou des déserts privés de végétaux et d’eau, ou des contrées situées au bord de la mer, près des marais, des montagnes, des forêts , ou exposées aux différens vents ; — les propriétés des endroits situés sur un sol calcaire ou crayonneux, sablonneux ou marécageux ; — l’influence d’un temps trop variable ou trop fixe ; — l’influence des tempêtes et de plusieurs météores; la trop grande chaleur ou froideur de l’air; — le défaut
ou en plus grand ou en plus petit nombre sur notre santé, selon la succession dans laquelle elles
des vétemens nécessaires, ou l’excès de chaleur artificielle dans nos habits et dans nos demeures ; la compression de quelques membres de notre corps par différentes parties de l’habillement ; — le trop haut degré de chaleur ou de froideur de nos alimens et de nos boissons; — la faim et la soif, ou la réplétion excessive d’alimens et de boissons ; — l’usage immodéré du sel ou du sucre ; — les qualités médicinales et nuisibles que possèdent plusieurs alimens et boissons de leur nature, (comme p. e. le vin, l’eau de vie, la bière mêlée d’herbes plus ou moins nuisibles , l’eau emprégnée de substances étrangères , le café , le thé, les herbes aromatiques indigènes et exotiques, ainsi que des alimens, des sauces, des liqueurs, du chocolat et des pâtisseries qui en sont assaisonnées , enfin quelques légumes et la chair de quelques animaux); — les qualités médicinales et nuisibles que les alimens et les boissons reçoivent souvent par la négligence dans leur préparation, par la corruption, par des confusions et par des adultérations, (comme p. e. du pain qui a mal fermenté, ou qui n’a été qu’à demi cuit, ou qui a été préparé de blé ou de farine corrompus , des viandes et des végétaux à demi cuits ou d’autres nourritures diversement gâtées, pourries et moisies, des alimens et des boissons apprêtés ou conservées dans des vases de métal, des vins composés et empoisonnés, du vinaigre mêlé de substances caustiques pour le rendre plus piquant, de la chair d’animaux malades, de la farine falsifiée avec du plâtre, du blé mêlé de sémences nuisibles, des légumes altérés par malice, par ignorance ou par indigence avec des végétaux pernicieux ); - la malpropreté du corps, des vétemens et de la demeure; — des choses nuisibles qui entrent dans la nourriture par malpropreté ou négligence, soit en les préparant, soit en les conservant ; — la respiration de vapeurs nuisibles dans des chambres de malades , la respiration de la poussière et de vapeurs nuisibles dans des mines, dans des bocards, auprès des grilles et dans des fonderies ; — la poussière que rendent diverses substances nuisibles et qui sortent des matières qui font l’objet du travail des autres fabriques et métiers ; — la négli-
nous affectent et selon la différence de leur qualité et de leur force, vu sur-tout que les constitutions des hommes sont variées à l’infini, et que par conséquent les effets des innombrables insalubrités externes doivent se manifester en elles sous des formes infiniment diverses.
De là vient le nombre infini de maux hétérogènes tant du corps que de famé, qui sont si différens les uns des autres que, pour parler strictement, chaque cas de maladie ne se montre qu’une seule fois, et que (si l’on en excepte ce peu de maux qui naissent d’un miasme toujours homogène, ou qui proviennent de la même cause), tout malade souffre d’une maladie particulière qui ne peut recevoir aucun nom fixe, et qui n’a en-
gence de la police par rapport à plusieurs institutions servant à la sûreté publique ; * — la tension trop violente des forces physiques, l’effort trop subit ou trop grand que l’on fait avec quelques parties du corps ou avec quelques organes des sens ; — plusieurs situations et positions contraintes que les hommes sont obligées de prendre dans plusieurs travaux ; le manque de l’usage de quelques membres ou l’inactivité du corps entier; — des heures irrégulières du sommeil, (p. e. le long sommeil après le diner dans un lit), l’excès ou le manque de sommeil pendant la nuit, des heures inconvenantes pour le travail et pour les repas ; — les efforts que causent les travaux de l’esprit en général et principalement ceux qui nous répugnent et auxquels nous sommes contraints , ou ceux qui fatiguent une faculté de l’ame en particulier; — des passions violentes et révoltantes, comme la colère, la frayeur, le dépit, le chagrin, la crainte, les reproches de la conscience ; des passions énervantes entretenues par des liaisons voluptueuses et des livres lascifs, une éducation immorale, des habitudes pernicieuses , etc. etc.
core jamais existé de la même manière que dans le cas présent, dans c<*t individu et dans les circonstances actuelles, ni ne reviendra j’amais exactement la même.
Or la nature elle -même ne produisant pas les maladies sous des formes aussi égales, telles qu’elles se trouvent façonneés dans les manuels de pathologie, d’une manière aussi artificielle qu’arbitraire, mais les laissant naître chacune différente de l’autre, c. à d. avec une individualité propre, il est impossible qu’un véritable art de guérir puisse exister sans traiter chaque maladie d’une manière particulière, (individualisation), c. à d. sans que le médecin regarde chaque cas de maladie, qui s’offre à lui, comme particulier et le considère tel qu’il est en effet.
Cet examen qui cherche à découvrir chaque cas de maladie dans son individualité tel qu’il est, ne demande de la part du médecin, qu’un esprit non-prévenu, des sens intègres, de l’attention en observant et de la fidélité en notant l’image de la maladie.
Le malade fait le récit de ces incommodités ; les personnes de la famille racontent de quoi il s’est plaint, comment il s’est comporté et ce qu’elles ont remarqué en lui; le médecin voit, entend et observe avec ses autres sens les changemens extraordinaires arrivés dans le malade. Il note le récit du malade et des personnes de la famille, exactement avec les mêmes expressions dont elles
se sont servies elles -mêmes. S’il est possible, il les laisse tranquillement achever sans les interrompre 1). Il faut seulement qu’il les exhorte dès le commencement de parler lentement, afin qu’il puisse suivre leur récit en écrivant.
A chaque nouvelle circonstance que le malade ou les personnes de la famille rapportent, le médecin commence une nouvelle ligne, afin que tous les symptômes soient écrits l’un sous l’autre séparément. C’est ainsi qu’il pourra suppléer à tout symptôme qu’on lui auroit rapporté au commencement avec trop d’incertitudes, mais plus clairement par la suite.
Quand les personnes susdites ont achevé ce qu’elles vouloient dire d’elles- mêmes , le médecin ajoute à chaque symptôme des définitions plus exactes, sur lesquelles il s’informe de la manière suivante. Il relit tout ce qu’on lui a rapporté et fait des questions à l’égard de chaque symptôme en particulier. P. e. : En quel temps cet accident a-t-il eu lieu? Et oit -ce avant l’usage des remèdes que le malade a pris jusqu’à présent, ou étoit-ce du temps qu’il les prenoit encore, ou quelque temps après qu’il eut cessé de les prendre ? Quelle douleur, quelle sensation s’est manifestée en telle partie du corps, si vous voulez la décrire exactement? En quelle place étoit-ce
1) Chaque interruption trouble la série des pensées de ceux qui parlent, et tout ne leur rentre pas dans la mémoire justement comme ils vouloient le dire au commencement.
au juste? La douleur avoit-elle des interruptions, et se faisoit-ellè sentir séparément et en différens temps, ou duroit-elle continuellement et sans relâche? Combien de temps a -t- elle duré? A quelle époque de la journée ou de la nuit, et dans quelle position du corps étoit-elle la plus violente, et quand a- 1- elle cessé tout - à - fait ? Comment cet accident, comment cette circonstance étoit-elle conditionnée, si vous voulez la décrire avec clarté ?
C'est ainsi que le médecin engage le malade à lui définir avec plus de précision tous les indices qu’on lui a donnés, sans cependant préparer jamais par sa question la réponse suivante, de façon que le malade n’ait à repondre que par un oui ou un non 1). Car sans cela celui-ci est induit d’affirmer quelque chose qui n’est pas du tout vrai, ou qui n’est qu’à demi vrai, ou qui existe autrement, ou bien on le met dans le cas de nier quelque chose qui est vrai, seulement par indolence ou pour faire plaisir au médecin. Or, il est clair, que ces fausses réponses donnant une fausse image de la maladie, il s’ensuivra une cure inconvenante.
Si le médecin trouve, que dans cette relation
1) P. e. le médecin ne doit pas demander: „Est-ce que telle ou telle circonstance n’a pas aussi eu lieu? N’est- il pas vrai que la cliose est de telle ou telle manière?“ Car de pareilles demandes sont des suggestions qui engagent le malade à donner une fausse réponse et à rapporter de faux indices.
volontaire il n’a pas été fait mention de plusieurs parties ou de plusieurs fonctions du corps, il demande s’il n’y a pas encore quelque chose à remarquer par rapport à ces parties et à ces fonctions *), mais il se sert seulement d’expressions générales, ahn que le rapporteur soit obligé luimême de se déclarer spécialement là-dessus.
Quand le malade, (car c’est à celui-ci qu’il faut ajouter le plus de foi à l’égard de ses sensations, excepté dans des maladies simulées), a donné par ses relations les renseignemens nécessaires au médecin, et lui a assez bien complété l’image de la maladie, il est permis à celui-ci de faire des questions plus spéciales 1 2).
1) P. e. Comment est la selle? Comment est l’urine? Comment est le sommeil pendant le jour ou pendant la nuit? Quel est l’humeur du malade? Comment est la soif? Quel goût a-t-il dans la bouche? Quels alimens et quelles boissons prend -il le plus volontiers, et quels sont ceux qui lui répugnent? Sent -il le goût ordinaire de chaque aliment et de chaque boisson, ou leur trouve -t- il un goût étranger? Comment se sent-il après avoir bu ou mangé? Y-a-t-il quelque chose à remarquer par rapport à la tête, aux membres ou au ventre?
2) P. e. Combien de fois le malade a-t-il évacué? De quelle qualité étoit la selle? La selle blanchâtre étoit-elle glaireuse ou épaisse ? L’évacuation des excrémens étoit-elle accompagnée de douleurs ou non ? Quelles étoicnt ces douleurs et en quel endroit? Le malade a-t-il vomi, et quoi? Est- ce que le mauvais goût, que le malade a dans la bouche, est putride, ou amer, ou aigre, ou quel est-il? Est-ce qu’il a eu ce goût avant, après ou pendant qu’il mangeoit et buvoit ? A quel époque du jour avoit-il principalement ce goût? De quel goût sont ses renvois ? L’urine dépose- 1- elle après quelque temps, ou
Après que le médecin a fini de mettre par écrit toutes ces questions, il note encore ce qu’il
est -elle trouble tout de suite après que le malade l’a lâchée? De quelle couleur est- elle lorsqu’elle vient d’être lâchée? De quelle couleur est le dépôt de l’urine ? Comment le malade se comporte- t-il pendant qu’il dort? Se lamente- t-il, gémit-il, parle- 1- il ou crie -t-il pendant le sommeil? Ronfle- t-il en aspirant ou en expirant l’air? Est- il couché uniquement sur le dos, ou sur quel côté? Se couvre -t-il bien lui -même, ou ne souffre- t-il pas qu’on le couvre? S’éveille -t-il facilement, ou dort- il trop profondément? Combien de fois telle ou telle incommodité se manifeste-t-elle et à quelle occasion vient- elle? Est -ce quand le malade est assis ou quand il est couché, ou quand il se tient debout, ou quand il se meut? Vient- elle seulement quand il est encore à jeun, ou seulement le soir, ou seulement après le repas , ou à quel autre temps pour l’ordinaire ? — Quand le frissonnement vient -il? Est -ce seulement la sensation du frissonnement , ou le malade est -il effectivement froid dans le même temps ? A quelles parties du corps se sentil froid? Le corps étoit-il peut-être chaud tandis que le malade avoit le frisson ? Est -ce seulement la sensation du froid sans frissonnement ? Le malade a- t-il chaud sans avoir de la rougeur au visage ? Quelles parties du corps sont chaudes au toucher? Ou se plaint -il de chaleur sans être chaud au toucher ? Combien de temps dure le frisson, et combien de temps dure la chaleur? — Quand est -ce que la soif a lieu? Est -ce pendant le frisson, ou pendant la chaleur? ou avant, ou après? Le malade a -t-il une grande soif et que veut- il boire? — Quand est -ce que vient la sueur? Est- ce vers le commencement ou vers la fin de la chaleur, ou combien d’heures après celle-ci? Est -ce pendant que le malade dort, ou pendant qu’il est éveillé? La sueur est -elle considérable? Est- elle chaude ou froide? En quelles parties du corps a-t-elle lieu, et quelle est son odeur? — De quoi le malade se plaint- il durant ou après le frisson, durant ou après la çhaleur, durant ou après la sueur ?
observe lui- même dans le malade *), et il demande, si l’une ou l’autre de ces choses, qu’il vient de remarquer, étoit déjà particulière au malade du temps qu’il se portoit encore bien ?
Les accidens et l’état de santé du malade durant l’usage d’un médicament ou tout de suite après, ne donnent pas l’image pure de la maladie. Mais au contraire les symptômes et les incommodités dont souffroit le malade avant l’usage des médicamens ou plusieurs jours après avoir cessé de les prendre, offrent la véritable notion fondamentale de la forme originaire de la maladie, et ce sont donc ceux-ci que le mé-
1 ) P. e. Comment le malade se comporte lors de la visite du médecin ? S’il est de mauvaise humeur ou querelleur, s’il fait tout à la hâte, s’il a envie de pleurer, s’il est craintif et désespéré, ou calme et rassuré etc.? S’il est assoupi ou si en général il ne peut rappeller ses idées? S’il est enroué, s’il parle très-bas , s’il dit des choses déplacées ou d’un genre quelconque ? Quelle est la couleur du visage et des yeux, et celle de la peau en général ? Quelle est la vivacité et l’expression des mines et des yeux ? Comment sont conditionnées la langue, la respiration, l’odeur de l’haleine et l’ouïe? Combien les pupilles sont -elles resserrées ou dilatées, et avec quelle rapidité et jusqu’à quel point changent- elles dans la clarté ou dans l’obscurité ? Dans quel état se trouve le pouls et le bas ventre? De combien la peau est -elle moite ou sèche, chaude ou froide, en telles et telles parties du corps, ou sur le corps entier? Si le malade est couché la tête penchée en arrière, la bouche à demi ou tout -à- fait ouverte, les bras croisés par dessus la tête, ou s’il est couché sur le dos, ou dans quelle autre attitude? Avec quel effort il se lève? etc. etc. En un mot le médecin note tout ce qu’il a observé de marquant et d’extraordinaire dans le malade.
decin doit principalement noter. Quand la maladie est chronique, et que le malade a jusqu'à présent fait usage de remèdes, le médecin peut le laisser quelques jours sans lui donner aucun médicament, ou lui donner en attendant quelque chose de nonmédicinal. Il diffère de cette façon pour peu de temps l’examen exacte des signes de la maladie, afin de pouvoir observer ensuite les symptômes durables de l’ancienne maladie dans toute leur pureté, et afin de pouvoir se faire une image fidèle de celle-ci.
Mais quand c’est une maladie d’un cours rapide et dont le danger éminent ne souffre aucun délai, il faut que le médecin se contente d’observer tout de suite l’état de la maladie dans la modification qu’elle a soufferte par l’usage des médicamens, (excepté le seul cas où il pourroit apprendre les symptômes que l’on a remarqués avant l’usage des remèdes), et de se former une image de la forme actuelle du mal, c. à d. de cette complication de la maladie naturelle avec la maladie médicinale, afin de pouvoir vaincre le mal total par un remède homoeopathique. Car les remèdes antérieurs ayant été souvent inconvenans, la maladie artificielle est pour l’ordinaire plus considérable et plus dangereuse que la maladie primitive, et demande souvent des secours très - prompts, pour sauver le malade.
Si la maladie a été causée par un fait marquant, soit depuis peu de temps, soit, si elle est chronique, depuis un temps plus reculé, le malade,
ou du moins les personnes de la famille, interrogées en secret, l’indiqueront déjà de leur propre chef ou d’après une information prudente l).
Dans l’investigation de l’état des maladies chroniques, il est nécessaire de considérer et d’examiner soigneusement les relations dans lesquelles se trouve le malade à l’égard de ses occupations régulières, de son régime ordinaire et de sa vie domestique etc. etc., pour trouver si elles ne contiennent pas des causes qui excitent ou entretiennent la maladie, afin de pouvoir aider au rétablissement en les éloignant du malade 2).
1) Si les causes de la maladie sont peut-être déshonorantes, de façon que le malade ou les personnes de la famille ne veulent pas les avouer franchement, ou du moins pas de leur propre chef, il faut que le médecin cherche à les découvrir en dirigeant prudemment ses questions ou en prenant des renseignemens secrets. De telles causes sont p. e. : L’empoisonnement ou un suicide tenté, l’onanie, le libertinage dans la volupté ordinaire ou dans celle qui est contraire à la nature ; des débauches dans l’usage du vin, des liqueurs, du ponche, du café; l’usage immodéré de la nourriture en général ou de mets nuisibles en particulier ; — l’infection de la maladie vénérienne ; — un amour malheureux, la jalousie, des discordes domestiques , du dépit, du chagrin causé par un malheur qui a atteint la famille, de mauvais tx-aitemens , une vengeance comprimée, l’orgueil mortifié, la décadence de la fortune; — une crainte superstitieuse , la faim , ou un défaut aux parties génitales , une hernie , une chute de matrice etc. etc.
2) Dans les maladies chroniques des femmes il faut avoir égard principalement à la grossesse, à la stérilité, à l’inclination au coït, aux couches, aux avortemens, à l’allaitement et aux évacuations menstruelles. Pour ce qui est des dernières, il est surtout nécessaire de demander, si elles ont lieu dans des périodes trop courtes, ou si elles tardent à venir au delà du terme ré-
Il faut donc que dans les maladies chroniques, l’investigation des symptômes susdits ainsi que de tous les autres, soit aussi soigneuse et aussi exacte que possible, et qu’on entre même dans les plus petits détails. Car premièrement ces symptômes sont très-marquans dans cette sorte de maladie, et diffèrent extrêmement de ceux des maladies qui passent rapidement, et l’on ne sauroit les considérer assez attentivement, si l’on veut que la cure ait du succès. En second lieu les malades chroniques s’accoutument tellement à leurs longues souffrances, qu’ils ne font aucun cas de plusieurs petits symptômes inférieurs qui souvent sont trèscaractéristiques et décisifs dans le choix du remède. Ces malades les regardent comme une partie nécessaire de leur état physique et presque comme la santé même, dont ils ont oublié le véritable sentiment pendant une série de quinze ou vingt années de souffrances. Il ne leur vient presque pas en idée de croire, que ces symptômes inférieurs, ces différences plus ou moins grandes de l’état d’une bonne santé soient cohérentes avec leur mal principal.
gulier ? Combien de temps elles durent ? Si c’est avec continuité, ou par intervalles? En général avec quelle abondance? Si la couleur du sang est foncée? Si la leucorrhoë (les fleurs blanches) se manifeste en même temps avec le flux de sang, avant le commencement, ou après qu’il a cessé? Quelles sont les souffrances du corps et de l’ame, quelles sont les sensations et les douleurs que la femme éprouve avant le commencement des menstrues ou pendant leur durée, ou après qu’elles ont cessé ?
D'ailleurs les malades eux-mêmes sont d’une humeur tellement différente, que quelques uns, principalement les hypocondriaques et d’autres personnes très -sensibles et impatientes dépeignent leurs maux avec des couleurs trop vives et se servent d’expressions exagérées pour exciter le médecin à les secourir promptement §. 103.
D’autres personnes au contraire, soit par paresse, soit par une pudeur mal entendue, soit par une certaine douceur du caractère, gardent le silence sur une quantité de maux, ou ne les désignent que par des expressions obscures, ou les indiquent comme peu importans.
Il est donc vrai d’un côté qu’il faut sur -tout faire attention à ce que le malade lui -même dit de ses maux et de ses sensations, et qu’il faut principalement ajouter foi à ses propres expressions, parceque celles-ci sont altérées et falsifiées
1) Des hypocondriaques, même des plus impatiens, ne feindront pas des accidens et des incommodités qui n’existent pas du tout. Cela se prouve évidemment par la comparaison des maux dont ils se plaignent en différens temps, quoique le médecin ne leur ait rien donné du tout ou du moins rien de médicinal. Il faut seulement retrancher quelque chose de leurs exagérations , ou il faut mettre la force de leurs expressions sur le compte de leur extrême sensibilité. A cet égard même cette exagération de leurs expressions devient un symptôme important dans la série des autres symptômes , dont la maladie est composée. Pour ce qui est des maniaques et de ceux qui feignent malignement des maladies, le cas est tout différent.
pour l'ordinaire dans la bouche des personnes de la famille et des gardes-malades. Mais d’un autre côté il est vrai aussi par rapport à toutes les maladies et sur-tout par rapport aux maladies chroniques, que l’investigation de l’image fidèle et parfaite du total de la maladie, comme de ses détails, demande Une grande circonspection, beaucoup de tact, une connoissance particulière des hommes, de la prudence en prenant des renseignemens et un haut degré de patience.
En général la recherche des maladies aigües et de celles qui sont nées depuis peu, devient plus facile au médecin que celle des maladies chroniques, parceque le malade ainsi que les personnes qui l’entourent, ont encore un souvenir récent de tous les accidens de la maladie, et voient encore clairement les différences qui ont lieu entre l’état actuel du malade et l’état de santé dont il jouissoit auparavant, parceque tous les symptômes sont encore nouveaux et marquans pour elles. Il est Vrai qu’ici le médecin doit aussi tout savoir de même que/dans les maladies chroniques ; mais il a moins à scruter, car on lui dit presque tout spontanément.
Pour ce qui est de la recherche de la totalité des symptômes des maladies épidémiques et sporadiques, il est fort indifférent, si quelque chose de semblable, portant telle et telle dénomination, a déjà une fois existé ou non. La nouveauté et la particularité d’une telle maladie contagieuse n’apporte aucune différence ni à son examen, ni à son trai-
tement. Car le médecin doit toujours supposer, que l'image pure de chaque maladie qui domine présentement, est quelque chose d'inconnu et de nouveau pour lui, et il doit toujours rechercher cette image de la manière la plus exacte et la plus radicale, s’il veut être un médecin véritable et solide. Or un tel médecin ne doit jamais mettre la conjecture à la place de l’observation, ni regarder un certain cas de maladie comme connu en entier ou en partie, sans l’avoir auparavant épié soigneusement dans tous ses symptômes. Un tel procédé est ici d’autant plus nécessaire, que chaque maladie contagieuse est, sous plusieurs rapports, un phénomène d’une espèce particulière qui, si on l’examine avec exactitude, diffère beaucoup des autres maladies contagieuses du temps passé, auxquelles on avoit faussement imposé le même nom. J’en excepte cependant les épidémies qui naissent d’un miasme toujours égal, comme la petite vérole, la rougeole etc. etc.
Il se peut que le médecin, en traitant pour la première fois un malade attaqué d’une épidémie, ne trouve pas tout de suite l’image parfaite de cette maladie; car on ne peut découvrir la totalité des symptômes de pareilles maladies collectives, qu’en observant plusieurs des cas d’une telle maladie. Cependant le médecin, soigneux dans ses recherches, peut déjà en traitant le premier ou le second malade, se prouver une telle connoissance du véritable état de la maladie, qu’il en conçoive une image caractéristique, et qu’il puisse
même
même déjà alors trouver contre elle un remède homoeopathique convenable.
En mettant par écrit les symptômes de plusieurs cas de cette espèce, l’image que l’on a projetée de la maladie, devient toujours plus complète, c. à d. elle ne devient pas plus grande et plus enrichie de mots, mais elle devient plus marquante (caractéristique), et elle embrasse davantage les particularités de cette maladie collective. D’un côté les symptômes généraux, (p. e. le manque d'appétit, le manque de sommeil), reçoivent leurs définitions propres et plus exactes; de l’autre côté les symptômes plus marquans, plus spéciaux ou du moins plus rares dans cette alliance et propres seulement à peu de maladies, rejaillissent mieux des autres et forment le caractère de cette maladie contagieuse *). Il est vrai, que toutes les personnes attaquées d’une pareille épidémie, ont toutes une maladie émanée de la même source, et par conséquent une maladie égale. Mais toute l’étendue d’une telle maladie épidémique et l’ensemble de ses symptômes, (dont la connoissance est nécessaire pour se procurer un aperçu de l’image complète de la maladie, et pour pouvoir choisir le remède homoeopathique le plus conforme à cette totalité de symptômes), ne peut être ob-
1) C’est alors que l’observation des cas suivans montrera au médecin, qui a déjà trouvé par les premiers cas un remède approximatif du remède homoeopathique spécifique, que son choix étoit juste, ou elle lui indiquera un remède encore plus convenable, ou même le plus convenable possible.
serve dans un seul malade, mais seulement abstrait des maux de plusieurs malades de différentes constitutions.
Si l’image d’une maladie quelconque, (c. à d. l’ensemble de ses symptômes), est une fois exactement mise par écrit, le plus difficile est fait. Le médecin alors a toujours cette image sous ses yeux, et il peut la considérer dans toutes ses parties, afin d’opposer au mai en question une puissance morbifique artificielle qui lui ressemble autant que possible, c. à d. un remède homoeopathique, choisi parmi les sériés des symptômes de tous les médicamens qu’il connoit selon leurs effets purs. Or si, durant la cure, il s’est informé des succès du remède et des changemens dans l’état de santé du malade, il n’a qu’à consulter le tableau qu’il s’est fait du groupe primitif des symptômes, et en rayer ceux qui ont disparu, ou y ajouter les nouvelles incommodités qui sont peutêtre survenues.
La seconde partie de la charge du médecin consiste dans la recherche des instrumens destinés à guérir les maladies naturelles, c. à d. dans la recherche des puissances morbifiques des médicamens. Car, quand il s’agit de guérir une certaine maladie, il faut qu’il choisisse un médicament qui lui offre une série de symptômes dont on puisse composer une maladie artificielle aussi semblable que possible à la totalité des symptômes de la maladie naturelle.
Il faut que les puissances morbifiques des médicamens soient connues en entier, c. à d. il faut que tous les symptômes et tous les changemens de la santé, que chaque médicament en particulier peut opérer, soient observés autant que possible, avant que l’on puisse se livrer à l’espérance de pouvoir trouver et choisir des remèdes homoeopathiques contre la plupart des maladies naturelles.
