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Chapitre I

Considérations sur les méthodes curatives usitées par l'ancienne école médicale.

TJ.

Sans meconnaitre les mérites que nombre de medecins ont acquis dans les sciences auxiliaires de la médecine, tel que la physique, la chymie, l’histoire naturelle, l'anthropologie, la physiologie, l'anatomie etc., je n’attaquerai que la médecine pratique, pour prouver l'imperfection de ses méthodes curatives. Passons sous silence le trantran grossier, qui se joue de la vie des hommes en traitant leurs maladies mécaniquement d’après des recueils de recettes. Nous ne parlerons que des procédés scientifiques.

L'ancienne école médicale se glorifie de posséder l’art médical rationnel, parce qu’elle prétend pouvoir rechercher et anéantir les causes des maladies et suivre dans leur guérison l'exemple de la nature,

Tolle causam! s'écria-t-elle sans cesse. Ce:cri de guerre est beau sans doute; mais a-t-on tenu parole? Il me parait qu'on s’est imaginé pouvoir trou-

ver les causes primitives des maladies, mais qu’on ne les a pas trouvées en effet. Car, comme la plupart des maladies sont d’une origine et d’une nature dynamique, et par conséquent imperceptible à nos sens, les causes prétendues morbifiques doivent leur naissance à l'esprit spéculateur et à la fiction. En considérant les parties intérieures de l'organisme régulier, telles que nous les offre la section du cadavre, (anatomie), et en les comparant aux changemens visibles de ces mêmes parties dans des personnes mortes de maladies, (anatomie pathologique); puis en envisageant les phénomènes et les fonctions du corps vivant et sam (physiologie) avec leurs altérations infinies dans les innombrables états de maladie (pathologie et sémiotique), on argumenta de tout ceci, quelles ont dü être les causes motrices des changemens qui, dans les maladies, s’operent dans l'intérieur invisible de l'organisme vivant. Tel fut l’image fantasque que la médecine se plüt à nommer prima causa morbı, et qu'elle prétendait être la cause la plus proche et l'essence interne de la maladie même, — quoique selon la droite raison la cause d'une chose ne puisse jamais être simultanément la chose elle-même. :Comment pouvait-on, sans se faire illusion, créer cet être invisible et indéfinissable l’objet de la guérison, et le combattre avec des médicamens dont la tendance curative était pour l'ordinaire pareillement inconnue, et pour comble d'incertitude faire de plusieurs de ces substances un amalgame nommé récette!

Cependant la réalisation de ce projet sublime de trouver les causes intérieures absolues des maladies se bornait, au moins chez les médecins sages, à la recherche du caractère général de la maladie en ques-

tion, recherche dans laquelle on se laissait bien guider par les symptômes, mais dont les conjectures n’étaient pas exclues. On recherchait donc, si le caractère général de la ınaladie était peut - être le spasme? ou bien la faiblesse? ou la paralysie? ou la fièvre? ou l’inflammation? ou des indurations, ou des obstructions dans telle et telle partie? ou l'abondance du sang (plethora)? ou bien le'manque ou l'abondance d'oxygène, de carbone, d'hydrogène ou d’azote dans les humeurs? ou peut-être l’exaltation ou la dépression du système artériel, veineux ou capillaire? ou bien la disharmonie entre la sphère sensible, irritable et reproductive? — Toutes ces conjectures, que l’école honorait du titre d'indications causales et qu’elle croyait être les seuls fondemens solides du rationalisme medical, étaient pourtant des hypothèses trop équivoques, pour offrir une utilité pratique; oui, supposé même qu'elles eussent été vraies, elles auraient été néanmoins incapables d'indiquer le remède le plus convenable au cas individuel en question; en un mot, toutes ces belles conjectures flattaient davantage l’amour propre de leurs inventeurs, qu'elles ne servaient à indiquer la véritable voie curative.

