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HISTORIQUE DES NOMS EN GENERAL

Le nom remonte à la création du monde. A mesure que la population s'est accrue, que les familles se sont multipliées, il a fallu, pour se reconnaître, avoir recours à des combinaisons variées, d 'où sont sortis le surnom, le prénom et souvent le sobriquet. De tout temps, ces noms furent significatifs, puisqu'on a dû les puiser dans la langue parlée. Comment a-t-il pu arriver que plusieurs d'entre eux défient toute explication, toute étymologie et même la véritable racine? C'est là un des secrets de notre langue, lors de sa formation. Si nous ne pouvons parvenir à le pénétrer, nos ancêtres ne doivent pas en être tenus responsables, car on ne peut supposer qu'ils aient cédé à la fantaisie ou au caprice, quand ils ont créé cette série de noms de communes, de villes, de familles, qui sont devenus légion.

L'historique des noms de famille varie quelque peu, si on l'étudié chez les différents peuples de l'Univers. Chez les Hébreux, les noms étaient personnels, et ne se transmettaient que de père en fils. A leur naissance, les enfants recevaient un nom qui n'était en général que l'expression d'une qualité du corps ou de l'esprit, ou d'un vœu. Ajnsi Caïn veut dire possédé; Cham, chaleureux; Isaac, blanc; Noé, libérateur; Esaii, actif; Salomon, ami de la paix. Pour distinguer les familles l'on y faisait suivre le nom du père de celui du fils, et l'on disait Isaac, fils d'Abraham, David, fils d'Isaïe.

Après la dispersion des tribus, l'on abandonna la vieille coutume de donner aux enfants le nom de leur père. Voilà pourquoi l'on ne doit pas être surpris de constater dans l'Evan^'ilc (jue Zarliarie, ayant voulu donner son nom à l'enfant qui venait de lui arriver, on s'y opposa et cet enfant fut noniTiié Jea». Souvent ]os Juifs multiplièrt'iil jus(|u'à trois le nombre de leurs noms.

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Chez les Grecs anciens, le nom du père ne se retrouve point chez le fils. Tous les noms y sont significatifs, et souvent ils sont au nombre de trois. Ils se transmettaient de l'aïeul paternel au petit-fils aîné et de l'oncle au neveu. Pour ne pas confondre les individus, on leur attribuait souvent des sobriquets ou faux noms. Des exemples frappants se retracent parmi les successeurs d'Alexandre le Grand. Les Antiochus, les Ptolémée, les Démétrius sont des noms bien connus dans l'histoire. Nous les connaîtrions moins bien s'ils ne portaient les surnoms qui leur sont restés. Démétrius Soter (sauveur), Démétrius Nicator (vainqueur), Ptolémée Philadelphe (ami de ses frères), Ptolémée Philopator (ami de son père), Antiochus Epiphanes (illustre).

Chez les Romains, on avait des noms, des prénoms et des surnoms. Cependant à l'origine ils ne portaient qu'un seul nom : Romulus, Remus. Puis ils en prirent deux : Numa Pompilius, Servius Tullius. Ce ne fut qu'après la chute de la royauté, que l'on adopta à Rome l'usage de trois noms. Le premier était ordinairement marqué en abrégé par des initiales : A. pour Aulus, C. pour Caius, Sex. pour Sextus. En second lieu venait le nom proprement dit, qui finissait en lus : Cornélius, Fabius, Tullius. Le surnom se plaçait en troisième lieu et indiquait la famille dont on faisait partie: Cicero, César. Quelquefois un second surnom servait à rappeler un fait remarquable, un événement heureux, ou une marque de l'esprit. Un exemple bien frappant sous ce rapport est celui de Scipion l'Africain qui s'appelait Publius Cornélius Scipio Africanus. Cornélius est le nom de la race, Scipion est le nom de la famille, et Africanus est le surnom destiné à perpétuer le souvenir de la ruine de Carthage. Des Romains illustres ont pris jusqu'à cinq noms: Scipion luimême aurait ajouté à ceux déjà cités, celui d'-iEmilianus, parcequ'il devait le jour à ^milius Paulus.