Si pour rechercher ces qualités l’on ne donnoit des médicamens qu’à des personnes malades, on ne verroit que peu de chose ou rien du tout de leurs effets purs, même en donnant des remèdes simples, parceque les symptômes que les médicamens sont capables de produire, se mêlant alors avec les symptômes de la maladie naturelle déjà existante, il est très-rare que ceux-ci puissent être clairement remarqués.
Il n’y a donc aucun autre moyen plus sûr et plus naturel pour trouver les effets propres des médicamens sur la santé des hommes, que celui de donner les différens médicamens séparément et en doses modérées à des personnes saines, et d’observer quels changemens et quels symptômes en résultent dans l’état du corps et de l’ame, c. à d. quels élémens de maladie ces remèdes sont capables de produire *). Or, toute la vertu curative
1) J’ignore, si pendant une série de 3500 ans un seul médecin, excepté le grand et immortel Albert de Haller t a jamais
des médicamens étant uniquement fondée sur leur puissance de changer l’état de santé des hommes (§. 18 — 22.), il est évident qu’on reconnoitra cette vertu en observant les changemens susdits.
Je poursuivis le premier ce chemin avec une persévérance, qui ne pouvoit naître et se soutenir que par la conviction parfaite de la grande vérité, que l’emploi homoeopathique des médicamens étoit la méthode unique et certaine de guérir les maladies des hommes * 1).
trouvé cette méthode si naturelle, si absolument nécessaire et si uniquement véritable d’examiner, quels effets purs et propres chaque médicament exerce sur la santé de l’homme et par conséquent quelles maladies il peut aussi guérir. Ce n’est que Haller seul qui a compris la nécessité de ce procédé ; mais personne ne fit attention à ses remarques inestimables dans la préface de sa Pharmacopoea Helvetica, Basil. 1771. p. 12, où il dit: „Nempe primum in corpore sano medela tentanda est, sine peregrina ulla miscela; odoreque et sapore illius exploratis, exigua illius dosis ingerenda, et ad omnes, quae inde contingunt affectiones, quis pulsus , qui calor, quae respiratio, quaenam excretiones, attendendum. Inde ad ductum phaenomenorum, in sano obviorum, transeas ad expérimenta in corpore aegroto, etc. etc.“
1) Je déposai les premiers fruits de mes efforts, aussi mûrs qu’ils pouvoient l’être alors, dans mon écrit: Fragmenta de viribus medicamentorum posîtivis, sive in sano corpore humano observatis, Pars I. et II. Lipsiae, 1805. apud J. A. Barth. Des fruits plus mûrs sont recueillis dans mon ouvrage: Reine Arzneimittellehre, I. Tbeil, 1811, II. Tbeil, 1816, ÏII. Tbeil, 1817, IV. Tbeil, 1818, V. Tbeil, 1819. Dresden, bei Arnold.
Note du traducteur. Il a encore paru depuis un Tome 6ème de l’ouvrage susdit, Dresde chez Arnold, 1821, de même qu’une seconde édition du Tome 1er, revue et corrigée et enrichie de quantité de nouvelles observations.
En lisant les remarques faites avant moi par des écrivains sur les effets nuisibles causés par des substances médicinales , qui étoient parvenues en grande quantité, soit par négligence, soit par la malice d’autrui, soit par toute autre cause, dans l’estomac des personnes saines, je vis que ces remarques convenoient pour la plus grande partie aux observations que j’avois faites à l’occasion de mes essais des mêmes substances sur moi -même et sur d’autres personnes saines. Ces écrivains racontent ces faits comme des histoires d’empoisonnemens et comme des preuves des effets pernicieux de ces substances violentes. Leur but, en nous faisant ces narrations, est principalement de nous prévenir contre le danger, et en partie aussi de se glorifier de leur savoir, quand les remèdes qu’ils ont employés contre ces accidens dangereux, avoient ramené peu à peu la convalescence des personnes affectées; en partie enfin pour s’excuser par la malignité de ces substances, qu’ils nommoient alors poisons, quand les dites personnes mouroient pendant leur traitement. Aucun de ces observateurs n’a soupçonné, que ces symptômes énumérés par lui, seulement comme des preuves des qualités nuisibles et vénéneuses de ces substances, fussent des signes certains qui nous apprenoient la vertu de ces drogues, d’anéantir comme remèdes des souffrances semblables dans des maladies naturelles. Aucun d’eux n’a soupçonné, que les maux que ces substances excitoient, fussent des déclarations pures de leurs effets homoeopathiques salutaires. Aucun d’eux n’a compris, que c’étoit
uniquement par l’observation de tels changemens, produits par les médicamens dans des corps sains, que l’on pouvoit reconnoitre les vertus médicinales de ces remèdes, comme il est au contraire impossible d’en trouver les qualités pures et spécifiques par des raisonnemens a priori, ou par l’odeur y le goût et la forme extérieure des médicamens, ou par leur préparation chymique, ou en mêlant plusieurs ensemble et en les donnant dans cette mixture (recette) aux malades. On ne pressentoit pas, que ces narrations de maladies médicinales formeroient un jour les premiers élémens d’une matière médicale véritable et pure ; doctrine qui, dès son origine jusqu’à ce terme, n'a consisté que dans de fausses conjectures et dans des fictions, ou en d’autres mots, qui n’existoit pas du tout 1).
La conformité de mes observations sur les effets purs des médicamens avec les remarques faites par ces auteurs plus anciens, (quoique dans une intention bien différente), et même la conformité de ces notices avec d’autres du même genre, qui se trouvent chez différens écrivains, nous donne facilement la conviction, que les substances médicinales, en altérant l’état d’un corps sain, suivent des lois naturelles définies et éternelles, et produisent moyennant celles-ci des symptômes cer-
1) Voyez ce que j’ai dit là-dessus dans mon traité: Beleuchtung der Quellen der gewöhnlichen materia medica, qui se trouve en tête de la troisième partie de mon ouvrage: Reine Arzneimittellehre.
tains, positifs, et propres à l’individualité de chacune d’elles.
Dans ces anciennes descriptions des suites, souvent funestes, qui résultèrent de médicamens avalés dans des doses immodérées, se trouvent aussi des symptômes qui ne se montrèrent que vers la fin de ces tristes accidens, et qui furent d’une nature tout-à-fait opposée à ceux qui eurent lieu au commencement. Ces symptômes opposés à l’effet primitif (§. 74.) ou à la véritable influence des médicamens sur le corps, sont la réaction ou l’effet secondaire de l’organisme (§. 73 — 77). Cependant, quand on a donné des doses modérées de pareilles substances à des personnes saines pour en faire l’essai, on ne remarque que rarement ou presque jamais quelque chose de cet effet réactif, et quand les doses sont très -petites on n’y remarque rien du tout. Si l’on emploie ces petites doses dans une cure homoeopathique, l’organisme leur oppose seulement, une réaction telle qu’elle est justement nécessaire pour rétablir l’état naturel de santé (§. 78).
Ce ne sont que les médicamens narcotiques, qui font une exception à cet égard. Comme dans leur effet primitif ils enlèvent la sensibilité et la sensation ainsi que l’irritabilité, il arrive plus fréquemment, que même des doses modérées, données à des personnes saines pour en faire l’essai, occasionnent une sensibilité augmentée et une plus grande irritabilité dans l’effet secondaire.
Mais excepté ces remèdes narcotiques , les autres médicamens que Ton donne en doses modérées à des personnes saines, pour en faire l’essai, ne laissent voir que leurs effets primitif, c. à d. ces symptômes par lesquels le médicament altère la santé de l’homme et produit en lui un état maladif de plus longue ou de plus courte durée.
Parmi les effets primitifs de quelques médicamens il y en a plusieurs qui sont opposés en partie, ou dans des circonstances accidentelles à d’autres symptômes primitifs, qui s’étoient déjà montrés, ou qui se montrent dans la suite. Cependant on ne sauroit pour cela les prendre pour des réactions ou pour des effets secondaires de l’organisme, mais ils forment seulement un état alternant parmi les divers paroxysmes de l’influence primitive du médicament; on les nomme effets alternatifs.
Quelques symptômes sont fréquemment produits par les médicamens, d’autres plus rarement, d’autres enfin dans très peu de corps sains.
C’est à ces derniers qu’appartiennent les idiosyncrasies, par lesquelles on entend des qualités particulières de quelques corps d’ailleurs sains, de se laisser réduire à un état maladif plus ou moins grave par de certaines choses qui ne semblent faire aucune impression sur beaucoup d'au-
très personnes l). Mais ce n'est qu'en apparence que les autres personnes n'en semblent pas du tout affectées. Chaque altération de l’état de santé de l’homme par une substance externe, suppose d'un côté, que cette substance a la force d’influer sur le corps, et de l’autre, que le corps a la faculté de s’en laisser affecter. Or, les altérations frappantes de la santé qui ont lieu dans les idiosyncrasies, ne peuvent pas uniquement être mises sur le compte des constitutions particulières des personnes affectées, mais elles doivent être dérivées encore de ces choses qui en ont fourni l’occasion. Il faut donc que ces substances aient la faculté de faire la même impression sur tous les hommes, mais qu'il n'y ait que peu de constitutions saines, qui soient disposées à se laisser altérer par là d’une manière aussi frappante. Cette vérité est évidemment constatée par le fait, que ces substances guérissent homoeopathiquement des symptômes de maladie semblables à ceux qu’elles peuvent exciter dans les personnes sujettes à des idiosyncrasies 2).
De chaque médicament résulte des effets particuliers dans le corps de l’homme, et jamais une
1) Quelque peu de personnes peuvent tomber en foiblesse par l’odeur des roses ; d’autres peuvent tomber dans divers états de maladie, souvent très-dangereux , après avoir mangé des moules ou des écrevisses ou du frai de barbeau, ou après avoir touché les feuilles de quelques espèces du sumac etc. etc.
2) Ce fut ainsi, que la princesse Eudojcie fit revenir à elle par de l’eau de rose une personne tombée en foiblesse ; (v. hi-
substance médicinale d’une autre espèce n’en sauroit produire de tout- à -fait pareils *).
De même que chaque espèce de plantes diffère de toute autre espèce et de tout autre genre de plantes dans sa forme extérieure, dans sa manière propre de végéter et de croître, dans son goût et dans son odeur, que chaque minéral et chaque sel diffère de tout autre par rapport à ses qualités tant extérieures, qu’intérieures, tant physiques, que chymiques, (chose qui déjà seule auroit dû faire éviter toute confusion), de même toutes ces substances médicinales diffèrent aussi entre elles par rapport à leurs effets morbifiques, et par conséquent aussi dans leurs effets curatifs * 1 2). Cha-
storiae Byzant. scriptor.) ; et Hostius vit aussi que le vinaigre de rose étoit un fort bon remède contre les défaillances.
1) Cette vérité fut déjà reconnue par le vénérable Albert de Haller , car il dit (v. la préface de son ouvrage: bistoria stirp. Helvet. ): „Latet immensa virium diversitas in iis ipsis plantis , quarum faciès externas dudum noviraus , animas quasi et quodcunque caelestius habent, nondum perspeximus. “
2) Celui qui sait, que les effets, que chaque substance produit sur la santé, diffèrent singulièrement de ceux de toute autre, et qui connoît l’importance de cette diversité, comprendra aussi facilement qu’il est impossible qu’il y ait des médicamens équivalens ou des Surrogats médicinaux. Ce n’est que celui, qui ne connoît pas les différens médicamens selon leurs effets purs et positifs, qui peut être assez absurde pour vouloir nous faire accroire, qu’un remède puisse remplacer l’autre et prêter les mêmes secours dans la même maladie. C’est ainsi que des enfans dans leur simplicité confondent les choses les plus essentiellement différentes, pareequ’ils les connoissent à peine d’après leur forme extérieure et point du tout selon leur valeur.
cune de ces substances opère des changemens de santé d'une manière individuelle, mais certaine, qui nous défend de la confondre avec une autre 1). §. 125.
Il faut donc distinguer le plus exactement qu’il est possible les différens médicamens, car c’est d’eux que dépend la vie et la mort, la santé
1) Si ceci est la pure vérité, (et elle l’est en effet), aucun médecin qui ne veut passer pour déraisonnable ou qui ne veut blesser sa conscience, l’unique témoignage de la véritable dignité de l’homme, ne peut à l’avenir employer dans une cure aucun autre médicament, que celui qu’il connoit exactement et parfaitement dans sa véritable valeur, aucun dont il n’ait examiné les effets sur des hommes sains avec un tel soin, qu’il soit persuadé que, de tous les médicamens connus , celui-ci peut produire l’état de maladie le plus semblable à celui qu’il faut guérir; car, comme nous l’avons démontré plus haut, ni l’homme, ni la nature ne peuvent guérir un mal d’une manière parfaite, rapide et durable, que par un remède homoeopathique. Aucun véritable médecin ne peut se soustraire à l’avenir à de tels essais , qui doivent lui procurer cette connoissance des médicamens aussi absolument nécessaire à l’art de guérir, et qui a été négligée jusqu’à présent des médecins de tous les siècles. Tous ces médecins, (la postérité aura peine à le croire), se sont contentés de donner aveuglément des remèdes dont ils ignoroient la véritable valeur et dont ils n’avoient jamais examiné les effets dynamiques et pures sur la santé des hommes, effets aussi importans et d’une si grande diversité ! Ils mêlèrent en outre ensemble dans leurs recettes plusieurs de ces puissances inconnues , et abandonnèrent au hazard ce qui en résulteroit pour le malade. C’est ainsi qu’un maniaque pénètre dans l’attelier d’un artiste, s’empare à deux mains d’une quantité d’instrumens très - différens et à lui inconnus, et se sert de tous à la fois pour travailler aux ouvrages qu’il y trouve! Pouvons -nous bien douter qu’il ne les gâte par son travail insensé, et qu’il ne les gâtera peut-être d’une manière irréparable?
et la maladie des hommes. C'est pourquoi il est nécessaire d’examiner leurs facultés et leurs véritables effets par des essais soigneux et purs sur des personnes saines. C’est ainsi que l’on se procurera une juste connoissance des remèdes et que l’on se gardera de faire des méprises en les employant dans les maladies; car ce n’est qu’un juste choix du remède, qui peut rendre au malade d’une manière rapide et durable le plus grand des biens de la terre, la santé du corps et de l’ame.
En examinant les effets des médicamens sur un corps sain, il faut avoir égard à ce que les substances fortes nommées héroïques produisent déjà en petites doses des changemens de l’état de santé même dans des personnes vigoureuses. Les médicamens d’une nature plus douce doivent être donnés en doses plus copieuses pour faire de tels essais. Enfin, si l’on veut observer les effets des médicamens les plus foibles, il faut les donner à des personnes qui, quoique saines, ont pourtant une constitution délicate, irritable et sensible.
Si l’on veut faire de pareils essais, il ne faut se servir que de tels médicamens, dont on est persuadé qu’ils sont purs, véritables, et doués encore de toute leur force ; car c’est de ces essais que dépend la certitude de l’art de guérir et le salut de toutes les générations futures.
Chacun de ces médicamens doit être pris sous une forme tout- à -fait simple et non- artificielle. — Pour ce qui est des plantes endémiques, il en faut
pressurer le suc tout frais et le mêler avec un peu d’esprit de vin, pour en empêcher la corruption. Pour ce qui est au contraire des herbes exotiques, il faut en préparer des poudres, ou il faut en tirer une teinture moyennant de l’esprit de vin et la faire prendre mêlée avec quelques parties d’eau. Les sels et les gommes enfin doivent être résoutes dans de l’eau justement avant de les prendre. Si l'on ne peut avoir la plante autrement que sèche et qu’elle soit foible en facultés naturelles, il faut en préparer une infusion, en versant sur l’herbe menue de l’eau bouillante, et ainsi en extraire l’esprit ; mais cette infusion doit être bue encore chaude tout de suite après sa préparation, car tous les pressis et toutes les infusions aqueuses des plantes, auxquelles on n’a pas ajouté quelque liqueur spiritueuse, passent rapidement à la fermentation et à la corruption, et perdent alors leur force médicinale.
Chaque substance médicinale, dont on se sert dans ce but, doit être simple et pure. Il ne faut donc lui ajouter aucune autre substance hétérogène, ni prendre quelque chose de médicinal le même jour ou les jours suivans, tant que l’on veut observer les effets du médicament. Comme les teintures sont mêlées de beaucoup d’eau avant qu’on ne les prenne, le peu d’esprit de vin extrêmement raréfié qu’elles contiennent, ne peut pas être regardé comme un irritatif hétérogène.
Durant le temps de l’essai il faut aussi, que la diète soit très -sévère. Il faut donc s’en tenir
strictement aux alimens qui ne sont que nourrisans , simples et préparés sans épiceries. Il faut aussi éviter de manger des légumes frais x), des racines, des salades et des herbes à soupe, car toutes ces nourritures retiennent malgré leur préparation toujours quelque force médicinale, qui trouble l’effet du médicament. Les boissons doivent être ordinaires, mais aussi peu irritantes que possible.
Celui qui se prête à l’essai, doit se garder pendant ce temps, de se livrer à des travaux fatiguans du corps ou de l’esprit, ou de s’abandonner à des débauches et des passions quelconques. Aucune affaire pressante ne doit l’empêcher de faire les observations nécessaires. Il faut qu’il porte de bonne volonté une attention exacte sur lui- même, et qu’il ne soit pas troublé. Il faut enfin qu’il réunisse la santé du corps à l’intelligence nécessaire pour pouvoir nommer et décrire ses sensations en termes clairs.
La personne douée des qualités susdites prendra le médicament à essayer le matin et étant encore à jeun. La grandeur de la dose doit être telle que la pratique ordinaire a coutume de la prescrire dans ses recettes. Le mieux est de prendre le médicament résout et mêlé avec dix parties d’eau pas tout-à-fait froide.
1) Des pois verts, des haricots verts et aussi des carottes sont admissibles comme ceux des légumes, qui sont les moins médicinaux.
Si dans l’espace de quelques heures cette dose ne produit aucun changement de l’état de santé ou seulement un changement très -insignifiant, la personne susdite prendra une dose plus grande, et selon les circonstances le double, après l’avoir mêlée et bien amalgamée comme la première fois avec dix parties d’eau pas tout- à- fait froide. Je remarquerai aussi, que le même médicament doit être essayé tant par des hommes que par des femmes.
Si la première dose semble bien opérer au commencement, mais qu’après quelques heures elle se relâche dans son activité, la seconde dose plus forte ne doit être prise que le lendemain, aussi à jeun, et quand même celle-ci ne répondroit pas assez au but, une troisième, encore plus forte, qui d’après les circonstances peut être quatre fois plus grande, étant prise le jour suivant, fera certainement son effet.
Le même médicament n’affecte pas également toutes les personnes. Quelquefois une personne qui semble être délicate n’est presque pas du tout affectée par un médicament, connu pour être trèsfort et qu’on lui avoit donné en dose modérée, mais au contraire elle est assez fortement affectée de plusieurs autres médicamens bien plus foibles. De l’autre côté il y a des personnes très -fortes, qui éprouvent des symptômes très- considérables d’un médicament doux en apparence, et qui au contraire sont moins affectées par d’autres médica-
mens plus forts. Or, cette circonstance étant inconnue d’avance, je conseille au médecin de donner à chacun une petite dose au commencement et de l’augmenter successivement, s’il le trouve nécessaire, ou le même jour, quelques heures après, ou de jour en jour, (peut-être en doublant chaque fois la dose).
Si déjà la première dose a été assez forte, il en résulte l’avantage, que la personne qui se prête à l’essai, apprend la succession des symptômes et peut noter exactement le temps de l’apparition, chose très-instructive pour faire reconnoitre le caractère des médicamens, parceque l’ordre des effets primitifs, comme celui des effets alternatifs, se montre alors de la manière la moins équivoque. Souvent une dose très -modérée suffit déjà à l’essai, pourvu que la personne essayante soit assez sensible et assez attentive à son état. La durée de l’effet d’un médicament ne devient manifeste que par la comparaison de plusieurs essais.
Mais si pour apprendre quelque chose, il faut donner pendant quelques jours de suite des doses toujours progressives du même médicament à la même personne, on apprend bien à connoitre les divers états de maladie que ce médicament peut produire en général, mais on n’apprend pas leur succession, et la dose suivante enlève souvent (comme remède) l’un ou l’autre symptôme excité par la dose précédente, ou produit un état opposé. De tels symptômes doivent être mis en
pa-
parenthèse, comme étant équivoques, jusqu’à ce que d’autres essais plus purs aient décidé si c’étoient des réactions de l’organisme ou des effets alternatifs du médicament.
Si l’on veut premièrement rechercher en général les symptômes qu’une substance médicinale, et sur -tout une substance médicinale foible peut produire de son chef, sans avoir encore égard à la succession des symptômes et à la durée de l’effet du médicament, il est préférable de continuer l’essai pendant plusieurs jours, en donnant de jour en jour, ou aussi plusieurs fois par jour, une dose augmentée. Car c’est alors que se manifestera l’effet de chaque médicament inconnu, fut -il même le plus doux, sur -tout quand on le fait essayer à des personnes sensibles.
Quand la personne essayante éprouve telle ou telle incommodité, il est utile et même nécessaire à la définition exacte du. symptôme, que la dite personne prenne diverses positions et qu’elle observe les changemens qui s’ensuivent ; p. e. si en mouvant la partie souffrante, si en se promenant dans la chambre ou en plein air, si en se tenant debout ou assise ou couchée, le mal augmente, diminue ou passe, et s’il revient peut-être, quand elle a repris la première position ? Il faut aussi qu’elle remarque, si le symptôme change lorsqu’elle mange ou quelle boit, quand elle parle, quand elle tousse, quand elle éternue ou quand elle fait une autre fonction quelconque du corps. Enfin il faut encore qu’elle fasse attention, à quelle
heure du jour ou de la nuit le symptôme se montre principalement ? Car tout cela sert à faire connoitre les qualités propres et charactéristiques de chaque symptôme.
Les symptômes que peut produire un certain médicament, ne se montrent pas tous chez la même personne, ni simultanément ou dans le même essai. Il arrive au contraire que la même personne éprouve des symptômes différens en faisant le premier, le second et le troisième essai du même médicament. Il arrive encore que différentes personnes montrent chacune préférablement des symptômes divers, de manière cependant, que peut-être la quatrième, huitième, dixième personne etc. etc. montrera derechef quelques uns ou plusieurs des mêmes symptômes qui ont eu lieu chez la seconde, la sixième, la neuvième etc. etc. Les symptômes ne reparoissent pas non plus à la même heure.
Ce n’est que par beaucoup d’essais sur beaucoup de personnes convenables des deux sexes et douées de diverses constitutions, que l’on apprend peu à peu à connoitre presque tous les élémens de maladie que peut produire un médicament. Ce n’est qu’alors que l’on pourra être assuré d’avoir bien examiné les facultés pures d’un remède , quand les personnes qui en font l’essai suivant, ne remarquent que peu de nouveaux accidens et quelles observent presque toujours les mêmes symptômes, que les personnes précédentes ont déjà observés.
Quoiqu'un médicament, comme je viens de le dire., ne puisse manifester dans une seule personne saine tous les changemens de santé, qu'il peut produire, mais seulement dans plusieurs personnes, douées de diverses qualités du corps et de famé, il est pourtant vrai qu’une loi naturelle, éternelle et invariable a mis en lui la tendance, de produire tous ces symptômes dans chaque homme (§. 122). De là vient qu’il opère tous ses effets, même ceux qu’il produit rarement sur des personnes saines, quand on la donne à un malade qui souffre de maux semblables à ceux qu’excite le remède. Donné même dans la plus petite dose, il excitera pourtant alors un état de maladie artificielle, très - semblable à la maladie naturelle, qui détruira celle-ci d’une manière rapide et durable.
Modérez la dose du médicament, que vous voulez faire essayer, autant que possible, et les effets primitifs, qui sont pourtant les plus dignes d’être connus, en paroltront d’autant plus clairs, et vous ne verrez presqu’aucune réaction de l’organisme. Je suppose naturellement que Ton ait choisi une personne véridique, modérée à tous égards, sensible, et qui dirige toute son attention sur elle- même. Au contraire, les doses étant excessives, il se montrera non seulement plusieurs effets secondaires, mais les effets primitifs se manifesteront aussi avec une telle hâte, avec une telle confusion et avec une telle violence qu’il sera impossible de faire des observations exactes. Ajou-
tez encore le danger qui peut en résulter pour la personne essayante, danger qui ne peut pas être indifférent à celui, qui respecte les hommes, et qui regarde en frère même le dernier du peuple,
Toutes les incommodités, tous les accidens et changemens de santé qui se montrent pendant la durée de l’effet d’un médicament, supposé que toutes les conditions susdites d’un essai pur et exact aient été remplies (§. 129 — 132.), sont causés par ce médicament même, et doivent donc être notés comme des symptômes qui lui sont propres, quand même la personne essayante auroit éprouvé d’elle-même longtemps avant des symptômes semblables. La reparition de ces souffrances prouve seulement, que cette personne a une inclination à les laisser facilement exciter en elle. Dans le cas présent ce sont des effets du médicament; car il est impossible qu’elles soient venues d’elles -mêmes, puisque la substance forte, qui vient d’être prise, domine actuellement sur toute la santé de l’homme en question.
Quand le médecin a donné le remède à essayer à une autre personne, il faut que celle-ci mette clairement par écrit les sensations, les incommodités, les accidens et les changemens de santé qu’elle éprouve, dans le temps même où ils ont lieu. Il faut aussi qu’elle ajoute le temps qui s’est écoulé depuis qu’elle a pris le médicament jusqu’à la naissance de chaque symptôme, et aussi le temps de la durée de celui-ci, s’il a duré longtemps. — Le médecin lit ce rapport, en présence
de la personne qui a fait l'essai, tout de suite après que celui-ci vient d’être terminé, et si l’essai dure plusieurs jours, il fait cette lecture chaque jour afin que la personne susdite, en ayant la mémoire toute fraiche, puisse être interrogée par lui sur la nature exacte de chaque symptôme, et qu’il puisse ajouter ces détails ou changer les remarques de la personne d’après ses propres expressions.