Combien de fois ne paraissait-il pas, que telle partie du corps était affectée de spasme ou de paralysie, tandis que telle autre semblait souffrir d’inflammation? Où pouvait-on trouver les remèdes sûrs, qui convinssent à chacun de ces caractères généraux? Les remèdes sürs et efficaces n’auraient pü être autres que les médicamens spécifiques, c. à d. des remèdes dont l'effet est semblable à Tirritation morbifique, en un mot des remèdes homéopathiques! Mais ce furent justement ces remèdes dont l’ancienne école dé-

fendait rigoureusement l'usage !), parce que l’observation lui avait enseigné, que ces médicamens homogènes aggravaient parfois le mal jusqu’à un degré pernicieux; chose bien naturelle, parce que les grandes doses, que l’on a coutume d’administrer, manifestent bien plus de violence, quand elles sont employées dans des maladies analogues, où la receptibilité de l'organisme pour toute irritation semblable à celle dont il se trouve affecté est extraordinaire. Quant aux petites doses, que la méthode homéopathique ordonne, l’ancienne école n’en avait aucun pressentiment. Il était donc impossible de guérir les maladies par la voie des spécifiques, qui est la seule directe; et quand même larret de l’école ne l'aurait pas défendue, on ne leut pu suivre, parce que la plus grande partie des vertus médicinales étaient encore inconnue.

Cependant l'école rationnelle qui était trop sage pour ne pas préférer le chemin droit aux détours, le

1) Le docteur Rau, dans son ouvrage critique sur la méthode homéopathique, s'exprime sous ce rapport de la manière suivante: „Si l'expérience nous faisait connaître parfois les vertus homéopathiques de quelques médicamens, dont on ne pouvait s’expliquer l'efficacité, on se tirait d'affaire en les déclarant des remèdes spécifiques, mot auquel on n’attachait aucune idée claire, et qui ne servait qu'à endormir la réflexion sur ce phénomène. Mais il y a longtemps qu’on nous a défendu les remèdes homogènes (c. à d. spécifiques et homéopathiques), comme des puissances éminemment pernicieuses.” Voyez: Rau, Uiber den Werth

des homöopathischen Heilverfahrens, Heidelberg 1824, page 101 et 102.

cherchait d’une autre manière, et crut l'avoir trouvé en partie dans la méthode antipathique (palliative), qui supprime des symptômes importans par des remèdes d’une efficacité opposée, et en partie dans la méthode évacuative et destructive de la cause matérielle deis maladies. Quant à la méthode antipathique, nous en traiteront amplement dans le texte de notre Organon, $. 52 — 65. Nous ne parlerons donc ici que de l’autre méthode.

L'ancienne école, tant en considérant les maladies qu'en recherchant les indications de leurs guérisons, ne pouvait jamais se détacher de ses conceptions matérielles; elle ne pouvait, dis-je, reconnaitre la puissance vitale, qui domine l'organisme humain, pour un être si subtile, que les altérations de ses sensations et fonctions que l’on nomme maladies, dussent être principalement et presque uniquement le résultat d’influences dynamiques. Les substances anomales qui se montrent dans les maladies, furent regardées comme les causes excitatrices du mal, ou du moins comme les matieres fomentatrices qui ne cessaient de l’entretenir en réagissant sur l’organisme. C’est surtout sous ce dernier rapport, qu'on se plait à les considérer encore de nos jours.

L'école s’imaginait d'effectuer des cures radicales, en s’efforcant d’eloigner ces causes morbifiques matérielles, qu’elle avait élevées elle-même à une dignité non-méritée. Voilà pourquoi elle aimait tant à chasser la bile par des vomitifs dans les fièvres bilieuses !),

1) Mr. le docteur et conseiller Rau, médecin respectable que j'ai cité ci-dessus, a guéri de pareilles fièvres par une ou deux doses d’un remède homéopathique, sans employer le moindre évacuatif. Voyez Rau, loc. cit. p. 176 et suiv.

et dans les crudités d’estomac !); voilà pourquoi on purgeait avec tant d’assiduitd les glaires, les strongles