Comme chez les Hébreux et chez les Grecs, les noms et surnoms des Romains étaient significatifs. Encore quelques exemples tirés de l'histoire romaine: Galba signifiait cour-

taud ; Flavius, blondin; Publius, orphelin; Strabo, louche; Varus, jambes torses; Ovidius, possesseur de troupeaux de moutons; Hortensius, amateur de jardins; Brutus, inculte; Nepos, prodigue; Cicero, pois chiche (Cicéron avait une petite verrue sur le nez) ; Scipio, bâton de vieillesse.

En France, les premiers Francs ne portaient qu'un seul nom, qui partageait du caractère tudesque et du Scandinave, comme les suivants: Berther, Dagberth, Berthbramm, Waldwin, Baldwin, dont on a fait Bertliier, Dagobert, Bertrand, Gauvin et Baudin. Ce n'est qu'à partir du Xe siècle que les seigneurs commencèrent à écrire leur nom de famille, en le faisant suivre du nom de leur terre ou fief. On remarque qu'au Xle siècle les surnoms deviennent plus fréquents, et qu'on ajoute le nom du père à celui du fils : Hervé, fils de Josselin. C'est à la même époque que les cadets de famille commencent à suivre l'exemple des seigneurs, en ajoutant à leur nom celui de leur terre. Ce fut ensuite le tour de la petite noblesse et des propriétaires, qui eurent recours à un procédé similaire. C'est alors que l'on voit tous ces gens emprunter des noms aux éléments, aux règnes de la nature, aux localités, aux professions et métiers, aux habits, aux meubles, aux bonnes et aux mauvaises actions. Déjà, à cette époque du onzième siècle, l'on retrace les noms des Petit, des Têtu, des Leblanc, des Beaufils, des Desnoyers, des Delorme, des Delamarre, des Crèvecœur.

Le nom de baptême ne tarda guère à suivre. Cependant il serait téméraire d'affirmer qu'il y en eût beaucoup avant le douzième siècle. D'après Mezeray, les noms ne devinrent héréditaires que sous le règne de Philippe-Auguste. Citonsle: " Les noms héréditaires furent encore longtemps inconnus dans les campagnes, et les registres de l'état civil, véritables archives de nos familles, ne furent ouverts que dans le XVe siècle. En 1406, un synode prescrivit aux curés la tenue des registres de baptême, et plus tard, vers 1464, on leur enjoignit de constater les mariages et les décès à dater du mois d'août lâ.'iî». épcxpie à laquelle la tenue des registres

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de l'état civil fut prescrite par l'ordonnance de Villers-Cottrets. Alors, mais alors seulement, les naissances, les mariages, et les décès devaient être enregistrés : chacun en naissant reçut le nom de son père, et porta ce nom tracé sur sa tombe. "

Pour éviter toute confusion, les Etats généraux de 161-4 exigèrent que tous les gentilshommes signeraient dans les actes leurs noms de famille et non ceux de leurs seigneuries. En 1790, une loi ordonna aux Français d'abandonner les noms empruntés de possessions vraies ou fausses pour reprendre leurs noms de famille. Mais cette loi ne put être mise en pratique, parce qu'elle était de nature à bouleverser toutes les transactions civiles.

Les premiers registres de l'état civil, dans la Nouvelle- France, en 1615, furent consumés au cours de l'incendie désastreux du 14 juin 1640, qui détruisit l'église paroissiale de Québec. Depuis lors, les registres ont été régulièrement conservés. On suivit le système préconisé en France à partir de 1539, et depuis 1640, rien n'a été changé, avec cette seule différence qu'à Québec, au lieu de tenir trois cahiers différents, naissances, mariages et sépultures, on n'en emploie plus qu'un seul où naissances, mariages et sépultures sont consignés pêle-mêle, mais chronologiquement toujours.

Le nom de famille, c'est nous-mêmes. Nous le reconnaissons partout où il se rencontre. Qu'il soit écrit ou prononcé, nous avons tôt fait de comprendre qu'il est question de nous, ou de nos amis, ou de toute personne connue. C'est donc une chose qui nous est chère, puisqu'elle est de nature à réveiller en nous des souvenirs souvent agréables, surtout lorsqu'il est question de sa propre famille. Ce nom, on tient à le conserver

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intact, et même à lui donner une importance qu'il a ou qu'il n'a pas, mais qu'il peut obtenir au moyen d 'œuvres ou d'actions célèbres.