En cas que la personne essayante ne sache pas écrire, il faut que le médecin l’examine chaque jour sur ce qu’elle a observé. Cet examen doit être fait de sorte que le médecin engage pour l’ordinaire la dite personne à une narration volontaire, mais qu’il se garde bien de vouloir deviner ou conjecturer une circonstance quelconque. Qu’il tâche encore de questionner aussi peu qu’il est possible, et s’il le fait, qu’il le fasse avec la même prudence, que j’ai recommandée plus haut (§. 90 — 96.) > comme nécessaire, quand on veut s’informer de l’état des maladies naturelles.
Il faut cependant avouer, que de tous les essais purs des médicamens simples, ceux qu’un médecin sensible et libre de préjugés entreprendra sur lui-même avec toute la précaution et toute la prudence susdite, seront toujours préférables.
Ces essais faits sur lui- même ont encore d’autres avantages pour lui, qu’il ne sauroit se procurer d’une autre manière. Premièrement, il sera pleinement convaincu par là de la grande vérité,
que la vertu curative des remèdes se fonde uniquement sur leur faculté de produire des changemens dans la santé de l’homme. En second lieu, de telles observations remarquables lui font connoitre d’un côté, sa propre manière de sentir et la qualité individuelle de son esprit et de son humeur ; (elles le mènent donc à la source primitive de toute véritable sagesse : 'yvoùSi GicLVTQV ! ) * de l’autre côté elles font de lui un observateur, ce que tout médecin doit absolument être. Les observations que nous faisons sur les autres, n’ont pas les mêmes attraits pour nous que celles, que nous faisons sur nous -mêmes. Le médecin qui observe les essais d’autrui, doit toujours craindre, que celui qui a essayé le médicament, n’ait pas clairement senti ce qu’il vient de dire, ou qu’il n’ait pas rendu ses sensations par des expressions exactes. Il reste toujours en doute si on ne le trompe pas, du moins en partie. Cet obstacle qui s’oppose à la recherche de la vérité, et que l’on ne sauroit jamais écarter tout-à-fait des essais faits par d’autres, n’existe pas du tout dans ceux que l’on fait sur soi-même. Celui qui fait un tel essai, sait au juste ce qu’il a senti lui -même; et chaque essai semblable est pour lui un nouveau stimulant de rechercher encore les facultés de plusieurs autres médicamens. Etant donc sûr de ne pas se tromper dans ses observations, il devient toujours plus habile à en faire, et son zèle à les faire deviendra toujours plus grand, parcequ’elles lui promettent la connoissance des instrumens de l’art médical selon leur véritable valeur ; instrumens dont la pénurie est encore si grande. Ne croyez pas non plus que ces petites maladies qu’il gagne
en essayant des médicamens, soient nuisibles à sa santé. Ces attaques variées et pourtant modérées, rendent l’organisme plus habile à repousser toutes les choses nuisibles tant artificielles que naturelles, et l’endurcissent contre leur influence. La santé en devient plus invariable et le corps plus robuste.
Mais comment découvrir quelques symptômes d’un médicament simple, même parmi les symptômes d’une maladie naturelle et principalement dans les maladies chroniques, qui pour la plupart restent toujours égales, c’est là l’objet d’une sublime recherche, et qui doit être abandonné aux maîtres dans l’art de faire des observations.
Quand on aura examiné de cette manière un nombre considérable de médicamens simples sur des hommes sains, et quand on aura noté soigneusement et fidèlement tous les symptômes qu’ils peuvent produire, on aura alors une véritable matière médicale, c. à d. une collection des effets purs, véritables et infaillibles des substances médicinales simples. On possédera alors un code de la nature, dans lequel on trouvera noté une série considérable de symptômes propres à chacun de ces médicamens essayés. Or ce sont ces symptômes qui contiennent les élémens des maladies artificielles par lesquels le médecin doit guérir un jour telle ou telle maladie naturelle semblable; ce sont ces symptômes, dis -je, qui nous offrent uniquement les instrumens spécifiques pour guérir d’une manière véritable et durable.
Que toutes conjectures, suppositions et lie-
tions soient tout- à-fait exclues d*une telle doctrine des substances médicinales ; mais que tout soit le langage pur de la nature, interrogée soigneusement et de bonne foi.
Il est vrai, que ce n’est qu’un fond très-corw sidérable de tels médicamens examinés, qui nous peut mettre en état de trouver contre chacune de ces innombrables maladies et cacochymies naturelles un remède homoeopathique, c. à d. une puissance morbifique artificielle qui lui soit analogue *). Cependant chacun de ces médicamens, dont on a essayé les effets sur des hommes sains 1 2), produisant une très-grande quantité de symptômes, il ne reste même déjà à présent que peu de maladies, contre lesquelles on ne puisse trouver un remède homoeopathique assez convenable, qui guérisse le mal d’une manière douce, rapide et durable. Il est vrai que le choix de ces remèdes étant encore limité, ils sont quelquefois imparfaits, mais on guérira cependant infiniment plus de maladies avec leur secours, et on les guérira
1 ) Il n’y a que six ans , que j’étois encore le seul , quifaisoit de cet examen des effets purs des médicamens, son affaire la plus importante. Depuis ce temps quelques jeunes médecins, qui faisoient des essais sur eux -mêmes et dont j’examinois soigneusement les observations, m’ont assisté en cela. Mais quels effets prodigieux produira- 1- on alors dans le vaste champ des guérisons quand des millions d’observateurs exacts auront travaillé à la perfection de cette matière médicale uniquement véritable. L’art de guérir approchera alors de la certitude des sciences mathématiques.
2) Voyez mes ouvrages sur la matière médicale, que j’ai énumérés dans la note du §. 114.
d’une manière infiniment plus sûre et plus certaine, qu’en se réglant d’après toutes les thérapeutiques générales et spéciales du monde, avec leurs remèdes inconnus et composés, et avec leurs cures allopathiques et antipathiques, qui se dirigent contre des objets imaginaires, au lieu de se diriger contre les maladies réelles.
La troisième partie de la tâche d’un véritable médecin consiste à employer de la manière la plus convenable les médicamens (dont on a trouvé les effets purs sur des hommes sains), pour opérer la guérison homoeopathique des maladies.
Celui de ces médicamens examinés, dont les symptômes ont la plus grande ressemblance avec la totalité des symptômes d’une certaine maladie naturelle * doit être le remède homoeopathique le plus convenable et le plus certain contre celles-ci, on a trouvé en lui le remède spécifique de cette maladie.
Un médicament qui a la faculté et la tendance de produire une maladie artificielle très -semblable à la maladie naturelle en question, et qui a été donné au malade en dose bien proportionnée, affecte, en influant sur l’organisme, justement les parties qui souffroient jusqu’alors de la maladie naturelle et excite en elles la maladie artificielle qu’il peut produire de sa nature. Or celle-ci, à cause de sa grande ressemblance et de sa force prépondérante, occupe de préférence la
place de Ja maladie naturelle, de façon que l’organisme ne souffre plus dèslors de la dernière, mais uniquement de la maladie médicinale. Mais le remède ayant été donné en très -petite dose, celle-ci disparoit bientôt, comme toutes les maladies médicinales modérées, et laisse le corps libre de toute souffrance, c. à d. dans un état de santé parfaite et durable.
Si le médicament homoeopathique est employé de la manière nécessaire, la maladie à guérir, quelque maligne et quelque riehe en souffrances quelle soit, passe dans quelques heures, si elle est récente, et dans quelques jours, si elle a déjà une plus longue existence. Tous les vestiges de mal- être disparoissent, on ne s’aperçoit presque pas de la maladie artificielle produite par le remède, et la santé se rétablit dans des passages rapides, quoique insensibles. Pour ce qui est des cacochymies invétérées et compliquées, elles demandent un traitement plus long.
Si quelqu’un se plaint au médecin d’une ou de deux incommodités insignifiantes, dont il ne s’est aperçu que depuis peu, le médecin ne doit pas regarder ceci comme une maladie parfaite, qui ait besoin d’un secours médicinal. Un petit changement dans la diète suffit ordinairement pour dissiper une si foible indisposition.
Mais si ce peu d'incommodités, dont le malade se plaint, sont des souffrances violentes, le médecin, en faisant des recherches, trouvera pour l’or-
dinaire, outre cela, encore plusieurs autres incommodités de moindre conséquence, qui lui offriront une image complète de la maladie: chose qui arrive ordinairement dans les maux chroniques dont je parlerai plus bas.
Plus la maladie est forte, plus les symptômes, qui la composent, sont pour l’ordinaire fréquens et marquans. Mais alors il est aussi d’autant plus facile de trouver un remède convenable, pourvu qu’il y ait un assez grand nombre de remèdes connus, d’après leurs effets positifs, parmi lesquels on puisse choisir. Parmi les séries des symptômes de beaucoup de médicamens, il n’est pas difficile d’en trouver un, qui contienne de tels élémens de maladie dont on puisse composer une maladie artificielle très -semblable à la totalité des symptômes de la maladie naturelle en question. Or, c’est justement ce médicament qui est le remède désirable.
En faisant cette recherche d’un remède homoeopathique spécifique, c. à d. en faisant cette comparaison de l’ensemble des signes de la maladie naturelle avec les séries des symptômes des différens médicamens, pour trouver parmi eux une puissance morbifique artificielle semblable au mal en question, il faut sur -tout faire attention aux symptômes frapp ans, singuliers, extraordinaires et particuliers, (caractéristiques). Car c’est sur-tout à ceux-ci que doivent répondre des symptômes très-semblables dans la série des symptômes du médica-
ment, si celui-ci doit être le remède le plus convenable pour opérer la guérison. Les symptômes généraux et indéfinis au contraire, comme le manque d’appétit, le mal de tête, la langueur, le sommeil inquiet, le malaise etc. etc., ne méritent que peu d’attention s’ils ne sont pas charactérisés de plus près ; car presque toutes les maladies êt presque tous les médicamens produisent de pareils symptômes généraux.
Or, si l’image de la maladie artificielle, qu’on a composée de plusieurs symptômes d’un certain médicament qui paroit être le plus convenable, contient dans le plus grand nombre et dans la plus grande ressemblance ces signes singuliers, extraordinaires, particuliers et marquans, (caractéristiques), qui se trouvent dans la maladie naturelle, ce médicament sera aussi en effet le remède le plus convenable, le plus homoeopathique et le plus spécifique pour cet état de maladie. Une maladie qui n’a pas duré longtemps, est alors anéantie pour l’ordinaire par la première dose sans qu’il en résulte d’importantes incommodités.
J’ai dit: sans d’importantes incommodités; car, quand le remède susdit opère sur le corps , ce ne sont que les symptômes analogues à ceux de la maladie, qui soient en activité, en occupant la place de ceux-ci dans l’organisme, en les surmontant et en les anéantissant de cette manière. Les autres symptômes, souvent nombreux, du médicament homoeopathique, qui ne répon-
dent pas à la maladie en question, ne se montrent presque pas du tout, et le malade va mieux d'heure en heure. La cause en est, que la dose médicinale, devant être extrêmement petite dans l’application homoeopathique, est trop foible pour manifester ses effets non -homoeopathiques dans les parties du corps qui sont exemptes de la maladie. Mais elle produit bien ses effets homoeopathiques dans les parties de l’organisme, qui sont déjà extrêmement irritées et excitées par les souffrances semblables de la maladie naturelle; et c’est ainsi, qu’en supposant dans ces parties une maladie artificielle plus forte, à la place de la maladie naturelle, le remède anéantit cette dernière.
Cependant il n’y a aucun remède homoeopathique, quelque convenable qu’il fut, qui (sur -tout quand il n’auroit pas été donné dans une dose assez diminuée) ne produise, durant son effet, une seule petite incommodité nouvelle sur des malades très-irritables et très - sensibles. Car il est presque impossible que le médicament couvre aussi exactement par ses symptômes ceux de la maladie, comme se couvrent deux triangles qui ont des côtés et des angles égaux. Mais ces changemens insignifians (en cas favorable) sont suffisamment applanis par la propre énergie de l’organisme, et des malades, qui ne sont pas excessivement délicats, ne s’en aperçoivent même pas. Le rétablissement de la santé avance néanmoins vers sa fin, s’il n’est pas empêché par des choses médicinales hétérogènes qui influent sur le malade, ou par des fautes qu’il commet dans
sa diète, ou par des passions auxquelles il se livre.
Quoiqu’il soit certain d’un côté, qu’un remède homoeopathique convenable et donné en petite dose, anéantit tranquillement la maladie sans exercer ceux de ses effets qui ne sont pas analogues au cas présent, c. à d. sans causer de nouvelles incommodités importantes, il est pourtant vrai de l’autre côté, que chaque pareille remède produit dans la première heure ou dans les premières heures après qu’il a été pris, un état un peu empiré, qui a tant de resse mblance avec la maladie originaire, que le malade le prend pour une augmentation de sa propre maladie. Mais ce n’est en effet antre chose qu’une maladie médicinale surpassant un peu en force le mal originaire, qui lui est extrêmement semblable. (Quand le médicament est un de ceux qui opèrent longuement, ou quand la dose a été un peu trop grande, cet état empiré dure plusieurs heures).
Cette petite augmentation homoeopathique du mal dans les premières heures (un heureux présage qu’une maladie aigiie sera bientôt guérie et pour l’ordinaire déjà par la première dose) est dans la règle. Car la maladie médicinale doit être naturellement plus forte que le mal à guérir, si celui-ci doit être surmonté et anéanti par elle; comme aussi une maladie naturelle ne peut en détruire une autre qui lui est semblable, que quand elle est plus forte que celle-ci (§. 38 — 4 i ).
Plus la dose du remède homoeopathique a été petite, plus l’apparente augmentation de la maladie dans les premières heures sera foible et de peu de durée.
Mais, comme il est presque impossible qu’un remède homoeopathique puisse jamais être préparé en trop petite dose pour ne pas pouvoir amender, surmonter et guérir parfaitement la maladie analogue, (§. 267. Note), on conçoit facilement pourquoi une dose d’un tel médicament, quand elle n’a pas été la plus petite possible, puisse encore occasionner dans la première heure une augmentation homoeopathique sensible 1).
1) Cette prépondérance des symptômes du médicament sur les symptômes analogues de la maladie , qui ressemble à une augmentation de celle-ci, a aussi été remarquée par d’autres médecins , quand le hazard leur a fourni parfois un remède homoeopathique. Quand le galeux après avoir pris du soufre, sè plaint de l’augmentation de son exanthème, le médecin, qui n’en sait pas la cause, la console en l’assurant que la gale doit d’abord sortir tout- à- fait, avant qu’elle ne puisse guérir, mais il ignore que cet exanthème, qui semble être une augmentation de la gale, provient du soufre. Leroy (v. Heilkunde für Mütter, p. 406.) nous assure: „Que la pensée a fait empirer au commencement un exanthème au visage, qu’elle a guéri dans la suite. “ Mais il ignoroit , que cet aggravement apparent du mal provenoit seulement de la trop grande dose de ce remède, qui dans ce cas se trouvoit homoeopathique. — Lysons (v. Medic. transact. Yol. ÎT. London, 1772.) nous dit: „Que l’écorce de l’orme guérit le plus certainement ceux des exanthèmes , qu’elle fait augmenter au commencement, s’il n’avoit pas donné aux ma-
Le nombre des remèdes connus d’après leurs effets véritables et purs étant encore limité, il arrive quelquefois, que les symptômes de la maladie à guérir ne se trouvent contenus qu’en partie dans la série des symptômes du médicament qui paroit encore être le plus convenable, et qu’il faut donc employer ce remède imparfait au défaut d’un autre plus parfait.
Dans ce cas on ne peut s’attendre, que ce médicament guérisse le malade parfaitement et sans aucune incommodité. Car un tel remède, n’étant pas tout-à-fait convenable au cas présent, produit toujours quelques symptômes qui n’existoient pas auparavant. Il est vrai que cela n’empêche pas qu’une partie considérable du mal, c. à d. celle qui ressembloit aux symptômes médicinaux, ne soit anéantie, et qu’il n’en résulte un bon commencement de guérison ; mais cette opération ne se fait pas sans que le malade ne souffre des maux accessoirs susdits.
Cependant le petit nombre des symptômes ho-
lades cette écorce, qui étoit ici un remède homoeopathique, dans des doses aussi énormes, comme on a coutume de les donner en pratiquant l’art médical vulgaire et allopathique, mais dans des doses extrêmement petites , comme le demande l’emploi des médicamens selon le principe de la ressemblance des symptômes, il auroit guéri les maladies susdites sans causer aucun aggravement du mal, ou du moins cet aggravement auroit été trèsinsignifiant.
homoeopathiques que produit le médicament, ne nuit jamais à la guérison, quand ce peu de symptômes sont des symptômes extraordinaires qui distinguent principalement cette maladie (symptômes caractéristiques); la guérison s'ensuit alors rapidement et sans incommodités.
Mais quand les symptômes du médicament n’en contiennent aucuns qui ressemblent aux symptômes marquans, singuliers et extraordinaires de la maladie, et qu’ils ne ressemblent à celle-ci que par rapport aux symptômes généraux, (comme: le mal de coeur, la langueur, le mal de tête etc. etc.), le médecin ne doit pas attendre d’un tel remède imparfait un succès immédiatement favorable.
Cependant, quoique le nombre des remèdes connus d’après leurs effets purs soit encore limité, le cas susdit est très-rare, et quand il a lieu, ses inconvéniens diminuent lorsqu’on peut choisir pour second médicament un autre dont les symptômes ressemblent davantage à ceux de la maladie.
Si l’usage de ce remède imparfaitement homoeopathique cause des souffrances accessoires de quelque importance, on ne permet pas dans les maladies aigiies que la première dose finisse toutà-fait son effet; mais on examine de nouveau l’état de la maladie sous sa modification actuelle, et l’on s’en forme une image dans laquelle on joint
le reste des symptômes originaires aux symptômes récemment nés.
Alors on pourra trouver plus facilement un remède analogue, dont le premier usage diminuera déjà la maladie, soit aussi qu’il ne puisse pas la détruire tout -à- fait. Et c’est ainsi que l’on continuera à examiner toujours de nouveau l’état de la maladie, quand même le médicament ne suffiroit pas au rétablissement de la santé, et que l’on choisira chaque fois un nouveau remède homoeopathique, jusqu’à ce qu’on ait atteint son but, c. à d. de rendre au malade la pleine jouissance de la santé.
Il peut arriver, qu’en examinant pour la première fois une maladie et qu’en faisant le premier choix du remède, on trouve que la totalité des symptômes de la maladie n’est pas suffisamment couverte par les élémens morbifiques d’un seul médicament, (vu que le nombre des remèdes connus et examinés est encore insuffisant), mais que deux remèdes se disputent la convenance au cas présent, l’un étant homoeopathique pour telle partie des symptômes de la maladie, l'autre l’étant davantage pour telle autre. Cependant il n’est pas proposable d’employer l’un après l’autre sans avoir examiné auparavant l’état de la maladie, ni de les employer tous les deux à la fois. Car pour ce qui est du premier cas, personne ne peut prévoir au juste, comment la maladie sera changée par le médicament que l’on aura employé le premier, et dans le second cas il est
impossible de savoir, comment l’un des deux médicamens empêchera et modifiera l’effet de l’autre. (§. 296. 297.)
Il vaut bien mieux donner ici premièrement celui de ces deux remèdes imparfaitement homoeopathiques, qui paroît mériter la préférence sur l’autre. II pourra bien diminuer la maladie en partie, mais il produira aussi de nouveaux symptômes.
Dans ce cas les lois de l’homoeopathie ne permettent pas de donner au malade une seconde dose du même médicament. Mais il n’est pas non plus permis d’employer l’autre médicament, que l’on avoit trouvé convenable à l’autre partie des symptômes lors de la première indication, sans avoir auparavant examiné de nouveau les symptômes de la maladie dans la modification produite par le remède précédent.
Au contraire, il faut que la totalité des symptômes restans soit recherchée de nouveau, (comme cela doit toujours se faire, quand un changement a eu lieu dans l’état de la maladie), et que l’on choisisse ensuite un remède aussi convenable que possible à l’état actuel du mal, sans avoir égard à l’autre médicament qui paroissoit au commencement le plus convenable après le premier.
Il n’arrive pas souvent, que cet autre remède soit encore convenable à présent. Mais quand après avoir examiné de nouveau l’état de la ma-
ladie, on trouve effectivement que ce remède lui convient encore actuellement, au moins aussi bien qu’un autre quelconque, il mérite d’autant plus la préférence.
Ce n’est que dans quelques cas d’anciennes maladies chroniques, qui ne sont pas sujettes à de grands changemens, et qui ont des symptômes principaux, certains et stables, que l’on peut quelquefois employer avec succès alternativement deux médicamens presque également homoeopathiques. Mais cela n’est permis qu’aussi longtemps que le fonds des médicamens connus selon leurs effets purs, ne nous offre pas un remède homoeopathique plus parfait, ou même le plus parfait dans la série des symptômes dans laquelle est contenu entièrement ou presque entièrement le groupe des symptômes du mal chronique ; car un tel remède lui suffit tout seul et le guérit d’une manière douce, rapide et durable x).
Une difficulté semblable dans la guérison naît du trop petit nombre des symptômes de la maladie, circonstance qui mérite d’être soigneusement considérée. Car en écartant
1) Ce n’est que dans les cas de complication de maladie, p. e. dans celle de la maladie vénérienne et de la gale, qu’il est impossible d’achever la guérison avec un seul remède. Il faut alors employer alternativement le remède qui convient liomoeopathiquement ( c. à d. spécifiquement) à chacune des deux maladies ; p. e. dans le cas désigné il faut employer alternativement la meilleure préparation de mercure et la meilleure préparation de soufre.
cet inconvénient nous avons levé presque toutes les difficultés qui, outre la pénurie de médicamens homoeopathiques connus, peuvent s’opposer à la plus parfaite de toutes les méthodes de guérir.
Il n’y a que certaines maladies qui semblent avoir peu de symptômes, et qui sont donc plus difficiles à guérir. On peut les nommer maladies partielles, parcequ’elles n’ont qu’un ou deux symptômes principaux marquans, qui masquent presque tous les autres. Ces maladies sont pour la plupart chroniques.
Leur symptôme principal peut consister ou en un mal intérieur, (p. e. un mal de tête de plusieurs années, une ancienne diarrhée, une cardialgie invétérée), ou en un mal qui se manifeste plus à l’extérieur. Les maladies de la dernière espèce sont nommées préférablement maladies locales.
Pour ce qui est des maladies partielles de la première espèce, le manque d’attention de la part du médecin est quelquefois la seule cause qui l’empêche d’épier les autres symptômes qui pourroient compléter l’image de la maladie.
Il y a cependant quelques maladies qui, malgré l’examen soigneux qu’on en a fait au commencement, ne laissent apercevoir qu’une couple de symptômes forts et violens, tandis que les autres ne peuvent être remarqués qu’indistinctement.
Pour pouvoir traiter avec succès de pareils cas, il faut choisir premièrement un médicament aussi homoeopathique que possible pour le peu de symptômes qu’offre la maladie en question.
Il arrivera bien alors quelquefois, que ce médicament produira la maladie artificielle propre à détruire la maladie naturelle, et cela sera d’autant plus possible, si le peu de symptômes de cette dernière sont marquans, définis et extraordinaires (caractéristiques).
Mais un cas plus fréquent sera, que le médicament ne conviendra qu’en partie à la maladie, parceque le choix n’aura pas été guidé par une pluralité de symptômes.
Or, ce médicament, (qui a été choisi aussi bien que possible, mais qui pourtant à cause de la raison mentionnée n’est qu’imparfaitement homoeopathique), en opérant contre la maladie à laquelle il n’est analogue qu’en partie, excitera des maux accessoires, ainsi que cela arrive aussi dans le cas dont nous avons parlé précédemment (§. 168. et suivans), où la pénurie de remèdes homoeopathiques a rendu le choix imparfait. Ce médicament produira donc plusieurs nouveaux symptômes qui lui sont propres. Mais ces symptômes sont aussi des souffrances propres à la maladie elle-même, dont le malade ne s’étoit pas du tout aperçu jusqu’alors,
ou du moins pas clairement, et qui ne se développent qu'à présent à un plus haut degré.
On m'objectera peut-être que ces incommodités accessoires doivent être mises uniquement sur le compte du médicament. Oui, ils en proviennent ; mais ils sont néanmoins des symptômes, pour lesquels une telle maladie dans un tel corps, avoit déjà une inclination particulière, et que le médicament, comme créateur de maux semblables, a seulement fait éclorre. En un mot il faut regarder la totalité des symptômes qui se montrent à présent, comme propre à la maladie même et comme son véritable état actuel qu’il faut aussi traiter sous ce point de vue.
C'est ainsi, que le choix du premier remède, qui, à cause du trop petit nombre des symptômes perceptibles devoit presque être imparfait, nous rend pourtant le service de nous compléter l’ensemble des symptômes de la maladie, et nous facilite de cette façon la recherche d’un second remède homoeopathique plus convenable.
Or, après que la première dose du premier médicament a fini son effet, il faut de nouveau mettre par écrit l’état actuel de la maladie, (à moins que la violence des symptômes récemment
1) Excepté si une faute importante clans la diète, une passion violente, ou un développement impétueux dans l’organisme, p. e. l’éruption ou la fin des évacuations, menstruelles, la conception, l’accouchement etc. etc., en ont été la cause.
nés ne demande des secours très -prompts), et il faut choisir d’après ceci un nouveau remède homoeopathique qui lui soit justement analogue. Cela sera aussi d’autant plus facile que le groupe des symptômes est devenu plus nombreux et plus complet 1).
C’est ainsi que l’on continuera toujours de noter de nouveau l’état de la maladie après la fin de l’effet de chaque dose, et que l’on choisira de nouveau un remède homoeopathique aussi convenable que possible pour le groupe des symptômes que l’on aura trouvé, jusqu’à ce qu’enfin le malade soit tout -à -fait guéri.
Parmi les maladies partielles, celles que l’on nomme locales, occupent une place importante. On entend par là des changemens et des souffrances à des parties extérieures du corps, qui, comme on l’enseigne, affectent exclusivement ces parties^ sans que le reste du corps y prenne part, proposition théorique absurde, qui a entraîné les cures les plus pernicieuses.
