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grêles propoitious, — son arroi et ses armes eii bel ordre. — Il regardait (lèremcni au nord, lorsque» tournant sur luinuMne» — il soufDa dans sou pctil ox)r un dH\ hautain à la soif; ^ d'un plumet Tivrogne orna son chapeau rabattu, — tourna son pouce dans sa moustache rouge, — choqua et fit sonner si^ grands éperons de fer, — serra sa ceinture de Bude autour de sa taille, — et avec une imperturbable impudence, secouant ses épaules de bossu, — il semblait dire à tous venants que de vingt coquins pareils — il se rirait, plus hardi que jamais. — Puis, ramenant en avant la poignée de son sabre, — et la main droite posée sur sa hanche, — le petit homme d'Ausbruck s'en alla se pavanant*.»
Vous avez reconnu le Tnnklied fantastique. Vous vous rappelez ces inspirations du panthéisme d'outre-Rhin qui donnent à la vigne, au vin les instincts et le langage de riiomme, — comme la mythologie grecque leur donnait une existence divine. — Vous vous rappelez Thymne de Korner sur les souffrances du vin captif, quand la vigne fleurit au dehors, quand la sève bout dans les rameaux.
Maintenant, quelle place assigner à ce talent que nous venons d'étudier dans ses manifestations diverses? De tous les poètes contemporains, Robert Browning est celui qui s*est le moins isolé do la tradition byronienne. Lui aussi on peut Faccuser de matérialiser la poésie, et d on subordonner l'élément idéal au sensualisme des sons et des images. Lui aussi se préoccupe de communiquer dos impressions plutôt que de propager des idées. Il est artiste avant d*étre croyant, artiste avant d*étre patriote, artiste avant d*ètre philosophe ou moraliste. Ses convictions politiques, d^ailleurs, sont saines et libérales. Nous en attesterions, au besoin, la belle imprécation intitulée le
^ ÙramaHc Hommces and Lf/rics, p. SO
Meneur perdu^—theLostLeadei\— où il flétrit entérines énergiques Tapostasie d'un poète qu'il ne daigne pas nommer*. Browning se fait honneur d'être du peuple et pour le peuple, comme Milton, Shakspeare, Burns et Shelley,
Shakspeare was of us, Milton was for us, Burns, Shelley, were with us.
Si l'auteur de Paracelsus a pour religion suprême ce panthéisme volage qui s'éprend de tout spectacle, de toute musique, et la divinise pour Theure même où il en suhit. rînfluence, il ne faudrait pas néanmoins s'imaginer qu'il soit d'un naturalisme outré, comme Wordsworth, ou mystique à la façon de Coleridge et de Shelley ; il est, avant tout, préoccupé de l'homme, de ses passions, du langage et des actes qu'elles produisent.
Chez lui, la recherche métaphysique, l'élude.des traditions, l'effort Httéraire, convergent au môme but, qui est le drame, — le drame en récit, le drame en action, le drame en monologue, peu importe.
Si, avec une prédisposition si marquée^ il n'alteint pas à l'excellence dramatique, c'est que l'énergie d'un style nerveux et pittoresque, la connaissance des faits historiques, une certaine aptitude à innover dans l'observation et la peinture des caractères, ne suffisent point à l'homme qui écrit pour la scène. Il a besoin, surtout à notre époque, d'une science spéciale qui lui permette de faire valoir toutes ses autres facultés, et cette science spéciale, qui règle la distribution d'un ouvrage, ménage habilement
* Just for a handful of silver he left us,
Just for a riband to stick in his coat, — etc.
(Dramatic lUmances and lyrks^ p. 8.)
388 nOORUT UnOWNINQ.
raciion» (aille les aoènas & la masure qu'elles doivent «voir, équilibre les râles, prévient ou détruit toute objeo* (iuu, Di'owning ua Ta pas.
Il ne Ta pas niéma autant que Tavait Shakspeare, à qui la pratique de la Bcéne révéla, du moins en partie, les rassouroes de cette poétique à part.
Il n*a pas non plus cette fougue de génie, cet essor lyri(|ue, cette puissance de souflle, qui, — vertus suprêmes du poôto,— lui tiendront toujours lieu des aptitudes et des connaissances secondaires.