1) Dans des corruptions récentes d'estomac , accompagnées de ructalions continuelles qui sentent les crudités, d’abattement d’humeur, de pieds et de mains froides, ete. ete., le médecin ordinaire n’attaque que le contenu vicieux de lestomac. „Je ferai bien sortir tout cela par un bon émétique!” se dit-il avec assurance. En effet il atteint ordinairement son but avec l’antimoine tartareux, administré simplement ou joint à l’ipécacuanha. Mais le malade se trouve-t-il donc tout de suite après sain, vigoureux et alerte? Oh que non! Très souvent une pareille corruption d'estomac n'a été causée que par des influences dynamiques qui ont agi sur l’individu immédiatement après-le repas, d’ailleurs très frugal; par exemple: par des affections de lame telles que la terreur, la colère, le chagrin, — ou par un refroidissement, ou par des travaux forcés de l'esprit, etc. Or, les deux médicamens susdits ne pouvant anéantir le désaccord dynamique de Pharmonie vitale, causé par de pareilles puissances ennemies, ils ne pourront non plus faire cesser le vomissement qui en est la suite. Mais le tartre émétique et l'ipécacuanha auront, outre cela, provoqué quelques nouveaux symptômes du nombre de ceux qui leur sont propres, et ils auront dérangé la sécrétion de la bile, de façon que le malade se trouvera eucore fort souffrant pendant plusieurs jours, malgré cette cure causale qui a si complètement evacué le contenu de l’estomac! — Comparez, s’il vous plaît, l'effet de ce procédé révolutionnaire à celui de la méthode homéopathique. En faisant sentir à un tel malade (c. à d. dont la souffrance est d’origine dynamique) rien qu’une seule fois l'odeur d’un flacon rempli de teinture de Pulsatille bien raréfñée, vous enlèverez tout à la fois le désaccord dynamique général dont il a été affecté, et son mal d'estomac en particulier, de façon qu’en deux heures le malade est guéri. S’il rend encore quelques ructations, ce ne sera plus que de l'air sans goût et sans odeur, car le contenu de l’esiomae n’est plus gâté, et le prochain repas sera pris avec le meilleur appétit du monde; notre homme est gai et bien - portant. Voici une véritable cure causale, tandis que l’autre était imaginaire el ne faisait que tourmenter le pauvre malade.

Même dans le cas, où l'estomac aurait été surchargé d’ali-

et les ascarides des enfans sujets à la päleur, à la boulimie, aux coliques et aux gros ventres !); voilà pour-

mens difficiles à digérer, un émétique ne sera presque jamais necessaire. La nature sait le mieux se débarrasser de son fardeau, en excitant des nausées, des soulèvemens de coeur et des vomissemens volontaires, qu'on pourra peut-être seconder en irritant d'une manière mécanique le palais et le pharyux; en faisant prendre après cela au malade un peu de café, le reste des crudités sera évacué par la voie d’en bas; de cette façon on évitera les effets secondaires et nuisibles des émétiques. — Mais supposons le cas, qu'après une extrême réplétion d'estomac ce viscère se trouve dans un état de paralysie, où il ait perdu l'irritabilité nécessaire pour opérer des vomissemens volontaires, tandis que des douleurs violentes se font sentir dans la région épigastrique, un vomitif ne pourra effectuer qu’une gastritie dangereuse ou même mortelle, au lieu que du café fort, administré souvent mais en petite quantité, enlèvera d’une manière dynamique Pirritabilité déprimée de l’estomac, et le mettra en état de se décharger luimême par la voie d’en haut ou d’en bas.

Combien de peine ne se donne-t-on pas pour évacuer cette oxyregmie corrosive, qui, dans les maladies chroniques, s’élèvent non rarement de lestomac! Oui, on la fera rendre aujourd’hui par un vomitif, pour la retrouver demain, et pour l’ordinaire en plus grande quantité. Mais en faisant prendre au malade une petite dose d'acide sulfureux bien rarefié, ou bien (ce qui vaudra mieux encore) d’un remède antipsorique qui convient parfaitement à tous les symptômes de la maladie en question, vous anéantirez la cause dynamique du mal, et loxyregmie cèdera d'elle-même. Et c’est ainsi qu’il existe encore nombre de cures soi-disant cau- -sales dans les anciennes méthodes curatives, qui s’efforcent d’evacuer avec violence (et non sans dommage pour le malade) les produits matériels des maladies, au lieu de combattre et d’anéantir leurs causes dynamiques par un traitement homéopathique, c. à d. de guérir d’une manière véritablement rationnelle et la cause et l'effet.

1) Symptômes qui se fondent tous sur une cachexie psorique et qui doivent être guéris dynamiquement par des remèdes

eo

quoi on aimait tant la saignée dans les hémorrhagies '), ainsi que toutes sortes d’enlevemens de sang dans les maladies inflammatoires ?). C’est ainsi que l’école croit

doux et antipsoriques, sans faire aucun usage de vomitifs et de laxatils.