Ceux de ces maux nommés locaux qui pro-
1) Chez un malade qui a des symptômes tout- à -fait indistincts , et qui se porte néanmoins très-mal de façon qu’il faille attribuer la cause de cet état à l’engourdissement de la sensibilité, qui ne permet pas que le malade s’aperçoive clairement de ses douleurs et de scs incommodités, le suc de pavots enlève cet engourdissement du sentiment intérieur et les symptômes de la maladie se montrent clairement dans la réaction de l’organisme.
viennent récemment d’une blessure uniquement extérieure, semblent être les seuls qui puissent mériter ce nom. Mais il faut alors que cette blessure soit très - insignifiante. Car, quand les maux qui attaquent le corps à l’extérieur sont de quelque importance, ils font souffrir simultanément l’organisme entier ; il en résulte des lièvres etc. etc. Il appartient à la chirurgie de s’occuper de ces maux en tant qu’il faut porter à ces parties un secours mécanique, pour anéantir les obstacles de la guérison qu’on ne sauroit attendre que de la force propre de l’organisme. De tels secours mécaniques sont p. e. les remboitemens, les ligatures pour unir les lèvres d’une plaie, l’extraction de corps étrangers qui ont pénétré dans une partie de l’organisme, l’ouverture d’une cavité du corps, soit pour enlever une substance onéreuse, soit pour procurer une issue aux émanations de quelques humeurs extravasées ou rassemblées dans cet endroit ; les bandages autour des os cassés etc. etc. Mais quand, à l’occasion de telles blessures, l’organisme entier demande aussi un secours dynamique pour être mis en état d’opérer la guérison , p. e. quand il faut anéantir par un remède intérieur une fièvre violente, provenant d’une grande meurtrissure ou de dilacérations de la chair ou de déchiremens des tendons et des vaisseaux, ou bien quand il faut enlever la douleur extérieure à quelques parties brûlées ou corrodées, c’est alors que commence l’emploi du médecin dynamique et que le secours homoeopathique devient nécessaire.
Mais il en est bien autrement de la naissance de tels maux, de tels changemens et de telles incommodités aux parties extérieures qui n’ont pas pour cause une blessure provenue du dehors; elles ont leur source dans une souffrance intérieure. Il étoit donc aussi absurde que pernicieux de faire passer ces maladies pour des maux uniquement locaux et de les traiter exclusivement ou du moins presque exclusivement avec des remèdes topiques et extérieurs, comme si c’étoient des objets d’un traitement chirurgique. Voilà pourtant ce qu’a fait jusqu’à présent l’art médical de tous les siècles.
On nommoit ces maladies des maux locaux, parceque l’on croyoit qu’elles étoient fixées à ces parties extérieures où elles se mon* tr oient, et que l’organisme n’avoit que peu ou aucune part à ces souffrances, comme s’il ignoroit leur existence.
Neanmoins il est très -évident, en faisant un peu de réflexion, qu’aucun mal extérieur qui n’a pas été occasionné par une blessure du dehors, ne peut naître, ni demeurer à sa place, ni empirer, sans que l’organisme entier, qui par conséquent doit être malade, n’y coopère. Ce mal ne pourroit pas du tout paroître sans que la santé du corps entier n’y concourut et sans que toutes les parties sensibles et irritables et tous les organes animés du corps n’y prissent part; oui, la
naissance d’un tel mal n’est pas même imaginable sans avoir été occasionnée par une altération de l’organisme entier, tant les parties du corps sont intimement liées et forment un ensemble inséparable par rapport aux sensations et à l’activité. Il ne peut exister ni un exanthème aux lèvres, ni un panaris, sans que l’homme ne souffre d’un mal- être intérieur précédent et simultané.
Tout traitement médical d’un mal engendré à des parties extérieures du corps, sans avoir été causé par une blessure du dehors, doit donc se diriger sur l’anéantissement et la guérison du mal général dont souffre l’organisme entier, en employant des remèdes intérieures. Car ce n’est qu’ainsi que la cure peut être conforme au but, certaine, secourable et radicale.
Ceci est constaté clairement par l’expérience qui montre, que chaque puissant remède intérieur produit immédiatement après avoir été administré à un tel malade, des changemens importans dans tout l’état de sa santé et en particulier aussi dans ces parties souffrantes extérieures, (regardées comme isolées par l’art médical vulgaire), fussent - elles même aux extrémités du corps. Or, ces changemens sont de la nature la plus salutaire; ils consistent dans le rétablissement de la santé entière, qui fait disparoître en même temps le mal local, (sans que l’on emploie aucun remède extérieur), pourvu que le
médicament intérieur, dirigé contre l’ensemble de la maladie, convienne homoeopathiquement à celui-ci.
En examinant un tel cas de maladie il faut donc faire attention non -seulement à la qualité exacte de la souffrance locale, mais encore, à tous les autres changemens et incommodités, qu’on peut remarquer dans l’état de santé du malade. Tous ces symptômes doivent être réunis en une image complète, afin de pouvoir choisir un remède homoeopathique convenable parmi les médicamens connus d’après leurs effets morbifiques propres.
Par ce remède intérieur, l’état maladif général du corps est anéanti et guéri en même temps avec le mal local. (Si le mal est récemment né, la première dose suffira déjà à la guérison.) Ceci doit nous prouver que le mal local dépend uniquement d’une maladie du corps entier, et qu’il faut le considérer comme une partie inséparable de l’ensemble et comme un des symptômes les plus grands et les plus marquans de la maladie générale.
Cela est si vrai, que même chaque remède topique extérieurement appliqué, qui a jamais guéri uniquement un malade et lui a procuré une santé parfaite, (ce qui cependant est arrivé très -rarement), n’auroit pu opérer ce rétablissement, s’il n’eut exercé en même temps une influence homoeopathique sur l’état intérieur de la maladie, et s’il n’eut eu la faculté d’opérer aussi bien la gué-
rison, quand même on l’eut donné exclusivement comme médicament intérieur 1 ).
Il pourroit sembler que la guérison de pareil-
1) Mais les remèdes extérieurs, employés seuls, opèrent très - rarement d’une manière aussi salutaire et aussi parfaite , et seulement sous de certaines conditions, difficiles à réunir, qui pourroient être : Le remède extérieurement appliqué doit être en même temps le remède liomoeopathique pour l’état général de la maladie, qui pourroit aussi guérir celle-ci si on l’employoit uniquement comme médicament intérieur ; il faut ensuite qu’il soit donné sous la forme la plus efficace ; il faut enfin qu’il soit appliqué de manière qu’il puisse pénétrer le mieux possible dans le corps, c. à d. il faut l’appliquer à une grande surface de la peau et à des endroits sensibles ou dégagés de l’épiderme. Cependant, même en cas de réunion de tous ces avantages, il seroit encore indécis, si la guérison radicale de la maladie entière, et par conséquent aussi celle du mal intérieur a été parfaitement effectué par l’application extérieure du médicament. Ce ne seroit que dans le cas, où il s’ensuivroit une santé durable que nous pourrions être assurés de l’efficacité de ce procédé. Aussi est -ce toujours un grand risque de couvrir d’un médicament très -actif une grande surface du corps, peutêtre même dépouillée de l’épiderme; car on ne peut ici définir et modérer exactement la dose du remède, qui agit aussi sur l’organisme intérieur. Ajoutez encore le danger que je détaillerai plus bas , que le remède employé ne soit pas homoeopathique, et qu’il ne fasse que corroder, sécher ou chasser d’une autre manière quelconque le mal des parties extérieures , tandis qu’il laisseroit la maladie intérieure non-anéantie et la rendroit ensuite bien plus dangereuse et bien plus difficile à guérir. On voit par là facilement, combien il est préférable de traiter de telles maladies uniquement par des remèdes intérieurs, supposé toutefois qu’ils soient homoeopathiques et que la dose soit bien mesurée ; car alors la guérison du mal local donnera la preuve la plus certaine, que l’on a simultanément anéanti la maladie totale de la manière la plus radicale et la plus parfaite.
les maladies fut accélérée, si le remède reconnu comme homoeopathique pour le total des symptômes, étoit employé non seulement intérieurement, mais encore extérieurement, parceque l'effet d’un médicament appliqué à l’endroit du mal même, y devoit produire un changement plus rapide.
Mais l’on se trompe. Car ce double emploi du même remède dans de telles maladies qui ont pour symptôme principal un mal local stable, entraîne le grand inconvénient, que l’application topique anéantit pour l’ordinaire plus rapidement ce symptôme principal que la maladie intérieure. Nous sommes donc trompés alors par l’apparence d’une guérison parfaite, ou du moins il nous est devenu bien plus difficile et souvent même impossible, de juger si la maladie totale est en effet anéantie par l’emploi extérieur du médicament, car le symptôme local a disparu trop tôt.
Quand on s’est servi exclusivement de l’application topique du remède, l’inconvénient susdit sera le même ou encore plus grand s’il est possible. Car il devient alors bien plus invraisemblable, que le médicament, en détruisant le symptôme local, ait influé simultanément d’une force si pénétrante et si salutaire sur l’organisme intérieur, que la maladie totale ait été anéantie et guérie en même- temps, soit aussi que le médicament ait consisté dans la préparation la plus efficace d’un remède homoeopathique et qu’on l’ait employé sur une grande surface de la peau.
Dans tous les autres cas de maladies chroniques qui ont un mal local stable, où le remède extérieur ne touche qu’une petite surface, il a trop peu d’influence sur l’organisme intérieur pour qu’il puisse anéantir et guérir la maladie intérieure, souvent invétérée et importante. Dans ce cas elle ne peut pas être guérie par là, et ne l’a jamais été. La force prépondérante et rapide du médicament extérieur enlève avant le temps le mal local, qui étoit le symptôme le plus marquant, le plus certain et le plus clair qui s’offrit à l’observation; néanmoins le mal intérieur reste, et le cas est alors pire qu’auparavant.
Car si le mal local de la maladie chronique a été détruit uniquement d’une manière topique et partielle, on reste dans l’incertitude par rapport à la cure intérieure, qui est pourtant absolument nécessaire au parfait rétablissement de la santé. Car le symptôme principal, le mal local, ayant disparu, il ne reste plus que les autres symptômes moins reconnoissables qui sont moins stables et moins constans que la souffrance locale, et qui ont souvent trop peu de qualités propres et caractéristiques pour offrir encore l’image de la maladie en contours distincts et complets.
En poursuivant la cure intérieure, le médecin restera alors toujours en doute si le remède, futil même reconnu comme homoeopathique, a parfaitement anéanti et détruit la maladie générale,
parceque le symptôme le plus important, et le plus constant, le mal local, a été enlevé trop tôt à ses yeux. En agissant donc à demi dans l’obscurité, il emploiera le remède en trop petite ou en trop grande quantité, ou il ne s’en servira pas jusqu’au point du rétablissement parfait, ou il s’en servira trop longtemps ; mais l’un et l’autre procédé sera également pernicieux au malade.
Si sur-tout le remède homoeopathique n’étoit pas encore trouvé, lorsque le symptôme local a été détruit par un remède extérieur corrosif ou dessiccatif, ou par entaille, la difficulté qui résulte de l’incertitude et de l’inconstance des autres symptômes, devient encore plus grande. Car le symptôme principal, qui auroit pu guider avant tout le choix du remède le plus convenable et son emploi intérieur jusqu’au point de l’anéantissement parfait de la maladie, a été soustrait à nos observations.
Si ce symptôme existoit encore durant la cure intérieure, on auroit pu trouver le remède homoeopathique pour la maladie totale. Or, si durant l’usage intérieur de ce médicament le mal local continuoit d’exister, sa présence même prouveroit que la cure n’est pas encore parfaite; mais au contraire s’il guérissoit, on auroit une preuve convaincante que le mal est extirpé jusqu’à sa racine et que la maladie entière a atteint la fin désirée; avantage, que l’on ne sauroit assez apprécier !
Il est évident que l’organisme, chargé d’une maladie chronique qu’il ne peut vaincre par ses propres forces, produit un mal local à une partie extérieure du corps quelconque pour appaiser le mal intérieur qui menace de déstruction les organes vitaux et la vie même. Il engendre et nourrit donc plutôt une souffrance dans des parties qui ne sont pas absolument nécessaires à l’existence. Il veut pour ainsi dire transmettre et dévoyer le mal intérieur sur le mal local qui doit en tenir lieu. Le mai local fait taire de cette façon la maladie intérieure, mais il ne la guérit pas. Le cas est presque le même que celui dont nous avons parlé plus haut (§.33.)» °ù une maladie naturelle survenant à une autre qui lui étoit hétérogène, ne fit que l’appaiser et la suspendre, comme étant incapable de la guérir *). Cependant le mal topique n’est toujours autre chose qu’une partie de la maladie générale, mais une partie que la nature soigneuse a partiellement agrandie et qu’elle a transmise à une place extérieure comme moins dangereuse pour la vie, afin de diminuer la souffrance intérieure. Néanmoins la maladie totale n’est pas du tout guérie par là ; au contraire la souffrance intérieure augmente insensiblement, et la nature est donc obligée d’empirer et de grossir aussi le mai local, afin qu’il suffise pour appai-
1) Les cautères ont un effet semblable; ce sont des ulcères artificiels à des parties extérieures , qui appaisent pendant quelque temps plusieurs souffrances chroniques intérieures, sans cependant pouvoir les guérir.
ser le mal intérieur ; p. e. les ulcères invétérés des cuisses empirent et le chancre s’agrandit avec le temps à mesure que la maladie totale augmente. §. 213.
Or, si le médecin vulgaire, ayant l’idée de guérir par là la maladie même, détruit le mal local par des remèdes extérieurs, la nature le remplace par l’excitation et l’augmentation des souffrances intérieures ; elle éveille alors les autres symptômes de la maladie qui existoient déjà auparavant et qui, pour ainsi dire, ne faisoient que sommeiller. Il est donc faux de dire dans ce cas, que les remèdes extérieurs aient répercuté le mal local dans le corps ou qu’ils l’aient fait tomber sur les nerfs.
Il y a quelques maladies chroniques, où ce réveil des autres symptômes, après l’enlèvement du mal local, ne se fait qu’insensiblement, de façon qu’il se passe un temps considérablement, avant que l’augmentation de la maladie devienne évidente *).
1) La maladie vénérienne nous offre en ceci l’exemple le plus marquant. Quoique le chancre ne s’engendre que quelques jours ou même plusieurs jours après l’infection, nous devons pourtant être persuadés, que le corps entier étoit déjà vénérien avant que ce symptôme se montrât ; car sans cela il n’aurôit pas pu se montrer du tout. Bientôt après l’infection et encore avant que le chancre ne paroisse sous la forme d’une petite vessie, qui cause une démangeaison piquante et change bientôt en un petit ulcère ouvert, des personnes délicates éprouvent des symptômes d’un mal- être général, qui sont les indices de la maladie répandue dans l’organisme entier. (Cependant il est vrai que quelques personnes ne s’aperçoivent pas de ces symptômes
D’autres maladies accompagnées de symptô-
généraux.) Mais il y a encore une autre preuve incontestable que l’infection de l’organisme entier étoit déjà achevée avant l’éruption du chancre ; c’est que l’extirpation même du chancre récemment formé, bien loin d’anéantir la maladie totale, ne peut pas même la diminuer. (Y. Petit dans Fabre , lettres, supplément à son traité des maladies vénériennes , Paris , 1786.)
Tant que le chancre est encore à sa place, il reste le symptôme principal, qui tient lieu de la plus grande partie de la maladie intérieure et qui fait par sa présence que les autres symptômes ne se montrent que foiblement ou pas du tout. S’il n’est pas chassé par des remèdes extérieurs, il demeure immobile à sa place, en s’agrandissant avec le temps, et il continue d’exister jusqu’à la fin de la vie de l’homme, même le plus vigoureux. N’est- ce pas là une preuve de l’importance de la maladie intérieure P Est -ce que cet ulcère si petit au commencement ne guériroit pas très-facilement par la faculté curative propre à la nature, s’il n’étoit pas causé par une maladie intérieure aussi stable et aussi grande dont il doit tenir lieu comme symptôme principal et qu’il doit appaiser de cette façon ?
Si l’on procède selon la méthode des médecins vulgaires en chassant le chancre par un remède corrosif ou par un autre médicament topique quelconque, ou par l’application d’oxyde mercuriel noir, ce symptôme local de la maladie vénérienne intérieure est pour l’ordinaire détruit tout de suite, mais au grand préjudice du malade. L’état général reste alors non -seulement aussi vénérien qu’il étoit auparavant, mais la mala> die vénérienne intérieure, qui scion sa nature empire toujours insensiblement, remplace aussi à présent l’absence du chancre, (symptôme principal et topique qui adoucissoit jusqu’alors la violence du mal intérieur et la dévoyoit pour ainsi dire), en développant les autres symptômes qui sommeilloient jusqu’à ce moment, et en excitant de nouveaux accidens bien plus douloureux que ne l’étoit le chancre. Les souffrances intérieures se manifestent à présent, ou bientôt après (p. e. les poulains) ou après quelque temps , et souvent même après plusieurs mois , en exulcérations des tonsilles , en exanthème de boutons ou de ta-
mes locaux, étant privées par des remèdes topiques de ce symptôme principal, qui appaisoit la
ches , en ulcères cutanés plats , non - douloureux , lisses et ronds, en excroissances crépues à la luette ou aux ailes du nez ; en toux perpétuellement chatouillante et accompagnée d’excrétions purulentes ; en roideur dans les articulations , en douleurs nocturnes dans le périoste, en tumeurs des os etc. etc.
Mais tous ces symptômes de la maladie syphilitique ne sont pas aussi clairs et aussi stables comme l’étoit le chancre. Ils passent facilement pour quelque temps quand on emploie le mercure intérieurement ; puis ils reviennent momentanément , ou ils sont remplacés par d’autres symptômes vénériens sous telle et telle forme. En un mot on n’est jamais sûr d’avoir parfaitement guéri et anéanti la maladie générale. Quand après avoir détruit le chancre on donne le médicament intérieur en trop petites doses ou en des préparations trop foibles , la maladie n’est pas anéantie et reparoît avec le temps. De l’autre côté , quand on continue trop longtemps l’usage de ces remèdes mercuriels , pour en communiquer insensiblement une quantité considérable au corps , ( car on sait bien qu’en donnant rapidement de grandes doses de ces préparations âcres et violentes, les forces du corps seroient subitement anéanties), on n’atteint pas le but et l’on ne sait jamais, vu l’inconstance des symptômes , le moment où le mal a été anéanti et s i on l’a anéanti en effet. Mais en outre le long usage d’une puissance morbifique artificielle aussi forte que le mercure, ajoute à la maladie vénérienne encore une maladie mercurielle lente, composée de ceux des symptômes du mercure qui ne conviennent pas homoeopathiquement au mal syphilitique. Toutes les deux maladies forment ensemble cette triste complication nommée maladie vénérienne masquée, qui ne peut être guérie ni par le mercure, ni par le foie de soufre, mais qui empire pour l’ordinaire par l’usage de l’un ou de l’autre remède.
Si au contraire lors du commencement de la cure intérieure le chancre, (ce symptôme local si important qui est le plus stable de tous les signes de la maladie vénérienne), est encore présent et n’a pas été traité par des remèdes topiques, il guérit
maladie générale intérieure, augmentent souvent subitement leurs autres souffrances, (qui pour la plupart sont intérieures), à un degré si terrible, que parfois la mort s’ensuit 1 ). Il semble que la
parfaitement de lui -même par le seul usage intérieur du mercure qui est le remède antisyphilitique le plus efficace ; mais il ne guérit jamais avant que la maladie générale ne soit anéantie. Or, si le chancre est guéri durant une cure uniquement intérieure, et si la place, où il se trouvoit, est couverte d’une peau saine , c’est une preuve incontestable que la maladie totale est parfaitement guérie.
Telles sont encore les maladies qui éclatent après l’extirpation de vieux stéatômes , comme Brüninghausen l’a observé. Telles sont aussi les maladies sur lesquelles se fondent toujours les vieux ulcères des cuisses, et qui se développent insensiblement comme un mal souvent dangereux pour la vie même, dès qu’on a enlevé ce symptôme local important par un remède topique dessiccatif. Telles sont encore une quantité prodigieuse d’autres maladies semblables, dont les symptômes locaux ne devroient être guéris que par une cure homoeopatbique intérieure, dirigée contre la maladie générale, sans que l’on employât aucun remède extérieur; si toutefois on veut guérir les maladies d’une manière radicale et convenable à la nature. Il faudroit donc uniquement employer un médicament intérieur , qui fût une puissance morbifique parfaitement semblable à la totalité des symptômes de la maladie, et qui, en anéantissant la maladie générale, guériroit aussi naturellement son symptôme principal, nommé le mal local. Cela étant fait, il est quelquefois utile d’affermir la partie, où se trouvoit le mal local, par des secours mécaniques et physiques, et de fortifier de, nouveau son énergie, p. e. par des immersions dans de l’eau froide, par des bandages circulaires etc. etc.
1) Les suites souvent très-aigües et terribles qui ont résulté tant de fois de la destruction d’une gale invétérée, d’une vieille teigne, de dartres chroniques, d’anciens ulcères aux cuisses etc. etc. , prouvent suffisamment l’importance des maladies
nature, en faisant de la souffrance locale le symptôme principal, ait eu ici une autre intention que dans
intérieures, sur lesquelles se fondent ces symptômes locaux, dès que ceux-ci ont été anéantis, (p. e. par des préparations de mercure , de plomb ou de zinc, dont on saupoudre la partie souffrante ou qu’on lui insinue sous forme d’onguent), sans qu’auparavant la maladie intérieure ait été guérie. C’est alors, que les autres symptômes (qui sommeilloient jusqu’à ce moment et qui ne se raanifestoient qu’en cas de diminution momentanée du mal local, p. e. en cas de refroidissement , tandis que dans la règle ils n’étoient perceptibles qu’à l’oeil d’un observateur très -pénétrant), viennent à sortir, souvent subitement, sous leur forme originaire et avec toute la violence qui leur est propre. Les douleurs spasmodiques dans le bas -ventre, dans les boyaux, dans la matrice ou dans la vessie, qui jusqu’alors n’avoient eu lieu que de temps en temps , prennent â présent la force d’une espèce d’hystérie douloureuse ; la foiblesse de l’esprit, que l’on n’avoit observée jusqu’alors qu’indistinctement par ci par là, augmente tout à coup jusqu’au degré de stupidité et de manie; — une petite toux, qui auparavant avoit lieu quelquefois, et des attaques d’oppression de poitrine, qui ne se montroient que rarement, éclatent à présent comme vomique suffoquante ou comme suppuration rapide des poumons ; — l’enflure des pieds, qui jusqu’alors étoit insignifiante , change rapidement en oedème général; — la foiblesse de la vue et la dureté de l’ouï, qui jusqu’alors ne se montroient que de temps en temps, deviennent à présent goutte sereine et surdité; — le \rertige qui n’étoit marquant que parfois se change en apoplexie ; — en un mot tous ces symptômes se montrent à présent sous la forme et avec l’importance qui leur est propre, ils se montrent tels qu’ils sont originairement, quand il n’existe pas de souffrance locale qui adoucisse leur violence.
De pauvres tètes, qui ne peuvent s’imaginer les choses spirituelles que sous une forme matérielle , faite pour être touchée au doigt et douée d'un mouvement machinal, prétendoient que ces maladies violentes qui succédoient à la suppression des symptômes locaux, résulioient de ce que la matière tnorbifique
ces autres maux locaux qui se fondent sur une maladie chronique lente et dont nous avons parlé
étoit rentrée dans le corps ou qu’elle étoit absorbée par les vaisseaux lymphatiques, et que ce n’ étoit qu’à présent que la maladie venoit à s’engendrer et à se développer dans l’intérieur du corps. Non! La maladie intérieure existoit déjà, lorsque le symptôme aux parties extérieures étoit encore en train. Cela se prouve par son apparition temporaire dans le cas où le mal local a été diminué par une cause quelconque. Seulement elle n’avoit pas pu éclater et mettre la vie en danger. „Un candidat „ de théologie, qui paroissoit un homme robuste, devant prêcher „dans quelques jours et voulant se délivrer d’une ancienne gale, „s’oignit un matin avec de l’onguent qui devoit servir contre ce „mal. Au bout de peu d’heures il mourut dans des angoisses, „jointes à une oppression de poitrine et à un tenesme. La sec- „tion du cadavre montra, que les poumons entiers étoient rcm- „plis d’un pus liquide.“ (v. ünzer's Arzt, CCC. St. p. 508.) Il est impossible, que ce mal ait été engendré dans ce peu d’heures , mais il faut qu’il ait déjà existé auparavant et qu’il ait été seulement adouci et appaisé par le symptôme local, c. à d. l’exanthème répandu sur la peau.
De l’autre côté l’opiniâtreté avec laquelle le symptôme local reste pendant plusieurs années à sa place en croissant et en empirant, (p. e. les plaies aux os chez des personnes âgées), souvent aussi les grandes douleurs qu’il cause, prouvent suffisamment combien doit être terrible le mal intérieur, qui est dévoyé par le mal local sur les parties extérieures , comme aux places les moins dangereuses de l’organisme. Us nous prouvent aussi d’où vient la mort souvent si subite, quand l’art médical vulgaire a détruit le mal local, (p. e. quand des ulcères aux cuisses ont été desséchés par de la chaux de zinc dont on les a saupoudrés. )
Est- ce que les souffrances , en partie chroniques, en partie aigiies, qui éclatent après l’enlèvement de la plique, et qui menacent souvent la vie même, sont autre chose qu’une maladie générale qui existoit déjà auparavant, mais qui sommeilloit seulement et qui ne se montroit que rarement durant la présence
précédemment. Là il paroit que le symptôme local doit seulement empêcher en général que les symptômes intérieurs n’éclatent ; mais ici il paroit qu’il doit en outre se charger, pour ainsi dire, de l’importance et du danger mortel des autres symptômes de la maladie totale , et remplacer la plupart d’une manière non -périlleuse. Les expériences les plus tristes nous enseignent, combien il est absurde de détruire ce symptôme local, qui est relativement salutaire.