]\Iais d'où -v-iennent ces noms? Comment et par qui ont-ils été créés? Plusieurs, sans doute, interrogés sur ce sujet, pourraient nous répondre qu'ils savent très bien d'où \'ienuent leurs ancêtres, et surtout dans quelle partie de la France ceux-ci demeuraient lorsqu'ils ont dit adieu à leur patrie pour venir s'établir au Canada. D'autres cependant ne pourraient en dire autant, faute d'être aussi bien renseignés. Dans les deux cas, il est assez loisible de croire que si les derniers sont complètement ignorants de leur origine, les premiers n'en sont guère plus instruits. Tous les deux ne sont pas allés à l'origine même de leur famille, et la science des uns, qui ne dépasse pas l'époque de l'arrivée au Canada de leurs ancêtres, ne vaut guère mieux que l'ignorance des autres.

Pourquoi cette anomalie ? me dira-t-on. La réponse est bien simple: c'est que les uns, les savants, n'ont pu aller audelà du Dictionnaire Généalogique de ]\Igr Tanguay ou d'une tradition qui ne remonte pas très très loin dans le passé. Mgr Tanguay dit bien que telle famille, émigrée de France, partait de tel endroit, mais il s'en tient là. L'auteur, du reste, ne pouvait être mieux renseigné que nos archives provinciales, et il devait se contenter des minces renseignements qu'elles lui apportaient. Un Tel vient se marier à la paroisse de N.-D. de Québec. Le curé lui demande son nom, ses prénoms et le nom de la localité où il séjournait en France, lorsqu'il en partit. Jusqu'à présent tout est parfait. Mais ce Tel qui arrive de Saint-Malo ou de La Rochelle, avait une famiUe, il avait eu un aïeul, un bisaïeul, un trisaïeul, etc., etc. Est-ce que cette famille avait toujours résidé à La Rochelle ou à Saint- Malo? C'est possible, mais le contraire l'est aussi, car il a dû se produire en France comme partout ailleurs des mouvements de population qui ont séparé les familles les unes des autres, à mesure qu'elles grandi.ssaient, tout en leur conservant l'intégrité du nom.

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Le même fait s'est produit au Canada. Une famille, fraîchement a/rivée de France, va s'installer dans une de nos paroisses. Là elle fait souche, puis elle voit ses membres se disperser de côté et d'autre, jusqu'à ce que finalement, presque toutes nos campagnes retentissent du nom de cette famille. Prenons pour exemple la famille des Gagnon, dont les trois chefs allèrent se fixer au Château-Richer. Que sont devenus tous les membres des cette famille aujourd'hui si populeuse? Regardez autour de vous, vous en trouverez dans tous les comtés de la Province de Québec. Quoi qu'il en soit, le Château-Richer est bien l'endroit d'où la famille Gagnon tire son origine au Canada. Il serait absolument absurde de vouloir lui en indiquer un autre.

En France le même phénomène a dû se produire, mais là il nous est loisible de remonter jusqu'au premier chef de famille, c'est-à-dire, assez haut dans le cours des âges, au douzième, au onzième siècle et même au dixième. Inutile de se le dissimuler: pour obtenir l'origine sûre de chacune de nos familles importées de France, il nous faut mettre de côté l'époque des premières colonisations du Canada. Les registres de nos paroisses les plus anciennes établissent que nos ancêtres sont venus de Saint-Malo, de Saint-Brieuc, de Bayonne ou de Bordeaux, mais, en supposant même le cas que ces personnes, chefs de famille ou non, fussent fixés à l'époque de leur départ de France dans les lieux inscrits aux registres, suit-il de là que leurs ancêtres aient toujours demeuré dans ces mêmes endroits? Vouloir donc retracer les origines de nos familles canadiennes françaises par le procédé généralement suivi jusqu'à présent, c'est s'exposer à un grave mécompte. Je n'irai pas cependant jusqu'à dire qu'il est défectueux dans tous les cas qui se présentent. Nous avons des familles dont les origines se trouvent réparties dans des localités françaises qui se chiffrent par deux, quatre, cinq et même davantage, et dont le nom est partout indiqué. Alors le Dictionnaire Généalogique pourrait être utilisé avec quelque avantage, et on pourrait s'en rapporter à ce qu'il dit.

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Impossible de pouvoir discerner entre toutes ces communes portant le même nom, laquelle doit être préférée.