1) Quoique presque toutes les hémorrhagies soient causées par des affections dynamiques de la faculté vitale, l’ancienne école croit pourtant, qu’elles dérivent d’une surabondance du sang, et ne peut s'empêcher de procéder aux saignées, pour enlever le luxe de ce suc vital. Quant au résultat fâcheux qui s’ensuit pour lordinaire, ec. À d. la diminution des forces, et l’inclination de la maladie vers le typhus ou même son changement en typhus, l’école ne s’en embarrasse guère, mettant tout ceci sur le compte de la malignité de la maladie, dont très-souvent elle ne peut venir à bout. Que lui importe, que le malade succombe? Elle s’imagine toujours d’avoir fait une cure suivant sa devise: T'olle causam!

2) Quoiqu'il soit très-douteux qu'il existe jamais une goutte de sang de trop dans l’organisme vivant, l’ancienne école cherche la cause matérielle principale des inflammations dans une surabondance de sang, qu'elle s’empresse d’évacuer par l'ouverture des veines, par des ventouses, et par des sangsues. Dans des fièvres inflammatoires générales et dans la pleurésie elle régarde même la lymphe coagulée du sang, nommée la couenne, comme la materia peccans, et s'efforce de la chasser par des saignées réitérées, qui souvent ne servent qu'à faire reparaître celte couenne encore plus grasse et plus tenace que la première fois. C’est ainsi que l’école répand du sang, parfois jusqu'à la mort, sans reconnaître, que le sang enflammé n’est que le produit d’une fievre aiguë, c. à d. d’une irritation dynamique qui a provoqué toute cette tempête dans le système artériel. Que fait au contraire la méthode homéopathique? Une ou deux doses extrêmement petites d’un remède analogue au cas en question, p. ex. un globule de sucre impregné de la trentième raréfaction du suc d’Aconit, que l’on donne au malade en lui faisant éviter sévèrement tous les acides végétaux, suffisent pour guérir la pleurésie la plus violente avec tous ses symptômes ménaçans, sans aucune saignée et

Er. à

suivre les véritables indications causales, et traiter les maladies d’une manière rationnelle. Elle s’imagine aussi

sans l'emploi des remèdes réfrigérans de façon qu'en peu d’heures, et tout au plus en 24 heures, toute la maladie s’est convertie en santé. On a fait Pessai de soutirer après tout cela un peu de sang à des personnes ainsi guéries, et la couenne ne s’y. est jamais trouvée, preuve évidente, qu’elle n’est qu'un produit de Virritation dynamique de lorganisme, et non pas la cause productive du mal. — Comparez à cette guérison rapide et douce l'effet du traitement rationnel de lancienne école! Si le malade, après tous ces assauts de saignées et tous les tourmens innombrables qu'on lui a fait souffrir, échappe encore à la mort, il passera toujours par une cachexie de plusieurs mois, avant que, maigre et exténué, il se tienne de nouveau sur ses jambes, à moins qu'il ne retombe dans une fièvre typheuse ou dans une leucophlegmasie, suite assez ordinaire de pareilles cures antiphlogistiques.

Quiconque a tâté le pouls du malade une heure avant le frisson précurseur de la pleurésie, ne peut s'empêcher de Petonnement, quand après l’éruption de la chaleur, ce. à d. deux heures après le frisson, on veut le persuader de la présence d’une pléthore extrême, qui demande absolument des saignées fréquentes. Quel enchantement, se dit l’homme raisonnable, a donc fait entrer dans les artères en un si court espace de temps cette quantité prodigieuse de plusieurs livres de sang qu'on veut enlever? N’ai-je pas senti couler si paisiblement ce même sang, il n’y a que quelques heures? Non, il est impossible, qu'il y ait une once de sang de plus, que lorsque le malade était encore bien portant! — Or, le médecin allopathique, en saignant de pareilles malades, ne leur soutire pas une surabondance cnéreuse de sang, parce qu’une telle n’existe pas du tout, mais il les prive de la quantité de sang nécessaire pour vivre et guérir, perte énorme et irréparable par Part médical! Comment est-il donc possible de s’imaginer qu'un tel procédé soit une cure causale? La véritable causa morbi est l’irritation dynamique qui enflamme le sang, et qui est anéantie d’une manière parfaite et durable par une ou deux doses extrêmement petites du suc d’aconit, comme nous l'avons dit auparavant,

