CHAPITRE XII
NE semaine de séjour à Hunsford fut suffisante pour convaincre Sir Williams que sa fille e'toit fort heureuse, et qu'elle avoit un mari et des voisins comme il y en avoit peu. Mr t Collins avoit consacre' ses matinées à le mener promener dans son petit cabriolet , pour lui faire connoître le pays. Lorsqu'il fut paru , chacun reprit ses occupations ordinaires, et Elisabeth fut charmée de voir due l'absence de Sir Williams ne leur proenroit pas plus fréquemment la compagnie de Mr, Collins , car il passoit la plus grande partie de la matinée , ou à tra^ vauler à son jardin , ou à lire et à écrire dans son cabinet, ou aussi à se meure
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à sa fenêtre qui avoit vne sur le chemin; la chambre ou les dames se tenoieut 5 éloit assez reûrée ; Elisabeth avoil été d'abord étonnée que Charlotte n'eût pas préféré pour l'usage journalier la salle à manger qui etoit pins agréablement SUuee, mais elle s'aperçut bientôt que son amie avoît eu d'excellentes raisons, car Mr. Coiiins auroit passe moins de temps dans sa chambre , si celle où se tenoient les dames eût été' plus gaie \ elle en sut bon gre à Charlotte.
* Elles ne savoient donc que par Mr.
Coïlins combien d'équipages avoient passe dans la journée, et il ne manquent point de les instruire lorsqu'il avoit vu le phaëion de Miss de Bonrgli , quoique cela armât presque tous les jours. Elle s'arrétoit souvent devant la porte du nresbvtère et avoit une conversation 3e quelques minutes avec Charlotte ; il «toit rare qu'on pût l'engager à entrer dans la maison-
OiVGUEÏIi ET PKFÏUGB
Il ne se passoit presque pas de jour
on Mr, Collins n'allât à Rosing , et très»
souvent sa femme se crojoit obligée de
l'y accompagner. Elisabeth ne comprit
comment ils pouv oient perdre tant de
té m s à cela, qu'en supposant qu'il y aVoit
peut-être d'autres bénéfices à disposer
dans la famille de Bonr«h. Ladv Cuillers **
ri ne les honoroit quelquefois de ses
■visites, et alors rien n'êchappoit à ses
observations. Elle examiuoit ce que les
dames faisoient, regardoit tous leurs
ouvrages , et leur conseilloit toujours de
faire différemment; elle voyoit quelques
défauts à l'ameublement ou de'couvroit
les négligences des domestiques ; enfin si
elle acceploit quelques rafraichissemens,
elle sembloit le faire uniquement parce
qu'elle trouvoit les provisions de sirop
et de coofnures de Mistriss Collins trop
considérables pour son me'nage.
Elisabeth s'aperçut que quoique sa
ORGUEIL ET FKÙJUGJ3.
Seigneurie ne fût pas juge de paix } elle éloil cependant îe magistrat le plus actii de sa paroisse : ïes plus petites affaires ïni étoiem présentées par Mr. Colline S'il y avoit quelques paysans qui se querellassent , qsii fussent me'contens ou dans la misère , elle se transporioit tout de suite chez eus, pour régler leurs diiïerens , imposer silence à leurs plaintes et les gronder afin de leur Taire prendre 2a pauvreté en patience.
Le plaisir de dîner à Rosing se re'petoit environ deux fois la semaine; depuis qu'on avoit perdu Sir Williams,, il n'y avoît plus qu'une labïe à jouer, elles divertissemens étoieni peu varies. Le genre de vie que menoient îos gens du voisinage étant au-dessus des facultés des Collins, ils les voyoient très-peu; ce n'ëtoh pas une privation pour Elisabeth, et au fait , elle passoit son temps assez agréablement. Elle avoit souvent des
conversations intéressantes avec Charlotte* et le temps étoit si beau pour la saison , qu'elle pouvoît se promener beaucoup. Sa promenade favorite y où elle se retiroit souvent lorsque ses amies aîloient faire leurs visites à Piosing, étoit Ja partie du bois qui bordoit le parc j elle avoit découvert là un petit sentier, dédaigne de tout le monde, où i! lui sernbloii qu'elle étoit uo peu à l'abri de la curiosité de Lady Catherine.
