CHAPITRE VIT
Dans la plante artificielle décrite plus haut obtenue. en jetant un cristal de chlorure de cuivre dans du ferrocyanure de potassium, nous avons vu un liquide vert circuler dans l’intérieur et contribuer, par sa turgescence, à provoquer l'allongement du tube cylindrique qui croit par le haut. Le végétal métallique est donc nourri par osmose et là également nous voyons, de suite, se manifester un deuxième caractère fondamental de la vie qui peut se retrouver dans un organisme résultant de phénomènes exclu- sivement chimiques. La nutrition n’est donc, pas plus que la croissance, l’apanage exclusif des êtres vivants. Il ne faut cependant pas méconnaître l’importance capitale de cette seconde caractéristique de la vie.
Prenons une graine en train de germer. Lesracines plongent dans de l’eau que nous avons pu enrichir de sels variés. La plante sait extraire ces sels du milieu et les incorporer dans ses tissus ; elle les transforme et se les assimile; en même temps, elle rejette au dehors (en transpirant, par exemple) certaines parties inutiles. C’est l’ensemble de ces phénomènes
qui constitue la nutrition. L’examen des faits ana-
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logues qui se passent dans un globule de Levure de
bière nous permet de préciser la synthèse qui se pro-
duit sous les yeux de l’observateur. S'il ensemence
un globule de Saccharomyces dans un liquide sucré, il le voit bourgeonner en un point, le bouton ainsi formé grossit, ne tarde pas à égaler le globule initial et finalement se détache de lui. L'ancien globule et le nouveau bourgeonnent chacun à nouveau à leur tour et la multiplication des globules se fait ainsi avec une prodigieuse rapidité; de sorte qu’au bout d’un certain temps, au lieu d’un globule initial, on a n globules. Le Dantec a traduit l’ensemble de ces
phénomènes sous la forme d’une équation extrème- .
ment simple et facile à comprendre :
1 globule de Levure + liquide sucré (aliment) — globules de Levure + excreta.
En même temps que le globule primitif s'empare
du sucre, il le métamorphose, l’incorpore dans sa substance, l’assimile ; cette assimilation se trahit par la multiplication des globules. Il se fait donc tout un travail de synthèse et de transformation, comme dans une machine dont on bourre le foyer de combustible pour l’alimenter ; l'énergie du charbon est transformée et assimilée et se manifeste par la mise en mouvement de l'appareil. Finalement, il reste dans le foyer des cendres, un AE fe un excreta de l'opération.
La nutrition implique donc un mouvement perpé-
tuel de construction, d’édification, suivant un plan
défini avec les matériaux venus de dehors; ce premier mouvement est compensé par un mouvement de destruction parallèle ; sous ces changements profonds de tous les instants, on constate l’immobilité appa-
rente de la surface : il y a une sorte d’agitation sur
place. On entrevoit ici Le « tourbillon vital » dont parlait autrefois Cuvier. En somme, l'être vivant
est une sorte de moule où affluent la matière et Pénergie.
Cette matière qui s’incorpore dans l'être vivant peut être solide, liquide ou gazeuse. Dans ce dernier cas, ce sera, par exemple, la prise d'oxygène et comme phénomène concomitant le rejet de gaz carbonique, sous forme d’excreta. Une expérience de M. Elfving met nettement en lumière cs rôle alimentaire de la respiration. Il nourrit des moisissures (Penicillium, Briarea) avec des aliments dont la constitution s'éloigne de celle de la substance vivante (formée surtout d’albuminoïdes, substances azotées, quatermaires, ayant C,0,Az,H comme éléments fondamentaux), par exemple de la mannite, de la dextrine, de acide malique. Puis il compare la respiration des cultures à Là lumière et à l'obscurité. Il trouve que .R; = respiration à la lumière est double de la respiration à l’obscurité, R,. Ce qui peut se traduire en
écrivant : Ry — R,. En examinant le résultat dela
és
synthèsoe alimentaire dans les deux cas, il remarque que l’on a parallèlement : $; = Sos O1 COIrespon-
dant à la synthèse ou à l'augmentation de substance sèche à la lumière et S, la valeur correspondante de fa synthèse à l’obscurité. Dans une seconde série d'essais, on modifie l’aliment et on emploie cette fois. des substances qui se rapprochent des albuminoïdes, par exemple des peptones qui sont des matières azotées. Dans ce cas on trouve : R; = R, et S; = So.
Le parallélisme de la respiration et la synthèse se manifestent ainsinettement. La synthèse est d’ailleurs parallèles à la croissance et on sait que, dans les conditions alimentaires normales de la plupart des végétaux, la croissance est plus forte à l’obscurité qu’à la lumière et l’obscurité accroit la respiration, la lumière la diminuant. Le lien de la respiration avec les matières azotées se trahit d’ailleurs par les .
expériences de M. Palladine qui a établi que . er
constante, à condition de n’envisager ici que l'azote actif, celui qui n’est pas soluble dans l'acide gastrique.
Lesaliments, qu’ilssoient d’ailleurs solides, liquides ou gazeux, sont incorporés à des doses variables, quelquefois même très petites, infinitésimales même ou homæopathiques. Cette notion très importante a été introduite dans la science par le célèbre travail
de Raulin, élève tout à fait éminent de Pasteur; le
liquide minéral dans lequel il élevait une moisissure (Slerigmalocystis nigra) lui fournissait, en six jours, dans une cuvette largement ouverte, analogue à celle dont se servent les photographes, le rendement de 25 grammes de poids sec; sa récolte équivalait au
cinquième du rendement d’une bonne prairie natu-
relle. Le Champignon avait donc poussé avec une rapidité prodigieuse (en 6 jours) et Raulin n'avait pris aucune précaution pour la stérilisation du liquide. La matière alimentaire avait été si bien. choisie, la nutrition était si puissante, que l’on pouvait braver la maladie. Cette étude si remarquable ouvre donc des horizons inattendus sur la question de la santé et son lien avec l’alimenta-
tion.
Celte connexion se manifeste d’une manière nette par la suppression d’un corps simple, le zinc, qui entre dans le liquide de Raulin sous forme de sulfate. Voici des chiffres saisissarits : récolte avec zinc, 25 grammes; sans zinc, 2 gr. 5 on a une chute au TE de la récolte première. Or la quantité de sulfate de zinc est de 7 centigrammes, ou 32 milligrammes de zinc. Une pareille quantité infime supprimée amène une chute de récolte sèche de 22 gr. 5 sur 25, c’est-à-
dire un poids de plante 700 fois supérieur au sien.
Cela est d'autant plus singulier que la plants si sen-
io ORIGINE DE LA VIE SUR LE GLOBE.
sible au zinc puise cet élément dans un liquide où il est à la dose homæpathique de 50 000" À
Les résultats oblenus avec le manganèse pour le « même Slerigmatocystis nigra sont plus extraordinaires M
encore. M. Gabriel Bertrand a montré l'influence dece “ 1 È
métal à l’invraisemblable dilution de 10.000.000.000°
Voici les chiffres de son expérience :