guérir radicalement, en faisant tomber les polypes par des ligatures, en extirpant les tumeurs glanduleuses froides, ou en les faisant passer à une suppuration artificielle par des remèdes topiques échauffans; en extirpant les tumeurs enkistées, les mélicéris et les stéatomes; en opérant les anévrismes, les fistules lacrymales et intestinales; en amputant les mammelles squirrheuses et les membres carieux etc. etc. L'école croit aussi guérir radicalement en employant ses remedes répercussifs, p. ex. en desechant les vieux ulceres purulens aux parties crurales avec des fomentations adstringentes, avec des oxydes de plomb, de cuivre et de zinc; en corrodant le chancre, en detruisant les fies etc., en chassant la gäle de la peau par des onguens de soufre, de plomb, de mercure, ou d’oxyde de zinc; en supprimant les ophtalmies par des solutions de plomb ou de zinc, et en bannissant pour quelque temps les tiraillemens rhumatiques dans les membres par lopodeldoc, par des onguens volatils, par des funiigations avec du cinabre ou du carabe. Dans tous ces cas l’école s’imagine avoir vaincu les maladies par des cures causales; mais quels en sont les effets! Tot ou tard il s'ensuit des métachimatis-

L'école se trompe encore en traitant les inflammations locales par des saignées topiques, surtout en employant les sangsues avec la fureur actuelle du Broussaïsme! Le soulagemeat palliatif qui s’ensuil au commencement, n'est pas couronné d’une guérison rapide et parfaite, mais la faiblesse et l’état valétudinaire qui persistent dans la partie ainsi traitée (et souvent aussi dans le reste du corps), prouvent suffisamment, combien il était faux de chercher la cause de linflammation dans une pléthore locale. Une petite dose d’aconit ou, suivant les circonstances, de belladonne, aurait anéanti toute la maladie d’une manière rapide et durable, sans avoir inutilement versé du sang.

mes (que l’on prétend être de nouvelles maladies), toujours pires que le premier mal, chose qui réfute suffisamment l’école, et qui devrait lui faire reconnaitre, que la véritable cause de ces maladies git plus profondement, qu’elle est dynamique et ne saurait être guérie que par une voie dynamique!

Mais jusqu'aux temps modernes, (pourquoi faut-il dire jusqu'à ce jour même) l’école dominante a supposé aux maladies des matières morbifiques, quelque subtiles qu’elles les ait imaginées, matières qu'il fallait évacuer des vaisseaux sanguins et lymphatiques par la transpiration, par les urines et par la salive, ou des glandes trachéales ‚et bronchiales par lexpectoration, enfin de l’estomac et des boyaux par des vomitifs et par des laxatifs, afin que le corps fût nettement purgé de toutes ces substances vicieuses, et qu'une cure causale fût parfaitement exécutée!

J'avoue, qu'il était fort commode pour la faiblesse humaine de supposer à chaque maladie une substance morbifique matérielle, qui offrait aux sens une image grossière, car il ne restait alors au médecin aucun autre travail que de trouver assez de remèdes pour purifier le sang et les humeurs, pour exciter l’expectoration et pour curer l’estomac et les boyaux. C’est pourquoi dans toutes les matières medicales, qui ont été écrites depuis Dioscoride jusqu’à nos jours, on ne trouve presque rien qui regarde les effets propres et spécifiques de chaque médicament. Mais excepté quelques remarques sur la prétendue utilité de différens remèdes contre telle ou telle maladie, on lit seulement qu'ils sont diurétiques, diaphoretiques, expectorans, emmenagogues, et principalement qu'ils purgent le canal intestinal par la voie d’en haut

ou d’en bas. Car tous les efforts des médecins pratiques étaient dirigés vers une substance morbifique matérielle et une quantité d’acrimonies imaginaires qui devaient être la base des maladies.

Mais tout cela n’était que de pures reveries et des hypothèses prudemment inventées pour la commodité de la thérapeutique, qui espérait pouvoir expédier la guérison le plutôt possible en évacuant les élémens matériels des maladies. Or les maladies et leur guérison ne peuvent se conformer à nos reveries et à notre commodité. Ce sont des altérations immatérielles d’une chose immatérielle aussi, c.