Elle passa ainsi les premiers quinze jours de sa visite à Hunsford, cependant Pâques approeboit , et devoît amener à Rosîog une augmentation de société' trèsimportante pour un si petit cercle. Peu après son arrivée , Elisabevh avoit appris qu'on atlendoît Mr. Darcy ; quoiqu'il fut l'un des hommes qu'elle aimât le moins, cependant l'idée de voir quelqu'un de nouveau 3 lui fai&oit plaisir* elle pensoit
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aussi qu'elle pourroit peut-être, par sa conduite auprès de sa cousine, juger si îes desseins de Miss Bindley sur lui étoîent sans espérance. Il étoit évident que Lady Catherine lui destinoii sa fille, elle parloil de lui dans les termes de la plus haute considération , elle i'attendoit avec H D p.lie..ce el parois.oh même m peu fâchée qu'Elisabeth et Miss Lucas l'eussent déjà vu souvent.
Son arrivée ne pouvoii manquer d'en© bientôt sue au Presbytère, car Mr.
Col lins se promena tonte la matinée sur le chemin , afin de le voir le premier : après avoir fart son salut au moment où la voiture entra dans le parc , il revint à la hâte chez lui apportant cette grande nouvelle. Dès le lendemain, il s'empressa d'aller à Rosing pour rendre ses devoirs; deux neveux de Lady Catherine y avoienl des droits; sar Mr. Darey a voit amené le Colonel
ORGUEIL ET PRÉJUGà.
Fiiz- Williams, fils cadet de Lord * * son oncle. À la grande surprise de tout îe monde , ces Messieurs accompagnèrent Mr. Collins. Charlotte les avoit vus traverser le chemin de la chambre de «on mari, et courant tout de suite dans l'autre , elle annonça à ses compagnes l'honneur qu'elles alloient avoir»
Je vous remercie , Elisa , dîtelle, pour la politesse que vous me valez de Mr. Darcy. Sans vous il ne seroit pas venu si vite.
Elisabeth avoit à peine en le temps de nier ses droits à ce compliment, qu'on entendit la cloche de la porre et bientôt après ces trois Messieurs entrèrent dans îa chambre. Le Colonel Fitz- Williams qui se présenta le premier, eioît un homme d'une trentaine d'années ; sans être régulièrement beau, il avait use figure agréable et l'air très comme :1 faut, Mr. Darcy n'avoit point changé depuis
son séjour à Netherfield; il salua Mistriss Collins avec sa réserve ordinaire , et quelques lussent ses senlimens pour son amie , il la revit avec le plus grand calme.
Elisabeth de son côte le salua sans lui
dire un mot.
Le Colonel Fiiz-Wlliams commença la conversation avec l'aisance d'un homme du monde; il parla très-agréablement*
r. Darcy, après avoir adressé quelques mots à Mistriss Collins sur sa maison et son jardin, s'assit et resta quelque temps sans parler à personne ; enfin cependant sa politesse l'emporta jusqu'à demander à Elisabeth des nouvelles de sa famille. Elle lui répondit d'une manière fort naturelle, et après un moment de silence , elle ajouta :
Ma sœur ainée a passe ces trois
derniers mois à la vHle- ne l'avez- vous jamais rencontrée ?
Elle savait positiveroenl que no^mDis
GBCUEUi ET PRÉJUGÉ.
elle vouloit voir s'il ne laisse roi t rien e'cîiapper sur ce qui s'étoit passe entre Jane et Miss Bingley. Elle crut remarquer qu'il éloit un peu embarrasse' , en répondant qu'il n'avoit pas éle assez heureux pour rencontrer Miss Bennet ; le sujet fut promplement abandonné, et peu après ses Messieurs prirent congé.