‹ Origine des plantes cultivées; (volume 2)Chapitre 144 sur 372 · Emst, dans Seeman, Joum. of bot.f 1867, p · texte numérisé non relu

Emst, dans Seeman, Joum. of bot.f 1867, p

De Candolle. 10

Il était inconnu aux Grecs et aux Romains, de même que Toranger doux. Comme ils avaient eu des relations avec l'Inde et Geylan, Gallesio présume que ces arbres n'étaient pas cultivés de leur temps dans la partie occidentale de l'Inde. Il a étudié, sous ce point de vue, les anciens voyageurs et géographes, tels que Diodore de Sicile, Néarque, Arianus, et n'a trouvé chez eux aucune mention des orangers. Cependant le sanscrit avait un nom pour l'orange, Nagarunga^ Nagrunga '. C'est même de là qu'est venu le mot Orange, car les Hindous en ont fait Narungee (prononcez Naroudji) d'après Royle, Nerunga d'après Piddington, les Arabes Narunj, diaprés Gallesio^ les Italiens ISaranzi^ Arangi, et dans le moyen âge on a dit en latin Arancium^ Arangiu7n, puis Aurantium ^. Mais le nom sanscrit s'appliquait-il à l'orange amère ou à l'orange douce? Le philologue Adolphe Pictet m'a donné jadis un renseignement curieux sur ce point. Il avait cherché dans les ouvrages sanscrits les noms significatifs donnés à l'orange ou à l'oranger et en avait trouvé 17, qui tous font allusion à la couleur, l'odeur, la qualité acide (dantacatha, nuisible aux dents), le lieu de croissance, etc., jamaisà une saveur douce ou agréable. Cette multitude de noms analogues à des épithètes montre un fruit anciennement connu,, mais d'une saveur bien différente de l'orange douce. D'ailleurs les Arabes, qui ont transporté les orangers vers l'Occident, ont connu d'abord l'orange amère, lui ont appliqué le nom Narunj ^^ et leurs médecins, dès le x^ siècle, ont prescrit le suc amer du Bigaradier \ Les recherches approfondies de Gallesio montrent que l'espèce s'était répandue depuis les Romains du côté du golfe Persique, et à la fin du ix« siècle en Arabie, par l'Oman, Bassora, Irak et la Syrie, selon le témoignage de l'auteur arabe Massoudi. Les croisés virent le Bigaradier en Palestine. On le cultivait en Sicile dès l'année 1002, probablement à la suite des incursions des Arabes. Ce sont eux qui l'ont introduit en Espagne, et vraisemblablement aussi dans l'Afrique orientale. Les Portugais le trouvèrent établi sur cette côte lorsqu'ils doublèrent le Cap, en 1498 ^

Rien ne peut faire présumer que l'orange amère ou douce existât en Afrique avant le moyen âge, car la fable du jardin des Hespérides peut concerner une Aurantiacée quelconque, et chacun peut la placer où il veut, l'imagination des anciens étant d'une fertilité singulière.

1. Roxburgh, FI. ind., éd. 1832, v. 2, p. 392 ; Piddington, Index,

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