à d. des désaccords de notre principe vital par rapport à ses fonctions et à ses sensations.

Quand on fait entrer la moindre substance matérielle et hétérogène dans les vaisseaux sanguins, la nature la rejette à l'instant comme un poison, ou, si cela ne se peut, la mort s'ensuit. Un peu d’eau pure injectée dans une veine a mis la vie en danger !).

De l'air atmosphérique introduit dans les veines a produit la mort *), et même les liqueurs les plus douces, que l’on y fit entrer, mirent la vie en peril?). Lorsque la plus petite écharde entre dans nos parties sensibles, la faculté vitale, répandue par tout notre corps, fait aussi long-temps tous ses efforts, jusqu’à ce qu'elle lait repoussée au dehors, soit par des douleurs, soit par la fièvre, par la suppuration ou par la

1) Mullen, dans Th. Birch, History of the royal society, Vol. IV.

2) J. H. Voigt, Magazin für den neuesten Zustand der Naturkunde, Band I, Heft IIL, p. 25.

3) Autenrieth, Physiologie, IL, $. 784.

gangrene. Et nous pourrions croire, qu’en cas d’une maladie exanthémateuse chronique, le principe vital ait bonnement toléré pendant vingt ans dans les humeurs une substance matérielle hétérogène et ennemie, qui ait produit des dartres, des scrofules, etc.? Et quel nosologue a donc jamais vu de ses propres yeux une telle matière morbifique, dont il parle avec tant d’assurance qu'il veuille fonder sur elle un procédé médical? Qui a donc jamais vu la matière qui engendre la goutte, ou l’acrimonie qui produit les scrofules, ou quelconque autre prétendu poison morbifique?

Il est vrai, qu'on a inoculé des maladies, en faisant entrer dans des plaies une substance matérielle; mais qui peut en conclure, (comme on le voit si fréquemment dans nos pathogénésies), que quelques parties matérielles de cette substance se soient insinuées dans nos humeurs, ou aient été absorbées par elles ‘)? Quelqu'un qui a eu commerce avec une personne venerienne, a beau se laver aussitöt avec tous les soins possibles les parties genitales, il ne pourra pas se garantir par la de l'infection de la syphilis. Le moindre souffle d’air de l’atmosphère d’un malade sujet à la pelite vérole, se communiquant à un enfant bien portant, peut exciter dans ce dernier cette terrible maladie. Pouvez-vous péser la substance matérielle, qui de cette facon s’est insinuée dans les humeurs? Pouvez-vous supposer que ce soit elle, qui produise dans le premier cas cette maladie pénible qui

1) A Glasgow, une fille agée de huit ans ayant été mordue par un chien enragé, un chirurgien lui coupa aussitôt toute la partie blessée, et cependant trente six jours après elle tomba dans l’hydrophobie, dont elle mourut au bout de deux jours. Vo-

yez: Medic. Comment. of Edinburgh, Dec. IL, Vol. IL, 1793.

Pe

tourmente sa victime jusqu'au terme le plus éloigné de sa vie, et qui dans le second cas excite cette autre maladie terrible qui entraîne une suppuration générale *) et souvent même une mort subite? Une lettre écrite dans la chambre d’un malade, a déjà souvent communiqué la même maladie miasmatique à son lecteur éloigné. Peut-on penser ici, qu'une substance morbifique materielle se soit insinuée dans les humeurs ? — Mais à quoi bon toutes ces preuves? Com-