M. Suite a publié en 1910, dans les ^Mémoires de la Société Royale, une étude sur les Bretons venus au Canada de 1639 à 1779, c'est-à-dire durant tout le régime français et un peu au-delà. D'après lui, il en serait venu 392 qui, à peu d'exceptions près, se sont mariés ici. Son travail est basé sur le Dictionnaire de ]\Igr Tanguay, souvent incomplet quant aux origines des nouveaux venus. M. Suite ne manque pas de signaler cette lacune, et il n'est pas loin de croire que si elle était comblée, au lieu de 392 Bretons, nous en aurions eu

M. Suite a dressé une liste de ces émigrants, année par année, venus de Dol, de Saint-Malo, de Saint-Brieuc, de Saint-Pol-de-Léon, de Quimper, de Vannes, de Rennes et de Cornouailles. Je n'ai pas pris la peine de faire le relevé de chaque nom, me contentant de signaler les gens de Saint- Malo, de Nantes, de Dol et de Rennes. D'après ses statistiques, Saint-Malo aurait fourni au Canada environ quinze personnes. Rennes, 15, Nantes, 17 et Dol, 25. Ce qui forme un total de 72 émigrés pour ces villes de la Bretagne. Or, d'après mon système, qui s'écarte absolument de celui de M. Suite, je ne puis retracer que 16 Bretons. Les autres sont gens venus de Normandie, du Dauphiné, de la Guyenne, du Berry, de Bourgogne, de Saintonge, de la Haute-Savoie, de la Bresse, de la Gascogne, du Poitou, de la Champagne. Pour être plus explicite, je vais donner les lieux d'origine des prétendus Bretons venus de Dol. Je n'en retrace (^ue quatre, au lieu de vingt-cinq. Ce sont Pomeret, Carré, Pierre et Jean Renaud. Maillet et Etienne sont de Picardie; Launay et Berthelot sont de Normandie ; Ilameury et Biais sont de la Saintonge; Briant, Sénéchal, Adam et Flaux sont de la Bourgogne; Rondeau et Grenier sont de l'Auvergne; Faveron est de Gascogne ; Durocher vient du Maine ; Bêlé vient de Guienne, et Lavallée, de Lorraine.

Comment ai-je pu arriver à un pareil résultat? Ce n'est

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toujours pas eu teuaut compte des données que nous apporte le Dictionnaire Généalogique, données insuffisantes, parce qu'elles ne nous permettent pas de dépasser le XVIIe siècle. C'est bien plutôt en remontant jusqu'à la commune, d'où nos noms, tous nos noms sont tirés. Je n'avais pas d'autre moyen à ma disposition, et je m'en suis servi, comme bien d'autres du reste qui connaissent le lieu d'origine de leurs familles par le nom de la commune qui porte leur nom ou un nom à peu près identique. Quand il y a divergence, on peut arriver à une conclusion assez juste, en suivant certaines règles qne j'ai dû suivre moi-même et que j'exposerai bientôt.

Tous nos noms de famille sont d'importation européenne, de France surtout, mais aussi d'Espagne, de Belgique, d'Italie, de Suisse et d'Allemagne. Nous les avons écrits de tout temps, c'est-à-dire depuis trois siècles, de la même manière, tantôt bien, tantôt mal, mais toujours de façon à les rendre compréhensibles. Ces noms se tirent en général des noms de villes, communes, bourgs, hameaux, châtellenies, baronnies, comtés, vicomtes et seigneuries. C'est assez dire que le nom de lieux a précédé celui du nom de famille. La preuve se trouve dans le fait que les noms de lieux sont souvent incompréhensibles, tandis que les noms de famille le sont assez rarement, grâce à l'étymologie, qui dans les cas difficiles, devient un aide très précieux. Plus on remonte dans le lointain des âges, plus le mot, et cela se comprend, a des allures barbares. La langue française a subi bien des vicissitudes, pour se débarrasser de ses origines multiples. On sait qu'elle a été formée du gaulois ou celtique, du grec, du latin, du tudesque et du roman.