Il arrive quelquefois, que le symptôme local, détruit par des traitemens aussi insensés, soit reproduit par l’activité propre de la nature à la place même où il se trou voit auparavant ; mais ce cas est très-rare. Des secours artihciels que l’on emploie pour le même but, sont pour l’ordinaire in-
du mal local? C’est à présent qu’elle se réveille, comme on lui a enlevé son palliatif adoucissant, la plique, cette symphyse des cheveux , dégénérés en un faux organe sensible depuis leurs racines. Cette meme maladie précède la naissance de la plique; elle diminue quand celle-ci s’est formée et transmet »alors toute sa violence et tout son danger au symptôme local. Mais le temps pendant lequel elle a été appaisée par la présence continuelle de ce faux organe, peut être aussi long qu’on le voudra, (les malades se portent assez bien, quand on ménage la plique), elle se réveillera pourtant avec toute sa violence, dès qu’on aura opéré la plique près de la tête.
Qu’il est donc absurde et pervers ce procédé des médecins vulgaires, qui regardent les maux extérieurs comme non-appartcnans au reste du corps, comme isolés et comme propres à ces endroits particuliers, et s’efforcent seulement d’enlever aux yeux l’aspect des maux locaux, sans guérir l’importante maladie intérieure, qui en est pourtant la source et la créatrice!
capables d’y réussir; aussi l'inoculation du mal en question est souvent insuffisante, car pour l’ordinaire on n’inocule pas le même mal, mais un autre qui ne lui ressemble qu’en apparence.
Toutes ces maladies qui se manifestent particulièrement par un mal local prédominant, ne peuvent donc être traitées d’une manière radicale, sinon que par le seul emploi intérieur d’un médicament qui convient homoeopathiquement à la totalité des symptômes, parmi lesquels le mal local occupera toutefois la première place, comme étant le plus marquant et le plus caractéristique de tous. Or si l’on emploie ce remède d’une manière convenable et si le malade observe d’ailleurs un juste régime, l’application topique du même remède spécifique ne sera presque jamais nécessaire *).
1) Les différentes maladies demandent au moins des mesures différentes dans cette occasion ; p. e. l’application des remèdes topiques est tout-à-fait inconvenante et blamaLle par rapport à tous les chancres , soit vieux, soit récemment formés, qui ont une grande propension de céder aux médicamens susdits ; il est aussi nuisible pour la suite, d’appliquer extérieurement des médicamens nommés discussifs et dessiccatifs aux poulains inguinaux et aux ulcères vénériens des aines. C’est par le seul usage intérieur de la meilleure préparation mercurielle que la maladie vénérienne entière doit être aussi parfaitement anéantie, de façon que le chancre et l’ulcère des aines soient guéris sans l’aide d’un remède topique. — Aucune gale récemment née, ni déjà invétérée, ne demande, outre l’emploi intérieur de la meilleure préparation de soufre, encore l’application extérieure de ce médicament; à peine est -il nécessaire alors, quand l’usage intérieur a déjà transformé l’exanthème galeux pour la plupart en un exanthème de soufre, dont on peut lire les symptô-
II y a, comme j’ai dit, une difficulté qui s’oppose à la guérison de ces maladies partielles chroniques, auxquelles appartiennent les innombrables maux locaux qui se fondent sur des maladies intérieures. Elle consiste principalement en ce que ces maladies se manifestent presque exclusivement par un seul symptôme considérable, qui saute aux yeux, tandis que les autres, quoique très -nécessaires pour la formation de l’image complète de la maladie, ne peuvent être reconnus que difficilement par l’observateur vulgaire. Mais cette difficulté disparoît, quand on exerce toujours de plus en plus son esprit à l’observation et quand on s’applique à faire des examens plus soigneux et plus exacts.
Quand un tel malade chronique s’est plaint de quelques grandes incommodités, mais que pour le moment il ne sait rien rapporter de plus, le médecin fera bien de différer de plusieurs jours son ordonnance contre ces maux qui permettent bien un délai. Il chargera en attendant le malade, de faire encore plus exactement attention à toutes les différences grandes et petites, qui ont lieu entre son état actuel et la santé dont il jouissoit autrefois, afin qu’il puisse détailler avec justesse
mes dans l’avant- propos de l’article soufre , dans mon ouvrage; Reine Anne imittellehre, Tome IV. — Dans quelques espèces de cancer au visage, ou l’arsenic s’est montré homoeopatliique et salutaire, étant employé intérieurement, il peut aussi être appliqué extérieurement avec succès.
tous les symptômes qu’il n’avoit pas remarqués jusqu’alors, même ceux qui sont moins signifians. §. 223.
Le malade détournera alors son attention de sa souffrance locale, et la dirigera sur les autres symptômes, dont il ne se seroit pas aperçu si on ne l’y eut pas exhorté.
Mais en cas que le malade fut opiniâtre, qu’il persistât à ne pouvoir remarquer autre chose et qu’il ne voulut souffrir aucun délai de la cure, il sera, utile de lui faire prendre pendant plusieurs jours au lieu de médicament une liqueur non-médicinale, et de lui recommander l’attention la plus soigneuse à tous les changemens dans son état de santé et à toutes les incommodités auxquelles il n’étoit pas sujet lorsqu’il étoit encore bien -portant. Moyennant cette illusion innocente on proviendra à reconnoître la plus grande partie des symptômes propres à cette maladie.
On fait aussi ressouvenir le malade et les personnes qui l’entourent des accidents et des souffrances extraordinaires qu’il a éprouvés dans tout le cours de la maladie, quand le mal local avoit parfois diminué et s’étoit amendé en apparence pour peu de temps.
C’est à ces époques particulières qu’il faut ramener la mémoire du malade et des personnes de la famille. Car ce sont là les momens où, le mal local ayant diminué par un accident quelconque, les autres symptômes plus cachés, qui pour l’or-
dinaire sont obscurcis et appaisés par la souffrance locale, viennent à paroitre momentanément. Ainsi se montre quelquefois aux habitans de la terre une partie de la lune, qui pour l’ordinaire leur est cachée, quand celle-ci fait ses vibrations.
La connoissance de ces autres symptômes que le médecin s’est procurée de telle ou telle manière, la qualité du symptôme local qu’il a exactement examiné, les changemens qui se montrent par rapport aux fonctions du corps, enfin toute la manière dont le malade se comporte, tout ceci ensemble donnera au médecin une image complète de la maladie. Il aura donc devant les yeux la totalité des symptômes, contre lesquels il pourra choisir parmi les médicamens, connus selon leurs effets purs, une puissance morbifique artificielle qui ressemble au mal en question autant que possible, et qui puisse donc le surpasser et le guérir.
Ce ne sont que celles des maladies chroniques, dont il est douteux si elles sont d’une origine vénérienne ou galeuse, qui demandent que l’on prenne des renseignemens exacts là dessus, si elles proviennent de telle ou telle infection. Car ces maladies deviennent très-méconnoissables, quand un faux traitement antérieur a enlevé par des remèdes topiques leur symptôme local, (c. à d. à la maladie vénérienne son chancre, et à la gale son exanthème). De cette espèce sont encore quelques autres maladies, p. e. celle sur la-
quelle se fonde la teigne, et celle qui cause les fies 1).
1) La théorie des thérapeutiques ordinaires demande dans toutes les maladies la recherche de leur cause primitive et prétend que l’on ne sauroit guérir radicalement sans cela, comme si cette cause primitive nous enseignoit chaque fois la manière certaine de guérir la maladie! Supposé aussi que l’on connût pour chaque cause primitive un remède spécifique, (ce qui n’est, ni. ne sauroit être), la recherche susdite ne pourra néanmoins nous enseigner la véritable méthode du traitement, pareeque la cause primitive recherchée est rarement la véritable et encore plus rarement l’unique cause de la maladie. Un petit accident dont le malade se ressouvient et auquel il attribue la naissance de son mal, p. e. un petit refroidissement qui a eu lieu plusieurs années auparavant, ne peut avoir produit et nourri lui seul une grande maladie chronique dans un corps sain. Plusieurs choses nuisibles doivent avoir coopéré à la naissance et à la continuation d’un mal aussi important, et il est impossible de recevoir de justes renseignemens sur toutes ces circonstances. Or si la condition de la guérison dépendoit de la juste connoissance de foutes ces petites causes coopérantes, le créateur auroit par là rendu impossible la guérison des maladies. Mais comme d’un côté il est impossible de nous procurer la connoissance de toutes ces petites causes qui engendrèrent et nourrirent les maladies, soit chroniques, soit aigues, ainsi de l’autre côté cette connoissance nous est en général inutile. Car l’objet de la guérison ne consiste pas dans ces causes excitatives elles-mêmes, mais dans leur effet, dans leur résultat, c. à d. dans l’état altéré de la santé que nous nommons maladie; or, cette altération, comme nous l’avons démontré, est toujours anéantie par le juste usage d’un remède qui convient homoeopathiquement à la totalité des symptômes du mal. Il n’y a que de certaines causes primitives des maladies qu’il faut absolument rechercher, savoir les infections spécifiques d’un miasme stable ; p. e. si le malade a été originairement infecté du mal vénérien, ou de la gale des ouvriers en laine etc. etc.; maladies qui deviennent méconnoissables en bien des cas, quand
Au nombre de ces maladies partielles, (qui paroissent être plus difficiles à guérir à cause de cette partialité même), appartiennent aussi celles que l’on nomme maladies de l’esprit et de l’ame. Cependant elles ne forment pas une classe de maladies tout -à- fait séparée des autres. Car l’état de l’ame et de l’esprit est aussi chaque fois changé dans toutes les maladies que l’on nomme maladies du corps x), et cet état est en général
des médecins vulgaires ont commencé par détruire les symptômes locaux importans qui les caractérisoient, comme le chancre, l’exanthème galeux etc. etc. Afin de pouvoir guérir ces maux chroniques, rendus aussi méconnoissables , il est absolument nécessaire de savoir, duquel de ces miasmes spécifiques la maladie présente a été produite originairement. Il ne faut pas croire à cause de cela, que le traitement de ces maladies soit fondé sur un autre principe que sur celui de l’homoeopathie, qui ordonne de choisir les remèdes d’après la ressemblance des symptômes du mal avec ceux du médicament. Mais c’est que chacune de ces terribles maladies chroniques à miasme propre, est capable de produire une grande quantité de symptômes particuliers dont elle manifeste seulement une partie, dès que le symptôme local a été détruit, et que cette partie varie chez les différens malades. Or, un tel fragment ne pouvant offrir une image complète de la maladie, il ne peut non -plus indiquer, quel est le remède homoeopathique qui lui convient de préférence. Ce n’est donc que dans ces maladies miasmatiques chroniques , mutilées et privées de leur symptôme local caractéristique, qu’il est nécessaire de rechercher la cause primitive véritable, si l’on ne veut pas errer dans le choix du remède homoeopathique spécifique.
1) Combien de fois le médecin ne trouve -t- il pas p. e. des malades , souffrant depuis plusieurs années des maladies les plus douloureuses , lesquelles montrent néanmoins une humeur
un symptôme, qui doit toujours être reçu au nombre des symptômes principaux, si l’on veut se tracer une image fidèle de la maladie, afin de la pouvoir guérir homoeopathiquement avec un heureux succès.
Gela va si loin, que l’état de l’humeur du malade décide souvent principalement du choix du remède homoeopathique, car cet état est un symptôme caractéristique, qui peut le moins échapper à un médecin qui fait des observations exactes.
Le créateur des remèdes a aussi eu singulièrement égard à cet élément principal de toutes les maladies, (au changement de l’état de l’humeur et de l’esprit); car il n’y a dans le monde presque aucune substance médicinale active, qui n’o-
douce et paisible, de façon qu’il se sent pénétré de respect et de compassion pour eux. Mais quand il a vaincu la maladie et qu’il a rétablie le malade, (ce qui est souvent possible en peu de temps, en suivant la méthode homoeopathique), il s’étonne et s’effraye non rarement du changement terrible de l’humeur du malade. Il voit alors souvent l’ingratitude, la dureté, la malice recherchée et les caprices les plus révoltans et les plus déshonorans pour l’homme, qualités qui justement avoient été propres à la même personne, lorsqu’elle étoit encore en bonne santé. — Souvent on trouve qu’un homme, qui étoit' patient quand il se portoit bien, devient revêche, violent, emporté ou capricieux d’une manière insoutenable, ou bien impatient et désespéré quand il est malade. Il n’est pas rare que la maladie rende stupide une tête éveillée, et au contraire qu’elle fasse souvent d'un esprit foible une tête plus réfléchie et plus sage, et d’un homme lent un homme plein de présence d’esprit et d’une résolution prompte.
père un changement remarquable dans l’humeur et l’esprit de la personne saine qui en fait l’essai, et chaque médicament en produit un autre.
On ne guérira donc jamais une maladie d’une manière conforme à la nature, c. à d. d’une manière homoeopathique, si à chaque maladie l’on ne fait attention en même temps au symptôme important des changemens de l’humeur et de l’esprit, et si on ne choisit pour remède un médicament, dont les symptômes ne ressemblent non-seulement aux symptômes physiques de la maladie, mais qui puisse encore produire de son chef, dans l’humeur et dans l’esprit, un état semblable à celui que l’on trouye chez le malade 1).
Ce que j’ai à dire de la guérison des maladies de l’esprit et de l’ame, se bornera donc à peu de chose, comme elles ne peuvent être guéries autrement que toutes les autres maladies, c. à d. par un remède, qui contient une puissance morbifique, aussi semblable que possible à la maladie en question, par rapport aux symptômes qu’il a produits sur le corps et sur l’esprit de personnes saines.
1) L’Aconit-Napel ne produira que rarement ou jamais une guérison rapide ou durable, quand l’humeur du malade est tranquille, égale et paisible; ni la noix vomique , quand l’humeur est douce ou phlegmatique ; ni la pulsatille , quand l’humeur est gaie, sereine ou opiniâtre; ni l’I gnatia am ara , quand l’humeur est invariable et n’incline ni à la frayeur, ni au chagrin.
Presque toutes les soi- disantes maladies de l’esprit et de Tarne ne sont originairement autre chose que des maladies du corps, où le symptôme de l’altération de l’esprit et de l’humeur a augmenté d’une manière prépondérante, tandis que les symptômes physiques ont diminué, de façon qu’il en résulte enhn une partie marquante, approchant de celle qui se montre dans les maux locaux.
Les cas ne sont pas rares, ou dans des maladies nommées corporelles, qui menaçoient de la mort, (comme dans une suppuration des poumons ou une corruption d’un autre viscère important quelconque, ou dans une autre maladie aigiie, p. e. dans les couches etc.), le symptôme de l’humeur venant à augmenter subitement, les fait dégénérer en manie, mélancolie ou fureur, et éloigne par là le danger de mort résultant des symptômes corporels. Ceux-ci s’amendent alors continuellement, presque jusqu’au degré de santé, ou plutôt ils diminuent jusqu’à un tel degré, que leur présence obscure ne peut être aperçue que par un médecin observant avec persévérance et finesse. En un mot, la maladie corporelle devient une maladie partielle et pour ainsi dire locale, dans laquelle le symptôme de l’altération de l’esprit et de l’humeur a acquis une telle prépondérance qu’il tient lieu des autres symptômes, (symptômes corporels), et qu’il appaise leur violence d’une manière palliative. Le mal des organes corporels, qui sont plus grossiers, a été transmis aux orga-
nés presque spirituels de Tarne, qu’aucun instrument anatomique n’a encore jamais atteint, ni n’atteindra jamais ; ces organes servent ici à dévoyer le mal, ainsi que le font les maux locaux extérieurs dans les maladies nommées locales, comme nous l’avons vu auparavant.
Les mêmes soins que j’ai recommandés comme nécessaires dans l’observation et la recherche des autres maladies nommées locales (§. 222 — 228.), doivent donc aussi être employés pour tracer le tableau d’une maladie de l’esprit et de Tarne. Il faut remarquer exactement non - seulement les symptômes corporels, mais sur-tout le caractère de l’état particulier de l’esprit et de l’humeur, qui est ici le symptôme principal. Or si Ton veut ensuite choisir un remède homoeopathique pour anéantir la maladie totale, il faut que la série des symptômes de ce remède en contienne non- seulement de tels qui ressemblent aux symptômes corporels de la maladie, mais sur-tout aussi de tels qui ressemblent autant que possible à l’état de l’esprit et de l’humeur du malade.
Pour se procurer cette totalité des signes d’une telle maladie, il faut que premièrement Ton note avec exactitude tous les symptômes qu’offroit la maladie corporelle, avant qu’elle dégénérât en maladie de l’esprit et de l'humeur, par la prépondérance des symptômes de Tarne. On apprendra en même temps par ce rapport, que Ton doit attendre des personnes de la famille du malade, si la
maladie a pris son origine de l’infection d’une maladie chronique à miasme spécifique.
La comparaison de ces précédens symptômes corporels avec les vestiges qui se trouvent encore, quoique indistinctement, (vestiges, qui se manifestent davantage si un intervalle lucide ou une diminution passagère de la maladie de l’ame a lieu), servira à confirmer la continuité de leur présence.
Si l’on ajoute à ceci l’état de l’esprit et de l’humeur que les personnes d^Ia famille et le médecin lui- même ont exactement observé, comme étant ici le symptôme le plus éminent, l’image de la maladie sera parfaitement composée, et l’on pourra choisir alors un médicament qui puisse produire non -seulement des symptômes corporels semblables, mais sur-tout aussi un semblable désordre de l'esprit.
Si la maladie de l’esprit n’étoit pas encore toutà-fait formée, et que l’on fût en doute, si elle résulte vraiment d’une souffrance corporelle, ou plutôt d’une éducation vicieuse, de mauvaises habitudes, d’une moralité corrompue, de la culture négligée de l’esprit, de la superstition ou de l’ignorance, on pourra se servir de l’expédient suivant: On fera au malade des exhortations amicales, on lui présentera des motifs de consolation, ou on lui fera des remontrances sérieuses, et on lui proposera des argumens raisonnables. Dans le cas où le désordre de l’esprit ne proviendroil pas d’une
maladie corporelle, le malade cédera aux représentations susdites et se corrigera. Mais dans le cas opposé le mal empirera rapidement par ce procédé; le mélancolique deviendra encore plus abattu, plus plaintif, plus inconsolable et plus concentré en lui -même; le maniaque malicieux en sera encore plus exaspéré et le bavard absurde radotera encore davantage 1 ).
Mais il y a aussi quelques maladies de l’esprit, qui ne sont pas nées d’une maladie corporelle, mais produites par des affections morales, comme par le chagrin continuel, par des mortifications, par le dépit, par des injures et par de grandes et fréquentes occasions de crainte et de frayeur, tandis que le corps n’étoit qu’un peu maladif. De telles maladies de l’esprit corrompent avec le temps aussi la santé du corps et souvent à un haut degré.
Ce n’est que dans de pareilles maladies de l’esprit, engendrées et nourries par l’ame ellemême, que des remèdes psychiques sont admissibles, supposé toutefois que ces maladies soient encore récentes et qu’elles n’aient pas trop dérangé la santé du corps. Dans ce cas il est possible, que la confiance que l’on té-
1) Il semble que l’esprit, sentarit la vérité de ces remontrances raisonnables , influe sur le corps comme pour rétablir l’harmonie perdue, mais que celui-ci réagit par sa maladie sur les organes de l’esprit et de l’humeur et augmente leur désordre en dévoyant de nouveau sur eux ses souffrances.
moigne au malade, que des exhortations bienveillantes, que des argumens sensés et souvent aussi une illusion prudemment masquée, rétablissent bientôt la santé de Tarne ainsi que celle du corps, en faisant d’ailleurs observer au malade une diète convenable.
Pour ce qui est des autres maladies de Tarne provenant d’une maladie corporelle, il est vrai quelles peuvent être uniquement guéries par des remèdes homoeopathiques, joints à une diète conforme. Il faut cependant qu’on y joigne aussi un certain régime pour Tarne, c. à d. il faut que le médecin et les personnes de la famille observent une manière juste de se comporter envers le malade. Si le maniaque est furieux, il faut lui opposer une tranquille intrépidité, du sang froid et une volonté ferme ; s’il fait des plaintes lamentables, nous devons lui témoigner une compassion muette dans nos mines et dans nos gestes ; s’il bavarde d’une manière insensée, il faut garder le silence sans cependant se montrer tout- à -fait inattentif; enfin, s’il commet des actions ou s’il dit des choses scandaleuses et dégoûtantes, nous devons nous donner l’air de ne faire aucun cas de lui. Pour ce qui est des ravages et des dégâts, qu’un tel homme peut faire sur les objets qui l’entourent, il faut seulement tâcher de les prévenir et de les empêcher, sans lui faire d e s reproches, et il faut tout arranger de façon qu’aucun châtiment ni tourment corporel ne soit jamais mis en oeuvre 1).
1) Il faut s’étonner en effet de la dureté et de l’absurdité
Même dans le seul cas où l’usage de la contrainte pourroit encore être justifié, c. à d. quand le malade doit prendre le remède, la méthode homoeopathique la rend inutile ; car les petites doses qu’elle prescrit, ne pouvant jamais offenser le goût, on peut les donner au malade dans sa boisson, sans qu’il s’en doute. — Des contradictions, des instructions déplacées et données avec trop de zèle, des remontrances violente« et la dureté, sont aussi peu convenables qu’une condescendance foible et timide ; tous ces traitemens sont également nuisibles à l’esprit et à l’humeur du malade. Mais c’est sur-tout l’ironie, les tromperies et les illusions grossières, qui les irritent et qui font empirer leur état. Le médecin et les surveillans de pareilles personnes doivent toujours faire semblant de croire que les malades ont l’usage de leur raison. Mais il faut aussi éloigner tout ce qui peut troubler leur sens et leur ame au dehors ; il n’y a point d’amu-
des médecins dans plusieurs maisons de foux en Angleterre et en Allemagne, qui sans connoître la véritable et unique méthode de guérir de pareilles maladies par des remèdes homoeopathiques, se contentent de torturer par les coups les plus violens et par d’autres tourmens insupportables des hommes qui parmi tous les infortunés sont les plus dignes de notre compassion. En usant de ces procédés aussi révoltans que contraires à la conscience, ces médecins s’avilissent bien au dessous des geôliers dans les maisons de correction; car ceux-ci exercent de pareils châtimens en vertu de leur charge et sur des criminels ; ceux-là au contraire, trop ignorans et trop indolens pour adopter une méthode curative convenable, semblent se décharger du dépit de ne pouvoir guérir de pareilles maladies de l’esprit, en traitant ces pauvres innocens avec une impitoyable dureté.
semens pour leur esprit entouré de ténèbres; il n’y a point de distractions bienfaisantes, point d’instructions, point d’adoucissemens par des livres, par des discours ou par d’autres objets pour leur ame révoltée ou languissant dans les chaînes du corps malade. Il n’y a point d’autre récréation pour eux que la guérison elle-même, ce n’est que quand leur santé corporelle sera amendée, que la tranquillité et le bien-être se répandront sur leur esprit.
Si le remède, que l’on a choisi pour une certaine maladie de l’esprit ou de l’humeur, (car elles sont d’une diversité incroyable), convient tout-àfait homoeopathiquement à l’image fidèle que l’on s’étoit tracée de l’état de la maladie, la plus petite dose suffit souvent pour produire dans un temps très -court l’amendement le plus marquant, chose qui avoit été impossible à effectuer par les doses les plus grandes et les plus fréquentes de tous les autres médicamens inconvenans (allopathiques) qui avoient manqué de faire mourir le malade. Supposé, que l’on put choisir parmi un assez grand nombre de médicamens, connus selon leurs effets purs, il n’est pas si difficile de trouver un remède convenable pour de telles maladies, vu que leur symptôme principal, c. à d. l’état de l’humeur et de l’esprit, se manifeste d’une manière si claire, qu’il ne sauroit être méconnu. Oui, une expérience multipliée me permet d’assurer, que l’avantage de l’art médical homoeopathique sur toutes les autres méthodes curatives, ne se montre nulle part d’une manière plus triomphante, que dans de vieilles maladies de l’humeur et de l’esprit, qui ont
leur origine dans des souffrances corporelles, ou qui sont nées en même temps avec elles.
Parmi les maladies qui méritent une considé-' ration particulière, se trouvent encore les maladies alternantes, tant celles qui reviennent à des époques régulières, (comme le nombre infini des fièvres intermittentes et des souffrances nonfébriles qui reviennent à la manière des fièvres intermittentes), que celles où de certains états de maladie alternent avec d’autres à des temps indéfinis.
Les maladies alternantes de la dernière espèce sont aussi d’une grande diversité. Il est possible, que deux ou trois états différens alternent ensemble. Pour ce qui est de l’alternation de deux états différens, il arrive p. e. que de certaines douleurs continues se montrent aux pieds, dès qu’une inflammation des yeux a disparu, et qu’en revanche celle-ci reparoît dès que les douleurs aux pieds ont cessé pour le moment ; de même des crampes et des convulsions peuvent alterner immédiatement avec une autre souffrance quelconque du corps entier, ou d’une de ses parties. Mais il est aussi possible, qu’une triple alternation ait lieu dans un état maladif quotidien ; p. e. il se montre premièrement une période où la santé est augmentée en apparence et où les forces spirituelles et physiques sont plus excitées qu’à l’ordinaire, (comme une gaieté exagérée, une vivacité trop active du corps, un excès de bienêtre, un trop grand appétit, etc. etc.) ; cette période est subitement suivie d’une humeur sombre
et mélancolique et d’une disposition hypocondriaque insupportable, jointe à des perturbations dans plusieurs fonctions vitales, comme dans la digestion, dans le sommeil etc.; ce dernier état enfin est suivi tout aussi subitement d’un troisième, qui est celui du mal -être modéré et ordinaire *). Et c’est ainsi, qu’il existe encore d’autres espèces d’alternations infiniment variées.
Souvent on ne peut plus remarquer aucun vestige de l’état précédent, quand l’état nouveau a paru 1 2). Dans d’autres cas il ne reste que peu de vestiges de l’état précédent quand l’état nouveau commence, c. à d. il reste peu de symptômes du premier état durant la naissance et la continuation du second.
Devant guérir ces maladies alternantes, nontypiques 3), il faut se donner principalement la
1) Cari nous cite aussi un exemple d’une telle maladie alternante : Un homme et une femme avoient un exanthème aux mains , qui séchoit chaque fois qu’une certaine espèce de fièvre venoit à se montrer, mais qui éclatoit de nouveau dès que cette fièvre avoit cessé. (Y. Acta Natur. Curios. Yol. 17. obs. 19.)