1) On a désiré pouvoir faire passer cette matière putride et cette eau purulente qui se montre souvent en si grande quantité dans les maladies, pour une substance qui engendre et fomente le mal. Cependant on ne pouvait apercevoir aucun miasme materiel qui dans le moment de l'infection passät d'un corps dans un autre. On a donc imaginé l’hypothèse, que la matière infectante, quelque subtile qu’elle fût, agit dans le corps comme un ferment, communique aux humeurs sa propre corruption, et les métamorphose ainsi en un ferment morbifique semblable, qui augmente toujours durant la maladie et la nourrit sans cesse, — Mais par quelles boissons purgatives toutes-puissantes et souverainement sages voudriez-vous donc faire évacuer si complètement des humeurs ce ferment régénérateur de lui-même, quil n'en reste plus dans le corps la moindre petite goutte, qui puisse corrompre de nouveau les humeurs et les changer en matière morbifique? Ne pouvant effectuer une telle évacuation, il est done impossible de guérir une maladie de cette manière! — On voit par la, comme toutes les hypothèses, même les plus subtiles, mènent vers les inconséquences les plus palpables, lorsqu'elles sont fondées sur le mensonge! — Quels sont ici les résultats de la méthode homéopathique! La maladie vénérienne la plus avancée, (supposé toutefois qu’elle ne soit compliquée avec la psore, ou qu'on ait anéanti celle-ci auparavant), guérit d’une ou de deux petites doses de la quinzième raréfaction d’oxydule de mercure, elle guérit, dis-je, si parfaitement, que toute cette corruption générale des humeurs disparaît pour toujours; car la source du mal a été anéantie d’une manière dynamique.

bien de fois un mot mortifiant n’a-t-il pas occasionne une fièvre bilieuse? Combien de fois une prophétie superstifieuse d’une mort prochaine n’a-t-elle pas vraiment causé la mort? Combien de fois une nouvelle triste ou heureuse communiquée subitement à quelqu'un, n’a-t-elle pas entrainé une mort prompte? Où est donc ici la matière morbifique qui doit avoir passé dans le corps, qui doit avoir engendré et nourri le mal, et sans l’évacuation de laquelle toute cure radicale doit être impossible?

Les champions de ces substances morbifiques, imaginées d'une manière aussi grossière et aussi sensuelle, doivent rougir d’avoir méconnu aussi aveuglement la nature immatérielle de notre principe vital et la puissance également immatérielle et dynamique des causes excitatives des maladies. Est-ce que ces excrémens degoütans, qui dans les maladies sortent du corps, sont la matière qui engendre et nourrit le mal, ou ne sont elles pas plutôt des substances produites par la maladie, c. à d. du désordre dynamique de la faculté vitale?

Les idées que l’on avait conçues de l’origine et de l'essence des maladies étant si fausses, il n’est pas étonnant, que dans tous les siècles tous ceux qui ont pratiqué l’art médical se soient efforcés principalement de séparer et d’evacuer du corps une matière morbifique imaginaire moyennant la salive, les glandes bronchiales, la transpiration et l'urine. Voilà pourquoi on voulait purger le sang de toutes sortes d’äcretes et d'immondices par d’ingenieuses décoctions d’ecorces ou de racines medicinales; voila pourquoi on voulait tirer du corps les pretendues humeurs vicieuses d’une maniere mecanique par des setons et des cauteres, par

des emplätres de cantharides ou par l'écorce du mézéréon; voilà enfin pourquoi on voulait principalement évacuer ces prétendues matières nuisibles (materia peccans) par le canal intestinal, moyennant des médecines purgatives et laxatives, que l’on a souvent appellées remèdes résolvans et apéritifs, pour leur donner une signification plus savante et moins désagréable. Que d'appareils pour transporter hors du corps des matières morbifiques qui n’y ont jamais existé, ni ne pouvaient jamais être les créatrices et les nourrices des maladies! Car notre organisme existe au moyen d’un principe immatériel, et les maladies ne sont autre chose que des altérations immatérielles et dynamiques de ce principe vital par rapport à ses fonctions et à ses sensations.

Excepte les maladies qui sont causées par des substances indigestes et nuisibles que l’on a avalées, ou qui sont entré d’une autre manière dans les premières voies ou dans d’autres ouvertures et cavités du corps, et excepté celles qui sont occasionnées par des blessures ou par des corps étrangers qui ont pénétré à travers la peau, il n’y a aucune maladie, qui ait pour base une substance matérielle, mais chacune d'elle consiste seulement en une altération particulière, virtuelle et dynamique de la santé *). (Cela supposé,

comme

1) Mais ne faut-il pas purger les vers dans les maladies vermineuses? Il est vrai, que l’&vacuation a ici une apparence de nécessité, mais cette apparence est fausse. Quelque peu de strongles se trouvent peut-être chez la plupart des enfans, et chez plusieurs aussi des ascarides. Mais une abondance de lPune ou de l’autre espèce de vers provient toujours d’une cachexie générale (la maladie psorique), jointe à un régime malsain. Corrigez la diète de ces enfans et guérissez leur cachexie psorique, guéri-

comme on ne saurait en douter, un procédé medical, destiné à faire évacuer du corps ces matières morbi-

son qui s'opère le plus facilement dans cet âge, et ces vers disparaîtront entièrement, ou il n’en restera que peu, dont les enfans, traités de cette manière, ne seront plus incommodés. Donnez-leur au contraire des purgatifs, bien que la sémence de Cina y entre comme ingrédient, et les vers se reproduiront sous peu en quantité.