Le gaulois ou celte était la langue primitive des Gaulois, peuple inculte, qui ne connaissait ni écriture, ni littérature populaire. Après la conquête romaine, les Gaulois se virent forcés de parler le latin qui alors était la langue officielle de l'Eglise et de l'Etat. Mais le peuple ne voulut pas se soumettre à cette injonction et il continua de parler le celtique, qui finit par aller se perdre dans la Basse-Bretagne et en Ir-

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lande. C'est du celtique que viennent beaucoup de noms de communes de France. Il est resté quelques rapports entre lui et le français moderne. Ainsi certains radicaux sont communs aux deux langues, comme gog, dans goguette, dean (forêt) qui se trouve dans Ardennes, et ber, dans berceau. Il y a au moins cent mots français qu'on peut rattacher au celtique, comme amarre, bac, bec, botte, clan, dune, havre, etc.

Sous Charlemagne c'est la langue allemande qui est parlée en France, mais après lui la lutte se fait entre le latin et le français d'où est sortie une langue mi-latine mi-tudesque, appelée romane. C'est la langue des troubadours Le latin, toutefois, conserva plus d'empire que le celtique. C'est alors que les noms de famille commencent de se former, mais non sans subir par la suite de profondes altérations. On pourra se faire une idée des modifications qu'ils eurent à subir par l'exemple suivant. Trévoux dit que le mot Etienne a été écrit d'abord Stéphan (de Stephanus) Stevan, Estevan, Etevan, Etivan, Etian Etiane, Etiène et enfin Etienne.

L'on retrouve dans les auteurs du Xlle siècle des mots français qui sont en tous points semblables à certains de nos noms de famille. Ainsi le mot bestoumé se trouve en toutes lettres dans le Roman du Renard et dans le Roman de la Rose.

Pour parfaire une étymologie complète des noms qui tirent leur origine du celtique, il faudrait une connaissance ^ssez approfondie de cette langue, et puis du bas-breton, de l'irlandais et de l'écossais, qui sont des rameaux détachés de la langue primitive. Or, comme je n'ai aucun dictionnaire celtique à ma disposition, j'ai dû me contenter de recueillir ça et là les étymologies requises. Et même avec un meilleur outillage, il m'eût encore été bien difficile d'obtenir beaucoup plus de données étymologiques, vu que les personnes qui ont créé les noms propres de communes, étaient pou lettrées, et ne s'occupaient guère des règles de la grammaire.

Beaucoup de noms se tirent de la basse latinité, c'est-à-dire

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d'un latin populaire, parlé plutôt par le bas-peuple ou par le militaire. D'où il résulte qu'il est bien difficile pour un seul homme, quelque bonne volonté qu'il y apporte, de retracer dans chaque cas épineux une étymologie sûre, indiscutable.

Beaucoup de noms de communes sont donc absolument incompréhensibles. Ils défient même tout travail étymologique. Comment pourrait-on aujourd'hui comprendre des noms comme Thurageau, Pusignan, Marjevols, Puydarrieux? Cependant ces noms ont un air de famille assez français pour qu'on ne puisse pas les confondre avec d'autres tirés soit d'Espagne, soit d'Italie ou d'Allemagne. Etaient-ils français lors de la formation de ces communes? Je l'ignore. C'est à l'aide de ces noms que nos ancêtres ont désigné leur famille en essayant, et souvent avec succès, de les façonner de manière à les rendre mieux compréhensibles. C'est ainsi que ces vieux noms démodés, vieillis, et sortis probablement du langage usuel, ont été remplacés par d'autres à l'allure plus moderne. Et finalement, communes et famille se sont ressemblées au point de n'apporter plus que peu de différence. Mais avant que de parvenir à ce dernier résultat, les anciens noms de famille sortis des communes plus anciennes encore, nous ont été transmis avec leurs défectuosités apparentes et leur bizarrerie grammatiealc, bien que les créateurs de ces noms aient dû faire un grand effort pour donner une tournure française à des noms qui semblent aujourd'hui ne l'avoir jamais eue. Cet effort cependant, je le repète, n'a pas été laissé au caprice. Il a fallu avoir recours à certains procédés, suivre des règles sinon absolues, du moins générales, et que nous allons sommairement exposer, [Ici l'auteur doit faire remarquer que dans ce travail, il ne marche sur les brisées de personne. Aucun livre, aucun manuel du genre ne lui est parvenu. Même ignore-t-il s'il en existe. Conséquemment 11 n'apporte que le faible résultat de ses études à travers ce dédale de noms plus ou moins baroques sortis du vieux français et des langues dont il est sorti luimême! .