2) On se plait alors à dire: qu’un état a passé dans l’autre, expression qui ne dit rien et n’explique rien, en voulant pourtant expliquer ce procédé de la nature. Aussi ne pourra-t-on jamais ni expliquer, ni concevoir de tels faits qui nous sont cachés.
3) Note du traducteur. L’auteur comprend sous le terme de maladies alternantes non-typiques celles dont les divers états alternans ne reviennent pas à des époques régulières; car elles ne sont pas formées, pour ainsi dire, d’après un certain type. Sous le terme de maladies alternantes typiques au
peine de trouver, s’il est possible, un remède qui réponde à tous ces états alternans, c. à d. qui les contienne presque tous homoeopathiquement dans la série de ses symptômes ; car un tel remède anéantira spécifiquement et rapidement le mal entier.
Si les états alternans sont tout-à-fait opposés de leur nature, (p. e. si des périodes d’une mélancolie sombre et tranquille changent avec des périodes d’une manie joyeuse et folâtre), le remède choisi peut rarement répondre homoeopathiquement à tous les deux états. Car si son effet convient homoeopathiquement à l’un des deux, il ne peut servir qu’antipathiquem ent (palliativement) contre l’état opposé. Mais cela n’empêche pas que le remède ne soit parfaitement salutaire, tel que dans une maladie stable, un médicament qui répond homoeopathiquement aux symptômes les plus imp ortans et les plus marquans, est pourtant salutaire, quoiqu’il ne soit qu’antipathique (palliatif) par rapport aux autres. (V. la Note au §.78.) Il s’ensuit néanmoins un rétablissement parfait dans les deux cas, sur-tout quand le médicament répond homoeopathiquement à celui des deux états alternans qui est le plus fort, (en -effet ils diffèrent chaque fois en force); car alors le secours palliatif du même remède suffit abondamment pour vaincre l’état opposé plus foible.
contraire, il comprend celles dont les états divers reviennent à des époques régulières, comme il arrive aux fièvres intermittentes.
Après avoir choisi soigneusement le remède et après en avoir préparé une juste dose, le mieux sera de la donner tout de suite après que l’état alternant le plus fort aura cessé, c. à d. au commencement même de la période à laquelle le remède ne convient qu’antipathiquement. Rarement sera-t-on alors obligé de donner une seconde dose du même remède ; car, s’il étoit convenant, il aura anéanti le mal entier avant la fin de la durée de son effet; s’il a été inconvenant, on ne pourra non plus l’employer à cause de cela même ; mais il faudra en chercher un autre qui réponde au nouvel état de la maladie tel qu’il se présente dans le moment (§. 173).
Les mêmes règles, que je viens de donner, doivent aussi être appliquées aux maladies alternantes typiques, c. à d. à ces sortes de maladies alternantes, où un état de maladie stable succède dans un temps assez régulier à un état de bien-être apparent, et disparoît de nouveau après avoir duré pendant un temps également régulier. Il n’y a ici point de différence entre les maladies alternantes qui changent seulement à des temps définis sans être fébriles, et entre celles qui sont fébriles et que l’on nomme fièvres intermittentes, dont il existe une grande variété *).
1) La pathologie de l'art médical vulgaire ne connoit qu’une seule fièvre intermittente qu’elle nomme aussi la lièvre froide, et elle n’y admet aucune autre différence
Pour ce qui est des fièvres intermittentes, nous trouvons que chaque paroxysme est
que celle du temps dans lequel les accès de la fièvre reviennent, comme la fièvre quotidienne, tierce, quarte etc. Il s’ensuit que cette pathologie ne peut ou ne veut pas observer les maladies; car sans cela elle auroit vu, qu’outre la diversité des époques du retour des fièvres intermittentes, il existe encore des différences bien plus importantes entre-elles; elle auroit vu, qu’il y a une quantité innombrable de ces fièvres, dont plusieurs ne peuvent pas même être nommées fièvres froides, leurs attaques consistant uniquement en chaleur. Il y a d’autres fièvres intermittentes, où les accès ne produisent que du froid, suivi ou non de sueur ; d’autres , qui répandent du froid sur le corps entier, en causant en même temps la sensation de la chaleur, ou en causant des frissonnemens quoique le corps soit chaud au toucher, d’autres, où l’un des paroxysmes consiste seulement en des frissonnemens qui secouent le malade, ou en un froid suivi de bien-être, tandis que l’autre paroxysme fait seulement sentir de la chaleur, suivie ou non de sueur; d’autres, où la chaleur précède le frissonnement ; d’autres , où l’un des paroxysmes consiste en chaleur et frissonnement suivis d’apyrexie, au lieu que l’autre paroxysme, qui ne se montre souvent que plusieurs heures après, produit seulement de la sueur; d’autres, où il ne s’ensuit pas du tout de sueur ; d’autres enfin, où il n’y a ni chaleur, ni frissonnement, mais où l’attaque entière ne consiste qu’en sueur ou en chaleur accompagnée de sueur. C'est ainsi qu’il y a encore une quantité incroyable de différences , sur-tout par rapport aux symptômes accessoires, (comme: un mal de tête singulier, un mauvais goût, un mal au coeur, des vomissemens, la diarrhée, le manque de soif ou une soif violente , des douleurs singulières au ventre ou dans les membres, le sommeil, le délire, une mauvaise disposition de l’humeur, des crampes etc. etc.), qui ont lieu avant, durant ou après le frissonnement, avant, durant ou après la chaleur, avant, durant ou après la sueur. Eh bien , l’aveugle patholo-
gie prétend, que toutes ces fièvres intermittentes d’une diversité aussi grande et aussi évidentejiidont chacune demande un
composé de 'deux états alternans opposés, (froid, chaleur — chaleur, froid), souvent même de trois, (froid, chaleur, sueur). Il faut donc que le remède,- que Ton choisit contre de telles fièvres, puisse exciter tous les deux ou trois états alternans dans un corps sain, ou il faut au moins qu’il convienne homoeopathiquement au plus fort et au plus marquant des états alternans, (soit à l’état du frissonnement avec ses symptômes accessoires, soit à celui de la chaleur avec ses symptômes accessoires, soit à celui de la sueur avec ses symptômes accessoires, selon que l’un ou l’autre de ces accès est le plus fort et le plus marquant). Il n’y a pas de mal alors, que le remède ne soit quantipathique (palliatif) par rapport à l’autre état alternant qui est plus foible ; la fièvre change néanmoins en santé, et pour l’ordinaire, si elle n’est pas encore trop enracinée, déjà après la première dose.
remède homoeopathique particulier, n’en forment qu’une seule; elle le prétend pour faire plaisir à sa chère soeur, la thérapeutique, qui, hors 1 1 an t im o inc et le sel ammoniac , n’a dans la règle aucun autre remède contre les fièvres intermittentes, que le quinquina , avec lequel elle les traite toutes d’après un certain modèle, comme si elles étoient tout- à -fait égales. Il est vrai, que presque toutes ces fièvres peuvent être supprimées par de grandes et énormes doses de quinquina , c. à d. leur retour périodique, (leur type), en est anéanti, mais les malades affectés de telles fièvres intermittentes, auxquelles ce remède ne convenoit pas, n’en sont pas guéris; ils restent alors continuellement malades et plus malades qu’ils ne l’étoient auparavant; souvent même bien plus malades, et voilà ce que l’art médical vulgaire nomme guérir !
Aussi dans cette espèce de fièvres, il ne faut pas donner une seconde dose du remède, tant que dure l’effet de la première, et tant qu’il en résulte de l’amendement. Mais quand elle a cessé son effet, il faut examiner si le reste de la fièvre (s’il en existe encore) n’est pas tellement changé, (comme cela arrive ordinairement), que l’on ne peut plus donner le premier médicament, mais qu’il faut en choisir un autre, plus homoeopathique par rapport au changement actuel. Or celui-ci achèvera dans la règle la guérison.
£>ans les fièvres intermittentes le plus convenable et le plus utile sera, de donner le médicament tout de suite ou bientôt après la fin du paroxysme. Car alors il a le temps de produire dans l’organisme tous les effets possibles pour rétablir la santé, sans l’assaillir par une attaque violente. Mais quand le médicament, fut-il même le remède le plus spécifique, est donné justement avant le paroxysme, il coïncide dans son effet avec le renouvellement de la maladie et excite une telle réaction et un tel combat dans l’organisme, que le malade perd beaucoup de ses forces , ou que sa vie même est mise en danger *). Mais si l’on donne le médicament tout de suite après que le paroxysme vient de cesser, c.
1) On voit ceci dans des cas assez fréquens où une dose modérée de suc de pavots , que l’on a fait prendre au malade durant le frissonnement de la fièvre, l’a subitement privé de la vie.
à d. au temps même, où la période la plus exempte de lièvre vient de commencer et avant que le paroxysme suivant ne se prépare de loin, l’organisme se trouve dans la meilleure disposition pour être changé tranquillement par le remède et pour revenir ainsi à un état régulier de santé.
Mais quand le temps de l’apyrexie est trèscourt, comme dans quelques fièvres très -malignes, ou quand il est troublé par des ressentimens du paroxysme précédent, il faut que le médicament homoeopathique soit donné dans le temps même que la sueur ou les autres symptômes secondaires du paroxysme commencent à diminuer.
Ce n’est que quand le médicament convenable a anéanti par une seule dose plusieurs paroxysmes et qu’une santé évidente s'est montrée, mais qu’après quelque temps des indices d’un nouveau paroxysme se montrent derechef, qu’on peut et qu’il faut répéter le même remède, supposé toutefois que la totalité des symptômes soit encore la même. Mais ce retour de la même fièvre, après un intervalle de santé, n’est possible que quand l’insalubrité, qui a excité la fièvre intermittente pour la première fois, influe encore sur le convalescent, comme il arrive dans les contrées marécageuses. En ce cas un rétablissement durable n’est souvent possible qu’en éloignant le malade de la cause excitative de son mal, p. e. en le transportant dans une contrée montagneuse, s’il a été attaqué d’une fièvre intermittente provenue des exhalaisons de marais.
Comme presque chaque médicament, en faisant son effet pur, excite une fièvre particulière et même une espèce de fièvre intermittente avec ses états alternans, qui diffère de toutes les fièvres que les autres médicamens produisent, on trouve dans le vaste règne des puissances morbifiques artificielles des secours suffisans outre les nombreuses fièvres intermittentes naturelles. Même à présent, où le nombre des médicamens essayés sur des hommes sains est encore bien limité, on trouve déjà des remèdes pour bien des fièvres semblables.
Après avoir vu quel égard il faut avoir aux diversités principales ainsi qu’aux qualités particulières des maladies, en suivant la méthode homoeopathique, nous parlerons à présent des remèdes mêmes, de la manière de s’en servir, et de la diète qu’il faut prescrire en même temps aux malades.
Quand une maladie, soit aigüe, soit chronique, amende de façon que l’on s’en aperçoit, et que cet amendement continue toujours, quoique de peu de chose, il nous est tout- à- fait défendu d’employer un médicament quelconque, tant que cet état dure ; car chaque nouvelle dose, en fut -ce même une du dernier remède qui s’étoit montré salutaire, troubleroit l’amendement de la maladie.
Cette observation est d’autant plus importante
que
que nous ne pouvons pas encore définir exactement la durée de l’effet de presque aucun médicament, fut -il même pris en grandes doses et par des hommes sains 1), et d’autant moins celle des très-petites doses, dont on fait un emploi homoeopathique dans les maladies.
Aussi longtemps que dure l’amendement progressif après une dose que l’on a fait prendre au malade, il faut supposer que le remède continue encore d’opérer, et dans ce cas chaque répétition d’un médicament quelconque doit être exclue.
Ajoutez encore que, le remède ayant convenu homoeopathiquement à la maladie, l’état amendé du malade reste encore perceptible après que le médicament a cessé d’opérer. L’oeuvre salutaire n’est pas tout de suite interrompue, même quand pendant plusieurs heures et, pour ce qui est des maladies chroniques, quand pendant plu-
1) Quelques médicamens cessent leur effet presque en 24 heures, même alors quand on les donne en grandes doses. Mais c’est là le temps le plus court de la durée de l’effet à moi connu des substances médicinales végétales, et que l’on ne trouve que dans un petit nombre d’entre elles. (Peut-être que l’ eau de lau r i e r- ce r is e et les naphthe s cessent d’opérer encore en moins de temps.) D’autres médicamens cessent leur effet seulement au bout de quelques jours, d’autres dans plusieurs jours ; quelque peu de médicamens ne cessent même d’opérer qu’après plusieurs semaines. Les toutes petites doses, dont se sert l’art homoeopathique, pour guérir les maladies, opèrent naturellement en moins de temps que les doses plus considérables» et en bien moins de temps-, que les grandes doses.
sieurs Jours après que le médicament a cessé d'opérer, l'on n’en a pas donné une seconde dose. La partie de la maladie qui a déjà été anéantie, ne peut pas se renouveller dans cet intervalle et l’amendement resteroit encore évident pendant un temps considérable, quand même l’on ne donneroit pas une nouvelle dose médicinale au malade, §. 263.
Quand l’amendement progressif qui suit la première dose d’un remède convenable, ne change pas en santé parfaite, (ce qui cependant n’est pas rare), il arrivera une époque de stagnation, qui est pour l’ordinaire aussi le terme de la durée de l’effet du médicament. Avant que cette époque commence, non- seulement on agiroit inutilement et sans aucune raison suffisante, mais l’on feroit même quelque chose de contraire au but de la cure et de nuisible au malade 1), en lui donnant une nouvelle dose médicinale.
1) Je m’abstiens ici de faire des considérations sur la coutume des praticiens ordinaires, d’assaillir le malade d’une quantité de remèdes. Ils ordonnent des recettes composées, sans savoir quels sont les effets spécifiques que chaque ingrédient d’un tel mélange peut produire sur la santé de l’homme. Supposé même qu’il se trouvât par hazard dans une telle recette un remède convenable , il ne pourroit néanmoins être utile ; comme ces médecins ignorent aussi la quantité que doit avoir la dose pour produire un changement salutaire. Ils ignorent enfin le temps de la durée de l’effet de chacun de ces remèdes, chose qu’ils devroient absolument savoir pour ne pas réitérer la dose avant qu’il ne soit nécessaire. Non obstant cette ignorance, ces médecins vulgaires entassent recettes sur recettes, en mêlant ensemble plusieurs médicamens actifs, dont les effets leur sont inconnus, en prescrivant chaque ingrédient en grande mesure, et
Même une dose du médicament qui jusqu’à présent s’étoit montré très - salutaire, ne feroit qu’empirer l’état de santé, si on la répétoit avant que l’amendement ne se fût arrêté dans tous les points; car ce seroit une attaque faite mal à propos. Quand il s’agit d’une maladie qui n’est pas tout- à- fait chronique, mais facile à changer, la première dose d'un remède bien choisi produira pendant la durée de l’effet qui lui est propre, tous les changemens salutaires qu’en général il a pu produire dans le cas présent, c* à d. il ramènera le malade justement à ce degré de santé auquel il a pu le ramener. Or, une seconde dose de ce remède changera et empirera cet état favorable, car elle produira dans le malade les autres symptômes non-homoeopathiques du médicament, c. à d. une maladie médicinale non-homoeopathique , qui s’alliera au reste des symptômes de la maladie naturelle et formera ainsi une espèce de maladie compliquée et augmentée. Eh un mot, en faisant prendre au malade une seconde dose d’un remède, fût -il même d’abord bien choisi, avant que la première dose n’ait cessé d’opérer, on trouble l’amendement que celle-ci
en en faisant prendre toutes les heures ou toutes les deux heures une cuillerée à bouche ou une demi - cuillerée au malade. — Ils font donc prendre à la fois plusieurs médicamens aussi inutiles que nuisibles, de façon que sur cent cas il s’en trouvera à peine un seul, où parmis les divers ingrédiens de la recette il y aura un médicament conforme à la maladie, et même alors la dose aura été mille fois trop grande et on l’aura donnée bien plus souvent qu’il n’étoit nécessaire et utile !
avoit commencé, ou qu’on pouvoit encore en attendre, et par là on retarde au moins le rétablissement 1).
Lorsque l’amendement progressif vient de s’arrêter, et si l’on fait un nouvel examen exacte du reste de la maladie, on trouvera que le groupe des symptômes a diminué, mais on le trouvera aussi tellement changé qu’une nouvelle dose du même remède ne seroit plus homoeopathique et qu’il faut choisir un autre médicament qui convienne mieux à l’état actuel de la maladie.
Si la première dose d’un remède que l’on avoit choisi aussi bien que possible, ne peut achever pendant la durée de son effet le rétablissement parfait de la santé, quoiqu’elle ait beaucoup amendé l’état du malade, il ne reste rien de mieux à faire, pour anéantir le reste de la maladie, que de faire prendre au malade une dose d’un autre remède qui convienne aussi homoeopathiquement que possible au reste subsistant des symptômes.
Il n’y a qu’un seul cas, où il faille donner une seconde dose d’un autre remède avant que la dernière dose du remède précédent ait cessé d’opérer. C’est celui où il est question d’un mal urgent que la dernière dose n’a pas fait amender en général, mais qu’elle a même fait empirer, ne serait-ce que de peu de chose. Le
1) On ne saurait être assez attentif pour se garder iéi d’une précipitation nuisible.
remède ne convenoit pas alors assez homoeopathiquement à la maladie en question, et il faut donc en donner un autre plus conforme à l’état actuel du mal, même avant que la dernière dose n’ait cessé son effet 1).
Cela sera d’autant plus nécessaire, si dans un cas urgent le médecin remarque déjà après 6» 8 ou 12 heures, qu’il s’est trompé dans le choix du remède, parceque l’état du malade empire d’une heure à l’autre (fût- ce même de peu de chose) et qu’il paroît de nouveaux symptômes. Alors il lui est non -seulement permis, mais il est de son devoir de réparer sa faute en choisissant un autre remède homoeopathique, qui convienne aussi bien que possible à l’état actuel du malade (§. 173*).
Même dans des maladies chroniques il sera bien rare, sur-tout au commencement, que le mieux
1) D’après toutes les expériences presque aucune dose d’un médicament homoeopathique, qui convient spécifiquement à une certaine maladie, ne sauroit être tellement petite, qu’elle ne produise un amendement perceptible de la maladie. Or, quand la première dose d’un médicament n’a pu faire amender un mal, ou qu’elle l’a même fait empirer, fût-ce de peu de chose, ce seroit un procédé absurde et nuisible que de répéter le même remède, ou d’en renforcer la dose, comme le fait l’art médical vulgaire, guidé par la fausse opinion que le remède n’a pu être utile parceque sa dose avoit été trop petite; Supposé que le malade n’ait pas commis de faute dans son régime physique ou psychique, chaque augm entation du mal, av e c de n o u v ea u x symptômes, nous p r ou ve s eul em en t , que le remède choisi étoit incongru, mais nonpas que sa dose ait été trop foible.
soit de donner deux fois de suite le même remède, quoiqu’on ne donne la dose suivante qu’après que la précédente a cessé d’opérer. Car, supposé même que la première dose ait fait du bien au malade, il faut pourtant que l’amendement, quelle a produit, continue pendant quelque temps, et il n’y a pour l’ordinaire aucune indication qui demande la répétition du même médicament ; parceque ce qui n’a pu être amendé par la première dose, ne pourra non plus être guéri par une seconde, quoique plus grande.
Si dans un tel cas le nombre limité des médicamens connus, selon leurs effets purs, est cause que l’on ne peut pas trouver tout de suite un remède parfaitement convenable, c. à d. spécifique, on trouvera pourtant pour l’ordinaire encore un ou deux médicamens qui conviendront assez bien aux symptômes caractéristiques de la maladie, quoique pas aussi bien que celui que l’on avoit choisi d’abord. Il faut alors alterner entre l’usage du premier médicament qui étoit le remède principalement convenable, et entre celui de l’un ou de l’autre de ces médicamens secondaires, selon que le demandera chaque fois l’état actuel de la maladie. On verra qu’en alternant de cette façon l’usage de deux remèdes différens, on accélérera bien mieux le rétablissement du malade, qu’en employant exclusivement le remède principal deux ou plusieurs fois de suite.
Il est cependant possible que l’on trouve, que l’usage non- interrompu du remède principal soit
le procédé le plus salutaire, ce qui suppose qu'il répond au mal chronique par une grande ressemblance de symptômes. Mais dans ce cas l’expérience nous enseigne, qu’il faut toujours diminuer la dose suivante, parceque le besoin que la maladie a voit du remède, diminue aussi successivement. Ce n’est qu’ainsi que l’on ne troublera pas l’amendement du mai et que l’on achèvera la guérison par la voie la plus directe et la plus conforme à la nature.
Quand une maladie chronique de 10, 15 où 20 ans a cédé à un seul médicament homoeopathique qui a été pour elle le remède spécifique ou du moins approchant du spécifique, il ne faut pas encore cesser tout de suite l’usage des médicamens. Il faut au contraire continuer encore pendant trois ou six mois à donner toujours dans de plus longs intervalles, et même à la fin, après des intervalles de plusieurs semaines, une dose du remède principal, (peut-être aussi alternativement une dose du remède secondaire, selon que les circonstances l’exigeront), en diminuant chaque fois la grandeur de la dose. On continuera de cette manière jusqu’à ce que toute inclination de l’organisme à la cacochymie chronique ait disparu et soit anéantie. L’omission de cette précaution laisse même la meilleure cure imparfaite et peut la mettre en mauvaise renommée.
L’observateur attentif reconnoitra le moment qui demande la répétition du remède, quand quelques indices de l’un ou de l’autre Symptôme ori-
ginaire de l’ancienne maladie viendront à reparoître légèrement.
Mais si l’on trouve, qu’une telle dose toujours diminuée, ne suffit pas pour préserver le malade d’une rechute, mais qu’il faut continuer de lui donner des doses de même grandeur ou des doses successivement augmentées et plus fréquentes de ce remède homoeopathique, qui lui fait toujours du bien, c’est une marque certaine, que la cause excitative de la maladie continue d’exister et qu’il y a quelque chose dans la diète ou dans les alentours du malade qu’il faut nécessairement écarter, si on veut le guérir d’une manière durable.
Parmi les signes qui dans toutes les maladies, et sur-tout dans les maladies aigiies, nous indiquent un petit commencement de la diminution ou de l’augmentation du mal, chose qui n’est pas aperçue de chacun, il faut sur-tout considérer l’état de l’humeur du malade et toute la manière dont il se comporte, comme une des marques les plus sûres et les plus évidentes. Si le mal commence à s’amender, quoique de peu de chose, le malade se sentira plus à son aise, il sera plus tranquille, toute sa manière d’être redeviendra, pour ainsi dire, plus naturelle. Mais si la maladie empire, ne seroit-ce aussi de peu de chose, il s’ensuivra justement le contraire ; le malade se trouvera plus géné, plus lourd et excitera davantage la pitié, tant par l’état de son humeur et de son esprit, que par toute sa manière de se comporter, par toutes ses positions, tous ses gestes et toutes ses
fonctions, choses qu'on aperçoit facilement, mais qui sont difficiles à décrire *).
Si le médecin, doué d’un esprit observateur et pénétrant, ajoute encore à ceci l’apparition de nouveaux symptômes et l’augmentation de ceux qui existoient déjà, ou bien la diminution des derniers sans qu’il en paroisse de nouveaux, il ne pourra plus douter que l’état du malade ne se soit amendé ou n’ait empiré. 11 y a cependant parmi les malades des personnes qui sont incapables d’indiquer l’amendement et l’aggravement du mal, ou qui n’ont pas la volonté d’avouer l’un ou l’autre.
Cependant on peut parvenir à une conviction certaine, même avec des personnes de cette espèce, en parcourant avec elles tous les symptômes que l’on a noté dans le tableau de la maladie. Or, quand elles ne peuvent pas se plaindre de nouvelles incommodités extraordinaires, et que l’augmentation des vieux accidens n’est non plus signifiante, et que l’on a remarqué un amendement dans l’état de l’esprit et de l’humeur, il faut que le médicament ait produit une diminution essen-
1) Mais ces signes d’amendement qn’offrent l’esprit et l’humeur, bientôt après que le malade a pris le remède, ne se montrent que quand la dose a eu la petitesse nécessaire. Car une dose d’une grandeur inutile agit avec trop de violence et cause au commencement des troubles si grands et si longs de l’esprit et de l’humeur, qu’il est impossible de remarquer les changemens susdits, quand même le médicament auroit été aussi homoeopathiquc que possible.
tielle de la maladie, ou qu’il la produise encore, si le temps a été trop court pour s’en être déjà aperçu. Si l’amendement visible tarde néanmoins trop longtemps à se manifester, quoique le remède ait été convenable, la cause de ce retard est dans la trop longue durée de l’aggravement homoeopathique (§. 164-)? produit par le remède, et par conséquent en ce que la dose n’étoit pas encore assez petite.
De l’autre côté, si le malade se plaint de tels ou tels symptômes importans, récemment nés, c’est une marque que le médicament choisi ne convenoit pas homoeopathiquement à la maladie. Soit que le malade ait même la bonhommie d’assurer, que sa santé s’amende, il ne faut pas le croire alors en ceci, mais son état doit être regardé comme empiré, chose que le médecin verra tout aussi bientôt par ses propres yeux.
Comme quelques symptômes de l'effet primitif des médicamens sur un corps sain, se manifestent plus tard de plusieurs jours que d’autres, il s’ensuit aussi dans les maladies que ceux de leurs symptômes, qui répondent à de pareils symptômes médicinaux, ne peuvent être anéantis avant que le temps de ceux-ci ne soit venu, quoique les autres symptômes de la maladie aient déjà été guéris par le médicament. Il ne faut donc pas s’étonner de ce phénomène 1).
1) P. e. le mercure a l’inclination de produire des ulcères ronds à bord élevé, enflammés et douloureux, mais il ne
Si l’on a le choix parmi plusieurs médicamens, il faut préférer pour la guérison des maladies chroniques ceux qui opèrent longuement, et au contraire ceux qui font leur effet en peu de temps pour la guérison des maladies aigiies, lesquelles, suivant leur nature, inclinent déjà à des changemens fréquens.