Tout imparfait qu'est son talent, nous pouvons, cependant,— sans attendre des progrés désormais asses problé« matiques,-' reconnaître A Browning, parmi les po(^te8 ac« luels de 1* Angleterre, une physionomie à part , un l'Aie distingué, Sa hardiesse nous platt; son originalité, qui souvent lui coûta cher ^ et ne vaut pas toujours ce qu'elle lui coûte, — n'en est pas moins une qualité dont il foui savoir lui tenir compte. KnOn il a, ce qui suffirait h nous le recommander, le goût et la connaissance des liitéru* tures européennes.
Dans ce temps où les écrivains anglais semblent mettra leur orgueil & s'isoler, é se rendra inaccessibles, et, •— chose étrange, — à ignorer ce qui se passe hors de leur lie, é s'abstraire du grand mouvanunU extérieur, on ne re(\isara point quelques éloges & celui qui cherche des ressources dans la connnunion la plus large des intelligences, n'excluant aucun modèle, ne dédaignant aucune inspiration, et modifiant par d'heureuses combinaisons ce que le génie national peut avoir de trop rigoui^eux, de trop entier, de trop asservi aux préjugés de lieux et de race.
I/écrivain, chas Browning, ne doit pas nous faire oublier Thounna. Anjourd'hui la oi'itique se plait é interroger la
^ vie privée des poètes. On aime à soulever le demi-voile
qui cache ces idoles inconnues; on aime à se rendre
^ compte de tout ce qui peut expliquer le travail singulier
L de ces intelligences à part. On nous suivrait donc volontiers
sous les ombrages d'un de ces cottages fleuris qui se multiplient aux abords de Londres, retraites paisibles où se réfugient, par goût autant que par nécessité, les écrivains
I épris de la solitude et de ses féconds loisirs. C'est là. que
^ nous pourrions, admis chez Browning, le surprendre en
tète-à-téte avec son crapaud favori, dont Téducation fait
^ partie de ses travaux.
Ces goûts fantasques sont fréquents chez les littérateurs anglais.
Tout le monde connaît l'ours et le chien de Byron ; le
^ singe brésilien de Thomas Hood et le corbeau de Charles
^ / Dickens ont eu aussi leur renommée.
* Par un baau soir d'été, lorsque le dôme majestueux de
Saint-Paul, perçant le brouillard qui enveloppe Londres, découpe sa silhouette sur la blancheur argentine du crépuscule, nous aimerions à errer avec l'auteur de Paracelsus sur les coteaux boisés qui entourent sa demeure, causant de cette Italie où il allait naguère, consciencieux artiste, étudier sa tragédie de Luria, ses petits drames
^ de Pippa Passes et de A SouVs tragedy. Nous aimerions à
le suivre encore dans son ermitage, maintenant embelli par la présence d'une femme d'élite associée aux travaux et à la destinée du poète ^; mais ici doit s'arrêter, nous le
* Ces lignes datent de 1847. Browning venait alors d'épouser une digne émule de mistriss Norton, de lady Stuart Wortley, de ► mistriss Brookes et de tant d'autres muses qui foulent à cette heure
les gazons de la poétique Angleterre. Miss ElisaBarrett,— aujourd'hui^ mistriss Browning, — a publié, en 1835, une traduction du Promëthée enchatnétd'ZschyXe; en 1839, une légende poétique intitulée \e Roman
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sontons, notre curiosité. Quel droit aurions-nous d'insistor sur ces innocentes indiscrétions lorsqu'elles n'auraient plus la valeur de renseignements littéraires? Contentonsnous donc d'igouter queBrowning,— estimé comme poôle par un petit nombre d'esprits choisis, — est, au demeurant, un des hommes les plus honorables de la littérature contemporaine. Sa vie est simple et sévère. Son art l'occupe à l'exclusion de tout autre intérêt, et il ne profite du droit qu'il aurait aux relations les plus distinguées que pour choisir dans le monde aristocratique des amitiés dignes de la sienne.
du Page; en 1841, deux tolumosdepoé'm^i qu'on asouvont mis en parallèle avec ceux d'Ain^d Tennyson. Mariée en 1840, elle partit presque aussitôt pour ritalie, dont le doux climat était indispensable & sa santé depuis longtemps perdue. La révolution de Florence, en 1848, lui inspira un po^me très-remarque : Cêia Quidi H^Moim. En 1850, enfin, elle a publié un roman versifié, Àurora Mgh, dont l'exécution a paru d'un ordre supérieur.