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Etablissons tout d'abord que les noms de famille, d'une manière générale, ont été créés plutôt d'après la terminaison des noms de lieux dont on a voulu conserver la désinence. Ainsi les noms de communes qui finissent par an, en, ein, on, un, et, é, ey, i, y, o, au, aut, ot, aux, os, doivent retrouver dans les noms de famille qui leur correspondent une consonnance à peu près semblable, quels que soient les changements ou altérations que l'on ait pu faire au corps du mot. Ainsi Baillargeon tire son origine de Barjon, commune. Pourquoi a-t-on ajouté la syllabe lar? Parceque Barjon n'étant pas un mot français du temps, on a voulu le franciser en se servant du mot baillarge. Il ne restait plus qu'à former la désinence en lui conservant la syllabe geon ou jon.

C'est par un procédé identique que l'on a formé le mot Berlinguette. Ce nom vient de la commune de Berguette. Comme Berguette ne comporte aucun sens appréciable, on lui a incorporé la syllabe lin, et on a fait Berlinguette, qui comporte une signification.

Le nom de Galipeau a été créé de cette façon. On était en présence de la ville de Gap. Gapeau n'étant pas français, on y a ajouté la syllabe lip pour former Galipeau, mot français.

Les noms de communes qui finissent par a, as, at, ac, ont vu changer ces terminaisons en ard, art, or, ort. Ainsi Chénard, Rivard, Chouinard, Fafard et Rouillard, viennent respectivement de Chenas, de Rivas, de Chonas, d'Afa et de Rouillac.

Les noms de communes qui ont pour désinence les lettres i et y, ont dû voir transformer ces lettres en ier, comme Tessier de Tessy, Lussier, de Lussy, Saucier, de Saucy, Carrier, de Carri.

Les noms de communes terminés par e, es, ou par une consonne, prennent pour désinence au, aud, eau, os, ot. Rentrent dans cette catégorie un grand nombre de nos noms. Gauvrcau. de Gavre, Boissinot, de Bessines, ^linaud, de Mine, Boissonneau, de Busson, Chauveau, de Sauve, Drapeau, de Drap.

Plusieurs noms de commune qui se terminent par le mot

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ville, se sont vus enlever leur dernière syllabe pour mettre à sa place tout simplement la lettre t. Ainsi Audet vient d'Audeville, Blauehet, de Blauelieville, Hébert, d'Héberville, Ouellet, d'Oëlleville, Rolet, de Rolleville.

Quelquefois, et toujours avec l'idée préconçue de fabriquer un nom de famille mieux intelligible, on a dû altérer la première lettre du nom de lieu. Cet usage fut assez fréquent, puisqu'on le rencontre dans beaucoup" de nos noms. C'est ainsi qu'on a remplacé le c initial par un g, l'm par n, le ch par s, le p par b et vice-versa. Ainsi de Prondines on a fait Grondines, de Tranger on a fait Granger, de Trefford on a fait Greffard, et combien d'autres ?

D'autrefois on a placé une lettre initiale au nom de lieu pour donner meilleure contenance au nom de famille. C'est ainsi qu'on a fait le nom de Faribault, qui vient d'Auribeau, Ratté, d'Athée, Pause, d'Auzée. Quelquefois même on a supprimé la première lettre; ainsi Auclair vient de Vauclerc.

Encore on a remplacé la syllabe initiale par une autre quelque peu dissemblable. De Bobital, on a fait Robitaille, de Glamondans on a fait Plamondon.

Mais toutes ces altérations de syllabes dans les noms de communes ne comportent pas une règle générale. Les exceptions sont très nombreuses ; cependant elles ne nous empêchent pas de conclure qu'il y a une affinité indéniable, une parenté indissoluble entre les noms de communes et ceux de familles.

On serait peut-être tenté de croire que certains noms tirés d'une province tout entière, comme les Tourangeau, les Danjou, les Potvin, les Picard, viennent nécessairement de Touraine, de l'Anjou, du Poitou et de Picardie. Il n'en va pas toujours ainsi. Ainsi les Tourangeau ^àennent du Poitou, les Danjou, de la Franche-Comté, les Potvin, de Normandie, les Bretons du Bourbonnais, les Gascons, du Nivernais, etc. Les mots Tourangeau, Potvin, Saintonge, Picard, etc, ne sont en réalité que la forme française de la commune qui l'était moins. Ainsi Tourangeau vient de Thurageau, Danjou vient de Dampjoux, Breton vient de Brethon.

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