Le véritable artiste dans l’art de guérir se gardera de prendre en affection particulière certains remèdes que par hazard il a eu occasion de trouver souvent convenables et d’employer avec un heureux succès. Une telle prédilection fait que l’on néglige de se servir des autres remèdes qu’on a employé plus rarement, et qui pourroient pourtant être plus homoeopathiques pour le cas en question et par conséquent plus salutaires.
Un sage médecin se gardera de même de négliger par une méfiance déplacée ou par d’autres fausses raisons, l’usage de certains remèdes, qu’il a employé dans tel ou tel cas avec un succès malheureux, parcequ’il les avoit mal choisi. Il se souviendra toujours de cette vérité, que parmi tous les médicamens, celui dont les symptômes ont la plus grande ressemblance avec ceux de la
peut manifester ce symptôme qu’après plusieurs jours, et même dans de certaines personnes après plusieurs semaines. De là vient, que l’usage intérieur du mercure dans la maladie vénérienne ne peut guérir les chancres qu’après un espace de plusieurs jours.
maladie en question, mérite uniquement la préférence; il se souviendra toujours, dis- je, qu’aucune petite passion ne doit influer sur un choix aussi sérieux.
Comme il est aussi nécessaire que convenable au but du procédé homoeopathique, que les doses des médicamens soient très-petites, il est facile à concevoir, que durant une telle cure il faut éloigner de la diète du malade toutes les choses qui pourroient avoir sur lui une influence médicinale quelconque, afin que l’effet d’une dose aussi mince ne soit surpassé et anéanti par une irritation médicinale hétérogène 1).
C’est sur-tout dans les maladies chroniques, qu’il est nécessaire de rechercher exactement des pareils obstacles à la guérison ; comme ces maladies ont été pour l’ordinaire engendrées et nourries par de semblables choses nuisibles et par d’autres fautes dans le régime qui échappent aux malades ou qu’ils ne reconnoissent pas pour telles 2).
L) Les sons les plus doux d’une flûte qui, en se faisant entendre de loin pendant le silence de la nuit, pourroient élever une arae tendre à des sentiruens célestes et à un enthousiasme réligieux, ne peuvent être entendus et resonnent envain, quand ils sont interrompus par le miaulement des chats ou par le cri enroué du hibou.
2 ) P. e. : Le café ; le thé de la Chine et d’autres thés d’herbes ; de la bicrre mélangée de substances végétales nonconvenables à l’état du malade , des liqueurs fines , préparées
Quant aux maladies chroniques, le régime le plus convenable que Ton sauroit prescrire au malade, consiste à lui faire éviter toutes les choses nuisibles qui troubleroient son rétablissement, et de lui faire observer justement le contraire des fautes qu’il a coutume de commettre ; p. e. en lui ordonnant de s’égayer l’esprit, de se donner de l’exercice en plein air, de faire usage de mets et de boissons convenables, nourrissantes et non -médicinales etc. etc.
avec des épices médicinales ; du chocolat épicé ; des eaux de senteurs et des parfumeries de diverses espèces ; des poudres et des spiritueux pour les dents, composés de substances médicinales ; de petits sachets parfumés ; des mets et des sauces fort assaisonnées ; des pâtisseries et des glaces aux épices ; des soupes mêlées d’herbes médicinales , ainsi que des légumes qui consistent en herbes et racines semblables ; du vieux fromage et des nourritures animales déjà putréfiées ou douées d’effets médicinaux accessoires, (comme la chair et la graisse de porcs, de canards et d’oies, ou du veau trop jeune). Toutes ces nourritures doivent être éloignées soigneusement du malade. Il faut encore lui défendre l’usage immodéré des jouissances de la table, l’abus du sucre et du sel commun, ainsi que l’usage de toutes les boissons spiritueuses. De telles personnes doivent aussi éviter la trop grande chaleur des chambres, une vie sédentaire dans l’air enfermé des appartemens, l’allaitement des enfans, le trop long sommeil après le diner, les plaisirs nocturnes, la malpropreté , les voluptés contre nature , l’affoiblissement des nerfs par la lecture de livres lubriques ; toute occasion à la colère, au chagrin et au dépit; le jeu passionné, les travaux forcées de l’esprit; le séjour dans une contrée marécageuse, la demeure dans des appartemens qui sentent le renfermé ; des besoins urgens etc. etc. Toutes ces choses doivent être éloignées pour que la guérison ne soit pas empêchée ou rendue impossible.
Pour ce qui est au contraire de la diète dans les maladies aigues, l'instinct de la conservation de la vie s’éveille ici avec tant de clarté, et parle avec tant de précision, que le médecin n’a besoin que d’ordonner aux personnes de la famille et aux gardes-malades de n’opposer aucun obstacle à ce guide de la nature, soit en refusant au malade des nourritures et des boissons qu’il demande avec instance, soit en lui persuadant de prendre telle ou telle chose nuisible. J’excepte cependant de cette règle, que je viens de donner par rapport aux malades aigües en général, le cas où le malade auroit l’esprit égaré.
11 est vrai que les mets et les boissons que la personne attaquée d’une maladie aigiie demande, sont pour la plupart des choses palliatives qui lui procurent un soulagement momentané ; mais elles sont libres de qualités proprement médicinales et sont pour ainsi dire conformes à une espèce de besoin du malade. Pourvu que ce contentement soit renfermé dans de justes bornes, les obstacles que cela pourroit mettre à la déstruction radicale de la maladie, ne sont qu’insignifians et sont abondamment compensés et surmontés par la puissance du remède homoeopathique et par la force vitale mise en activité, comme aussi par la récréation que la jouissance de l’objet ardemment désiré procure au malade.
Le véritable artiste dans l’art de guérir doit avoir entre ses mains les médicamens les
plus forts et les plus purs, s’il veut se fier à leur vertu curative; il faut donc qu’il les connoisse lui-même dans leur pureté.
C’est pour lui une affaire de conscience, d’être persuadé dans chaque cas de maladie, que le malade ne prend que le véritable médicament.
La vertu médicinale des substances du règne animal et du règne végétal a le plus d’activité tant que celles-ci se trouvent encore dans l’état de crudité 1).
1) Toutes les substances crues du îègne animal ou végétal ont plus ou moins de vertus médicinales , et peuvent changer l’état de santé de l’homme, chacune de la manière qui lui est propre. Les plantes et les animaux, dont nous nous servons pour notre nourriture, ont l’avantage sur les autres, qu’ils contiennent plus de parties nourrissantes et en diffèrent encore en ceci, que leurs vertus médicinales ne sont pas très -violentes, et qu’ils en perdent aussi la plus grande partie par la préparation qu’ils subissent dans la cuisine et dans l’économie ; comme par le pressurage du suc nuisible, tel qu’il arrive à la cas s ave dans l’Amérique méridionale; comme par la fermentation, p. e. celle de la farine du seigle dans la pâte dont on fait le pain, ainsi que celle de la choucroute, des concombres aigres etc. etc. ; comme par la fumigation et par la force de la chaleur, tel que cela se fait en cuisant ces nourritures simplement, ou en les cuisant à l’étuvée, ou en les grillant, ou en les rôtissant, ou en les faisant frire etc. , préparations qui détruisent ou subtilisent les parties médicinales ; ensuite aussi par la mixtion du sel commun, du sucre et sur-tout du vinaigre, (p. e. aux sauces et aux salades), qui servent d’antidotes et font perdre à ces substances leurs qualités nuisibles.
Mais aussi les plantes , douées des qualités médicinales les
Pour ce qui est des plantes qui sont endémiques et que Ton peut recevoir encore fraiches, on se rend maître de leur puissance médicinale de la manière la plus parfaite et la plus certaine, en mêlant tout de suite leur suc fraichement pressuré avec une quantité pareille d’esprit de vin. Après que l’on a laissé reposer cette mixtion pendant un jour et une nuit dans un verre bien bouché, on décante la liqueur claire du sédiment filamenteux et gloireux qui s’est précipité, et on le conserve pour l’usage médicinal 1). L’esprit de
plus fortes , les perdent en grande partie ou entièrement par les préparations susdites. Les racines de toutes les espèces d’iris , du raifort, de l’arum et des pivoines, perdent toute leur vertu médicinale , quand on les fait sécher parfaitement. Le suc des plantes les plus violentes devient souvent une masse bitumineuse et privée de toute force, par la chaleur que l’on emploie dans la préparation ordinaire des extraits. La longue conservation suffit déjà pour ôter toute force au suc pressuré des plantes les plus mortelles ; l’air étant tempérée, il passe de lui-même rapidement en fermentation vineuse , ( ce qui lui fait déjà perdre beaucoup de sa vertu médicinale), et immédiatement après en fermentation acéteuse et putride, ce qui le prive entièrement de toutes les facultés qui lui étoient propres. Le sédiment farineux, qui se précipite alors au fond du vaisseau, est aussi innocent que toute autre amidon. Les herbes vertes étant couchées en grande quantité les unes sur les autres, perdent déjà la plus grande partie de leurs qualités médicinales par l’évaporation.
1) Buchholz dans : Taschenbuch für Scheidekünstler und Apotheker, auf das Jahr 1815, Weimar, Abtheilung I. VI., assure à ses lecteurs : Que l’on doit cette excellente manière de préparer les médicamens à la dernière campagne en Russie ; que
c’est
vin empêche à l’instant même toute fermentation du suc des plantes et la rend impossible aussi pour l’avenir. Une telle mixtion étant conservée dans des verres bien bouchés et cachés à la lumière du soleil, la vertu médicinale du suc des plantes se conserve pour toujours dans un état parfait et incorrompu *).
c’est de ce pays d’où, en l’année 1812, elle est venue en Allemagne. (Le critique qui a parlé de cet ouvrage dans la gazette littéraire de Leipzig, de 1816. No. 82., ne contredit pas non plus cette assertion.) Mais en alléguant eette découverte et cette ordonnance avec les mêmes paroles, dont je me suis servi dans la première édition de mon Organon, de 1810, (V. §.230. et la note), il passe sous silence, que c’est à moi que cette découverte doit son origine, et que c’est moi qui l’ait publiée dans ce livre déjà deux ans avant la campagne de Russie; il le passe sous silence, en suivant le noble usage des Allemands d’être injuste envers les mérites de leurs compatriotes. On aime mieux feindre une découverte venue des déserts de l’Asie, que d’en laisser l’honneur à un Allemand à qui il ,est dû. Quel temps ! Quelles moeurs !
Il est vrai que jadis on mêloit aussi quelquefois de l’esprit de vin avec des sucs de plantes, p. e. pour les conserver pendant quelque temps avant que d’en faire des extraits, mais on ne le fit jamais dans l’intention de les faire prendre sous cette forme comme remèdes.
1) Quoique des parties égales d’esprit de vin et de suc fraîchement pressuré soient pour l’ordinaire la proportion la plus convenable pour effectuer la précipitation de la matière filamenteuse et glaireuse, il y a pourtant des plantes qui ont beaucoup d’humeurs tenaces (p. e. la cons ou de, la pensée etc.)^ et d’autres qui ont une surabondance de matière glaireuse , p. e. la petite cigüe, la scr ophulair e etc.) où dans la règle on a besoin de la double quantité d’esprit de vin pour atteindre ce but. Les plantes qui ont très peu de suc, comme Volé andre, le buis. Vif, la galé , la sabine etc., doivent être concassées
Pour ce qui est des végétaux, des écorces, des semences et des racines exotiques, que l’on ne peut recevoir fraîches, un médecin sage ne sera jamais assez crédule pour croire, que les poudres, que l’on fait passer pour des préparations des substances susdites, le soient en effet, mais il se convaincra lui- même de leur pureté tant quelles se trouvent encore dans l’état de crudité et d’intégrité, avant qu’il en fasse le moindre emploi médicinal * l).
premièrement en une masse fine, qu’il faut bien mêler ensuite avec une double quantité d’esprit de vin , afin que le suc des plantes se confonde avec celui-ci, et puisse être pressuré, après avoir été extrait de cette façon.
1 ) Pour les conserver comme poudres on a besoin d’une précaution que pour l’ordinaire on ignoroit jusqu’à présent dans les pharmacies , de façon que l’on ne pouvoit garder même des poudres préparées dans des verres bien bouchés. Les substances végétales, même tout-à-fait sèches , qui se trouvent encore dans l’état de crudité et d’intégrité, contiennent pourtant une certaine portion d’humeurs visqueuses, qui est la condition essentielle de la cohérence de leur parenchyme. Cette portion d’humeurs n’empêche pas, que la drogue entière et non- pulvérisée ne reste dans un état de sécheresse tel qu’il est nécessaire pour la rendre incorruptible ; mais elle est surabondante pour l’état d’une poudre fine. Il s’ensuit, qu’une substance animale ou végétale, qui étoit tout-à-fait sèche dans son état d’intégrité, donnera une poudre un peu humide, quand on l’aura finement pulvérisée, et que cette poudre ne pourra donc être conservée dans des verres bien bouchés sans se corrompre et sans moisir bientôt, si on ne l’a pas délivrée auparavant de cet humeur surabondante. Ceci s’opère le mieux en étalant la poudre sur un plat de ferblanc à bords relevés, placé en bain-marie, et en la remuant jusqu’à ce que toutes les petites parties ne s’agglomèrent plus ,
Comme les effets de tous les médicamens sont les plus certains et les plus faciles à comparer ? quand on les donne en solutions, le médecin sage emploie tous les médicamens sous cette forme 1), à moins que leur nature ne demande pas absolument qu’on les donne en poudres. Toutes les autres formes, qui enveloppent, pour ainsi dire,
mais s’éloignent et se dispersent facilement comme du sable fin. Quand les poudres sont parvenues à ce degré de finesse et de sécheresse, on peut les conserver pour toujours, sans qu’il s’y mette jamais de la moisissure ou qu’il s’y engendre des mites, pourvu qu’on les garde dans des verres bien bouchés et bien cachetés , et que l’on dérobe ces verres à la lumière du jour, p. e. dans des boites et des caisses couvertes. Quand les substances animales et végétales ne sont pas conservées dans des vaisseaux scellés de manière à ne pas laisser pénétrer l’air et cachés à la lumière du soleil ou à la lueur du jour , elles perdent toujours de plus en plus leurs vertus médicinales, même dans l’état d’intégrité, et bien davantage encore dans'Tetat de pulvérisation.
1) Quand on dissout les sels métalliques dans beaucoup d’eau, ils se décomposent et se corrompent bientôt ; on ne peut donc pas les raréfier dans l’eau pour en faire un emploi homoeopathique. (Aussi l’eau n’est-elle en général pas assez propre pour être instillée.) Il y a beaucoup de sels métalliques qui ne se laissent pas résoudre immédiatement dans de l’esprit de vin. Mais quand ils ont été une fois dissous dans 100 parties d’eau , le médecin peut les raréfier ensuite avec de l’esprit de vin autant de fois qu’il le croira nécessaire, sans qu’ils se précipitent. On peut donc observer «à l’égard de tous ces médicamens le procédé que j’ai décrit dans l’avant- propos à l’article Arsénic , qui se trouve dans mon ouvrage: Beine Arzneimittellehre, Tome IV.; l’arsénic, le cuivre acéteux, le plomb acéteux, l’antimoine tartreux (tartre émétique), peuvent servir d’exemples.
les médicamens, comme les pillules, les électuaires etc., ne sont pas recommandables, parceque l’influence des médicamens sur la fibre vivante en devient incertaine et indéfinie.
Les substances animales et végétales exotiques que l’on ne peut avoir que sèches, doivent être pulvérisées et dissoutes dans de l’esprit de vin ayant une force certaine et stable. Ces teintures contiennent les vertus médicinales de ces substances dans la plus grande abondance, et les conservent pendant plusieurs années dans un état parfait et incorrompu ; pourvu que l’on bouche bien les verres dans lesquels on les garde et qu’on les dérobe à la lumière du soleil et du jour. Mais la lumière du Jour réduit au bout de quelques années toutes ces teintures en une liqueur acéteuse, qui ne possède plus rien des vertus médicinales primitives 1).
Quelque peu de substances demandent, que leur première résolution se fasse avec de l’esprit nitreux dulcifié, ou avec des naphtes, p. e. avec du phosphore. Mais les raréfactions ultérieures de ces teintures, qui sont nécessaires pour l’emploi homoeopathique, doivent être faites avec de l’es-
1) Ce ne sont que les semences farineuses des fleurs de la famille des oeillets et de celle des p ap ilionacé es , qui sont les moins propres à l’extraction de leurs vertus médicinales par l’esprit de vin; elles doivent donc être employées en poudres. Il en est encore de même de quelques autres semences , p. e. des anacardes etc. etc.
prit de vin, parceque les liqueurs susdites ont une vertu médicinale spécifique et différente de celle de la substance qu'on vient de résoudre.
Pour ce qui est des préparations des substances métalliques, des sels et d’autres semblables, dont la pureté n’est pas évidente au premier regard, le médecin consciencieux les fera faire sous ses yeux. Quant au soufre, aux métaux soufrés et aux métaux en général, le mieux sera de les donner en poudre. Par rapport aux métaux cela est déjà nécessaire par la raison, que la solution dans des acides, sur-tout dans des acides minéraux, change leurs vertus médicinales. Les métaux qui ne se laissent pas réduire en poudre impalpable, perdent encore le moins de leurs qualités spécifiques dans la solution acéteuse.
On ne doit employer dans aucune cure plus d’une seule substance simple à la fois.
Il est inconcevable qu’on puisse encore douter, s’il est plus conforme à la nature et plus raisonnable d’employer à la fois dans une maladie une seule matière médicinale bien connue, ou un mélange de plusieurs matières 1).
1) L’absurdité de ces remèdes composés a déjà été conçue par des hommes de l’école médicale ordinaire, quoiqu’ils suivissent dans la pratique le trantran éternel contre leur propre persuasion. C’est ainsi que Marcus Herz ( dans Hufeland’s Journal der practischen Arzn. II. p 33.) exprime les troubles
Le vrai médecin trouve dans des remèdes simples, isolés et non-mélangés tout ce qu’il peut désirer,
de sa conscience de la manière suivante. „Si nous voulons „guérir un état d’inflammation, nous n’employons ni le s alpestre, ni le sel ammoniac, ni l’acide végétal séparé- „ment, mais nous mêlons ensemble plusieurs et souvent trop „de ces remèdes, nommés antiphlogistiques, ou nous ordonnons leur usage simultané. S’il nous faut résister à la putréfaction, il ne nous suffit pas d’atteindre ce but en donnant une „grande quantité d’un des remèdes connus pour être antiseptiques, comme le quinquina, l’ acide minéral, Varni- ,,que, la serpentaire etc. Nous aimons mieux composer „plusieurs de ces médicamens en comptant sur leur effet com- ,,mun, ou nous mélangeons mêmes des remèdes hétérogènes, „ignorant lequel est conforme par sa vertu au présent cas et „abandonnant ainsi au hazard si l’un de ces médicamens veut „opérer ou non le changement désiré. C’est ainsi que nous „employons très - rarement des remèdes isolés pour exciter la „sueur, pour corriger le sang, pour détruire des stagnations „d’humeurs, pour seconder l’expectoration et même pour éva- „ euer les premières voies. Toujours les ordonnances, que nous „faisons à cette intention, sont composées ; presque jamais sim- „ples et pures; moyennant quoi les expériences que „rtous fais ons par rapport aux matières simples, „contenues dans un tel mélange, ne peuvent non „plus être pures. 11 est vrai, que nous établissons selon „les règles de l’école un certain rang parmi les remèdes contenus dans nos recettes, en nommant celui que nous chargeons „d’opérer l’effet désiré, le fondement (basis), et les autres: „les assista ns ou les soutiens (adjuvantia) , les correc- „tcurs ( corrigentia ) etc. etc. Mais il est évident, que cette „manière de charactériser les remèdes est pour la plupart tout- ,,à-fait arbitraire. Les assistans et les soutiens ont tout „aussi bien part à l’effet total, que le remède fondamental, „quoique faute d’échelle nous ne puissions fixer le degré de „leur activité. De même l’influence des correcteurs sur les
c. à d. des puissances morbifiques artificielles, qui par leur force homoeopathique peuvent parfaitement surpasser, anéantir et guérir pour la durée les maladies naturelles. Or, comme c’est un principe de sagesse: ,, qu’il ne faut jamais vouloir effectuer par une pluralité de forces ce que l’on peut produire par une seule,“ il ne lui viendra jamais en idée de donner comme remède autre chose qu’un seul médicament simple à la fois. En second lieu il sait aussi, que, supposé même que l’on ait examiné les effets spécifiques des médicamens simples sur un homme sain, la manière, dont deux ou plusieurs substances médicinales, mêlées ensemble, se contrarieront et se modifieront réciproquement dans leurs effets, nous restera pourtant inconnue. De l’autre côté, en employant une substance médicinale simple contre une maladie, dont la totalité des symptômes est exactement
„facultés des autres remèdes ne peut pas être tout- à -fait indifférente, mais il faut qu’elle les augmente, ou qu’elle les dé- ,, prime, ou qu’elle leur donne une autre direction. Il faut donc „que nous regardions toujours le changement salutaire, produit „par un tel remède composé, comme le résultat de tous „les médicamens qu’il contient, et nous ne pouvons ja- „raais abstraire de là une expérience pure sur l’effet exclusif „ d’un seul d’entr’eux. En vérité nous connoissons „encore trop peu les qualités essentielles des médi- „camens, ainsi que les affinités infiniment variées „qui se forment entre eux par leur mélange, pour „que nous puissions dire avec certitude, quelle „est la grandeur et la diversité de l’activité d’une „matière insignifiante en apparence, quand on la „fait entrer dans le corps humain alliée à d’autres „inatièr es. “
connue, il sait que ce remède sera parfaitement et uniquement salutaire, s’il a été choisi homoeopathiquement. Supposé même le cas le plus malheureux, que le remède choisi ne fût pas tout-àfait conforme au mal par rapport à la ressemblance des symptômes et qu’il ne fût donc pas secourable, un tel médicament sera pourtant toujours utile en ce qu’il augmentera la connoissance de la qualité des remèdes. Car en excitant dans un tel cas de nouvelles incommodités, il confirmera les symptômes qu’il avoit déjà montrés ailleurs dans des essais faits sur des hommes sains ; avantage qui cesse dans l’usage de tous les remèdes composés *).
La conformité d’un médicament pour un certain cas de maladie ne se fonde pas seulement sur ce qu’il est parfaitement homoeopathique, mais • encore sur la grandeur nécessaire ou plutôt sur la petitesse convenable de la dose, dans laquelle on la fait prendre. Si l’on donne une dose trop forte d’un remède tout-à-fait homoeopathique, elle nuira certainement au malade, quoique le médicament soit salutaire de sa nature. Car l’impression qu’il fait, est plus forte qu’il n’est né-
1) Le médecin raisonnable se bornera à employer intérieurement le médicament qu’il a choisi aussi conforme que possible à la maladie en question. Il abandonnera au trantran déraisonnable de faire prendre en outre au malade un thé composé de substances médicinales , de lui appliquer un sachet ou une décoction de différentes herbes, ou de lui faire donner un lavement hétérogène, ou de le faire frotter avec tel et tel onguent.
cessaire, et elle est d’autant plus sensible que moyennant sa vertu homoeopathique il attaque justement les parties qui sont déjà les plus affectées par la maladie naturelle.
C’est là la raison par laquelle un médicament homoeopathique devient toujours nuisible, quand on le donne en trop grande dose, et les suites nuisibles augmentent progressivement avec la grandeur de la dose même. Mais la grandeur de la dose est aussi d’autant plus nuisible que le remède étoit plus homoeopathique, et elle fera bien plus de mal qu’une dose également grande d’un médicament allopathique, c. à d. d’un remède qui ne se trouve en aucun rapport avec la maladie. Car alors l’aggravement homoeopathique, c. à d. la maladie artificielle, qui est très -semblable à la maladie naturelle, et qui est produite dans les parties de l’organisme les plus souffrantes et les plus irritées de celle-ci, monte jusqu’à un degré nuisible, au lieu qu’elle eut effectué la guérison d’une manière douce, rapide et certaine, si elle n’étoit montée que jusqu’au degré nécessaire. Il est vrai que le malade ne souffre plus de sa maladie primitive, car celle-ci est anéantie homoeopathiquement , mais il souffre d’autant plus de la maladie médicinale et ensuite non moins de l’effet secondaire ou de l’état opposé que produit l’organisme, ainsi que d’une débilitation inutile.
Par la même raison qu’un remède est d’autant plus efficace et merveilleusement secourable, qu’il a été choisi aussi homoeopathique que pos-
sible, par la même raison un tel médicament sera d’autant plus salutaire, que sa dose approchera davantage du degré de petitesse le plus convenable pour une guérison douce.
Il s’agit à présent de savoir, quel est ce degré de petitesse le plus convenable pour porter aux malades des secours aussi doux que certains, c. à d. il s’agit de savoir combien chaque dose d’un médicament homoeopathique, choisi pour un certain cas de maladie, doit être petite pour opérer la meilleure guérison? Ce n’est pas par des conjectures théoriques que ce problème peut être résolu ; ce n’est pas par elles que l’on peut fixer à l’égard de chaque médicament, quelle doit être la petitesse de sa dose, pour suffire au but homoeopathique et pour effectuer une guérison aussi rapide que douce. Non, les scrutations de l’esprit et les argumentations subtiles n’en viendront jamais à bout. Ce n’est que par des essais purs, des observations soigneuses et des expériences exactes qu’on y parviendra. Il seroit absurde de vouloir objecter ici les grandes doses que donne la pratique ordinaire; car ces grandes doses, contenant des médicamens qui ne se trouvent dans aucun rapport analogue avec la maladie (remèdes allopathiques), ne touchent pas homoeopathiquement la partie souffrante de l’organisme, mais seulement les parties qui ne sont pas affectées de la maladie naturelle. On ne peut donc tirer de ceci aucune conséquence contre la petitesse des doses que prescrivent des expériences pures pour les cures homoeopathique s.
Or ces expériences pures offrent sans exception le résultat suivant: Quand la maladie ne se fonde pas évidemment sur une corruption considérable d’un viscère important, la dose n’est jamais trop petite, si elle peut produire, immédiatement après avoir été prise, des symptômes semblables un peu plus forts que ceux de la maladie naturelle, (petit aggravement homoeopathique, v. §. 164 — 167.) ; en ce cas elle est toujours plus forte que la mafadie en question, et elle est capable de la surpasser, de l’anéantir et de la guérir d’une manière durable, supposé toutefois, que l’on éloigne du malade toute influence médicinale hétérogène.