„Mais le ver solitaire, dira-t-on, ce monstre créé pour le tourment de l’homme, doit pourtant être chassé de vive force?” Oui, il est quelquefois chassé, mais par quelles douleurs, et quelles en sont les suites fâcheuses et les périls pour la vie! Je ne voudrais pas avoir sur ma conscience la mort de tant de centaines de personnes qui ont perdu la vie par les purgatifs les plus violens, employés jusqu'ici contre le ver solitaire, ni les longues souffrances de tant d’autres qui ont encore échappé à ce supplice. Et combien de fois le ver solitaire n’est-il pas du tout expulsé par toutes ces cures, qui durent souvent plusieurs années et détruisent la santé et la vie! Combien de fois aussi ne se reproduit-il pas de nouveau! — Mais que diriez-vous, si l’expulsion violente ou la mort de cet animal m'était pas du tout nécessaire?

Les diverses espèces du ver solitaire ne se trouvent que chez des personnes sujettes à la cachexie psorique, et ils disparaissent toujours, quand celle-ci est guérie. Tant que les dites personnes se portent passablement bien, le ver solitaire ne vit pas immédiatement dans leurs boyaux, mais dans les reliquats de la nourriture qu'elles ont prise, c. à d. dans les immondices des boyaux. Lä il vit tranquille comme dans un monde isolé, sans incommoder l’homme qui lui donne lhospitalité; il trouve sa nourriture dans ces immondices, et ne touche pas les parois des boyaux. Mais quand à l’état de cachexie chronique survient encore une maladie aiguë, le contenu des boyaux devient insupportable à Panimal; il se tortille donc à cause de son mal-aise, touche et blesse par là les parois sensibles des boyaux, et augmente ainsi les souffrances du malade. (H en est de même du fruit dans le ventre de la mère. Quand celle-ci tombe malade, le fruit devient inquiet, se tord et s’agite; mais quand elle a repris la santé, il nage tranquillement

fiques imaginaires, doit paraitre très inconvenant aux yeux de tout homme sensé; jamais on ne gagnera rien par une telle cure dans les maladies les plus importantes, les maladies chroniques, mais on nuira toujours bien plutôt.

L'organisme agit au moyen d’un principe immatériel, soit dans l’état de santé, soit dans l’état de maladie, avec la seule différence, que cette activité est irrégulière dans le dernier cas. Or, il ne peut être regardé alors comme une outre inanimée et souillée, qu'il ne faut que balayer et rincer avec soin, afin de pouvoir s'en servir de nouveau. Non, les matières dégénérées et impures qui paraissent alors, ne sont que des produits de la maladie de l'organisme qui se trouve dans un état d’alteration. I les fait souvent évacuer lui-même d’une manière violente, (quelquefois même trop violente), sans avoir besoin d’un secours artificiel, et il en engendre toujours de nouvelles, tant qu'il souffre de cette maladie. Ces matieres s'offrent au vrai médecin comme des symptômes du mal, qui lui font connaitre la qualité et l’image de la maladie, afin qu'il puisse la combattre et vaincre

dans son eau, sans causer la moindre incommodité à la mère.) Il est remarquable, que les symptômes que nous offre alors le malade, trouvent pour la plupart un remède rapide dans la plus petite dose de teinture de la racine de la fougère mâle, qui répond homéopathiquement aux souffrances en question. Le ver solitaire cesse alors de toucher les parois des boyaux, et vit tranquillement dans leurs immondices, jusqu'à ce que la cure antipsorique ait parfaitement anéanti la cachexie chronique ; car alors le contenu des boyaux n'offre plus aucune nourriture convenable à l’animal, de façon qu'il périt et disparaît pour toujours, sans qu’on ait employé le moindre purgatif.

par une puissance medicinale qui produit des symptömes semblables dans son effet primitif.

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