Ce principe irréfutable, tiré de l’expérience, nous donne la mesure, selon laquelle il nous faut diminuer les doses de chaque médicament homoeopathique jusqu’au point, où elles ne produisent plus qu’un aggravement à peine sensible, après qu’on vient de les prendre *). Ne
1) J’ai déjà travaillé d’avance en ceci pour les médecins homoeopathiques futures, et je leur ai épargné milles essais en leur indiquant les raréfactions nécessaires de plusieurs médicamens pour l’emploi homoeopathique. Ces indications se trouvent dans les avant-propos de plusieurs articles de mon ouvrage: Reine Arzneimittellehre, sur-tout dans les trois dernières parties. J’avoue cependant, que des expériences plus récentes m’ont obligé de raréfier encore davantage quelques médicamens , pour m’approcher toujours de plus en plus de la perfection dans cette excellente méthode de guérir.
nous laissons donc pas troubler par la petitesse du degré de diminution, jusqu’auquel il nous faut descendre; ne nous laissons non plus troubler par le bavardage des médecins vulgaires, qui, accoutumés à se former seulement des notions bien matérielles, trouvent incroyable qu'une dose aussi infiniment diminuée, puisse encore être efficace; leur bavardage ne signifie rien, lorsqu’une expérience infaillible nous parle 1).
1) Qu’ils se fassent expliquer par les mathématiciens, qu’en divisant une substance en autant de parties que l’on voudra, la plus petite partie, que l’on puisse s’imaginer, contiendra pourtant toujours quelque chose de cette substance entière, et que par conséquent cette petite partie ne pourra pas devenir un rien! — Qu’ils se fassent dire par les physiciens, qu’il y a des puissances extraordinaires qui n’ont cependant aucun poids, p. e. le calorique, la matière lumineuse etc., puissances qui sont donc encore infiniment plus légères, que le contenu médicinal des plus petites doses homoeopathiques ! — Qu’ils pèsent le poids des paroles mortifiantes qui causent une fièvre bilieuse à la personne affectée, ou le poids de la nouvelle affligeante de la mort d’un fils unique, laquelle occasionne la mort de la mère! — Qu’ils touchent seulement pendant un quart d’heure un aimalit, capable de porter cent livres de poids , et les douleurs qu’ils en sentiront leur apprendront, que des influences impondérables peuvent aussi produire sur l’homme les effets médicinaux les plus violens ! — Enfin, que ceux parmi eux qui sont d’une complexion foible, se fassent toucher le creux de l’estomac seulement pendant quelques minutes, tout doucement, par l’extrémité du pouce d’un magnétiseur qui a la volonté forte, et ils se repentiront alors sous les sensations les plus désagréables, d’avoir voulu fixer les termes de l’activité de la nature infinie. Oh ! les pauvres gens , pauvres d’esprit!
Note du traducteur. Voyez le traité sur l’cffica-
Chaque maladie a une inclination incroyable à changer de nature par des remèdes qui lui conviennent selon la ressemblance des symptômes. Il n’y a point d’homme, quelque robuste qu’il soit, quand même il ne seroit sujet qu’à un mal chronique ou à un mal soi-disant local, qui ne sentit bientôt dans la partie souffrante le changement le plus agréable, après avoir pris dans la plus petite dose possible le remède qui lui convenoit homoeopathiquement. En un mot cet homme éprouvera, dans son état de santé, un plus grand changement par ce médicament, que n’en éprouveroit un nourrisson d’un jour, mais qui se porte bien. N’estelle donc pas insignifiante et ridicule, cette incrédulité purement théorique, qui se défie de ces preuves infaillibles de l’expérience !
Que la dose du médicament soit aussi petite que l’on voudra, mais qu’elle puisse seulement produire le moindre aggravement homoeopathique, elle affectera cependant de préférence les parties souffrantes de l’organisme qui sont déjà extrêmement susceptibles d’une irritation semblable à la leur, et elle changera cette maladie naturelle en une maladie artificielle qui lui sera très -semblable et la surpassera un peu en force. En supposant donc à la maladie naturelle une maladie artificielle, comme destructrice de la première, nous faisons que l’organisme ne souffre plus que de la maladie
cité des petites doses liomo eop athiqucs, qui se trouve à la fin de cette traduction.
médicinale qui selon sa nature, à cause de la petitesse de la dose, disparoit bientôt, de façon que le corps reste libre de toute souffrance, c. à d. sain d’une manière durable.
Or pour procéder d’une manière tout-à-fait conforme à la nature, un véritable médecin administrera son remède homoeopathique, bien choisis dans une dose aussi petite qu’il est justement nécessaire pour surpasser et anéantir la maladie en question. Quand même, par une erreur pardonnable à la foiblesse humaine, il auroit choisi un médicament inconvenant, le dommage qui en résultera, sera si insignifiant qu’il pourra être bientôt réparé par la force vitale et par un second remède plus homoeopathique que le médecin fera prendre au malade dans une dose également petite.
L’effet des doses ne diminue pas en proportion égale du contenu médicinal, sur-tout dans les raréfactions que l’on fait subir aux médicamens pour l’usage homoeopathique. P. e. : Huit gouttes d’une teinture médicinale par dose, ne font pas un effet quatre fois aussi grand que deux gouttes, mais n’opèrent à peu près que le double effet de deux gouttes par dose. De même une goutte d’une mixture composée d’une goutte de teinture sur dix gouttes d’une liqueur non -médicinale, ne fera pas un effet dix fois plus grand que ne feroit une goutte d’une mixture dix fois plus raréfiée, mais elle n’opérera à peu près que le double effet d’une goutte
de la dernière mixture; et c'est ainsi que cette progression continue de descendre suivant la même loi, de façon qu’une goutte de la dernière raréfaction fait encore toujours un effet considérable *).
La diminution de la force du médicament, nécessaire à l’usage homoeopathique, est aussi secondée par la diminution du volume de la dose. Je veux dire, quand au lieu de donner une goutte entière d’une teinture raréfiée, on ne donne qu’une toute petite partie d’une telle goutte par dose, l’intention de diminuer davantage l’effet est également remplie d’une manière très - convenable. La raison en est facile à concevoir : le volume de la dose ayant été diminué, il s’ensuit qu’un moindre des nerfs de l’organisme animé peut être
1) Supposons qu’une goutte d’une mixture, contenant
de grain de la matière médicinale, fasse un effet = a ; une goutte d’une mixture plus raréfiée, qui contient de grain de la matière médicinale fera un effet — —
si la goutte contient jöüöö de §rain de la matière médicinale
l’effet sera — — ;
si elle contient <1° grain de la matière médicinale l’ef-
iet sera — — ;
c’est ainsi que, le volume des doses restant le même, chaque diminution carrée (et peut-être plus que carrée) du contenu médicinal, fait seulement diminuer de la moitié la force de l’effet du remède sur notre organisme. J’ai vu très -souvent chez les mêmes personnes et dans les mêmes circonstances qu'une goutte d’une teinture de noix vomique, un décillion de fois raréfiée, fit à peu près la moitié de 1 ’ effet qu’une goutte d’une teinture du même remède raréfié un quintillion de fois.
touché par elle; ces nerfs communiqueront la force du médicament également à l’organisme entier, mais cette force sera pourtant plus petite.
Par la même raison l’effet d’une dose homoeopathique augmente, si l’on agrandit le volume de la liqueur dans laquelle on la résout pour la faire prendre au malade, quoique le contenu médicinal reste le même; car ici le remède touche une plus grande surface de nerfs sensibles qui reçoivent son effet. Quoique les médecins théoriques veuillent soutenir, qu’en faisant prendre la dose dans une plus grande quantité de liqueur, on affoiblit l’effet du remède, l’expérience prouve pourtant qu’il arrive justement le contraire, au moins dans l’usage homoeopathique des médicamens x).
Il faut cependant remarquer ici, qu’il y a une grande différence, si ce mélange de la dose médicinale avec une certaine quantité de liqueur, se fait légèrement et imparfaitement ou bien si uniformément et si intimement, que même la plus petite partie de cette liqueur raréfiante contienne une quotité proportionnelle du contenu médicinal; car dans le dernier cas le mélange a bien plus augmenté la force médicinale de la dose, que dans le premier. On pourra abstraire de là, comment
1) Ce ne sont que les plus simples de toutes les substances irritatives, c. à d. le vin et l’esprit de vin, qui diminuent leur effet échauffant et enivrant, quand on les raréfie dans beaucoup d’eau.
il faut arranger les closes, lorsqu’on veut diminuer autant que possible leur effet, pour les administrer aux malades les plus sensibles.
L’effet des médicamens liquides sur notre corps se fait d’une manière si pénétrante, la rapidité et la généralité avec laquelle il se propage du point de la fibre sensible et douée de nerfs, qui en est touchée la première, par toutes les autres parties du corps, est si inconcevable, qu’on est presque tenté de le nommer un effet spirituel (dynamique, virtuel).
Toute partie de notre corps douée du sens du toucher, est également capable de recevoir l’influence des médicamens et de la propager sur toutes les autres parties.
Outre l’estomac, il y a encore la langue et la bouche, qui sont les parties les plus susceptibles des influences médicinales. Cependant l’intérieur du nez, le canal intestinal, les parties génitales, ainsi que toutes les parties très- sensibles de notre corps, sont presque aussi propres à recevoir les effets médicinaux. C’est pourquoi des places privées de peau, des parties blessées ou ulcéreuses, permettent aux médicamens une entrée presque aussi libre dans l’organisme, que s’ils avoient été pris par la bouche.
Même des organes ayant perdu le sens qui leur est propre, p. e. la langue et le palais privés du goût, ou le nez privé de l’odorat, communi-
quent cependant l’effet du remède, qui agit immédiatement sur eux, à tous les autres organes du corps d’une manière aussi parfaite que s’ils n’eussent pas perdu leur faculté primitive.
Aussi la surface extérieure du corps qui est couverte de peau et d’épiderme, est capable d’ètre affectée des médicamens, et sur-tout des liquides; mais ce ne sont que les parties les plus sensibles de la peau qui soient les plus susceptibles de cette influence.
Or dans des cas où il est impossible de faire avaler le remède par la bouche 1), et où nous ne pouvons ni ne voulons non plus l’insinuer dans le corps par l’anus, nous pouvons produire presque le même effet sur des personnes délicates, en leur appliquant une solution de ce remède aux parties du corps les plus sensibles, comme au bas -ventre, sur le creux de l’estomac etc. 2). Il est cependant
1) Cependant il suffit aussi que la petite dose d’un remède homoeopathique convenable ne fasse que demeurer quelque temps dans la bouche sans être avalée, afin qu’elle exerce son effet entier sur tous les autres organes.
2) La méthode de frotter la peau avec le remède ne semble seconder l’effet de celui-ci qu’en ce que la friction en général rend la peau plus sensible, et que la fibre en devient plus susceptible de sentir, pour ainsi dire, la force du médicament, et de communiquer à l’organisme entier ce sentiment modificatif de l’état de santé. Si l’on frotte auparavant le côté intérieur du haut de la cuisse, et que l’on y fasse ensuite appliquer de l’onguent mercuriel, ce médicament sera tout aussi efficace que s’il avoit été trituré sur la partie susdite ou s’il avoit été in-
vrai qu’il faut alors se servir d’un médicament plus fort et moins raréfié ; moyennant quoi il devient presque impossible de garder toujours la juste mesure dans la force de la dose, mesure qui est pourtant bien nécessaire à l usage homoeopathique des remèdes.
troduit dans le corps par la friction, comme on a coutume de s’exprimer. Car il est fort incertain, si par ce procédé il pénètre vraiment quelque chose de la substance métallique dans l’intérieur du corps , ou si les veines absorbantes en reçoivent quelques parties, ou si ni l’un ni l’autre n’a lieu.
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Traité
sur l’efficacité des petites doses homoeopathiques ').
Comment est-il possible que de petites doses de médicamens extrêmement raréfiés, tels que l’homoeopathie les prescrit, conservent encore de la force et même une grande force ?
C’est ainsi que s’écrie non -seulement le médecin vulgaire et allopathique, qui se complaît dans les grandes doses, mais le novice dans l’art homoeopathique tient aussi le même langage.
Il me semble d’abord étrange, que l’on puisse douter de la force suffisante de ces doses, voyant pourtant clairement qu’elles opèrent et qu’elles
1) Note du traducteur. Ce traité de l’auteur se trouve en tête du sixième volume de sa matière médicale pure. Ayant remarqué , que la petitesse des doses homoeopathiques est une des choses les plus difficiles à concevoir au premier abord pour ceux qui prennent connoissance de la nouvelle méthode curative, j’ai cru faire quelque chose d’utile pour mes lecteurs, d’ajouter à la fin de mon travail cette dissertation qui traite le sujet en question avec une clarté éminente.
remplissent le but curatif proposé. Or ce qui arrive, doit au moins être possible.
Cependant les adversaires ne pouvant plus nier des effets qui sautent aux yeux, ils tâchent au moins de les rendre suspects ou ridicules en se servant de comparaisons illusoires.
„Si une goutte, disent -ils, d’une substance „médicinale si extrêmement raréfiée, étoit vrai- „ment capable de produire quelque effet, il fau- „ droit qu’une goutte du lac de Genève, dans le- „quel on auroit instillé une goutte d’un médica- „ment actif, renfermât autant de vertus médicinales et même davantage, car la masse de la li- „queur raréfiante dont on se sert pour préparer „les remèdes homoeopathiques se trouve dans une „proportion bien plus exorbitante.“
La chose principale dans ces sortes d’illusions consiste à mal comprendre le mot de raréfaction (Verdünnung), mot dont il a fallu me servir en parlant de la préparation des remèdes homoeopathiques, à défaut d’un terme plus propre au sujet en question.
Mais admettons pour le moment la supposition inadmissible, que les doses homoeopathiques soient préparées par une mixtion vulgaire d’une petite partie de substance médicinale dans une énorme quantité de liqueur non -médicinale ; la parabole susdite, inventée pour dénigrer l'homoeopathie et répétée à l’infini en dépit du bon sens, sera toujours vicieuse en elle -même.
Comment seroit-il possible, que par la seule instillation d’une goutte de substance médicinale dans le lac de Genève, il se fit une union intime
de cette petite partie avec une masse d’eau aussi énorme, de façon que chaque goutte du lac fut imprégné d’une portion relative de la goutte médicinale en question ? Imaginez toutes les mécaniques possibles pour opérer un tel amalgame, imaginez qu’on mette à ce travail une longue série d’années ; on n’en viendra jamais à bout.
Il en sera déjà ainsi d’une quantité d’un volume moyen, p. e. d’un muid d’eau imprégné d’une seule goutte de médicament ; il n’y a pas de machine au monde qui fût en état d’opérer ici un mélange uniforme. Je passe sous silence que le changement intérieur et la dissolution chymique qui se fait continuellement dans les parties constitutives de l’eau, auroient déjà anéanti dans l’espace de quelques heures toute vertu médicinale d’une goutte de teinture végétale.
Un grain de poudre médicinale, mêlé à un quintal de farine, ne pourra jamais être mélangé à cette grande masse, de façon que chaque grain de farine reçoive une portion relative de la poudre susdite.
Mais le cas est bien différent par rapport à la préparation des remèdes homoeopathiques, supposé même qu’elle ne fut qu’une mixtion vulgaire. Le volume de la liqueur raréfiante, dont on se sert ici, étant très-petit, c. à d. 100 gouttes d’esprit de vin sur une goutte de teinture médicinale, le mélange uniforme est conformé en peu de momens. On amalgamera en tout aussi peu de temps une goutte de cette mixture raréfiée à cent autres gouttes d’esprit de vin, de façon qu’en continuant la même opération pendant une demi-heure, une
goutte de teinture médicinale se trouvera à l’égard de la liqueur raréfiante comme un à un d ecillion.
Si l’on demande sérieusement que j’explique comment il est possible, qu’une goutte d’une pareille raréfaction, et même une petite partie d’une telle goutte, puisse communiquer à l’organisme malade la vertu curative entière du remède *), je répondrai que l’inconcevable de la chose consiste uniquement en ce qu’on mésentend le mot raréfaction (Verdünnung), et qu’on se forme des idées erronées sur l’essence des substances médicinales.
On a coutume de ne considérer les choses visibles et palpables dans la nature, et particulièrement les substances médicinales, que comme des matières mortes , et de n’estimer leurs effets que d’après leur mesure ou leur poids relatif. — Mais on ne réfléchie pas, que nous autres foibles mortels, connoissant souvent à peine la surface des choses, ne pouvons concevoir les véritables vertus des matières, et sur-tout les matières médicinales, qu’en faisant la plus grande attention à tous leurs effets et en les jugeant sans prévention.
Les substances médicinales, (car c’est d’elles que nous parlons ici en particulier), ne sont pas des matières mortes dans le sens vulgaire ; non leur véritable essence est dynamique et consiste
1) Supposé toutefois que le remède ait été choisi aussi homoeopathiquement que possible, et que l’état du malade n’ait été altéré par aucune autre influence médicinale hétérogène.
en des forces immatérielles. — Elles nous semblent mortes, quand elles se présentent à nos yeux comme masses dans leur état de crudité, mais ce n’est qu’une mort apparente. Les facultés intérieures ne sont qu’enchaînées et se trouvent, pour ainsi dire, dans un état d’engourdissement, dans lequel elles demeurent jusqu’à ce que l’industrie humaine les ait développées et mises en liberté, et leur ait ouvert une carrière analogue à leur destruction.
Il est vrai, que la plupart des substances médicinales manifestent déjà dans leur état crû et massif des effets sur la santé de l’homme ; mais cette influence n’est qu’une ombre de leur véritable efficacité, de cette puissance et de cette activité infinie, dont elles sont souvent capables.
En morcelant et pulvérisant les drogues entières, on augmente déjà en quelque chose leur efficacité, et on peut se servir alors pour le même but de doses relativement bien plus petites. Après avoir avalé des noix vomiques de vingt grains de poids, on ressentira un effet bien moindre que d’un seul grain d’une poudre ordinaire de cette drogue. Mais la poudre étant rendue encore plus fine à force de la broyer plus longtemps, on n’aura besoin que d’une dose d’un poids dix fois moindre pour opérer le même effet. — La vertu médicinale de notre poudre de quinquina, préparée d’écorces de la meilleure espèce, mais pulvérisée d’après la manière ordinaire, est bien inférieure à la vertu médicinale qu’exerce la poudre impalpable d’Angleterre, faite d’écorces moins bonnes et donnée en plus petites doses.
On voit déjà par ceci, qu’il existe des degrés de perfection dans la préparation des médicamens et que la nécessité des grandes doses diminue à mesure que le développement des facultés occultes de la drogue a été poussé plus loin. Mais la pulvérisation la plus line des substances médicinales ne suffit pas encore pour les rendre aussi efficaces qu’elles peuvent le devenir réellement.
L’extraction de l’essence médicinale au moyen de fortes teintures est préférable, mais elle ne nous mène pas encore au dernier degré. Une goutte de teinture de quinquina, contenant la dixième partie d’un grain, a déjà plus d’activité qu’un grain entier de la poudre impalpable d’Angleterre ; chose dont on peut présumer, que la solution des substances médicinales dans des liquides augmente le développement de leurs forces et permet de diminuer davantage les doses pour remplir le même but. Cependant les facultés dynamiques du remède, concentrées de cette manière en une teinture, ne font encore que commencer à se déployer.
Ce n’est que par la préparation des médicamens d’après la méthode homoeopathique que l’on parvient à dégager entièrement leurs vertus immatérielles et qu’on leur ouvre une carrière infinie pour exercer leur immense activité.
Mettez une goutte de la dite teinture de quinquina dans un verre rempli de 100 gouttes d’esprit de vin (ou d’un autre liquide également incorruptible), secouez cette mixture par dix coups énergiques, donnés du haut en bas, et vous aurez
une liqueur qui sera bien autre chose qu’un mélange ordinaire de la goutte de teinture médicinale avec 100 gouttes d’un liquide non -médicinale. Ce ne sera que le laïque qui la prendra pour telle et qui croira, qu’il faut avaler les 101 gouttes à la fois, pour éprouver à peine l’effet d’une seule goutte de la teinture médicinale. Non, l’expérience nous montre, que chaque goutte de cette mixture est devenue tellement active, qu’elle peut exercer sur le corps humain presque le même effet qu’une goutte de la teinture concentrée.
C’est ainsi qu’à chaque nouvelle union intime d’une goutte d’une telle mixture à cent autres gouttes d’esprit de vin, le développement des vertus médicinales va en augmentant, de façon que l’on ne s’aperçoit presque d’aucune diminution de l’efficacité du remède, quelque grande que soit la prépondérance du volume de la liqueur nonmédicinale successivement employée, à l’égard de la goutte de teinture médicinale concentrée, dont on s’étoit servi au commencement. Une goutte d’une mixture extrêmement raréfiée produit encore sur le corps de l’homme tous les effets que l’on pouvoit en général attendre du médicament en question. La différence de l’activité d’une telle liqueur raréfiée, ou pour me servir de termes plus justes, d’une liqueur contenant des vertus médicinales portées à un point extraordinaire, la différence, dis -je, entre une pareille dose et une autre d’une teinture médicinale concentrée est simplement, que la première influe d’une manière infiniment plus passagère ; avantage inestimable dans le traitement de toutes les maladies aigues et de
certaines maladies chroniques. On remplit de cette façon le même but quon auroit atteint en employant la teinture concentrée, sans soumettre le malade à une longue souffrance artificielle produite par le remède.
On voit par tout ceci que le mot de raréfaction (Verdünnung) ne peut s’appliquer qu’improprement aux préparations médicinales susdites; car bien loin d’affoiblir les vertus originaires des médicamens, elles les mettent plutôt en pleine liberté et les mènent à un plus haut degré de perfection.
Les effets étonnans qui en résultent, ne sont incroyables que pour le laïque. Qu’il fasse des expériences pures, et il sera convaincu jusqu’à l’évidence, que la nature cache dans l’intérieur des substances médicinales une abondance de forces qui sont capables d’un développement infini ; abondance, dont l’écrivain de recettes n’a pas eu jusqu’alors le plus léger pressentiment.
L’or dans son état massif ne nous offre qu’une matière grossière et inactive, incapable de produire le moindre effet médicinal. Battez cette masse en feuilles aussi minces que vous voudrez, ce sera toujours encore de l’or massif, ou les forces médicinales se trouvent dans une mort apparente. On peut avaler de ces feuilles jusqu’à la quantité de plusieurs grains, et ni un homme bienportant, ni un malade n’en ressentira aucune influence sur sa santé. Mais si vous usez de la préparation homoeopathique, c. à d. si vous broyez pendant une heure entière d’une manière énergique un grain de ces feuilles d’or avec 100 grains
d’une substance non -médicinale, p. e. avec du sucre de lait, vous aurez déjà une poudre douée de beaucoup de forces médicinales. Broyez de nouveau un grain de la dite poudre avec cent autres grains de sucre de lait, et continuez le même procédé jusqu’à ce qu’un grain de la dernière préparation ne contienne plus qu’un quadrillionième d’un grain d’or, et vous aurez une poudre dans laquelle toutes les forces médicinales qui sommeilloient, pour ainsi dire, dans l’or massif, seront portées à un degré merveilleux. Qu’un malade mélancolique, ayant la vie en horreur et se sentant pressé par des angoisses insupportables de tenter le suicide, qu’un tel malade, dis -je, flaire seulement pendant quelques momens un flacon contenant un grain de la poudre susdite, et après une demi-heure il sera délivré du démon qui sembloit le posséder, et son humeur redeviendra semblable à celle d’un homme qui a l’esprit sain.
Quel médecin raisonnable pourroit donc encore persévérer dans l’ancienne opinion erronée, que les effets des substances médicinales se règlent seulement d’après la quantité de leur poids matériel, de façon qu’une dose d’un grand poids produit un grand effet, une autre d’un plus petit poids opère déjà moins, et qu’une dose d’un contenu extrêmement petit -ne fait aucun effet, quelques soient leurs préparations ? Toutes ces observations, dont nous avons parlé précédemment, ainsi que toutes les autres expériences semblables, ne doivent -elles pas nous convaincre justement du contraire, c. à d. que les substances médicinales n’opèrent d’une manière plus par-
faite et plus active, qu’à mesure que leurs forces immatérielles et dynamiques, qui sommeilloient dans l’état massif, se développent davantage au moyen d’une préparation convenable, telle qu’elle se fait pour l’usage homoeopathique ? Or ce sont ici justement les préparations les plus parfaites qui contiennent la moindre portion du matériel de la drogue primitive.
Déjà les forces physiques des corps soi-disant matériels nous offrent un résultat semblable ; elles nous montrent, dis -je, que ces substances que nous nommons matières mortes , renferment tout plein de facultés qui ne demandent qu’à être dégagées et délivrées de leurs liens, pour manifester une activité immense, même dans la plus petite quantité. — Voyez cette masse de glace couchée devant vos yeux; elle ne vous semble qu’une substance inactive. Mais la chaleur venant à la faire fondre, et le calorique étant par là dégagé, elle se résoudra en d’innombrables particules d’eau qui se disperseront cà et là, et qui, conjointement avec la chaleur, inspireront la vie et des forces aux germes d’une infinité de végétaux, et seront la cause de leur merveilleuse croissance. Exposez cette eau, qui naguère étoit glace, à un grand degré de chaleur, et elle sera capable de réduire même des os en gelée. Mais portez la à une chaleur capable de faire fondre le plomb, et peu de gouttes s’étendront avec une force irrésistible en un volume immense de vapeurs. Ne sont -ce pas ces mêmes vapeurs qui sur l’océan mettent en mouvement des bâtimens énor-
mes, leur font vaincre les tempêtes et les ouragans, et les aident à transporter des fardeaux de tant de milliers de quintaux vers toutes les parties du monde ?
Rien dans la nature ne manque de vie et de forces; c’est à l’homme à les développer!
A Berlin, de l’Imprimerie d’ÀUGUSTE Guillaume Schade, Alte Grün-Strafse No. 18.
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